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02.05.2006
Un Etat médiatique
La virulence politico-médiatique que génèrent les révélations de la partie franco-française de l’affaire Clearstream - la partie luxembourgeoise ayant donné lieu à un non lieu - me laisse perplexe. Rien encore, faut-il rappeler, n’est établi. Il y a des soupçons, des spéculations, des interprétations et le jeu scabreux qu’ils autorisent et je reste libre, si je ne peux distinguer le vrai du faux, d’apprécier par contre l’important de ce qui l’est moins.
Je ne connais pas l’ensemble des tenants et aboutissants de cette affaire.
C’est le cas de la plupart de personnes, y compris – probablement - des deux juges en charge des investigations lesquels ne les ont pas closes.
D’ailleurs, jeudi 27 avril, ils ont été reçus à leur demande par le président du tribunal de Paris auquel ils ont expliqué, rapporte le JDD, «les raisons pour lesquelles ils menaient l’enquête dans la plus grande discrétion».
Ils ne sont pas parvenus à empêcher que l’affaire éclate.
Donc, l’affaire a éclaté. Ce qui est remarquable, au-delà du cas présent, c’est la logique de propagation et la manière dont nous sommes désormais informés « globalement », c'est-à-dire à l‘échelle de l’ensemble des médias, dans une syntaxe du scandale et de l’indignation.
N’importe quel acte dans un scandale – une annotation, un rendez-vous, etc – contient tout les péchés et les intrigues du monde et nécessairement, par procuration, toute l’envie commune de rédemption et de châtiment.
Aussi, quelles que soient les explications du pouvoir, les justifications des protagonistes, le poison est instillé.
Le général Rondot, que je crois être, compte tenu des états des services qui lui sont prêtés, un authentique serviteur de l’Etat, a beau apporter par communiqué des réserves quant à la manière dont ses propos ont été tirés de leur contexte, le rouleau compresseur suit son chemin.
Mais, après tout, un rouleau compresseur, c’est fait pour ça.
Le « scandale », avant même d’être établi par des faits - ce qu’il sera peut-être ou ce qu’il ne sera pas - se nourrit de l’effet qu’il produit.
Il s’entérine lui-même au point que la candidate d’une « France juste », Mme Ségolène Royal, tout en profitant de la situation pour asseoir son image morale, voit ici « la confirmation de la décomposition du régime chiraquien, la fin d’un règne sans éthique, l’explosion d’un système qui fait la part belle aux méthodes occultes, aux coups bas et aux manœuvres de déstabilisation ».
L’ancienne ministre de François Mitterrand va cependant vite en besogne tandis que son compagnon dans la vie, Premier secrétaire du PS, déclare que « les juges doivent maintenant auditionner le Premier ministre ».
M. Dominique Strauss-Kahn, autre présidentiable, qui conserva un temps une cassette de M. Mery dans ses placards (Comment se l’était-il procurée ? à quelle fin ?), ne veut pas en être en reste pour dénoncer «un watergate à la française».
Un besoin de scrupule
Comme outragé en notre nom, un éditorialiste en vue se demande à l’antenne d’une radio comment le président de la République peut « fouler la pelouse du stade de France – samedi 28 avril 2006 - et serrer des mains, faire des clins d’œil aux joueurs en leur faisant un tape amicale et s’afficher avec Nicolas Sarkozy».
Il dénonce une violence présumée entre le MM. Chirac et Sarkozy en utilisant lui-même un violence éditoriale qui me semble lui être supérieure.
En vertu d’une liberté qui ne lui est pas contestée, ce monsieur laisse entendre à dire « Comment osent-ils !».
En vertu de la même liberté, je dis « Comment osez-vous ! ».
Décréter dès aujourd’hui une «crise de régime», une «affaire d’Etat» ou encore réclamer la démission d’un Premier ministre, des élections présidentielles anticipées est, selon moi, le signe que s’instaure au dessus de l’Etat réel et démocratique, issu du suffrage universel, un super et redoutable Etat médiatique dont le moins que l'on puisse dire est qu'il confine au mic-mac.
Il n’est pas sûr qu’il soit préférable à celui formé naturellement par le peuple encadré par des processus réguliers et donc qu’il soit souhaitable que ce 4e pouvoir nous domine.
Il est notable d’ailleurs qu’une radio périphérique s’organise « en forum » depuis plusieurs semaines pour aboutir à la fondation de «propositions pour la Présidentielle 2007».
La condition de notre liberté présente et à venir tient aussi à la vigilance commune et elle n’invite pas moins que les autres les acteurs de la vie médiatique au scrupule.
Petit parenthèse, au sens étymologique, scrupule signifie «petit caillou» de sorte, peut-être, que pour être susceptible de retrouver son chemin après avoir été séquestré par l’ogre, le Petit Poucet de Charles Perrault ne fait que remonter le chemin de petits cailloux qu’il a lui-même semés.
Cette condition de notre liberté est la moins visible de toutes quand on la possède encore, mais c’est celle qui manque le plus quand on ne la plus. Son absence ce nomme totalitarisme.
On ne doit pas être, en tant que peuple, désinvolte avec ce risque. C’est pourtant ce à quoi j’assiste. Je le dénonce donc.
Le jour où cette liberté fondamentale au sens où elle nous lie à la dignité de l’Etat, nous sera enlevée, ou le jour où on tentera de le faire, ressemblera à ces jours-ci.
Je n’impose à personne le sentiment que c’est le cas ici, mais j’attire l’attention sur le fait que cela procèdera d’une même alchimie périlleuse que celle qui se réalise, depuis plusieurs années, devant nous.
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