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02.05.2006

Etats de siège

C’est un anniversaire qui ne sera pas célébré. Pourtant, il mériterait de l’être car ce discours a rénové l’idée de l’Etat et la conception de la République française.
A l’heure où on la voit malmenée comme elle l’est, le discours d’Epinal prononcé par le général de Gaulle le 29 septembre 1946, projette une lumière utile sur l’état démocratique et républicain.
Il y a soixante ans, que déclara-t-il ?

« …Il nous paraît nécessaire que l’Etat démocratique soit l’Etat démocratique, c‘est à dire que chacun des trois pouvoirs publics : exécutif, législatif, judiciaire, soit un pouvoir, mais un seul pouvoir, que sa tache se trouve limitée et séparée de celle des autres, et qu’il en soit seul mais pleinement responsable. Cela afin d’empêcher qu’il règne dans les pouvoirs de l’Etat cette confusion qui les dégrade et les paralyse ; cela aussi afin de faire en sorte que l’équilibre établi entre eux ne permette à aucun d’écraser aucun autre, ce qui conduirait à l’anarchie d’abord, et à la tyrannie soit d’un homme, soit d’un groupe d’hommes, soit d’un parti, soit d’un groupement de partis.
Il nous apparaît nécessaire que le chef de l’Etat en soit un, c’est à dire qu’il soit élu et choisi pour représenter réellement la France et qu’il lui appartienne dans notre pays si divisé, si affaibli et menacé, d’assurer au dessus des partis le fonctionnement régulier des institutions et de faire valoir, au milieu des contingences politiques, les intérêts permanents de la nation».

En relisant, ces jours-ci, cette déclaration qui est à l’origine de la rédaction de l’actuelle Constitution, on est saisi par l’actualité du propos.
Son acuité est intacte même si un quatrième pouvoir public, médiatique lui, s’est imposé, d’une manière qui obéit à ses propres règles et intérêts, au dessus des autres.

L’ensemble des dérèglements auquel nous assistons témoigne que ces conditions ne sont plus réunies.

L’exécutif, on l’a vu maintes fois avec les gouvernements Juppé, Raffarin et De Villepin, est aujourd’hui en quasi état de siège permanent et soumis à un nombre croissant d’insécurités.

François Mitterrand, adversaire de la Ve République, avant de l’endosser, avait vu en elle le siège d’un «coup d’Etat permanent».

Aujourd’hui, la situation paraît inversée et on ne s’étonne guère du règne de l’amalgame alimenté par la violation du secret de l’instruction, l’avènement d’une légitimité politique indexée sur le cours de la popularité, ou encore çi et là d’entendre tel ou tel responsable « promettre des souffrances judicaires » à tel ou tel dispositif gouvernemental.
Ces phénomènes sont tenus pour un usage positif de la démocratie.
Pourtant, ils traduisent une dérive inquiétante. Qu’elle soit en apparence acceptée des Français ne change rien au danger couru.

L’exécutif, en définitive, est systématiquement victime d’un état de siège médiatique, un état de siège judiciaire, un état de siège social, tous destinés à rabaisser et à empêcher un gouvernement naturel de la nation.
C’est la presque la définition d’un coup d’Etat (action qui viole les formes constitutionnelles).

Cette évolution trouve beaucoup de petites mains pour s’accomplir et se propager au risque d’entraîner le discrédit général de l’Etat, lequel est peut-être souhaité.

Tous les Français doivent être désormais attentifs, au-delà des turbulences polémiques, aux forces en œuvre et discerner, en termes de conséquences pour la nation, ce qu’elles portent en elles.
Ce n’est pas une mince responsabilité.

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