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28.04.2006

Clearstream

L’affaire du Corbeau au cœur de dénonciations calomnieuses de Clearstream n’est pas encore une affaire d’Etat, mais elle est déjà, en revanche, une affaire d’honneur.
C’est bien l’honneur de la République et lui seul qui est aujourd’hui menacé.

Les révélations publiées dans la presse, ces derniers temps, ne sont pas surprenantes, mais constituent déjà une anomalie car des actes de la procédure d’instruction, qui devraient normalement s’inscrire dans la discrétion et la sérénité, participent à précipiter un emballement et des conclusions médiatiques prématurées.

Elles entrent dans le jeu trouble et délétère de la pré-campagne présidentielle.
Tout est imaginable et la manipulation peut même avoir pour objectif un autre but que la déstabilisation de Nicolas Sarkozy.

Le secret de l’instruction est foulé une nouvelle fois. La perquisition au ministère des Armées accentue la pression accusatoire sur la chiraquienne Michèle Alliot-Marie, cela sur fond d’inimitiés marquées, de rivalités qualifiées de « sanglantes », entre Sarkozistes, Chiraquiens et Villepinistes.

L’odeur du sang est excitante.

Au-delà, déjà, les rumeurs filtrent sur une possible perquisition à Matignon. La formulation d'une telle hypothèse elle-même n’est pas neutre. Si elle devait avoir lieu – dans quelles conditions – cela ferait l’effet d’une bombe.

Le Premier ministre, au sortir d’un déjeuner avec son ministre de l’Intérieur, a exhorté à la prudence en souhaitant que soit faite toute la lumière au plus vite sur cette affaire et à se garder de tout « procès d’intention envers l’Etat ».
Il faut tout écouter, même les déclarations de ceux qui paraissent dans le collimateur. Certains y sont enclins, par culture ou scrupule; les autres doivent cet effort à l’idée qu’ils veulent se faire de la Justice.

J’espère que le corbeau sera démasqué.
L’information pour dénonciation calomnieuse ouverte en 2004 se transforme en jeu de massacre pour la majorité et le gouvernement.
Si Nicolas Sarkozy était la cible de cette manoeuvre, on peut considérer que la cible est manquée.
La victime, c’est le gouvernement dans son ensemble et, à l’approche des présidentielles, le parti majoritaire.

Il y aurait donc une incompréhensible incompétence de la part de l’instigateur. Car il n’a pas fallu longtemps à la justice pour constater que les accusations à l’encontre de M. Sarkozy n’étaient pas fondées.
De même, aussi bien au niveau du ministère des Armées qu’aux Affaires étrangères, les services ont rapidement conclu que les accusations étaient mensongères.

Ils se sont tus.
Si ces services étaient intervenus auprès de la Justice ou de l’opinion publique pour verser à la procédure les éléments blanchissant M. Sarkozy, quelle autre machine infernale se serait mise en marche.


Mais peut-être le corbeau poursuivait-il un autre but et est-il en train de l’atteindre.

Ségolène

Dans l’entourage de Mme Ségolène Royal, on se plaint désormais de voir les éléphants du PS saboter ce qui serait une « première historique dans notre pays : l’élection d’une femme à la tête du pays ».
En quoi l’élection d’une femme aurait, en soi, une valeur historique ni symbolique pour nos compatriotes.
L’idée est admise – les sondages le démontrent.
Le reste tient à la décision du peuple.
J’espère qu’elle ne sera pas dictée que par cet aspect.

Qu’une femme puisse accéder à la magistrature suprême ne choque pas, c’est un aspect qui témoigne de la maturité des Français mais cette question ne saurait être placée au coeur du processus de décision démocratique.

Si l’enjeu de la présidentielle de 2007 se limitait en effet à une démonstration d’émancipation sexiste, par laquelle la République ferait la preuve de son progressisme en la matière, ce serait une sérieuse dévaluation du sens de cette élection.

Je me suis fait à l’idée, bien avant qu’elle se déclare tacitement elle-même et que les médias et l’opinion, en quête de fraîcheur, l’appellent de leurs voeux, que la présidente de la Région Charente-Poitou, soit la candidate du parti socialiste.

Ce qu’elle est de nature à apporter à cette élection, mais plus encore à la démocratie française, c’est de provoquer une évolution profonde du parti socialiste vers la social-démocratie.
Cela suppose qu’il se défasse de la part d’enracinement doctrinaire pseudo-révolutionnaire.

Les confidences auxquelles s’est laissée allée Mme Royal sur le « blairisme » ne permettent pas encore cette nécessaire clarification.

Même si en terme d’image elle se positionne au centre gauche, il faudra que sur des questions aussi essentielles que le nucléaire, le droit du travail, l’Europe, l’économie de marché, les relations internationales, les institutions de la Ve République, le mariage homosexuel ou l’adoption, la candidate socialiste se prononce sans équivoque.

C’est un devoir, le premier, envers les Français.
Ils méritent de leurs politiques, hommes ou femmes, le courage de la clarté.

Pluralismes

Dans Le Monde du 27 avril est relatée une fête de soutien aux salariés de France Soir, en grève depuis 13 jours.

Le quotidien est en redressement judiciaire et le tribunal de Commerce de Lille a statué en faveur de repreneurs auxquels les salariés s’opposent, à la fois pour des divergences sur le plan social et économique, mais aussi sur le projet de presse.

Lors de cette soirée, M. François Hollande a fait une apparition remarquée apportant son soutien aux salariés.
Selon le journaliste qui a recueilli ses propos, le Premier secrétaire du PS a déclaré : « C‘est un combat qui doit être mené au nom du pluralisme de la presse. Il faut que les tribunaux reviennent sur leur choix… ».

L’implication du chef d’un parti politique à ce moment difficile de la vie de cette entreprise de presse, déficitaire et endettée, me semble un peu déplacé, même au nom du pluralisme de la presse.

Quant à la suggestion qui consisterait à amener le tribunal de Commerce à reconsidérer sa décision, elle est inconvenante à l’égard de l’indépendance des magistrats et du probable sens des responsabilités qui les a guidé pour arrêter leur choix sur l’un plutôt que l’autre des deux candidats à la reprise.

Quant au pluralisme médiatique, il peut prendre des formes diverses et variées comme en témoigne l'épisode qui a opposé Serge Dassaut, propriétaire du Figaro, au directeur de la publication, Nicolas Beytout, lequel a refusé, au plus fort de la crise du CPE, de publier un éditorial d'opinion de son patron favorable au projet de loi.
Un tel souci d’indépendance éditoriale est louable.
Il n’en va pas de même si elle corrobore, organise, déjà et avant tout, des positionnements partisans au mépris de l’intérêt de notre pays.

L'autre illustration, plus anecdotique, concerne Julien Clerc qui lors de l'enregistrement de l'émission « On ne peut pas plaire à tout le monde » de M.O Fogiel évoqua le lien d'amitié qui le liait au Premier ministre, Dominique de Villepin.
A la demande de sa maison de disque, cette séquence fût enlevée à la diffusion.

25.04.2006

Le plafond de l’Assemblée nationale

Il fallait lire l’avis rendu par le Conseil constitutionnel saisi par l’opposition parlementaire sur le CPE.

Je suis étonné que les commentaires des Sages aient été occultés comme ils l’ont été surtout après qu’on eut entendu quelques députés, notamment M. Schwartzemberg, du MRG, affirmer par avance que cette institution ne pouvait faire autre chose qu’invalider la loi et que, dans le cas contraire, ce serait signe de partialité de sa part.

Un des points soulevés par l’opposition, c’est le recours au 49-3 pour abréger les débats, non sur l'article 8 portant sur le CPE incriminé.
Sur ce sujet, le Conseil constitutionnel a repris une « jurisprudence » qui aurait mérité meilleure publicité, s’agissant d’une perversion des mœurs parlementaires.

Voici ce qu’écrit la motivation des attendus sur ce point :

« De même, dans la décision du 30 décembre 1995, le Conseil constitutionnel prend en compte les conditions générales du débat, marquées par une ambiance obstructionniste, en considérant que:

-Si le bon déroulement du débat démocratique et, partant, le bon fonctionnement des pouvoirs publics constitutionnels, supposent que soit pleinement respecté le droit d’amendement (…) et que, parlementaires comme gouvernement puissent utiliser sans entrave les procédures mises à leur disposition à ces fins ;
-Cette double exigence n’en implique pas moins qu’il ne soit pas fait un usage manifestement excessif de ces droits. »
.

Dans le tumulte politico-médiatique, cette justification juridique a été tenue pour portion congrue.
Elle pointe pourtant les abus procéduriers des parlementaires. Rien dans l’esprit comme dans la lettre ne les justifie.

Cet avis a hélas été réduit à un non événement. Ce n’est pas ce qu’il est.

Comment croire, alors que cette chambre manque aux devoirs de sa dignité, que le salut de notre pays serait dans un régime plus parlementariste qu’il ne l’est.

C’est ce que réclame, notamment, M. Bayrou.

Nos compatriotes ne désaffectent pas en nombre la démocratie représentative et les institutions démocratiques sans raison.

Lamartine avait dit quelque chose au sujet du plafond de l’Assemblée nationale, non ?

24.04.2006

Indépendance énergétique

Officiellement, l’Iran ne postule pas au nucléaire militaire. Cette grande civilisation, qui détient les 2 ou 3emes réserves pétrolifères du monde, revendique le droit à l'indépendance énergétique, en faisant le choix de la production d’électricité nucléaire.
Cette posture ne trompe pas grand monde.

L'iran se situe certes dans un jeu de dupe, mais il nous ramène chez nous puisque, en France, ce choix est fait depuis les années 60 et le niveau de la sûreté nucléaire n’est en rien comparable avec celle du parc ukrainien d'hier.

Cette politique, qui permet à notre pays, de contenir actuellement les tensions énergétiques est naturellement controversé comme en témoigne le combat des « Sortir du Nucléaire » récemment réunis pour marquer le 20e anniversaire de Tchernobyl.

Quant à l’Ukraine, sa dépendance à l’égard du gaz russe, cet hiver, et les répercussions sur l’Europe, témoignent de la réalité brutale de l'enjeu.
Sauf à plaider pour un hasardeux concept de la décroissance, il doit conduire notre potentiel de discernement au delà des peurs, qui sont loin d'être toutes justifiées, que peut inspirer l'atome.

La mise en place d'Iter à Cadarache, mais aussi d'autres programmes menées au Japon ou aux USA, me paraissent plus crédibles, pour passer sans trop de dégâts, le flambeau énergétique d'une civilisation du pétrole à celle dont nous avons besoin dès aujourd'hui mais nous ne pourrons pas nous passer demain.

Richesse commune (Commonwealth)

A l’exception de M. Mugabe, président du Zimbabwe, les anciens Etats de l’Empire britannique, réunis au sein du Commonwealth, ont participé aux célébrations du 80 ème l’anniversaire d’Elisabeth II.
Les sujets d’Elisabeth n’ont aucune difficulté à considérer le rôle positif du colonialisme et les peuples qui ont été soumis au joug britannique entretiennent un rapport pacifique avec l‘ancien colonisateur.

Quel contraste avec notre République et ses milices de la mémoire ! Celles-ci ont choisi le filon de la repentance par procuration qui permet à quelques associations, collectifs, d’exister (à renfort de prébendes et de subventions publiques) dans ce registre.

Qu’il s’agisse de l’Algérie, du rôle de Bordeaux dans le commerce des esclaves, de celui de Napoléon, ces mouvements et cercles divers nous accompagnent sur les chemins de la contrition.

Ce qui est magnifique, c’est que sans considérer ce qu’étaient ces époques et les conditions d’y vivre, ces procureurs décrètent, condamnent, excommunient au tribunal de l’histoire.
Quelle stupide présomption ! Quelle manière indécente de faire vivre la citoyenneté !

En reconnaissant la responsabilité de l’État français dans la persécution des juifs menée en collaboration avec l’Allemagne nazie durant la Seconde Guerre mondiale, la France a fait ce qu’il fallait par rapport à la mémoire nationale.
Le reste, elle n’a pas à en avoir honte.

Iran: le choix entre deux chaos

Le 20 août 2004, le prix du baril du pétrole était encore inférieur à 50 dollars. Quelques semaines plus tard, le baril a atteint 55 dollars.

A cette époque, l'Iran, réfractaire aux admonestations internationales sur l'arrêt de son programme nucléaire dit "civil", avait cristallisé les premières tensions. Un mollah avait alors situé la nature du rapport de forces en indiquant « qu'en cas de conflit, le cours du brut pourrait passer les 100 dollars et qu’il fallait savoir si l’Occident voulait cela ».

Depuis, le baril a fait la moitié du chemin, pour passer les 75 dollars et l’Iran a porté à sa tête M. Mahmoud Ahmaninejad qui poursuit une stratégie du fait accompli.

Le régime islamiste d’Iran propose aux nations de choisir entre deux possibilités non négligeables de chaos.

La première possibilité de chaos est d’ordre nucléaire.
La seconde possibilité de chaos est d’ordre pétrolière.
Le chantage est le suivant : le retour à une relative et précaire « stabilité » pétrolière contre l’acceptation de l’instabilité nucléaire et géopolitique.

Sauf à accepter d’entamer le XXIe siècle par un « Munich » pétro-nucléaire, il est inacceptable.

21.04.2006

Mortification (2)

La gauche et l’extréme-gauche vont probablement tirer à boulets rouges sur « le projet de loi sur l’immigration choisie » et mettre en oeuvre sur ce thème les techniques accusatoires traditionnelles de la gauche sur les culpabilités françaises.

Ce projet de loi propose il est vrai une rupture de la politique française en matière d’immigration.

L’Etat entend désormais, outre le resserrement des conditions du regroupement familial, le rallongement des conditions de l’acquisition de la nationalité française, déterminer dans quelles filières les besoins de main d’œuvre justifient le recours à l’immigration.
Il est dans sa légitimité.
D’abord, pour la cohésion nationale.
Ensuite, pour signifier que l’immigration en France n’est pas un acte anodin, et lui confèrer une valeur.

Cela n’est pas inutile au moment où tant de nos compatriotes bradent le sens de l’appartenance à une même nation, bradent le sens de l’effort et de la dignité contre l’exaltation de perpétuelles litanies requérantes.

Il faut s’attendre à les entendre exprimer entendre à cette occasion les pires outrances sur notre pays dont le tort, sans doute, a été de proclamer l’universalité des droits de l’Homme.
J'en suis fier.

« De plus en plus souvent, ce sont les valeurs qui définissent la République qui sont conspuées et soupçonnées de cautionner le maquillage des rapports de domination tout à la fois politique et économique », écrit Claude Obadia, professeur de philosophie en classe préparatoire HEC (‘La Croix’, 20/04/2006).

Cela définit parfaitement la situation morale de notre pays.
Nous sommes parvenus, comme l’a révélé la crise des banlieues, à déposséder ces populations du bien le précieux : l’amour de la nation.

Mortifications

« La colonisation a réalisé un génocide de notre identité, de notre histoire, de notre langue, de nos traditions » :

En quelques mots, le président algérien M. Bouteflika a compromis les chances d’aboutir à la signature d’un traité d’amitié franco-algérien, dont chaque peuple était en droit d’attendre des bénéfices économiques, peut-être, moraux sûrement.

Les questions relatives à la mémoire historique comme celles relatives à l’identité sont hautement sensibles ce qui devrait conduire à éviter à les instrumentaliser.

M. Abdelaziz Bouteflika n’a pourtant pas fait autre chose que dire haut ce que certains de nos concitoyens ne se privent pas de penser.

S’il n’appartenait probablement pas aux élus de la Nation de légiférer sur « le rôle positif de la colonisation », il n‘appartenait pas, de la même manière aux enseignants français de protester par avance à l’idée même de devoir enseigner que cette période pouvait ne pas être que négative.

La polémique intérieure sur le rôle positif de la colonisation témoigne surtout d’une difficulté à porter le poids d’une grande nation historique – la France - sur les épaules. Pourtant, c’est cette France qui a projeté et fait vivre l’idéal républicain qui nous réunit encore un peu.

Qu’un certain nombre d’élus de cette nation affichent pour nos compatriotes rapatriés comme pour les harkis – considérés par certains comme des traîtres à l’Algérie avant même de considérer les raisons pour lesquelles ils furent fidèles à la France - une sorte de mépris est une injustice à leur endroit.

M. Georges Frêche, président socialiste du Conseil régional de Montpellier, professeur d’histoire à l’université Paul Valéry, en stigmatisant publiquement « les sous-hommes » et « les cocus de l’histoire », illustre cette tendance.

On agit envers ces hommes et femmes comme s’ils avaient déshonoré une histoire « simplifiée », idéale sinon idéologique, que d’autres aimeraient pouvoir enseigner.

18.04.2006

Démocratie façon talk-show

En 2007, l'objet des élections présidentielles sera essentiel.
J’ose croire que la démocratie qui a cours aujourd’hui et à laquelle nous devons la difficulté à nous réformer, sera disqualifiée. Elle n’est ni exemplaire ni efficace.

Soit nous nous complairons dans cet état d'irrésolution qui nous caractérise et qui donne à voir tant de spasmes, soit nous déciderons, après en avoir délibéré au cours de la campagne qui s’annonce, d'entrer résolument dans un temps nouveau.

Ce qui s'est passé au cours des deux mandats de l'actuel hôte de l'Elysée est symptomatique. Le gâchis qui en résulte nous porte vers un besoin de clarification.
Elle visera moins la nature et l’organisation institutionnelle de notre République que la manière par laquelle nous y adhérons ou par laquelle nous nous en défions.

Le fait que les gouvernements Juppé, Raffarin et De Villepin aient échoué à produire les effets d'entraînement qu'on attend d'eux dans des domaines qui touchent à la crédibilité de la nation n'est pas un problème de pédagogie, d’humilité, de déficit de démocratie ou de dialogue social.
On ne peut pas se contenter d’une telle explication.

Le peuple français est responsable de la dette qui s’est accumulée, de l’hypertrophie du budget de l’Etat, et par conséquent, entre autres choses, il l’est de la taxation des hydrocarbures. Il est aussi responsable de la perte d’influence de la France dans le monde et, en Europe, du sabordage de la Constitution que la France, ce n’est pas un mince paradoxe, avait elle-même rédigé.

Il est responsable. Non pas en tant que rassemblement d’individus libres d’avoir des avis différents, contradictoires, antagonistes, sur les choses, mais en tant qu’entité souveraine dont est supposé qu’elle procure les moyens de gouverner, décernant de fait, dans les limites d’une mandature, sous le contrôle de deux chambres et d’un conseil constitutionnel, la propriété du droit de le faire.
On voit que même légitimement et démocratiquement acquise, elle a été trop régulièrement, systématiquement, disputée.

Ce qui s’est produit au cours des années Chirac témoigne en effet d’une démocratie française oeuvrant à déposséder directement ou indirectement ceux et celles auxquels a été donnée cette charge, du droit de gouverner.
Il s’en suit une démocratie façon talk-show qui est une monstruosité.

Il suffit d’un peu d’intuition pour voir qu’elle ne saurait accoucher de rien de ce dont la nation a besoin.
Si les effets d’une telle démocratie demeurent vivables pour beaucoup d’entre nos citoyens et notamment ceux qui bénéficient du privilège d’un emploi protégé, ils sont désastreux pour un nombre croissant d’entre nous qui se sentent exilés, indésirés ou exclus dans leur propre patrie.
Les uns s’abstiennent, votent aux extrêmes.
Les autres sont disqualifiés par une école qui ne remplit plus tout à fait son rôle républicain bien que n’ayant que citoyenneté à la bouche, ceux qu’elle qualifie elle le fait de plus en plus aux dépens de ceux qu’elle disqualifie.


Les nourritures dont chacun a besoin


Dès 1995, convenons que malgré la victoire indiscutable de M. Chirac, la gauche politique et syndicale a vite exercé sur le gouvernement une coercition qui a abouti à la fois à l’abandon du projet de réforme et, parce que la situation qui en résultait était insane, la dissolution était précisément non seulement dans l’esprit des institutions, mais dans l’esprit même de la République qui est de s’en remettre au suffrage du peuple.

Que cela puisse être perdu de vue me semble un signe supplémentaire de corruption.
Au second tour des élections de 2002, qu’avons-nous vu sinon, après qu’elle eut échouée, une gauche ameutant la rue pour faire face à l’extrême droite et tentant de prendre de ce fait, moralement, une préemption sur la mandature du chef de l’Etat. Une sorte de mandat impératif express, découlant d’une part prise dans son élection, auquel la magistrature suprême serait tenue… Est-il possible d’aller plus loin dans l’absurde et la dangerosité ?

Cela est peut-être conforme à la définition qu’un peuple de gauche peut se faire de l’Etat républicain et de la démocratie, mais c’est indigne d’un peuple tout court.

Si nous sommes aujourd’hui là, c’est que nous avons toléré tout ce qui nous y a conduit et il faudra, à un moment ou à un autre, que nous en répondions. Quand je dis nous, je pense au peuple de ce pays et j’entends qu’il va de la « racaille » des banlieues à ceux et celle qui votent aux extrêmes. Ils ne sont pas aussi éloignés les uns des autres qu’ils se le disent à eux-mêmes si tant est qu’ils nourrissent la République des vertus qu’elle attend de chacun. La République est, et doit redevenir, un instrument de transformation individuelle et collective.

Je signale qu’il n’est pas anodin que ces jeunes au cours de la crise des banlieues aient pris plusieurs fois l’école pour cible. S’ils avaient incendié des boulangeries, nous en aurions tiré pour conclusion qu’ils avaient des problèmes avec les boulangers.

Bien sûr, s’ils le assuraient seuls cette renaissance, cela n’aurait aucune portée.

Il faudra le faire avec et pour eux. La République française, dans ces conditions là, se retrouvera porteuse de ce capital de valeur et de sens commun qui font sa grandeur.
Telles sont les nourritures dont chacun a besoin. Sans elles nous continuerons à nous étioler, avec parfois quelques crises majeures et la dérisoire quoique tonitruante exaltation d’une République de goudron à laquelle nombre d’entre nous, moins scrupuleux qu’ils ne semblent l’être, se convieront mutuellement.
Tous ensemble.

Pourtant, il ne faut pas être grand clerc pour le constater. A la nourrir de tout de et de n’importe quoi, d’idéologies périmées, de malentendus et de défiances, la République a montré ce que montre tout organisme soumis des nourritures indigestes, elle perd son énergie et vomit son sens.
Nous sommes supposés attendre mieux d’elle.

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