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04.05.2006
Pourquoi discréditer la Ve République
J’ai survolé l’interview de M. Fabius dans Le Monde daté du 3 mai 2006 dans laquelle il dénonce un « gouvernement carbonisé par l’affaire Clearstream », « un président qui a entamé ses mandats dans la corruption et l’achève dans la boue », préambule qui lui permet de développer, en l’enveloppant d’un auréole vertueuse, son projet politique pour la France.
J’y ai lu ce que je redoute depuis 2001 : un plaidoyer pour l’avènement du parlementarisme et d’une sorte de mixité médiatique liant pouvoirs de la rue, réseaux associatifs, syndicats et pouvoir médiatique, dans une sorte d’union qui rendrait probablement caduques un certain nombre d’organes réguliers de notre démocratie au profit d’action de recours collectifs.
Il semble que nous soyons disposés à accepter pareille chute.
M. Laurent Fabius, candidat probable à la future élection présidentielle, propose une refondation de la République, telle que, notamment, « une pétition réunissant un million de signatures puisse donner lieu un débat devant le parlement permettant l’adoption de la loi ».
Mais en fait de programme permettant de résoudre les problèmes auxquels notre pays est confronté, de réformes structurelles permettant de lever les hypothèques qui pèsent sur nous et nos enfants, d’alléger le poids des dépenses publiques, le nombre de fonctionnaires, toutes choses qui pour ne pas être agréables n’en sont pas moins nécessaires et urgentes, rien.
Enfin, rien sinon l’assurance que M. Fabius, à la différence de M. Jospin en 2002, propose bien un « projet socialiste» en opposition au modèle Blairiste.
Un pacte social ?
A quel prix ?
Au profit de qui ?
Laurent Fabius procède à la liquidation de la République organisée telle qu’elle est, au profit d’un République confuse et incertaine apte à assurer un semblant de pacte social.
Il est largement temps de porter une réelle attention aux termes d'un tel pacte social et à ce qu'il sous-tend.
A quel prix s'établit-il et au profit – exclusif – de qui ?
De ceux qui depuis 1995 empêchent toutes les réformes, de ceux qui sont aptes à mobiliser dans la rue des millions de manifestants.
Ceux-là ne m’intéressent pas plus que les autres, anonymes, travailleurs, étudiants, qui n’aspirent qu’à la capacité de gagner leur vie, aussi librement que possible, sans être écrasés de taxes, de construire, de créer, d’embaucher, de faire valoir leurs qualités et leurs potentiels et de se reconnaître dans les valeurs de leur pays sans avoir l’air d’être pris en otage, perpétuellement, par ceux et celles qui instrumentalisent les valeurs communes au profit de leurs mouvements idéologiques.
Ce sont ces gens ordinaires, pudiques, qui m’intéressent. Eux ne défilent jamais ou que très rarement. Ils ne prennent pas place dans la cohorte des perpétuels requérants, n’interfèrent que rarement dans la construction des rapports de forces politiques.
Ils auront peu à gagner d’une telle République.
Ils lui trouveront, sur le plan de la formulation, des attraits d’autant plus évidents que la République qui la précède est vouée aux gémonies.
On ne peut jamais, depuis la plus haute antiquité, tuer son chien qu’en l’accusant de la rage. L’a-t-il ? Chacun son opinion.
Il est probable que sans ce climat la Ve République n’aurait pas été mise en cause comme c’est le cas.
Le projet d’installer une VIe République, qui comptait pour doctrinaires politiques MM. Peillon et Montebourg, consiste à vendre la certaine idée de France à l’esprit du temps et surtout à sa médiocrité.
Peut-être pour mieux la posséder.
Je crains qu’il en résulte que notre pays sera enserré plus encore dans le corset des conservatismes et des faux-semblants.
Sa démocratie sera, plus qu’il n’y paraît de prime abord, asservie et soumise à une coupe en règle.
J’ai en mémoire l’interview du chef de l’Etat du 14-juillet 2001, lorsqu’il devait faire face - déjà en période pré-électorale - à une virulente campagne sur les HLM de Paris, les frais de bouche de l’Hôtel de Ville de Paris, auxquels des organes de presse que l’on revoit aujourd’hui à l’œuvre ont largement contribué, et à l’accentuation de la pression médiatico-judiciaire.
Le juge en charge de l’affaire, sur initiative personnelle, avait alors tenté de remettre en cause le statut pénal du chef de l’Etat.
Ensuite, après avoir été salué tel un héros et s’être mis en disponibilité, il avait eu l’intention de briguer un mandat législatif sous les couleurs de la gauche. Opportunité qui ne lui fut pas offerte (*).
« Je préfère l’injustice
au désordre »
Ce personnage a marqué ces années Chirac. Il avait, dans les colonnes d’un quotidien, affirmé qu’il considérait anormal que la Constitution protège le chef de l’Etat.
Ce qu’il faisait tenait, du fait d’un tel aveu, davantage d’un travail de politique que d’un travail de justice.
Pour en finir avec cette évocation, il avait convoqué Nietzsche à son réquisitoire contre la Ve République en lui prêtant ces paroles : « Je préfère le désordre à l’injustice ».
Je m’en souviens car le titre en question se fendit d’un rectificatif quelques jours plus tard. Un de ses lecteurs précisant que Nietzsche avait dit le contraire : « Je préfère l’injustice au désordre ».
Qu’on apprécie ou pas l’initiative qu’il avait pris, que l’on soit tenté de la justifier ou pas, n’enlève rien à la réalité de ce qu’elle représentait : une violation de la Constitution.
La cour de Cassation avait statué, confirmant l’impunité du Président, impunité qui procède d’une élémentaire prudence destinée à mettre à l’abri tout hôte élyséen de campagnes de déstabilisation dans l’hypothèse, qu’il est sage peut-être de ne pas exclure, où une telle entreprise serait menée.
Si tel devait être le cas, la reconnaîtrions-nous immédiatement comme telle ? Elle ne se présenterait pas de sorte de rendre apparente les menées.
Ce serait à coup sûr un jeu plus subtil et insidieux.
« Je vois bien
ce que vous faîtes »
La défense du Président de la République alors, acculé, excédé, n’ayant aucun moyen de se défendre, « je vois bien ce que vous faites ».
Il faisait référence, déjà, à cette entreprise de discrédit qui conditionne le démantèlement institutionnel.
Mais quelle importance !
L’enjeu de cet épisode, déjà à cette époque, allait au-delà du sort judiciaire éventuel de l’hôte de l’Elysée même si la cour de Cassation a confirmé que, sitôt son mandat achevé, il redevenait citoyen, donc un justiciable, ordinaire.
Nous aurons peut-être l’occasion, à ce moment là, de nous montrer aussi indignes que nous semblions tous le désirer en 2002.
Si mes souvenirs sont bons, au cours de cette campagne présidentielle de 2001-2002, la gauche plurielle s’interrogeait sur la suppression du Conseil Constitutionnel, s’interrogeait sur bi-camérisme, bref toutes choses qui entravent le libre cours d’un gouvernement de la France tel que la gauche et ses réseaux de citoyenneté prolifiques aimeraient le conduire.
Car la question centrale est là : dans ce tel qu’ils aimeraient le conduire et ce n’est pas une question indifférente lorsque l’on observe la manière par laquelle les Régions, aujourd’hui contrôlées par le PS, dispute à l’Etat des prérogatives et a transformé le transfert de compétences en instrument de polémique comptable et politique plutôt que de se l’approprier, conjointement avec l’Etat, pour permettre une réduction du coûts et un accroissement de l’efficacité des collectivités ou encore que certaines, pour contrer le cpe ou le cne, ont déclaré qu’elles ne donneraient aucune aide publique aux entreprises qui signeraient de tels contrats.
C’est leur droit, mais il faut assumer ce qu’il induit du rapport à l’état de droit.
Frêche : l’an I
de la République
Parmi les deux mesures les plus visibles au début du mandat de M. Frêche à la tête de la Région Languedoc-Roussillon, la première consistait à rebaptiser le Languedoc-Roussillon en Septimanie ; la seconde, pour promouvoir une politique louable d’accès gratuit aux ouvrages scolaires, de décrêter l’an I de la République !
L’actuelle pression de l’Association des régions de France qui revendique le contrôle direct de la gestion des 18.5 milliards d’€ de Fonds Européens plutôt que de les voir gérés au plan local par les préfets de région, est une illustration. Je crois cependant que la notion d’intérêt général est bien ancrée au sein de l’Etat et de ses serviteurs et que c’est une garantie à laquelle les concitoyens peuvent être attachés.
De tout ce qui peut sembler délétère, ce sont ces manœuvres-là qui me paraissent le plus mériter ce qualificatif.
(*)Je rapporte cela de mémoire, sous réserve, mais il me semble avoir lu cela dans la presse.
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