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19.06.2006

Sans peur et sans reproche

Assistons-nous à une montée d’un parlementarisme larvé ?
La grogne persistante des députés de l’ump, dont le président du groupe Bernard Accoyer a prévenu lui-même le chef du gouvernement qu’il ne pouvait lui assurer une majorité pour le vote en faveur d’une fusion GDF-Suez, constitue en tout cas un phénomène inquiétant.
S’il fallait un exemple concret pour étayer les préventions auxquelles la substitution du régime actuel à un régime plus parlementariste – souhaité par la gauche et l’udf - peut donner lieu, nul doute que cet épisode pourrait s’y ranger.
Le Premier ministre, qui semble ne pas y renoncer, a dit qu’il renvoyait le vote avant la fin de la session parlementaire, qui se clôt le 30 juin.
D’ici là, la majorité reprendra, même si rien ne paraît être moins sûr, ses esprits. Les députés de la majorité, surtout ceux qui, se déclarant échaudés par le CPE et l’affaire Clearstream, prennent prétexte de leur inquiétude de subir l’impopularité auprès de leur électorat, doivent se rappeler que leur mandat, lorsqu’il sont dans la majorité, regarde la manière, comprenant leur discipline, dont ils assurent à notre pays le moyen d’être gouverné.
Cela ne mérite pas d'être galvaudé.

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C’est une étrange manière de témoigner la loyauté à un gouvernement issu de ses rangs que de se comporter avec cet esprit de défiance continuelle.
Certains y verront une manière de maintenir le Premier ministre dans l’impuissance et de l’amener à renoncer à ses prétentions présidentielles.
Ils sont ou se croient confortés, peut-être, par l’implication a minima de Nicolas Sarkozy sur le projet lequel a pourtant assuré, sur cette affaire, que quelle que soit la décision de son Premier ministre il le soutiendrait.
Mais ce qui se passe au sein de l’ump révèle des germes inquiétants en terme de manquement à la solidarité générale entre un groupe parlementaire et un gouvernement.
Au delà des circonstances, qui peuvent sembler favorable à l'un ou à l'autre dans des perspectives personnelles, c'est un facteur d'affaiblissement qui ne manquera pas, pour des raisons qui sont liées à la nature même de la démocratie, d'affecter, si les Français n'y remettent pas bon ordre, la République.
S'ils veulent une République où les motifs de dispute priment et surpèsent sur la gouvernance, ils ne manqueront pas de voir, au delà des symptômes visibles depuis quelques années, se fragmenter les structures de la vie politique et proliférer les motifs de dispuites et de divisions.
Ils ont le droit de se laisser entraîner dans l'impuissance.
Ils ont le droit de savoir ce que cela leur réservera.
Au moment, où la gauche et l’udf militent pour opérer une orientation du régime vers la parlementarisme, l’inconsistance de l’ump parait peu à même de rassurer ceux qui attendent des institutions de notre pays qu’elles fonctionnent, et en premier, qu’elles assurent à notre pays d’être gouverné, grâce à une majorité qui lui est non pas soumise mais authentiquement et sans arrière-pensée subordonnée, sans renoncement à un esprit critique, sans peur et sans reproche, à un gouvernement légitime.
Lorsque Patrick Devedjian, conseiller politique du président de l'ump, diagnostique, dimanche 18 juin, jour de commémoration de l'Appel du 18-Juin 1940, « une dérive monarchique dans le fonctionnement des institutions » et dénonce « un Premier ministre de convenance, de moins en moins accepté par le parlement », il se place, peut-être pour satisfaire à un calcul partisan, dans ce qui s'apparente à un procès des institutions et, donc, de la légitimité.


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La désagrégation rapide, déjà en 1995, sous les feux nourris médiatiques et ceux de l’opposition de la majorité parlementaire – inquiète pour sa réélection - face au projet de réforme des retraites et fiscale, dont l’avenir a dit et continuera de dire qu’elle était exigée par la situation, a constitué un prélude.
La dissolution qui s’en est suivie était un acte nécessaire de clarification et il aurait dû être entendu comme tel, y compris par les députés de l’ancienne « majorité bleue ».

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Si le comportement d’une majorité parlementaire se laisse guider par la peur et le refus d’assumer, alors nous entrons dans la fin du politique et acceptons d’entrer entièrement une ère politicienne et médiatique et un jeu extrêmement trouble de légitimités volatiles, selon l'humeur de l'opinion, les sondages.
Celle-ci, qui a de nombreux partisans et beaucoup d’attrait, je n’en doute pas, ne réserve à cette nation, sur le modèle de ce qu’elle a déjà produit le 29 mai 2005, rien de bon, sinon un lent discrédit intérieur et extérieur.
J’avais eu l’idée d’un tableau, à la façon d’un Géricault, si j’en avais le talent, par lequel je représenterais l’actuel état des moeurs républicaines. Le titre en aurait été : « Chute et morcellement de la représentation ».
J‘ai écrit, dans Forums, que ce serait là un portrait sévère et sans concession.
C’est ce que mérite notre vie politique infantilisante et infantilisée.

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