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10.07.2006
F. Hollande à Alger
Le premier secrétaire du parti socialiste, François Hollande, a rompu la trêve sur la polémique portant sur le rôle positif de la colonisation.
On pouvait espérer, conformément au vœu du président de la République, qu’elle était et devait rester, sagement, l’affaire des historiens, de part et d’autre de la Méditerranée.
On était en droit d’espérer que cette question soit gardée par nos ténors politiques hors de portée des surenchères, quelque peu outrancières et, vraisemblablement intéressées sur le plan de sa politique intérieure, de M. Bouteflika.
Grâce à l’initiative politique de M. Hollande, ce n’est plus le cas.
En effet, en se rendant à Alger ce dernier week-end des 8 et 9 juillet, à peine quelques jours après une énième critique du chef de l’Etat algérien sur ce qu’il considère avoir été les abominations de la présence française en Algérie, selon lui rien moins que « génocidaire de l’identité du peuple algérien », M. Hollande a abdiqué, purement et simplement, aux conditions du président Bouteflika.
Il n’engage que lui. Certes.
Mais pour lui, il n’y a donc plus de débat, de questionnement légitime auquel les historiens, de par et d’autre de la Méditerranée, seraient en droit d’apporter des réponses et des nuances, tenant compte, par exemple, de l’attachement de ceux qui, en Algérie, ont choisi la France et l’ont payé de leur sang et de leur larmes.
Au nom du dogme anti-colonialiste, le sacrifice de ces hommes et femmes, liés à une tradition de présence et de relation, est traité comme nul et non avenu, certifié non-conforme.
«Nous dirons combien la colonisation est un système condamnable. La colonisation nous la condamnons et nous l’avons toujours condamnée», devait dire M. Hollande, successeur d’un certain François Mitterrand à la tête du PS, à ses interlocuteurs du FLN.
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Au moment où des œuvres cinématographiques comme «Indigène», réalisées par les descendants de ceux qui ont combattu dans les tranchées de Verdun, manifestent la réalité de l’amour et de l’espoir que des hommes, Algériens, notamment, mais aussi issus de l’Afrique Noire, ont porté à la France, cette abdication les dépossède de cette fierté qui existe puisque, quelques que puissent être les débats, des hommes l’ont éprouvée.
A quelques mois des propos d’un Georges Frêche traitant, certes sur un coup de sang, de «sous-hommes» des Harkis, qui, quoiqu’on en pense, ont choisi la France et pas - c’est le moindre des honneurs à leur rendre - pour des questions vénales, il est inopportun, inconvenant et déplacé de promettre à M. Bouteflika, en cas de victoire du candidat ou de la candidate socialiste aux prochaines présidentielles, la contrition de la nation qui accepterait de mutiler sa mémoire, c'est-à-dire la réalité de ce que des centaines de milliers de gens, sans doute imparfaits, ont investi mutuellement dans ce qui, alors, était «l’ Algérie Française».
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Ayant promis l’abrogation de la dite loi, François Hollande a reçu l’accolade du président Bouteflika et plaidé la relance, sur des bases d’écriture de l’histoire que ce dernier trouvera acceptable, du traité d’amitié Franco-Algérien.
Cette initiative me laisse pantois.
Elle pourrait faire resurgir la polémique en France et constituer surtout, il me semble, une manière de solder à des convictions non exemptes d’idéologie, la fierté et la mémoire des peuples, la réalité d’un leg culturel, administratif et d’un Etat qui s’est construit sur une matrice française.
L’entreprise de M. Bouteflika – qui n’a jamais eu le moindre geste d’apaisement, mais plutôt des provocations, en direction d’une communauté fort importante faite à la fois de pieds-noirs et de harkis, victimes liées charnellement au même drame historique - va, nul ne peut en être dupe, au delà de l’exigence de la vérité historique.
Au mieux, M. Bouteflika est en quête d’une vérité historique officielle au service de son régime. Au pire, il avive et instrumentalise un contentieux, avec pour but de masquer ses propres difficultés, voire de faire de la France, aux yeux de son peuple en souffrance, la responsable des maux passés, présents et à venir de ce pays.
Son exigence, cependant, constitue son droit le plus absolu. C’est une affaire entre lui et son peuple.
Par contre, on ne peut être qu’attristé de voir le chef d’un parti susceptible à la fois de gouverner et de porter un des siens ou des siennes à la magistrature suprême lui apporter son crédit et participer à une telle opération.
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L’Algérie française n’était pas un mirage dans le désert et l’Algérie ne serait pas ce qu’elle est si elle n’avait eu ce singulier, passionnel et aussi tragique rapport avec la France.
Il existe ce rapport. Il existe même affectivement. Ou alors l’émir Abd El-Kader, son farouche combat d’abord comme son amitié ultérieure à la France, ce qu’il a écrit d’elle, n’a lui non plus jamais existé.
Alors, on peut faire toutes sortes d’inventaires et leur appliquer, a posteriori, un jugement moral ou idéologique.
Mais il y a l’histoire des hommes et l’histoire des Etats, l’affaiblissement du continent européen et des anciennes grandes puissances sorties laminées de deux conflits consécutifs, l’émergence des nouvelles, les Etats-Unis et l’URSS, avec cette nouveauté, surgissant alors au sortir de la guerre, et à laquelle la création de l’ONU, à San-Francisco, a donné plus de résonance, portant sur la reconnaissance du droit des peuples à disposer d’eux-mêmes, tout cela aboutissant à la décolonisation qui constitue le passage très brutal et, peut-être même instrumentalisé alors par d’autres puissances, d’un état historique au profit d’un autre.
Qu’y a-t-il à juger ?
Des fantômes, des rêves, des utopies, des excès, des crimes, des double jeux, des trahisons partagées, l’influence de Moscou qui s’apprêtait à faire saisir le monde dans sa guerre froide, armait des résistances et formait leurs cadres, etc ? Une maudite chronologie ?
Les deux peuples de la France et de l’Algérie méritent que toute la lumière soit faite, sans s’en tenir au seul faisceau du procès historique en colonisation qui vire, depuis quelques temps, au procédé inquisitorial.
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Elle n’est pas si simple, l’histoire de nos deux peuples affectés par cet épisode, pour tenir dans cet éclairage là, même si on peut être tentés, en vertu d’un droit d’inventaire présomptueux, de s’y focaliser.
Mais ces procès sont d’autant plus faciles à faire qu’ils le sont par des personnes qui n’ont rien vécu de la complexité et du tumulte des événements, de la tragédie de l’histoire, si réelle qu’elle n’épargne généralement personne.
Un personnage que M. Hollande a non seulement côtoyé mais aussi soutenu avait déclaré, en 1954, «L’Algérie, c’est la France».
Il était ministre de l’Intérieur du gouvernement d’un certain Pierre Mendès-France et s’appelait François Mitterrand.
Ce fut le premier président socialiste de la France et il précède M. Hollande à la tête du PS.
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