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15.06.2006
La démocratie moins l'énergie?
Au moment où l’UDF est remis par le CSA à la place qui est la sienne – celle de l’opposition où désormais son temps de parole sera décompté – juste retour des choses compte tenu de son discours et de ses actes depuis 2002, l’Union pour un Mouvement Populaire doit endosser les attentes du pays.
Le dossier de la fusion de Gaz de France avec Suez lui en fournit l’occasion et s’il est effectivement sensible, il l’est moins par les répercussions qu’il peut avoir sur l’opinion, à laquelle il se trouvera toujours des tribuns pour l’exciter, que par les enjeux stratégiques sur la politique nationale énergétique.
Gaz de France existe-t-elle, telle que nous la connaissons encore comme un monopole d’Etat, quand l’essentiel des approvisionnements est issu de l’étranger. Si ce n’est Lacq, à titre symbolique, il n’y a pas, à la différence d’Electricité de France, qui est producteur et exportateur d’énergie, producteur et exportateur de savoir-faire technique, notamment en matière de sûreté nucléaire, de production gazière de France.
Le rôle de l’improprement nommée, de ce point de vue, Gaz de France est un rôle d’opérateur sur les marchés et de distributeur, grâce à son réseau, sur le territoire national.
Il n’est pas inutile, au-delà des arguties sur le statut de l’entreprise, de rappeler cette évidence.
Gaz de France est Gaz de ses sources d’approvisionnement et le prix que l’opérateur national va faire payer à ses clients n’est en rien dicté par une économie de production que le pays, et encore moins ses députés, maîtrisent.
Le prix est déterminé par l’économie de marché et des facteurs géo-politiques.
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Cette position de simple opérateur justifie, je le crois, à l’heure où des ensembles producteurs tels que la Russie ou l’Algérie, manifestent, légitimes tant qu’elles ne sont pas pondérées par le contre poids des clients - leurs prétentions géopolitiques et économiques, de faire évoluer et le statut de l’entreprise, et sa taille de sorte de peser davantage que dans sa dimension actuelle.
Tout autre débat, incluant celui qui tel un leitmotiv vient s’emparer pour y faire vibrer l’antienne de la lutte contre le libéralisme et la privatisation, me paraît être un exercice détestable, apte peut-être à exalter quelques troupes syndicales, certaines catégories de citoyens, mais surtout à faire perdre de vue les batailles qui se dessinent et le rôle qu’on peut espérer un nouvel acteur issu de GDF et de Suez être « en mesure » de jouer.
C’est par un effet de taille et de stratégie que l’on garantira au mieux la sécurité et le meilleur prix des approvisionnements.
C’est aussi par le jeu de la concurrence et les grands opérateurs, dans ce domaine, ne sont jamais étatiques.
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Faut-il encore se placer dans un tel horizon et concerner les Français sur ces enjeux au-delà de la peur d’être touché au porte-monnaie au moment de s’approvisionner en fuel, en gaz ou en tout autre type d’énergie.
Ils le seront très probablement, car, compte tenu des tensions actuelles sur le marché des énergies, nous nous situons dans une perspective de hausse.
Il est nécessaire de déterminer par quelle manière mieux nous en défendre et, j’ose le penser, même au moment où celle-ci paraît le théâtre de dissensions, la majorité parlementaire devrait se distinguer par le courage plus que par la crainte électoraliste.
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En songeant à ce qui s’est produit dans notre pays ces derniers mois, avec notamment le refus de la Constitution et le préalable d’hostilité à l’adhésion de la Turquie à l’UE, je repense à un De Gaulle se faisant fort un jour de voler vers l’Orient compliqué avec des idées simples.
Je me demande dans quelle manière, aujourd’hui, il ne serait pas utile de revenir à une Europe allant à elle-même avec des idées simples, notamment en matière énergétique.
Car, si le communisme radieux se targuait à un moment d’être la démocratie plus l’électricité, que deviendrait la « grande » démocratie européenne sans source d’énergies fiables et durables.
La mini crise ukrainienne et son impact, lors de l’hiver dernier, sur les conditions de notre approvisionnement, en fournissent un avant-goût.
De ce point de vue, et sans en limiter la dimension politique à ce seul aspect géo-stratégique, l’entrée possible au terme du processus engagé dès maintenant de la Turquie au sein de l’UE, constitue peut-être une manière de voir loin et se « sécuriser » d’autant.
La « sublime porte », notamment aussi par le débouché offert aux ressources de la Caspienne (*), peut mériter son nom et permettre à des hydrocarbures simples sinon primaires venues d’Orient d’aller vers une Europe devenue « compliquée » et, hélas par nos compatriotes, euro-frileuse.
Qui sait, demain, avec la restauration possible de l’Etat Irakien, et ses réserves pétrolières de Kirkouk, en plein kurdistan, le profit, sur le plan de l’approvisionnement énergétique, que l’Europe pourrait tirer d’une Turquie européenne et sa composante kurde.
Bien sûr, nous ne saurions pas nous abaisser à ce type de contingences.
Les débats sur la finalité de l’Europe – approfondissement ou élargissement ? – sont bien gentils, mais attention, à ne point être trop hautain, alors que se profilent tant de restructurations et de mutations, avec des débats et des enjeux qui ne le méritent pas.
(*)La position géographique de la Turquie en fait un pont naturel stratégique entre les pays producteurs de pétrole de la mer Caspienne. Le port de Cehyan (Turquie) est un passage important du pétrole.
L’oléoduc de Baku (Azerbaïdjan) Tbilissi (Géorgie) Ceyhan (Turquie) a été inauguré en janvier 2005, la capacité prévue est de 365 millions de barils et de 730 mille mètres cubes de gaz. par an. Le pétrole sera transporté à la vitesse de deux mètres à la seconde grâce à des stations de pompage réparties tout le long du parcours. L’oléoduc est long de 1765 kilomètres répartis de la façon suivante : 445 kilomètres en Azerbaïdjan, 245 kilomètres à travers la Géorgie et 1070 kilomètres à travers la Turquie. Le point le plus élevé est situé à 2700 mètres d’altitude.
Il doit permettre l’acheminement de plus d’un million de barils de pétrole par jour (soit environ 1% de la production pétrolière mondiale. La construction de cet oléoduc a déjà des répercutions géopolitiques importantes. La Russie n’est pas associé à ce projet et certains états de la Caspienne vont se transformer en petro états. Une nouvelle route de la soie est probablement entrain de se créer.
La construction de la partie Turque a débuté en 2002 et été inauguré en janvier 2005. Désormais le gaz et le pétrole de la Caspienne sont livrables au port de Ceyhan en Turquie, le premier « tanker » est attendu au terminal pétrolier de Ceyhan au quatrième trimestre 2005. La caspienne est au troisième rang des réserves pétrolifères mondiales. [Source agence d'information européenne de la Turquie]
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