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29.05.2006
De la nature du IIIe millénaire *
Le règne de l’humanité est fragile et la planète Terre que nous savons hospitalière en certains endroits puisqu’elle nous a permis d’y croître et d’y prospérer peut ne pas le demeurer indéfiniment.
Nous connaissons, d’ores et déjà, la précarité de la condition humaine qui voisine et a toujours voisiné, là où elle s’est établie, au pied de montagnes, dans les deltas, près des mers et des océans, la puissance indomptable et parfois meurtrière de la nature et des éléments.
Nous savons quelles innombrables épées de Damoclès, y compris celles de notre potentiel de destruction, croisent leurs fers et pèsent sur nous.
Nous savons, probabilités à l’appui, comment l’orbite terrestre peut être rencontrée par l’orbite d’un ou plusieurs météorites et causer l’extinction de toute vie humaine.
Nous savons également, hors cataclysme causé par de tels objets, comment le climat que nous connaissons actuellement et qui nous est propice en tant qu’espèce, peut lui aussi se retourner en quelques centaines ou milliers d’années, et nous priver de ressources alimentaires indispensables à l’équilibre entre populations, ce qui aurait de tragiques conséquences sur la paix.
Nous retournerions alors, aussi vite que nous avons commencé en nous en extirper, à la condition de glaise instinctive.
………..
Faut-il dire combien l’espèce humaine possède un avantage que les dinosaures n’avaient pas : elle dispose d’une intelligence, d’une culture cumulative et d’une technologie qui a bondi en quelques décennies et qui doit pouvoir nous permettre de développer les conditions indispensables à notre survie.
Cette technologie effraie pourtant par son potentiel et perturbe des certitudes, des tabous et des égocentrismes.
…………
Paul Valéry avait annoncé que nous sommes entrés, avec le début du XXe siècle, dans un monde « fini » au sens de la connaissance géographique que nous pouvons nous en faire, au sens de la conscience que nous avons des ressources énergétiques, du recensement général, en quelque sorte, de nos aptitudes et des moyens de faire avec.
En même temps, nous sommes avons accompli nos premiers pas dans l’univers infini, d’abord pour aborder notre plus immédiat satellite, puis nous avons lancé des sondes et repoussons toujours plus loin les frontières de notre savoir et les capacités de notre déplacement.
Ce sont là les splendeurs du génie humain.
Je le dis avec en mémoire le documentaire qui vient d’être donné, ce vendredi 26 mai 2006 après-midi, sur La Cinq de l’aventure spatiale et des déboires successivement surmontés de la navette spatiale, et de l’étape cruciale que représente l’établissement d’un station orbitale internationale au dessus de nos têtes, tête de pont vers l’ailleurs.
Parmi les différents éléments « politiques » cités, il y a eu le discours « nouvelle frontière » de JF Kennedy, et celui, datant de l’année de sa réélection, de George W. Bush, relançant l’ambition spatiale, avec pour but « de placer l’homme dans l’univers ».
Cette compétition entre puissances ne saurait être réduite à une compétition en terme suprématie, même si cette dimension est à la fois inévitable et stimulante, technologique et économique.
Elle initie notre devenir commun.
………..
Je songe à cela en observant la pauvreté dialectique d’Al-Qaida et des fondamentalistes religieux de tous bords, y compris de ceux qui ont pour religion la crainte du progrès et un improbable retour à la nature.
Ils n’appartiennent pas à l’avenir.
Ils n’appartiennent même pas, reconnaissons-le pour eux, au présent. Ils essaient d’y imposer leur folie, leur rigidité, leur peur et d’y régner par le culte stérile de l’ignorance et toutes sortes de prédications.
…………
Sans se situer du côté des peurs millénaristes, il n’est pas difficile d’admettre que jamais jusqu’à présent il n’a semblé plus justifié d’avoir des craintes pour l’avenir et par conséquent d’avoir l’ambition de mobiliser les politiques industrielles, technologiques, humaines destinées à permettre, le plus rapidement possible, à l’humanité d’échapper à un éventuel désastre et de construire son projet d’essaimage, réclamant le concours de l’ensemble des sciences du vivant, de la physique et de l’humanité.
Il conviendrait de les soutenir du mieux que l’on peut.
Cela ne saurait tenir uniquement aux capitaux injectés, mais à la mobilisation, dès l’école, des intelligences tournées, in fine et toutes contributions confondues, vers ce but d’excellence.
Normalement, nul ne doit être exclu d’un tel dessein.
A fortiori, nul ne doit, par idéologie ou fanatisme, s’exclure lui-même ou exclure les siens.
………..
Quel jour, quelle semaine, quel mois, n’apportent pas un élément de savoir de plus, participant directement ou indirectement à cette conquête et (ou) à la compréhension des obstacles à franchir?
Qu’il s’agisse de la traque des exoplanètes, situées au proche immédiat de notre système solaire, ou encore du décodage de l’adn, du génie génétique, des recherches sur l’énergie, tous ces éléments de connaissance trouvent nécessairement des applications quotidiennes concrètes aujourd’hui, mais elles se placent dans la perspective d’un défi universel au sein duquel chacun, quelle que soit sa nation, sa culture, a vocation, au-delà de lui-même, à prendre place.
Ce défi de la sauvegarde de l’espèce et de l’ensemble des choses qui lui est nécessaire est un défi auquel nous serons, ultimement, confrontés. Quand précisément ? Je l’ignore. Mais parce que je l’ignore, il est évident que cela me regarde déjà, et que, à travers moi, cela regarde ce que nous sommes et ce que nous entendons devenir.
C’est une tache qui va au-delà de ce que nous avons réalisé jusqu’à présent et dont la portée, parce qu’elle est ce qu’elle est, unifie l’ensemble des savoirs humains.
……….
Cette projection dépasse notre propre personnalité individuelle, étriquée. Elle est à la mesure de l’humain qui est en nous.
Il s’agira de transporter loin de celui qui est promis à disparaître avec nous, un monde du vivant vers des contrées inconnues et situées hors de notre appréhension du temps et de l’espace.
La technologie et la science à mettre en œuvre pour réaliser ce pas n’en sont, à l’heure où je parle, qu’à leurs prémisses.
Mais si nous n’avions pas à atteindre ce surpassement de notre condition, le destin de l’homme serait d’ores et déjà refermé sur lui-même et présenterait peu d’intérêt.
…………..
Sans doute sera-t-il souhaitable d’intégrer, un jour, au plus tôt dès que la nature des hommes y sera propice, à la charte de l’Organisation des Nations Unies, cette dimension, et d’énoncer l’intérêt supérieur que représente pour tous l’application à réunir les conditions pour favoriser l’atteinte d’un tel but. Le service de la paix entre les nations y trouverait une sur-justification majeure et, si la raison n’est pas aussi absente que certains le redoutent, il tiendrait chacun à la conception qu’il se fait ou entend se faire de son devoir.
Il y aura un nombre incalculable de matières à porter aux confins où nous sommes déjà attendus et parmi elles, puisque je suis à ce moment dans cette écoute, le concerto N°6, B-Major, BWV 1051 Allegro, de Johann Sebastian Bach et ce qui l’a inspiré : le monde en son entier.
…………
Difficile de dire si nous, en tant qu’espèce, serons à la fois disposés et capables de nous élever au niveau de cette exigence.
Nos enfants le seront.
Nous sommes sous leur regard.
* Et accessoirement du XXIe siècle
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De si jolies manières
Décidément, rien ne sera épargné aux Français. Les critiques fusant après la mesure d’amnistie prise par le chef de l’Etat en faveur de l’ancien champion olympique du 110 m haies Guy Drut et les termes par lesquels elle s’exprime me laissent pantois.
Lorsque l’annonce en a été faite, j’avais la naïveté de penser qu’elle ferait une unanimité assez large en raison de ce que représente, indépendamment de son engagement politique, ce champion et de son implication au sein du CIO.
Or, du PS à l’UDF, en passant par les Verts et quelques voix UMP, cette mesure alimente – encore - un procès d’intention impudique envers le chef de l’Etat, concernant des pratiques relevant « du fait du prince » ou de « mœurs d’un autre temps ».
Nul ne peut dire qu’il est et a été fait, aujourd’hui comme au cours des années précédentes, du pouvoir discrétionnaire de l’hôte de l’Elysée en matière de grâces un usage abusif.
J’espère, personnellement, que ce seront, telles qu’elles ont été pratiquées, des mœurs durables car elles respectent et la lettre et l’esprit de la Constitution et maintiennent la Présidence de la République au niveau d’arbitrage régalien qui est le sien.
………….
Au PS, les voix s’élèvent pour dénoncer un président, qui lui-même en sursis, selon eux, se prendrait tel un mafiosi à profiter de la fin de son mandat pour protéger « impunément » ceux de son « clan ».
Ils n’ont pas peur des mots.
Moi non plus.
Prétendre à de hautes fonctions dans la République et au sein de l’Etat et faire preuve d’un tel état d’esprit, de moeurs et d’une parole aussi scabreuses, est peut-être un déshonneur pour la République.
En tout cas, pour moi, c’est une énigme.
Comme toutes, elle mérite d’être percée.
………….
M. Bayrou, l’homme orange qui se rêve en homme d’une révolution à l’Ukrainienne, lui, ne cesse de s’émanciper de lui-même.
Je suis content pour lui.
Dans les colonnes de Libération, évoquant les différentes crises sociales (cpe), juridico-médiatiques (clearstream), il assène son diagnostic, à propos du chef de l’Etat, des mœurs au sein de l’Etat et des institutions de la Ve République.
L’amnistie de Guy Drut est la goutte qui fait déborder son vase : « Ils sont devenus fous », répète, quasiment doctoral, le chef de file de l’UDF.
Je trouve à M. François Bayrou l’aplomb de celui qui se découvre vertueux et entend en faire profiter toute la communauté non pas tant par ses propres qualités que par les tares qu’il prête généreusement à ses adversaires.
Je conçois qu’une telle découverte sur soi puisse être enivrante.
Son discours sur la censure restera dans les annales. Il est d’ailleurs salué par M. Laurent Fabius qui regrette simplement que M. François Hollande n’ait pas pu s’élever à un tel niveau d’expression politique.
Moi, je me demande comment l’on peut réellement s’élever quand on ne sait le faire qu’en prêtant, au point qui est démontré à l’heure actuelle, des turpitudes morales à ses adversaires.
……….
« Tout ce que l’on voit
se développer
se fera au détriment
de l’exécutif.
Souvenez-vous en. »
François Mitterrand
……….
M. Bayrou me fait penser, dans un autre registre, à un autre héraut naissant de la droite. Membre de l’ump, M. Dupont-Daignan, est le pourfendeur du chiraquisme, de la construction européenne, de la possible entrée, au terme d’un processus exigeant, de la Turquie dans l’UE.
Il est déjà à la recherche de ses signatures pour convoler à la présidentielle.
Il faut reconnaître à cet homme d’avoir su écrire - en 1996 il me semble mais j’en ai oublié jusqu’au titre - un livre prémonitoire sur l’importance de lui-même pour le renouveau de la France et du Gaullisme.
S’annoncer d’une telle manière constitue un avantage qui n’est pas donné à tout le monde.
………
La polémique autour de l’amnistie de M. Guy Drut me rappelle les propos « lucides » qu’avait tenu le président François Mitterrand à Michel Roussin, l’ancien directeur de cabinet de Jacques Chirac à la mairie de Paris et ministre de la Coopération au sein du gouvernement Balladur.
Alors que le ministre chiraquien subit déjà l’hallali et la pression médiatique liée à l’affaire des hlm de Paris qui va avec, M. Roussin relate, dans le livre qu’il vient de publier, comment le président Mitterrand lui permet de fausser compagnie à la meute qui l’attend et se remémore l’aparté avec l’ancien chef de l’Etat.
« Monsieur Roussin, je ne peux rien pour vous. Vous allez vivre une épreuve difficile pour vous, mais aussi pour les vôtres. Je le regrette. Vous quittez le gouvernement. Vous êtes un bon ministre de la Coopération. Je sais que vous aimez les Africains. »
-Merci M. le Président.
Puis un long silence.
« Vous savez, c’est un ancien Garde des Sceaux qui vous le dit. Le gouvernement auquel vous appartenez cède à une mode sans réagir. Tout ce que l’on voit se développer se fera au détriment de l’exécutif. Souvenez-vous en. »
Il semble que cette « mode » se soit emparée de personnalités qui vont au-delà du gouvernement en question et y trouve terreau fertile.
Quant à M. Michel Roussin, il est beaucoup de choses, mais aussi et surtout un officier.
Il en faut.
*n.m. (lat gobio). Valet d’armée. (Vx). Apprenti maçon. Homme mal élevé, grossier.
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26.05.2006
Dear America
Voici ce que j’écrivais, sur un forum largement alimenté par les positions des pro et anti-Bush, le 14/12/2004 à propos de l’Amérique de M. George W. Bush et de la situation de l’Irak:
«Les Etats-Unis d'Amérique sont un bouc-émissaire idéal. Mais un bouc-émissaire est là pour faire oublier les vraies responsabilités.
M. Saddam Hussein est responsable de ce qui est arrivé car il n'a jamais permis de lever, comme il aurait dû le faire, en autorisant les inspections de l'ONU, les doutes sur l'existence des ADM (Armes de Destruction Massives).
Aujourd'hui, les Américains admettent que l'Irak n'a pas été en possession des ADM mais il ne faut pas oublier comment Saddam Hussein a essayé d'exploiter le doute sur sa capacité de nuisance jusqu'au bout. C'était un calcul de "dissuasion" pernicieux qui ne pouvait se retourner que contre lui-même et, hélas, contre le peuple qu'il dirigeait dont il a instrumentalisé et médiatisé la misère pour mettre en oeuvre, devant des opinions publiques occidentales aveugles parfois, un processus de victimisation.
Pardonnez-moi de le dire mais, même si j'étais hostile à la guerre parce que les conditions du droit étaient bafouées, j'estime cependant que le seul responsable de la guerre était Saddam Hussein et que ses manœuvres - celles-là parmi d’autres - étaient indignes d'un chef d'Etat.
Depuis l'invasion du Koweit, il n'a amené à sa nation que ruine, privations et désolation.
Cette page doit être tournée.
Les Américains, ceci dit, donnent des signes concrets d'une volonté de se retirer dès que le pays sera en mesure d'assumer son destin et de renouer avec un début de stabilité politique.
Il convient de ne pas boucher ces horizons. Chacun y perdrait à l’exception de ceux, Al-Qaida en tête, qui fondent leur vision de l’avenir sur la persistance et la propagation du chaos.
Je pense qu’il y a en Irak les ressources en hommes responsables, qu’ils soient chiites, sunnites ou kurdes, anciens baasistes, etc, pour s'entendre et permettre d'établir, même si elles sont ténues, les conditions d'aboutir à une solution politique rationnelle et de donner ainsi une chance à la démocratie de faire un pas qui peut être décisif.
Ces chances là ne se gâchent pas impunément.»
…….
Quelques semaines avant la réélection de M. Bush à la présidence des Etats-Unis, Oussama Ben Laden avait, par l’intermédiaire d’une cassette, tenté de jeter un pavé dans la mare et de peser sur l’élection.
Il avait adopté un discours inédit, volontairement débarrassé de son exaltation fanatique, en direction du peuple américain, l’invitant à congédier l’administration Bush au profit du candidat démocrate John Kerry.
………
L‘Amérique a eu raison de ne pas dévier.
L’avenir lui donnera peut-être raison. Il faut le souhaiter.
………
Le peuple irakien a commencé et continue de le faire. Il l’a fait, d’abord, en s’exprimant dans les urnes, en 2005, et en faisant usage, malgré les menaces des groupes djihadistes et sunnites, de la démocratie pour dire qu’il était une réalité.
Une réalité certes meurtrie, blessée, violentée, soumise au rude et sanglant impact des fanatiques de tous bords, dressant les uns contre les autres, la foi des uns contre la foi des autres, les racines des uns contre les racines des autres.
Mais une réalité tout de même.
La réalité s’impose toujours.
……….
J’ai souvenir, ici, en France, quelques semaines et jusqu’à la veille de ce scrutin historique pour les Irakiens, d’un certain nombre de commentaires annonçant l’échec de cette élection, la désaffection présumée des urnes, le climat de peur et le fatalisme des Irakiens. J’ai souvenir d’un presque désir de défiance et d’échec démocratique, assez largement partagé dans les médias.
Ces oracles se sont alors bien trompés.
Je me souviens de ce dimanche, précédant de peu, il me semble, celui où nous disions «non» au projet de ratification de la Constitution européenne.
Nous pouvions y voir des familles entières, des femmes, leurs époux, braver la menace et l’intimidation pour accomplir ce qui ne saurait être réduit à un simple devoir civique et exhiber, au sortir des urnes, leur pouce taché d’encre.
C’était là bien plus qu’un devoir civique.
C’était l’apposition d’un sceau indélébile sur le visible désordre des choses.
………..
Même née dans des conditions effroyables, le démocratie irakienne a permis de poser les fondations d’une situation sur laquelle, aujourd’hui, une nouvelle étape a vu le jour avec la constitution d’un gouvernement qui n’a pas pour vocation d’être seulement de transition et auquel ne manquent, à l’heure où j’écris, que l’attribution que l’on peut imaginer épineuse des portefeuilles de l’Intérieur et des Armées.
Cette période «native» a vu, comme on peut s’y attendre, la poursuite des entreprises de terrorisme et les attentats de ceux, que j’espère moins nombreux qu’hier, qui ont intérêt à maintenir l’Irak dans le chaos et le sang, l’insécurité civile, politique et économique.
Parmi eux, il y a les mouvances dérivées d’Al-Qaida mais, très certainement, d’autres intérêts à l’œuvre liés à des acteurs régionaux qui peuvent espérer profiter d’une «libanisation» de cette terre.
………
Cette série de considérations me ramènent en France pour postuler que lorsque s’épuisent toutes les optimismes, il en est un qui se met naturellement en évidence.
Il tient dans la possibilité d’un peuple, souverain et libre.
Il mérite qu’on se batte pour lui.
………
L’Amérique de M. Bush a un grand mérite. Elle a les pieds dans une boue qui faite de terre et de sang. Et ce mérite là, il convient de le lui reconnaître car elle le paye du sang de ses GI’s, à l’égal du sang de ces innombrables Irakiens et Irakiennes qui subissent la terreur, ce en vertu de l’ambition qu’il partagent de voir un nouvel Irak émerger enfin.
A cette échéance, qui n’est peut-être plus lointaine, l’administration américaine pourra enfin procéder à un retrait progressif de ses troupes que tous, y compris une part importante de sa population, appellent de leurs voeux.
Bien sûr, il est toujours possible de regarder cette grande nation démocratique avec le regard des Djihadistes, de lui prêter des arrière-pensées impérialistes ou énergétiques, c’est-à-dire d’épouser totalement ou partiellement le type de pensée qui véhicule l’image d’un «grand Satan», «Camarade loup» ou encore, d’un pourvoyeur de «mal-bouffe».
Pourtant, quoiqu’on puisse en dire, et nous ne sommes pas, nous Français, les plus mal placés pour l’apprécier, cette nation a fait ses preuves et continue de le faire.
…………
La première victoire contre Al-Qaida peut se produire là, sur cette terre qui a subi deux guerres. Je crois qu’elle peut arriver très vite et produire des résultats spectaculaires et édifiants.
Si l’Irak se reconstitue, comme il semble apte à le faire, recouvre l’intégralité de ses frontières, je ne donne pas cher de la peau ni de l’avenir de l’ «émir» Al-Zarkaoui et ses affidés, ni de celle des tutelles infiltrées qui sont à l’œuvre actuellement.
Le peuple irakien a payé un prix humain qui, indiscutablement, permet de penser qu’il saura distinguer les «occupations» qui le menacent de celles qui le protègent de l’asservissement.
……….
L’instauration de l’Etat irakien et de la démocratie qui lui est associée constituerait un démenti flagrant à l’islamisme intégriste qui tel un nid de guêpes menace le monde de sa vindicte.
Le dimanche 30 avril dernier, le Journal du Dimanche, fait état d’un message vidéo diffusé sur internet par lequel «le numéro 2 d’Al Qaida, l’Egyptien Al-Zawahiri appelle les Pakistanais à renverser leur président, le général Musharraf, qu’il qualifie de traître».
Le Pakistan est une puissance nucléaire qui partage une frontière commune et un litige territorial – le Cachemire - avec une autre puissance nucléaire : l’Inde.
Le JDD rapporte «qu’après Ben Laden et Al-Zarkaoui, Al-Zawihiri est le troisième haut responsable du réseau terroriste à intervenir sur le web en une semaine».
Cela coïncide avec une reprise des offensives des Taliban, lesquels n’hésitent pas, lors de leurs replis, à utiliser les populations civiles comme bouclier humain.
………….
Al-Qaida est en verve. Oussama Ben Laden s’est à nouveau manifesté, mardi 23 mai 2006, dans un message audio destiné à disculper Zacarias Moussaoui.
Cette nouvelle initiative du chef d’Al-Qaida ne vise pas à instruire la manifestation de la vérité. Elle ne répond nullement à un souci de justice envers Zaccarias Moussaoui.
Oussama Ben Laden utilise le verdict prononcé par la Cour d’Alexandria contre l’Amérique non seulement pour se rire de l’administration Bush et de ses institutions, mais pour se façonner, à partir de ce qu’il s’applique à désigner comme étant une erreur judiciaire, une image de Grand Justicier, comme il avait tenté, avant les élections de novembre 2004, de se poser en une sorte de Grand Libérateur.
Ce ne sont là que des postures dignes d’un pantomime qui n’a pas grand-chose à voir avec la grandeur d’Allah.
Même s’il faut craindre que ces éléments de propagande puissent encore atteindre, et pas seulement parmi les opinions publiques arabes, un certain nombre de cibles qui y sont toujours plus ou moins prédisposées, il est incontestable que, depuis 2001, la stratégie d’Al-Qaida est tenue en échec.
………..
C’était en 2001 aussi. Le round de négociations engagées au sein de OMC avait échoué à Doha laissant le processus de mondialisation et de libéralisation des échanges en panne à la fois de règles et de résolutions.
A ce que j’ai pu entrevoir au gré de mes revues de presse, il semble que l’Organisation Mondiale du Commerce tente de boucler son round.
Cela aussi constituerait une petite victoire sur la logique d’Al-Qaida.
…………
Sogerma : comment ne pas être touché par le désarroi des salariés de cette entreprise ? Comment ne pas être surpris par la situation économique désastreuse de cette entreprise, filiale d’EADS, qui pour avionique qu’elle soit ne sait pas ou n’a pas appris à voler de ses propres ailes.
Quel dommage que cette entreprise aux compétences et aux technologies reconnues ne soit pas en mesure de produire, dans des délais acceptables des bombardiers d’eau, par exemple.
Autant d’ingénierie, de qualifications, et ne pas être en mesure de produire des appareils dont on voit chaque été combien ils sont indispensables à la lutte anti-incendie dans notre pays et pourraient l’être ailleurs en Europe ou Outre-Méditerranée, cela frise l’incompréhensible.
Cela d’autant plus que les pilotes français basés à Marignane ont pu signaler la spécificité qu’ils attendaient de leurs appareils dans le survol des reliefs.
Relever des défis unit les hommes et les femmes, mais on ne peut le faire au mépris des exigences capitalistiques et de celles du marché.
Quelle est donc la condition qui assure le potentiel de réactivité d’une entreprise ?
…………
Précaution locutoire : Après le blocage des dépôts pétroliers, le Syndicat des Travailleurs Corses de la SNCM, que l’on pensait dégagée de ses démons, menace de suspendre la continuité territoriale entre le continent et l’île de Beauté par solidarité pour la cinquantaine de porteurs de journaux de «Nice Matin».
J’ai beaucoup de respect pour eux. C’est une activité que j’ai pratiquée. Mais quand même !
Que dire d’une chose qui se passe à ce point de commentaire ?
En Corse, il vaut mieux éviter de dire d’une évidence qu’elle saute aux yeux.
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09.05.2006
En finir avec la Révolution
La présidentielle 2007 nous porte vers un débat fondamental. Il dépasse les querelles d’hommes, peut-être même les clivages idéologiques réels ou supposés et touche à la manière dont on conçoit la démocratie, l’exercice du pouvoir et par conséquent la qualité de la République où se reconnaît, si elle veut continuer ou recommencer à le faire, notre nation.
Il est possible, bien entendu, de rendre toujours plus méconnaissables l’une à l’autre, cela pour des raisons qui ne manqueront jamais, mas cela n’est dans l’intérêt de personne.
M. Fabius, dans un entretien accordé au Monde daté du 3 mai dernier, est partisan d’une «République nouvelle» .
Il esquisse cette réorganisation institutionnelle dans les termes suivants:
«Les rôles de l'Assemblée nationale et du premier ministre seront renforcés, et celui du président recentré sur l'arbitrage, le long terme et les valeurs qui fondent la cohésion de la nation. Pour assurer un Etat impartial, le président ne sera plus membre du Conseil supérieur de la magistrature, ne nommera plus les membres du Conseil constitutionnel ou du Conseil supérieur de l'audiovisuel. Il sera le garant des institutions, conservera le droit de dissolution en cas de crise, tracera l'horizon de l'action. Cette refondation démocratique s'étendra au territorial et au social, notamment aux responsabilités et à la représentativité syndicales. Avec le quinquennat, on s'est arrêté à mi-chemin. Il faut une présidence responsable, supprimer le 49-3, introduire une part de proportionnelle, donner un statut à l'opposition et en finir avec le cumul étouffant des mandats. Il faut aussi un gouvernement paritaire, un vice-premier ministre chargé des affaires européennes et une charte sur la laïcité adossée à la Constitution. Enfin, je réfléchis à un mécanisme qui permettrait à une proposition de loi soutenue par plus d'un million de Français d'être examinée par le Parlement. Cette République parlementaire, stable et transparente, sera l'un des grands enjeux du débat de 2007.»
Cette République, j’en ai peur, n’est pas «nouvelle». Elle est fondée sur le parlementarisme et ressemble dans sa philosophie à des régimes qui ont déjà existé, régimes qui se sont signalés par la paralysie institutionnelle, l’instabilité, la cacophonie.
On leur doit, certes, le Front Populaire de 1936 emblématique d’une France célébrant dans le lyrisme la force du progrès social, cela à coté d’une Allemagne éreintée, humiliée après la première guerre mondiale et se donnant à Hitler.
1936 : l’avènement des congés payés et d’une insouciance qui allait faire long feu comme en témoignent les évènements qui allaient suivre.
Ce gouvernement du Front Populaire est une référence de la gauche française qui y voit des raisons d’espérer et de se ressourcer (1). Pourtant, ce gouvernement Blum est peut-être passé à côté de quelque chose qui ne se limite pas à l’anachronisme de l’outil et de la stratégie de défense nationale auquel il conduisit mais représente la combinaison désastreuse d’une perte de vigilance gouvernementale et d’euphories sociales.
De « redoutables
passions sociales »
Il n’est pas inutile de rappeler cela.
Ce n’est pas tenir un discours d’ancien combattant. Il n’y en a pas dans cette sorte de bataille permanente.
De toute façon, je suis moins âgé que M. Fabius.
C’est être animé par le souci de m’assurer que mon pays, que je persiste à voir comme un grand pays, dispose des moyens institutionnels lui permettant d’être conduit et de se comporter comme un grand pays.
Pour autant que les conditions de discernement serein lui soient offertes, le peuple ne saurait être animé que par ce souci.
Ce n’est pas ainsi, hélas, que la nation réelle, qui émane des urnes, s’est montrée dans le « Non » au traité constitutionnel, « Non » auquel M. Fabius, sans être le seul à l’avoir été, n’est pas étranger (2).
On peut y trouver des motifs de satisfaction ou d’insatisfaction. Quelle que soit notre opinion politique, il est indice, au fond, d’une certaine défection de nos clercs.
Je ne crois pas que les enjeux, la nature des forces à l’œuvre et de leur relation collective au pouvoir personnifié, aient beaucoup changé depuis ce temps rêvé d’une lutte des classes comme explication et résolution des problèmes du monde.
Le 27 janvier 1848, Alexis de Tocqueville tient des propos, qui surprennent par leur actualité, en s’inquiétant «de passions sociales, bien plus redoutables que les passions politiques, parce qu’il ne s’agit plus seulement de renverser telle loi, tel ministère, tel gouvernement, mais de changer le monde lui-même».
Mot pour mot nous pourrions les appliquer pour décrire les mouvements anti-libéraux et anti-mondialistes qui tiennent si souvent le haut du pavé et infiltrent la manière par laquelle un certain nombre d’entre nous appréhendent le monde et le rapport de notre pays, «patrie des droits de l’homme», au monde.
Le message de la France est un double message d’unité et de dignité.
Quand elles font défaut, partout les régimes ou les idéologies criminelles, liberticides et fanatiques s’appuient, hier comme aujourd’hui, pour corroder les institutions nationales et internationales.
De la France, nous devrions attendre qu’elle porte ce message. De chacun d’entre nous, nous devrions attendre qu’il soutienne l’esprit de concorde, au moins sa condition fondamentale, qui permet à notre pays d’être encore cette voix.
« Prenons-nous
tels que nous sommes »
Cela suppose que nous en finissions avec le désir ininterrompu de Révolution auquel le projet de nouvelle République de M. Fabius, tout policé qu’il paraisse être, apporte son eau.
Son projet constitue une déstructuration de la République imaginée en 1946 par le général de Gaulle afin d’éviter que les impérities gouvernementales qui ont causé tant de tort à notre pays ne se reproduisent.
Il tient la fonction présidentielle à «l’horizon», alors que De Gaulle, dans une autre tradition, y voulut assurer de la profondeur pour le peuple et de la hauteur pour la République, hauteur nécessaire à l’ouverture du plus grand horizon.
Je découvre aujourd’hui, emprunté ce jour à la médiathèque de ma ville, le discours de De Gaulle de Bayeux, le 16 juin 1946 :
«Des Grecs, jadis, demandaient au sage Solon : « Quelle est la meilleure constitution ? ».
Il répondait :
« Dîtes-moi, d’abord, pour quel peuple et à quelle époque ?».
Aujourd’hui, poursuit le Général, c’est du peuple français et des peuples de l’Union française qu’il s’agit, et à une époque bien plus dure et dangereuse ! Prenons-nous tels que nous sommes. Prenons le siècle tel qu’il est.(…) Toute notre histoire, c’est l’alternance des immenses douleurs d’un peuple dispersé et des fécondes grandeurs d’une nation libre groupée sous l’égide d’un Etat fort».
Que dire d’un homme qui avertit si bien un peuple tout entier sinon qu’il le rend deux fois tel qu’il est?
Afin de nous éviter les phénomènes qu’il vit à l’oeuvre, l’homme du 18-Juin conçoit la République de telle sorte que s’y établissent des équilibres entre chambres, avec prédominance du parlement sur le sénat, des navettes, des arbitrages, tout en consacrant, surtout, dans la fonction présidentielle le lieu, in fine, de l’autorité et de la conscience régalienne.
M. Fabius représente un courant de la gauche lorsqu’il veut faire chuter la fonction de son piédestal et la réduire à la représentation, à des fonctions inaugurales, à l’arbitrage, tout en promouvant un «gouvernement paritaire», «un vice-premier ministre chargé des affaires européennes et une charte sur la laïcité adossée à la Constitution».
Il veut mettre fin à l’irresponsabilité du Président en le rendant responsable devant le Parlement.
Puisqu’il entend faire évoluer l’Etat vers un «Etat impartial», il postule, ce qui mérite d’être étayé, ce qui est soutenu par Le Monde (3), qu’actuellement l’Etat serait partial.
Pour le réaliser, il prône de déposséder le Président de la République des prérogatives en matière de nominations et en le privant de la présidence du Conseil National de la Magistrature.
Beaucoup de personnes trouvent probablement anormal que le premier personnage de l’Etat n’ait de compte à rendre, politiquement, qu’à lui-même.
Le raisonnement tient en effet jusqu’à un certain point que chacun est livre d’atteindre ou pas. Il chute en effet au moment où l’on est amené à considérer que ce lui-même, dans l’esprit, dans les attributs, dans la symbolique, et dans les faits, ce lui-même est fait directement de nous-mêmes, de la part permanente de nous-mêmes sensée échapper aux dissipations qui pourraient nous soustraire à nos obligations ou à notre dignité.
Accepterons-nous de le démanteler ce lien?
Nous en avons, nous en avons toujours eu, le loisir.
L’irresponsabilité politique du président est le seul moyen d’assurer la liberté du chef de l’Etat et donc d’assurer la nôtre.
Car en organisant, via son élection au suffrage universel, le lien privilégié entre la nation et celui qui la préside, elle consacre, intuitu personae, c'est-à-dire par la personne que nous investissons pour voir dedans, une légitimité qui émane directement du peuple.
Je suis désolé d’avoir à le rappeler.
Mais j‘en entends si peu le faire, parmi ceux dont j’attendais, au cours des dernières années, qu’ils le fissent mieux que je ne saurais le faire, que je me suis mis en devoir de le faire.
Cela n’aurait jamais dû m’incomber, mais c’est peut-être la raison pour laquelle, plus qu’un autre, je devais le faire.
Aussi, cela ne valant que ce que c’est, au plus fort de la tempête qu’il essuya en 2001-2002, j’ai écrit au chef de l’Etat pour lui dire, simplement, que je ne laisserais pas s’instaurer cela et par cela j’entendais, sans le formuler aussi clairement que je crois le faire aujourd’hui, ce que je viens d’énoncer.
Ainsi, je me suis maintenu.
Je tombe ces jours-ci sur Lamartine.
Non le poète mais l’élu de la Nation.
Je lis son adresse au citoyen.
A un seul et comme à tous.
«La démocratie a dit à tout Français en âge de raison, en condition d’intelligence et de moralité appréciables : tu participeras au droit, à l’exercice du droit social, non parce que tu possèdes mais parce que tu es. Je ne te demande aucun cens matériel ; je te fais citoyen et électeur parce que Dieu t’a fait homme. Ton signe de souveraineté, c’est ton âme ; ce n’est pas ton champ, ton mur ou ton centime ; et ce signe, il est inaliénable comme ton nom d’homme égal à moi» .
En la lisant, je lis presque, en convexe, ce qu’il dit de la fonction présidentielle dont il fut farouche partisan et j’apprécie que ce qui est contenu dans la dimension de sauvegarde qui est assignée au Président de la République, ce n’est rien d’autre que «nous» débutant au premier citoyen, celui dont la condition est d’endurer et de poursuivre la tache.
Ceux là sont toujours les plus nombreux.
Nul ne mérite
une République des carences
La République n’a qu’à faire entendre cela pour être suivie par une large majorité de ses citoyens. Ils y sont prêts.
Tout ce que le peuple lui demande, a fortiori ce peuple des banlieues décousues, c’est une attestation de ce type.
Cela est préférable aux saupoudrages permanents, sur des associations ou des structures qui parfois plaident pour des tiers pour légitimer ou renforcer leur propre rôle, dissimulant parfois derrière le sacerdoce social l’ancrage de leur influence idéologique.
Je remarque que le Hamas, en Palestine, n’a pas suivi une autre stratégie pour asseoir son pouvoir sur des zones laissées en jachères, il est vrai, par une autorité exsangue.
Au milieu des manifestations ou des crises, je suis toujours étonné de voir autant de keffieh à damier autour du cou de tant de jeunes gens qui n’ont pas grand-chose à voir avec cette affaire. Je n’entends pas qu’on leur laisse la marge de manœuvre, ni à ces jeunes ni aux réseaux de pensée qui les inspirent et les exaltent, leur permettant d’entretenir de telles confusions territoriales.
Les jeunes des banlieues méritent, autant que les autres, la liberté d’être compris dans la République. Ils méritent de l’être plus comme Lamartine entendait qu’ils le soient que comme Bourdieu, puisqu’il a laissé une vraie prégnance, nous enjoindrait de le faire.
Elle n’a pas à laisser qu’on leur promette, derrière quelques façades, de la sociologie et de l’idéologie par procurations nourrissant des utopies suspectes.
La seule chose qu’elle a à leur promettre, et qu’elle doit tenir dans la mesure de ses facultés, de ceux et celles qui s’y associent, mais aussi de la faculté de ceux qu’elle sert, c’est la pleine et entière possession d’eux-mêmes, principale condition de leur réalisation personnelle et sociale.
Rendre la jeunesse à elle-même, à son énergie, à sa dignité, ce n’est pas la tenir comme on l’a tenue lors des manifestations anti-cpe, ou, dans de moindres mesures, dans des mouvements plus impliqués idéologiquement.
Ceux qui se comportent tels des «voyous» sont assez lucides et intelligents pour comprendre qu’ils le sont et attendre qu’on le leur dise.
Ils feront ce qu’ils entendent faire. C’est leur liberté et comme toutes les libertés, elle entraîne des conséquences pour soi et pour les autres.
Si on s’interdit, pourtant, de leur dire – au prétexte d’être taxés de «stigmatisation» - ce qu’ils savent être compte tenu de leur comportement, alors ils sont en droit de se demander dans quelle République ils sont et d’en conclure qu’elle est celle des carences.
Ils ne méritent pas celle-là.
A qui donc d’autre qu’eux, puisque ce sont eux qui veulent se montrer les plus désemparés, la République est-elle en devoir de demander un effort surhumain ?
Un effort surhumain dont ils diront, une fois qu’ils l’auront accompli, qu’il ne l’était pas.
Convenons que cette exhortation-là est préférable à la la demande du Parti communiste, relayée par L'Humanité qui fut naguère fondée par Jaurès, qui consiste presque à octroyer un statut de réfugié politique aux auteurs de violences interpelés aux cours des manifestations anti-cpe.
Je le dis à ce stade : la gauche prospère sur les idées fausses qu’elle se fait du pouvoir, de la société et de la souveraineté nationale. Et dans ce penchant qui est devenu le sien, elle ne se trouve qu’en exaltant d’étranges révoltes, d’improbables émancipations, contribuant ainsi à l’essor du communautarisme, fragmentant la République au risque de broyer des existences, elle les envoie s’écraser contre le réel, ce pour moudre le grain qui lui sert à s’alimenter.
Un problème existentiel
avec la République
Elle a un problème existentiel avec la République telle qu’elle est installée depuis 1958. C‘est un problème à régler pour retrouver le sens et la valeur même du pacte social et ne pas le laisser en pâture aux plus nocives des équivoques, celles qui, institutionnalisant le conflit social, institue et banalise la violence sociale, communautariste et corporatiste.
Cette surenchère démonstrative défigure notre pays et, je le crains, l’affecte en profondeur, c'est-à-dire jusqu’à nos enfants.
Cette démocratie des minorités agissantes comme des plus vastes mouvements sociaux, brandie non comme problème, mais comme solution, selon une formule souvent utilisée, lors de conflits sociaux, à l’Assemblée nationale par le Premier secrétaire du PS pour interpeller le gouvernement, est une tromperie.
Pour ces raisons, il me semble, point d’accord avec M. Fabius, que l’on rejoint un débat essentiel qui n’a jamais quitté la nation depuis se proclamation en 1793 et qu’il est temps de l’épuiser comme, après la Restauration, ceux qui nous ont précédé dans cette histoire, ont pris sur eux d’établir «forme définitive» la République «comme gouvernement de la France».
Il ne faut pas l’éluder même si, il me semble, les autres candidats potentiels ne s’empressent guère d’ouvrir et de revendiquer ce débat.
Ils ont beaucoup à y perdre et le sentent probablement.
Pourtant, le peuple mérite de savoir ce que l’on fait de ces ferments envahissants. Si nous devons les garder, il faut laisser leur nature porter jusqu’à l’éclosion du système qu’ils sous-tendent.
Dans le cas contraire, s’ils ne sont pas entendus comme utiles à notre démocratie, il convient d’en finir avec la Révolution sporadique et de cesser de continuer à vivre avec tout en faisant semblant de ne pas la reconnaître dans les interstices d’où elle suinte.
Puisque les institutions sont clairement remises en causes par un ancien Premier ministre de la France, probable candidat à l’élection présidentielle, puisqu’elles sont tenues par une partie influente de l’intelligentsia comme responsables de nos maux, et qu’elles taraudent depuis plusieurs années la gauche, le temps vient de fixer à nouveau les conditions constitutionnelles par lesquelles notre nation entend être le mieux sauvegardée.
En tranchant ce vieux débat qui empoisonne notre vie politique depuis 1958, nous aurons accompli, délibérément, un acte de clarification collective de grande valeur et nous pourrons peut-être commencer à vivre, pleinement, pacifiquement, en République.
Si elle devait avoir lieu, une telle avancée produira des effets sur l’efficacité de notre Etat, la légitimité de nos gouvernements à produire les politiques qui leur semblent nécessaires et sans doute sur la manière dont nous sommes vus par d’autres peuples et qui n’est guère, aujourd’hui, à notre avantage.
Dans le cas contraire, nous continuerons à épuiser, tous ensemble, des énergies qu’il serait profitable à tous de déployer mieux et ailleurs.
….
(1) Le nouvel observateur y consacre cette semaine - 6 mai 2006 - sa Une.
(2)Dans les deux cas, il est intéressant de remarquer que la situation d’origine était caractérisée par un état d’esprit favorable à la Constitution et même à l’ouverture des négociations en vue de l’adhésion de la Turquie dans l’UE.
Aux termes du débat qui fut celui auquel chacun a assisté, la démocratie a produit deux mouvements de rejet et de défiance.
La position de l’ancien Premier ministre, M. Fabius, et la scission au sein du PS a probablement pesé, au-delà du clivage interne à la gauche, dans le résultat du référendum.
Quant à l’UMP, paradoxalement, elle s’est opposée, dès l’automne 2005, au chef de l’Etat, sur le projet de négociations avec la Turquie, contribuant, ce qui n’était pas forcément pertinent quant il ne s’agissait que d’ouvrir une phase de négociations, au rejet du traité.
Ces épisodes de marquage ont eu un impact très important sur la crédibilité de notre nation et rendront vraisemblablement leur vérité ultérieurement.
(3)Dans le monde paru le 6 mai 2006, dans une chronique intitulée «Clearstream, symptôme institutionnel» , M. Patrick Jarreau écrit : «Chacun voit bien que quelque chose ne va plus dans le système instauré il y a presque 50 ans par Charles De Gaulle. Au parti socialiste, Laurent Fabius, qui n’en faisait pas une priorité jusqu’à présent, propose maintenant des changements qui selon lui devraient être soumis à référendum dans les 6 mois suivants.(…)
Conclusion : cette affaire, comme les précédentes, comme toutes les affaires, contribue à discréditer la politique ou plus exactement la démocratie, en renforçant le soupçon qu’elle ne serait qu’un jeu de dupes.
A cette vision d’ancien régime, pessimiste et, au fond réactionnaire, s’oppose l’optimisme démocratique.
Celui-ci repose sur la souveraineté populaire, principe d’où il découle que la répartition du pouvoir ne résulte pas des lois de la nature mais des décisions prises ensemble par les citoyens.
Autrement dit les abus de pouvoir peuvent se corriger par le changement des institutions…».
09:10 Lien permanent | Commentaires (0) | Envoyer cette note
Candidature d’Israël à l’OIF
Devant le Sénat, Mme Girardin, ministre déléguée au développement de la Francophonie, a, en réponse à la question d’un sénateur, dit que le gouvernement français fait bon accueil à la demande d’Israël d’intégrer l’Organisation Internationale de la Francophonie.
Elle a souligné à cette occasion que 20% des Israéliens sont francophones ce qui appuie dans le sens de l’aboutissement de cette candidature.
Mme Girardin a également fait état qu’Israël participerait dès cette année «en tant qu’observateur au prochain sommet de la Francophonie».
Elle a fait part de son optimisme, estimant que les obstacles à cette adhésion au sein de l’OIF, ne sont plus ce qu’ils étaient depuis que le Liban s’est dégagé de la tutelle de la Syrie et a affirmé que la Francophonie peut contribuer à l’extinction des foyers d’incompréhensions dans cette région.
09:05 Lien permanent | Commentaires (0) | Envoyer cette note
05.05.2006
FOG et les confidences d'Etat
C’est sur un ton comminatoire désormais qu’un certain nombre de médias, d’observateurs de la vie politique, d’éditorialistes, interpellent le chef du gouvernement ou l’accusent vertement de mensonge, de machiavélisme, d’être une sorte de Néron enflammant Paris tandis que Paris bruisse, bruisse, bruisse. Bruisse et s'enflamme.
Ici, tel quotidien, avant la séance des questions au gouvernement, brandit ses dix questions au Premier ministre et, l’intéressé ayant fait aux députés et aux médias d’invariables réponses, ce quotidien tire le lendemain de péremptoires et grasses conclusions : «Mensonges».
Là, le directeur d’un hebdomadaire, Franz-Olivier Giesbert, exige du Premier ministre qu’il lui ose dire qu’il ne lui a pas confié: «Sarkozy, c'est fini. Si les journaux font leur travail, il ne survivra pas à cette affaire-là».
Compte tenu du ton employé, qui ne relève pas du fleuret moucheté, on s’attend presque à ce que FOG convoque le Premier ministre à régler le différend au champ de Mars à l’épée.
L’ennuyeux, avec FOG, c’est qu’il livre ici un de ces « off record » qui font, paraît-il, la saveur de son dernier ouvrage «La tragédie du Président».
Est-ce que l'on peut être à la fois dedans et hors de la connivence?
Je suis tout de même troublé par l’idée selon laquelle fomentant un complot impliquant les services secrets et l’ «as des espions», contre son ministre de l’Intérieur, M. De Villepin ait pu s’épancher auprès de FOG et imprudemment lui offrir cette énorme confidence d’Etat à propos de l’affaire Clearstream: «Sarkozy, c'est fini. Si les journaux font leur travail, il ne survivra pas à cette affaire-là».
Cela soulève des questions d'ordre déontologique.
M. Franz-Olivier Giesbert peut-il se placer simultanément dedans et hors d'une connivence qu'il a sans doute construite?
Et utiliser, d'une manière qui serait irréprochable moralement et accessoirement déontologiquement, des propos - des aveux en l'occurrence - recueillis dans le contexte d'un entretien auquel je ne sais rien, et qui a vraisemblablement conduit M. De Villepin à s'épancher comme il est dit qu'il l'a peut-être fait.
Cela est sujet à caution.
A contrario, si les propos qui sont prêtés à M. De Villepin, ne sont pas explicitement et formellement liés à l’affaire dite Clearstream, ils ne sont pas compromettants comme on voudrait nous amener à penser qu'ils le sont.
09:56 Lien permanent | Commentaires (0) | Envoyer cette note
04.05.2006
Pourquoi discréditer la Ve République
J’ai survolé l’interview de M. Fabius dans Le Monde daté du 3 mai 2006 dans laquelle il dénonce un « gouvernement carbonisé par l’affaire Clearstream », « un président qui a entamé ses mandats dans la corruption et l’achève dans la boue », préambule qui lui permet de développer, en l’enveloppant d’un auréole vertueuse, son projet politique pour la France.
J’y ai lu ce que je redoute depuis 2001 : un plaidoyer pour l’avènement du parlementarisme et d’une sorte de mixité médiatique liant pouvoirs de la rue, réseaux associatifs, syndicats et pouvoir médiatique, dans une sorte d’union qui rendrait probablement caduques un certain nombre d’organes réguliers de notre démocratie au profit d’action de recours collectifs.
Il semble que nous soyons disposés à accepter pareille chute.
M. Laurent Fabius, candidat probable à la future élection présidentielle, propose une refondation de la République, telle que, notamment, « une pétition réunissant un million de signatures puisse donner lieu un débat devant le parlement permettant l’adoption de la loi ».
Mais en fait de programme permettant de résoudre les problèmes auxquels notre pays est confronté, de réformes structurelles permettant de lever les hypothèques qui pèsent sur nous et nos enfants, d’alléger le poids des dépenses publiques, le nombre de fonctionnaires, toutes choses qui pour ne pas être agréables n’en sont pas moins nécessaires et urgentes, rien.
Enfin, rien sinon l’assurance que M. Fabius, à la différence de M. Jospin en 2002, propose bien un « projet socialiste» en opposition au modèle Blairiste.
Un pacte social ?
A quel prix ?
Au profit de qui ?
Laurent Fabius procède à la liquidation de la République organisée telle qu’elle est, au profit d’un République confuse et incertaine apte à assurer un semblant de pacte social.
Il est largement temps de porter une réelle attention aux termes d'un tel pacte social et à ce qu'il sous-tend.
A quel prix s'établit-il et au profit – exclusif – de qui ?
De ceux qui depuis 1995 empêchent toutes les réformes, de ceux qui sont aptes à mobiliser dans la rue des millions de manifestants.
Ceux-là ne m’intéressent pas plus que les autres, anonymes, travailleurs, étudiants, qui n’aspirent qu’à la capacité de gagner leur vie, aussi librement que possible, sans être écrasés de taxes, de construire, de créer, d’embaucher, de faire valoir leurs qualités et leurs potentiels et de se reconnaître dans les valeurs de leur pays sans avoir l’air d’être pris en otage, perpétuellement, par ceux et celles qui instrumentalisent les valeurs communes au profit de leurs mouvements idéologiques.
Ce sont ces gens ordinaires, pudiques, qui m’intéressent. Eux ne défilent jamais ou que très rarement. Ils ne prennent pas place dans la cohorte des perpétuels requérants, n’interfèrent que rarement dans la construction des rapports de forces politiques.
Ils auront peu à gagner d’une telle République.
Ils lui trouveront, sur le plan de la formulation, des attraits d’autant plus évidents que la République qui la précède est vouée aux gémonies.
On ne peut jamais, depuis la plus haute antiquité, tuer son chien qu’en l’accusant de la rage. L’a-t-il ? Chacun son opinion.
Il est probable que sans ce climat la Ve République n’aurait pas été mise en cause comme c’est le cas.
Le projet d’installer une VIe République, qui comptait pour doctrinaires politiques MM. Peillon et Montebourg, consiste à vendre la certaine idée de France à l’esprit du temps et surtout à sa médiocrité.
Peut-être pour mieux la posséder.
Je crains qu’il en résulte que notre pays sera enserré plus encore dans le corset des conservatismes et des faux-semblants.
Sa démocratie sera, plus qu’il n’y paraît de prime abord, asservie et soumise à une coupe en règle.
J’ai en mémoire l’interview du chef de l’Etat du 14-juillet 2001, lorsqu’il devait faire face - déjà en période pré-électorale - à une virulente campagne sur les HLM de Paris, les frais de bouche de l’Hôtel de Ville de Paris, auxquels des organes de presse que l’on revoit aujourd’hui à l’œuvre ont largement contribué, et à l’accentuation de la pression médiatico-judiciaire.
Le juge en charge de l’affaire, sur initiative personnelle, avait alors tenté de remettre en cause le statut pénal du chef de l’Etat.
Ensuite, après avoir été salué tel un héros et s’être mis en disponibilité, il avait eu l’intention de briguer un mandat législatif sous les couleurs de la gauche. Opportunité qui ne lui fut pas offerte (*).
« Je préfère l’injustice
au désordre »
Ce personnage a marqué ces années Chirac. Il avait, dans les colonnes d’un quotidien, affirmé qu’il considérait anormal que la Constitution protège le chef de l’Etat.
Ce qu’il faisait tenait, du fait d’un tel aveu, davantage d’un travail de politique que d’un travail de justice.
Pour en finir avec cette évocation, il avait convoqué Nietzsche à son réquisitoire contre la Ve République en lui prêtant ces paroles : « Je préfère le désordre à l’injustice ».
Je m’en souviens car le titre en question se fendit d’un rectificatif quelques jours plus tard. Un de ses lecteurs précisant que Nietzsche avait dit le contraire : « Je préfère l’injustice au désordre ».
Qu’on apprécie ou pas l’initiative qu’il avait pris, que l’on soit tenté de la justifier ou pas, n’enlève rien à la réalité de ce qu’elle représentait : une violation de la Constitution.
La cour de Cassation avait statué, confirmant l’impunité du Président, impunité qui procède d’une élémentaire prudence destinée à mettre à l’abri tout hôte élyséen de campagnes de déstabilisation dans l’hypothèse, qu’il est sage peut-être de ne pas exclure, où une telle entreprise serait menée.
Si tel devait être le cas, la reconnaîtrions-nous immédiatement comme telle ? Elle ne se présenterait pas de sorte de rendre apparente les menées.
Ce serait à coup sûr un jeu plus subtil et insidieux.
« Je vois bien
ce que vous faîtes »
La défense du Président de la République alors, acculé, excédé, n’ayant aucun moyen de se défendre, « je vois bien ce que vous faites ».
Il faisait référence, déjà, à cette entreprise de discrédit qui conditionne le démantèlement institutionnel.
Mais quelle importance !
L’enjeu de cet épisode, déjà à cette époque, allait au-delà du sort judiciaire éventuel de l’hôte de l’Elysée même si la cour de Cassation a confirmé que, sitôt son mandat achevé, il redevenait citoyen, donc un justiciable, ordinaire.
Nous aurons peut-être l’occasion, à ce moment là, de nous montrer aussi indignes que nous semblions tous le désirer en 2002.
Si mes souvenirs sont bons, au cours de cette campagne présidentielle de 2001-2002, la gauche plurielle s’interrogeait sur la suppression du Conseil Constitutionnel, s’interrogeait sur bi-camérisme, bref toutes choses qui entravent le libre cours d’un gouvernement de la France tel que la gauche et ses réseaux de citoyenneté prolifiques aimeraient le conduire.
Car la question centrale est là : dans ce tel qu’ils aimeraient le conduire et ce n’est pas une question indifférente lorsque l’on observe la manière par laquelle les Régions, aujourd’hui contrôlées par le PS, dispute à l’Etat des prérogatives et a transformé le transfert de compétences en instrument de polémique comptable et politique plutôt que de se l’approprier, conjointement avec l’Etat, pour permettre une réduction du coûts et un accroissement de l’efficacité des collectivités ou encore que certaines, pour contrer le cpe ou le cne, ont déclaré qu’elles ne donneraient aucune aide publique aux entreprises qui signeraient de tels contrats.
C’est leur droit, mais il faut assumer ce qu’il induit du rapport à l’état de droit.
Frêche : l’an I
de la République
Parmi les deux mesures les plus visibles au début du mandat de M. Frêche à la tête de la Région Languedoc-Roussillon, la première consistait à rebaptiser le Languedoc-Roussillon en Septimanie ; la seconde, pour promouvoir une politique louable d’accès gratuit aux ouvrages scolaires, de décrêter l’an I de la République !
L’actuelle pression de l’Association des régions de France qui revendique le contrôle direct de la gestion des 18.5 milliards d’€ de Fonds Européens plutôt que de les voir gérés au plan local par les préfets de région, est une illustration. Je crois cependant que la notion d’intérêt général est bien ancrée au sein de l’Etat et de ses serviteurs et que c’est une garantie à laquelle les concitoyens peuvent être attachés.
De tout ce qui peut sembler délétère, ce sont ces manœuvres-là qui me paraissent le plus mériter ce qualificatif.
(*)Je rapporte cela de mémoire, sous réserve, mais il me semble avoir lu cela dans la presse.
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03.05.2006
L'autre gauche
En observant comment la gauche issue du congrès de Rennes, requalifié plurielle sous les années Jospin, déploie l'ensemble des talents qu'elle possède, pour se construire sur des présupposés permanents d'incompétence, de corruption de l'Etat et son adversaire, il m'apparaît qu'il y a une autre gauche, beaucoup plus pudique et scrupuleuse.
Elle est incarnée par des personnalités telles que M. Max Gallo ou Jean-Pierre Chevènement.
Même si je ne partage pas sa conception, notamment de la souveraineté nationale, elle est conforme à l'idée que je me fais de la gauche, honorable et digne de notre patrie.
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02.05.2006
Un Etat médiatique
La virulence politico-médiatique que génèrent les révélations de la partie franco-française de l’affaire Clearstream - la partie luxembourgeoise ayant donné lieu à un non lieu - me laisse perplexe. Rien encore, faut-il rappeler, n’est établi. Il y a des soupçons, des spéculations, des interprétations et le jeu scabreux qu’ils autorisent et je reste libre, si je ne peux distinguer le vrai du faux, d’apprécier par contre l’important de ce qui l’est moins.
Je ne connais pas l’ensemble des tenants et aboutissants de cette affaire.
C’est le cas de la plupart de personnes, y compris – probablement - des deux juges en charge des investigations lesquels ne les ont pas closes.
D’ailleurs, jeudi 27 avril, ils ont été reçus à leur demande par le président du tribunal de Paris auquel ils ont expliqué, rapporte le JDD, «les raisons pour lesquelles ils menaient l’enquête dans la plus grande discrétion».
Ils ne sont pas parvenus à empêcher que l’affaire éclate.
Donc, l’affaire a éclaté. Ce qui est remarquable, au-delà du cas présent, c’est la logique de propagation et la manière dont nous sommes désormais informés « globalement », c'est-à-dire à l‘échelle de l’ensemble des médias, dans une syntaxe du scandale et de l’indignation.
N’importe quel acte dans un scandale – une annotation, un rendez-vous, etc – contient tout les péchés et les intrigues du monde et nécessairement, par procuration, toute l’envie commune de rédemption et de châtiment.
Aussi, quelles que soient les explications du pouvoir, les justifications des protagonistes, le poison est instillé.
Le général Rondot, que je crois être, compte tenu des états des services qui lui sont prêtés, un authentique serviteur de l’Etat, a beau apporter par communiqué des réserves quant à la manière dont ses propos ont été tirés de leur contexte, le rouleau compresseur suit son chemin.
Mais, après tout, un rouleau compresseur, c’est fait pour ça.
Le « scandale », avant même d’être établi par des faits - ce qu’il sera peut-être ou ce qu’il ne sera pas - se nourrit de l’effet qu’il produit.
Il s’entérine lui-même au point que la candidate d’une « France juste », Mme Ségolène Royal, tout en profitant de la situation pour asseoir son image morale, voit ici « la confirmation de la décomposition du régime chiraquien, la fin d’un règne sans éthique, l’explosion d’un système qui fait la part belle aux méthodes occultes, aux coups bas et aux manœuvres de déstabilisation ».
L’ancienne ministre de François Mitterrand va cependant vite en besogne tandis que son compagnon dans la vie, Premier secrétaire du PS, déclare que « les juges doivent maintenant auditionner le Premier ministre ».
M. Dominique Strauss-Kahn, autre présidentiable, qui conserva un temps une cassette de M. Mery dans ses placards (Comment se l’était-il procurée ? à quelle fin ?), ne veut pas en être en reste pour dénoncer «un watergate à la française».
Un besoin de scrupule
Comme outragé en notre nom, un éditorialiste en vue se demande à l’antenne d’une radio comment le président de la République peut « fouler la pelouse du stade de France – samedi 28 avril 2006 - et serrer des mains, faire des clins d’œil aux joueurs en leur faisant un tape amicale et s’afficher avec Nicolas Sarkozy».
Il dénonce une violence présumée entre le MM. Chirac et Sarkozy en utilisant lui-même un violence éditoriale qui me semble lui être supérieure.
En vertu d’une liberté qui ne lui est pas contestée, ce monsieur laisse entendre à dire « Comment osent-ils !».
En vertu de la même liberté, je dis « Comment osez-vous ! ».
Décréter dès aujourd’hui une «crise de régime», une «affaire d’Etat» ou encore réclamer la démission d’un Premier ministre, des élections présidentielles anticipées est, selon moi, le signe que s’instaure au dessus de l’Etat réel et démocratique, issu du suffrage universel, un super et redoutable Etat médiatique dont le moins que l'on puisse dire est qu'il confine au mic-mac.
Il n’est pas sûr qu’il soit préférable à celui formé naturellement par le peuple encadré par des processus réguliers et donc qu’il soit souhaitable que ce 4e pouvoir nous domine.
Il est notable d’ailleurs qu’une radio périphérique s’organise « en forum » depuis plusieurs semaines pour aboutir à la fondation de «propositions pour la Présidentielle 2007».
La condition de notre liberté présente et à venir tient aussi à la vigilance commune et elle n’invite pas moins que les autres les acteurs de la vie médiatique au scrupule.
Petit parenthèse, au sens étymologique, scrupule signifie «petit caillou» de sorte, peut-être, que pour être susceptible de retrouver son chemin après avoir été séquestré par l’ogre, le Petit Poucet de Charles Perrault ne fait que remonter le chemin de petits cailloux qu’il a lui-même semés.
Cette condition de notre liberté est la moins visible de toutes quand on la possède encore, mais c’est celle qui manque le plus quand on ne la plus. Son absence ce nomme totalitarisme.
On ne doit pas être, en tant que peuple, désinvolte avec ce risque. C’est pourtant ce à quoi j’assiste. Je le dénonce donc.
Le jour où cette liberté fondamentale au sens où elle nous lie à la dignité de l’Etat, nous sera enlevée, ou le jour où on tentera de le faire, ressemblera à ces jours-ci.
Je n’impose à personne le sentiment que c’est le cas ici, mais j’attire l’attention sur le fait que cela procèdera d’une même alchimie périlleuse que celle qui se réalise, depuis plusieurs années, devant nous.
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Longtemps, marcher sur la tête
M. Jean-Claude Mailly, patron de Force Ouvrière, après avoir savouré le succès de l’intersyndicale sur le CPE, annonçait : «le CNE va mourir dans d’affreuses souffrances judiciaires».
La CGT, son congrès achevé, a vu le concept de lutte des classes réaffirmé jalousement au préambule du document d’orientation et fixe pour objectif, lui aussi, de tuer le CNE.
Le CNE est d’abord une loi de la République. Il est nécessaire, dans ce pays, de le rappeler.
Même si elle n’a pas la chance de plaire à ses détracteurs, à la gauche, à certains parmi ceux qui en profitent qui auraient naturellement préféré la sécurité apparente d’un CDI, elle n’en est pas moins légitime, légalement, et cohérente économiquement et socialement.
Elle répond aussi au besoin d’un nombre important d’entreprises de moins de vingt salariés qui avaient besoin de cet instrument pour prendre le risque d’embaucher. Elles l’ont fait.
Il n’est pas inconvenant de considérer les besoins des employeurs – artisans et pmi-pme - car ce ne seront pas les syndicats qui embaucheront.
Un demi million de contrats ont été signés et les employeurs, souvent, soulignent que la souplesse du contrat a été décisive dans la décision d’embauche.
Cela n’entame pas la résolution de la gauche – et du PS qui annonce l’abrogation de la loi si elle gagne la Présidentielle - ni des syndicats bien décidés d’avoir la peau de ce contrat nouvelle embauche.
La loi déclarée illégale
à Longjumeau
Il n’y a que dans notre pays où un dispositif qui commence à produire des résultats est pratiquement puni pour le faire en raison de l’entorse qu’il provoque aux idées reçues.
Il n’est que dans ce pays où pour discréditer la loi, on se prend de contester les chiffres officiels, les statistiques, à jeter au feu tout ce qui de loin ou de près ressemble à une manière rationnelle d’aborder le débat et ses enjeux.
Il n’est que dans ce pays où, impunément, on peut vouer une loi de la République à des « souffrances judiciaires » ce qui suppose que les tribunaux des prud’hommes deviennent l’instrument de cette mise à mort.
Car on voit bien qu’il est très facile de tuer dans l’œuf l’attrait du CNE. Il suffit de réaliser des jurisprudences exorbitantes dans les litiges et, la où la loi procure à l’employeur, une liberté – cadrée – introduire la certitude d’une rétorsion judiciaire.
Cela est indigne de l’Etat de droit dont nous nous réclamons.
Au-delà, cela décourage et éloigne les salariés potentiels des employeurs potentiels tenus finalement à se suspecter mutuellement là où notre pays à tant besoin de les voir se rendre à la confiance réciproque.
Dans ce contexte, le jugement rendu par le tribunal des prud’hommes de Longjumeau (Essone) qui a déclaré illégal le CNE et infligé à l’employeur plus de 17000 euros de dommages et intérêts à la salariée licenciée, est, au-delà du cas personnel, une monstruosité. Voilà une instance ordinaire qui déclare « l’illégalité du CPE », au motif qu’elle viole le droit de l’Organisation Internationale du Travail et tente, de fait, d’établir une jurisprudence majeure.
Sur ce point, pourtant, le Conseil Constitutionnel – saisi sur le CPE, et notamment sur cet aspect – avait statué à la régularité et la prévalence de la loi de la République sur le droit international du travail.
Mais cela compte-t-il quant un quelconque tribunal de prud’hommes peut statuer au dessus du Conseil Constitutionnel, juge suprême en la matière, et, il me semble, le contredire.
Le jugement a donné lieu à un appel.
Affaire à suivre, donc.
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