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29.05.2006

De si jolies manières

Décidément, rien ne sera épargné aux Français. Les critiques fusant après la mesure d’amnistie prise par le chef de l’Etat en faveur de l’ancien champion olympique du 110 m haies Guy Drut et les termes par lesquels elle s’exprime me laissent pantois.
Lorsque l’annonce en a été faite, j’avais la naïveté de penser qu’elle ferait une unanimité assez large en raison de ce que représente, indépendamment de son engagement politique, ce champion et de son implication au sein du CIO.
Or, du PS à l’UDF, en passant par les Verts et quelques voix UMP, cette mesure alimente – encore - un procès d’intention impudique envers le chef de l’Etat, concernant des pratiques relevant « du fait du prince » ou de « mœurs d’un autre temps ».
Nul ne peut dire qu’il est et a été fait, aujourd’hui comme au cours des années précédentes, du pouvoir discrétionnaire de l’hôte de l’Elysée en matière de grâces un usage abusif.
J’espère, personnellement, que ce seront, telles qu’elles ont été pratiquées, des mœurs durables car elles respectent et la lettre et l’esprit de la Constitution et maintiennent la Présidence de la République au niveau d’arbitrage régalien qui est le sien.

………….

Au PS, les voix s’élèvent pour dénoncer un président, qui lui-même en sursis, selon eux, se prendrait tel un mafiosi à profiter de la fin de son mandat pour protéger « impunément » ceux de son « clan ».
Ils n’ont pas peur des mots.
Moi non plus.
Prétendre à de hautes fonctions dans la République et au sein de l’Etat et faire preuve d’un tel état d’esprit, de moeurs et d’une parole aussi scabreuses, est peut-être un déshonneur pour la République.
En tout cas, pour moi, c’est une énigme.
Comme toutes, elle mérite d’être percée.

………….

M. Bayrou, l’homme orange qui se rêve en homme d’une révolution à l’Ukrainienne, lui, ne cesse de s’émanciper de lui-même.
Je suis content pour lui.
Dans les colonnes de Libération, évoquant les différentes crises sociales (cpe), juridico-médiatiques (clearstream), il assène son diagnostic, à propos du chef de l’Etat, des mœurs au sein de l’Etat et des institutions de la Ve République.
L’amnistie de Guy Drut est la goutte qui fait déborder son vase : « Ils sont devenus fous », répète, quasiment doctoral, le chef de file de l’UDF.
Je trouve à M. François Bayrou l’aplomb de celui qui se découvre vertueux et entend en faire profiter toute la communauté non pas tant par ses propres qualités que par les tares qu’il prête généreusement à ses adversaires.
Je conçois qu’une telle découverte sur soi puisse être enivrante.
Son discours sur la censure restera dans les annales. Il est d’ailleurs salué par M. Laurent Fabius qui regrette simplement que M. François Hollande n’ait pas pu s’élever à un tel niveau d’expression politique.
Moi, je me demande comment l’on peut réellement s’élever quand on ne sait le faire qu’en prêtant, au point qui est démontré à l’heure actuelle, des turpitudes morales à ses adversaires.

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« Tout ce que l’on voit
se développer
se fera au détriment
de l’exécutif.
Souvenez-vous en. »
François Mitterrand

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M. Bayrou me fait penser, dans un autre registre, à un autre héraut naissant de la droite. Membre de l’ump, M. Dupont-Daignan, est le pourfendeur du chiraquisme, de la construction européenne, de la possible entrée, au terme d’un processus exigeant, de la Turquie dans l’UE.
Il est déjà à la recherche de ses signatures pour convoler à la présidentielle.
Il faut reconnaître à cet homme d’avoir su écrire - en 1996 il me semble mais j’en ai oublié jusqu’au titre - un livre prémonitoire sur l’importance de lui-même pour le renouveau de la France et du Gaullisme.
S’annoncer d’une telle manière constitue un avantage qui n’est pas donné à tout le monde.

………

La polémique autour de l’amnistie de M. Guy Drut me rappelle les propos « lucides » qu’avait tenu le président François Mitterrand à Michel Roussin, l’ancien directeur de cabinet de Jacques Chirac à la mairie de Paris et ministre de la Coopération au sein du gouvernement Balladur.
Alors que le ministre chiraquien subit déjà l’hallali et la pression médiatique liée à l’affaire des hlm de Paris qui va avec, M. Roussin relate, dans le livre qu’il vient de publier, comment le président Mitterrand lui permet de fausser compagnie à la meute qui l’attend et se remémore l’aparté avec l’ancien chef de l’Etat.
« Monsieur Roussin, je ne peux rien pour vous. Vous allez vivre une épreuve difficile pour vous, mais aussi pour les vôtres. Je le regrette. Vous quittez le gouvernement. Vous êtes un bon ministre de la Coopération. Je sais que vous aimez les Africains. »
-Merci M. le Président.
Puis un long silence.
« Vous savez, c’est un ancien Garde des Sceaux qui vous le dit. Le gouvernement auquel vous appartenez cède à une mode sans réagir. Tout ce que l’on voit se développer se fera au détriment de l’exécutif. Souvenez-vous en. »

Il semble que cette « mode » se soit emparée de personnalités qui vont au-delà du gouvernement en question et y trouve terreau fertile.
Quant à M. Michel Roussin, il est beaucoup de choses, mais aussi et surtout un officier.
Il en faut.


*n.m. (lat gobio). Valet d’armée. (Vx). Apprenti maçon. Homme mal élevé, grossier.

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