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27.09.2006
Commonhealth.com
Voici le projet que je m'efforce de développer actuellement. C'est ma manière de ne pas désemparer.
Les Français, comme d’autres membres de l’Union Européenne, s’affranchissent ou sont tentés de le faire, de plus en plus des frontières nationales en matière de santé. Le plus souvent guidés par des motifs économiques, ils se comportent comme des consommateurs de services médicaux qu’ils peuvent recevoir dans des conditions soit de délai soit de prix plus avantageuses dans d’autres pays de l’Union que dans le leur.
Cette tendance, certes marginale, donne lieu à de nouveaux comportements et à un nouveau marché de mobilité dans un secteur qui jusque là était dominé par des habitudes et des réglementations strictement nationales.
L’Europe de la santé est en train de naître par besoin et nécessité, laissant la possibilité de voir évoluer des concurrences et des complémentarités entre plateformes dans des zones limitrophes. Au-delà, déjà, des pôles de spécialisation émergent, également, stimulés principalement par la compétitivité des prestations dans les domaines de l’ophtalmologie, de la chirurgie dentaire, de la chirurgie plastique ou de confort, mal ou pas pris en charge par la Sécurité Sociale dans notre pays.
Des coopérations transfrontalières voient le jour et se formalisent déjà, permettant une gestion et une vision de la carte des équipements et investissements techniques et hospitaliers nouveaux et donnant lieu à ce qui est qualifié de tourisme hospitalier, mais qui traduit déjà, dans les faits et dans le désir des citoyens, une mobilité qui donne une réalité supplémentaire à l’Europe.
La commission européenne a constaté ce phénomène et s’est saisie, dernièrement, de cette évolution.
La réglementation qui sera élaborée créera peut-être les conditions pour nombre d’usager d’accéder à des soins, notamment dans les domaines cités précédemment, où les tarifs de certains actes et soins dans les pays les plus développés de l’union sont devenus si prohibitifs qu’ils imposent à nos compatriotes des sacrifices qu’ils ne peuvent pas toujours consentir.
L’aspiration des citoyens à bénéficier de soins au meilleur rapport qualité/prix est légitime et, même s’ils demeurent majoritaires ceux et celles qui pensent que la santé ne doit pas avoir de prix, il n’y a pas de raison que ce secteur ne soit pas soumis non pas à la loi du marché mais à la concurrence que peuvent exercer librement des plateaux techniques, éprouvés, implantés dans d’autres pays du l’UE.
Elle est, compte tenu de la démographie, un des éléments de la construction et de l’équilibre de l’Europe et constitue une solution raisonnable pour régler, là où cela est possible, c'est-à-dire pour tout ce qui ne relève pas des priorités sanitaires, de l’urgence, de la médecine quotidienne ou très spécialisée, la question de la maîtrise du coût de la santé.
On ne décrétera jamais l’égalité totale des citoyens devant la santé. Par contre, en exploitant les potentiels qu’offre la construction européenne, il est possible, et les Français ne se privent pas d’exercer le droit au choix, de permettre à certains de nos compatriotes d’accéder à des catégories de soins qui leurs sont inaccessibles dans leurs propres pays et dont ils pourraient bénéficier ailleurs, si tant est que ces prestations bénéficient de la transparence, d’une garantie de qualité et de la sécurité juridique nécessaires.
Le projet à mettre en œuvre s’appelle « Common Health - Santé Commune ». Il s’agit de mettre en place une plateforme internet, multi langues, qui créé l’interface nécessaire entre les prestataires et les citoyens potentiellement attirés par une délocalisation de certains des soins auxquels ils prétendent.
Ce site a pour objectif de permettre aux citoyens de bénéficier d’une information fiable sur les possibilités d’externalisation de certains actes médicaux et de sécuriser et de rendre transparents les réseaux, de favoriser la prise en charge et le transport, c’est à dire in fine de passer de la carte hospitalière telle que nous la connaissons à une Europe des soins médicaux au sein de laquelle il ne serait pas incongru d’aller se faire poser un bridge à Barcelone, subir une opération de la cornée à Dublin, ou traiter une pathologie quelconque ailleurs.
Cette plateforme correspond, je le crois, à une évolution inéluctable.
Le modèle économique, puisque je crois à l’entreprise et sa dimension éthique et sociale, reposerait sur des ressources publicitaires et des prestations associées.
Par prestations associées, j’entends les possibilités de collaborations auxquelles un tel site pourrait donner lieu avec, au-delà des organismes de sécurité sociale, des compagnies d’assurance – lesquelles pourraient à terme intégrer la mobilité médicale afin de promouvoir des gammes de prestations médicales ou des prises en charge auprès de clients - et des compagnies de transports ferroviaires, aériennes ou routières, hôtelières pour des prestations ne donnant pas lieu à des hospitalisations, pouvant intervenir, elles, dans l’offre de transport ou d’hébergement associée à la prestation médicale.
C’est faire, sachant que la mobilité ne répond pas au même besoin, ce que font certains sites et certaines entreprises dans le domaine du tourisme mais, cette fois, dans le domaine du médical.
La synergie de plusieurs acteurs pourrait permettre la promotion de paquets de prestations comprenant à la fois la protection juridique, le transport, l’hospitalisation ou l’hébergement.
C’est cet ensemble de tenants et aboutissants qui, dans sa phase initiale dite de d’étude de faisabilité, doit être exploré.
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Récit d'une âme trempée
Skywalker
(Manifeste sur l’énergie et son contraire)
Ecrit en janvier 1999
Hypertexte I
Je ne sais pas si tu es garçon ou fille.
Je ne sais pas dans quel monde tu vis et dans lesquels ceux qui naîtront de toi vivront.
J'espère qu'ils s'épanouiront dans des mondes meilleurs.
Souvent, je fais l'effort de les imaginer, de concevoir quelles pourraient être les futures lois qui en régiront le cours et en maintiendront l'unité.
J'ai souffert pour te transmettre ce que je t'écris. Je me suis trouvé isolé et j'en ai été meurtri.
Il est difficile, dans ce qui est mon monde, de se construire et de se développer tel que l'on est ou tel que l'on sent devoir être.
Beaucoup de gens qui m'entourent dissipent leur potentiel et je pense qu'il y a là, vraisemblablement, un gâchis considérable et, qui sait, une cause essentielle aux frustrations et aux dérives criminelles qui souillent nos siècles.
A mon époque, il était possible de s'en remettre à la fatalité pour justifier des pires injustices et brutalités. Même ceux qui subissaient les outrages finissaient parfois par se résigner en niant ou en taisant ce que réclame au fond leur dignité.
Les brutalités du monde n'étaient pas toutes physiques.
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J'ai voulu embellir le monde afin que tu puisses y vivre mieux et que ton bonheur puisse être tenu comme un effet du monde en général à obtenir au profit de chaque personne en particulier.
Je sais que l'on peut me trouver naïf lorsque j'énonce un tel précepte aujourd'hui, mais je crois que le bonheur est une forme de rapport intelligent et intrinsèquement bienveillant que les hommes sont capables d'avoir et d'entretenir entre eux.
****
Il faut que je te dise que, aujourd'hui, l'idée que se font les gens de l'accès au bonheur que leur offrira le futur est souvent représenté par des pillules colorées et les réactions qu'elles provoqueront dans le psychisme des individus.
J'espère que les hommes et les femmes de ton temps sauront contredire ces horizons dangeureusement pharmaceutiques et si faussement idylliques.
Il y a sans doute beaucoup de choses à écrire sur le bonheur et les manières de le rechercher et de l'atteindre.
La définition que les dictionnaires en donnent aujourd'hui est la suivante:
"Etat de complète satisfaction, de plénitude."
Cette définition se satisfait à elle-même. Il y a pourtant beaucoup à rajouter pour qu'elle soit atteinte dans la réalité des êtres.
Aujourd'hui, il faut que tu saches que le bonheur de l'humanité et de ceux qui la composent n'est pas un but recherché.
Nul n'oserait, en préambule de son programme politique, le promettre à son peuple et, par extension, au genre humain.
Saches que cela est excusable car, au cours de l'histoire, beaucoup de ceux qui ont promis aux peuples des matins radieux se sont révélés être des tyrans sanguinaires et liberticides.
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Voilà sans doute quelque chose qui vous restera à inventer de sorte que vous puissiez vivre dans un milieu plus propice à votre total épanouissement et désireux d'en recevoir tous les bénéfices.
Cela n’est pas le cas aujourd’hui.
J’attends que l’époque où tu vas vivre te chérisse et, dès ta naissance, te dise qu’elle attend tout de toi, qu’elle te tient pour quelqu’un qui va lui apporter et non lui prendre. J’attends de l’avenir qu’il te dise ces mots, qu’il ne cesse d’appeler et d’approuver les meilleurs de toi même.
****
Il faut que je te dise. L'époque qui est la mienne est une époque où l'on pouvait affirmer que nul n'est irremplaçable.
Une époque capable d'affirmer cela n'est certainement pas une belle époque. Tu as raison de le penser.
Ce qui est cruel, c'est qu'elle disposait des ressources qui pouvaient la rendre meilleure. Je crois même qu'elle aurait pu avoir la volonté de s'améliorer.
Tu auras peine à le croire, mais on pouvait mourir sans que nul ne s'en émeuve et n'agisse au delà des formes convenues et si ignominieusement condescendantes que dictait la charité humaine.
****
Le monde était dans son rôle lorsqu'il écrasait ceux qui soit tombaient soit se dressaient contre ses cynismes multiples et ses conformismes.
Ton énergie et la manière dont tu entends l'exprimer au profit du monde sont sans doute bien mieux respectées et éduquées qu'elles ne le sont au moment où je t'écris.
****
Je forme le voeu pour que ton monde accorde plus de prix à ce que tout individu assure pouvoir lui apporter et l'encourage à le faire, jusqu'au bout de lui-même, s'il ne peut aller que jusque là. Plus loin encore, si son tempérament l'y porte comme le mien m'a porté.
Je vais te dire ce que l'on peut entendre si on écoute bien le coeur du monde.
Au fond, il dit:
"Tu peux me mettre au défi et me combattre. Mais si tu le fais, pour assurer ta propre survie, tu es condamné à m'embellir".
****
J'espère que dans ton monde, celui que j'espère contribuer à construire, une sorte de loi universelle, comprise et admise de tous, appellera chacun à donner le meilleur de lui-même, sous les formes variées et appropriées que le génie place à la portée de tous, pour peu que l'on veuille chercher et que l'on ait appris à reconnaître ce qu'il y a à trouver.
Ton époque t’a appris à le reconnaître. C’est ce qui fait qu’elle est évoluée.
Je ne sais pas pourquoi je ressens le besoin de m'adresser à toi, presque spécifiquement.
M'adresser à toi, c'est à dire distinguer ma pensée et pour ainsi dire la localiser assez dans ce que je suis pour que tu puisses m'y rejoindre par delà les temps qui nous séparent.
****
Je n'ai pas envie de te faire part de ma détresse.
Elle est commune et inutile.
Je préfère, tu l'auras remarqué, te parler de mes espoirs et déployer l'espace de ma sincérité, dont j'aimerais qu'il t'apparaisse comme une nuit claire et étoilée.
Je te parle à travers elle ainsi que l'univers, auquel nous sommes indissociables, le fait depuis toujours, en attendant d’être capté.
J'ai choisi d'intituler le récit que j'écris "La traversée du ciel" car je l'ai arpenté, et bien que j'ai eu à subir le martyr de tous les manques, ce que j'ai traversé est tout sauf un désert.
Aussi l'ais-je désigné Ciel.
J’ai donné à cette approche générique une traduction plus conforme à mes données énergétiques et spatio-temporelles.
La parole venue de moi, je l'appelle "Skywalker", littéralement, le marcheur du ciel, en référence à un héros de la mythologie cinématographique.
Il était habité par la Force. Comme on a tous envie de l’être.
Il avait une épée dont la lame était formée par un puissant faisceau de lumière. C’était une arme tranchante. L’arme des justes. Elle pouvait découper le métal.
****
Il faut que tu saches que je crois avoir donné au monde bien plus que ces mots et le temps qu'ils me prennent pour être écrits.
J'ai imaginé à son intention divers projets susceptibles d'agrandir la sphère des échanges qui fournissent travail et prospérité aux hommes et réduisent le nombre de ceux qui se sentent inutiles aux autres.
C’est une sorte d’arme, contre la vacuité.
Tu dois le savoir: il n'y a pas de sentiment plus pénible que celui de se sentir inutile. Je souhaite que tu ne puisses pas te le représenter, mais cela rejoint le sentiment de ne pas être aimé.
C’est un danger qui ne me guette plus.
****
Rien de ce que j'ai avancé n'a été entendu.
Et si j'ai donné, rien de ce que j'ai donné n'a été vu.
Bien sûr, ce que j'ai voulu apporter l'était dans sa forme brute. C’était celle des idées, des énergies, de la volonté d'échanger et convertir.
Apparemment, ce sont ces valeurs qui précèdent l'argent.
Moi, lorsque je les ai exprimées, l'argent m'a fui.
****
Je ne me plains pas et n'attends pas que l'on me plaigne. J’agis selon des principes qui se placent au dessus de la miséricorde.
Je crois que les hommes ont appris à plaindre ceux des leurs qui souffrent pour s'exempter de modifier, ou de tenter de le faire, les causes qui produisent de tels effets.
Je ne me plains pas car le plus à plaindre n'est pas celui dont le don est refusé, mais celui qui le rejette.
****
Quelles que soient les justifications que le monde se trouve et qui participent à m'humilier, je ne vois pas comment je consentirai à avilir le meilleur de moi-même par ou pour ce que lui a de plus mauvais.
Tu vois, je me suis montré intransigeant sur l'essentiel.
C'est une lutte. Elle est invisible et silencieuse.
Je crois que l'univers, ou Dieu, m'en est témoin.
Il y a même des gens que je croise dans la rue qui semblent la voir. Mais cela, je n'en suis aussi sûr.
****
Mon monde est fatigué et il me demande de l'être autant que lui.
Il me réserverait alors cette sympathie qu'ont les lâches entre eux lorsqu'ils se convainquent mutuellement qu'ils n'ont rien à se reprocher. C'est une spécialité humaine, comme l'amnésie.
Je suis sorti du rang et il est vrai que personne ne me le demandait. Peut-être ma conscience me le commandait ?
Il est difficile de savoir exactement ce qui pousse à agir, quand la règle commune est de ne pas agir.
Il est difficile de savoir pourquoi, soudain, on ne voit plus le monde de la même manière. On ne sait pas pourquoi on a envie de partager sa colère et de faire réagir ses contemporains sur l'indifférence qui les gangrène lentement et l'apathie qui les gagne.
Je crois, au fond, que c'est le désir de ne pas avoir honte de ce qu'on n'a pas fait et des peurs qui nous ont terrassé, même si on sait que ces peurs-là, nul ne songerait à nous les reprocher. Nul, à part soi-même.
Il n’y à rien à risquer à être son pire juge. La seule chose que l’on risque, c’est de grandir et de s’améliorer.
****
Et puis, c'est ma conviction, il y a réellement quelque chose de surnaturel au monde. C'est innommable, mais on baigne tous dedans.
C'est extrêmement communiquant.
Lorsqu'on est touché par cette grâce, et qu'il arrive, par elle, que l'on est seul à voir l'arête plongeante d'un précipice, on obéit aux forces qui dominent notre destinée et on essaie de détourner de l'abîme ce qui peut en être détourné.
Ais-je été touché par cette grâce?
Parfois, je le crois,oui.
On est soi-même un passage, plus ou moins obstrué.
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Tu ne comprends peut-être pas un traître mot à tout cela.
J'imagine que ton monde a vaincu ce qui cause la propagation du mal, et qu’il est florissant.
J'ai une faveur à te demander : dis-moi que ce n'est pas un miracle technologique qui a permis de vaincre le mal, mais que c'est quelque chose qui est venu du coeur des hommes, quelque chose qui s'y trouvait même à l'époque de laquelle je te parle.
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Je n'ai pas eu tous les courages, mais j'en ai eu quelques uns.
Un des plus étranges est celui qui consiste à se croire capable de changer le monde.
Je le trouve étrange, mais en définitive il est le plus légitime, le plus naturel, celui qui se trouve en lien direct avec la cause qui éveille notre conscience au monde.
Changer le monde, c'est mon droit imprescriptible. C’est surtout le tien, et celui de tous ceux qui t’accompagnent.
Il est assez significatif d’observer que, de mon temps, vouloir changer le monde était suspect.
Cela va te sembler inouï, mais ça l’était encore plus si tu prétendais vouloir le changer pour l’améliorer.
Dans le meilleur des cas, on pouvait t’ignorer ou te traiter d’utopiste, de doux rêveur, mais si tu t’obstinais, alors, on pouvait de traiter de cinglé.
Certains ont été enfermés dans des asiles et ne s’en sont jamais relevés. D’autres ont été tués pour avoir osé affirmer: “J’ai un rêve”.
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Le monde use de toutes ses forces dissuasives à l’égard de ceux qui ont un rêve.
Ces hommes, ces femmes, ont été assassinés même si leur esprit étincelait, et que leur parole rendait belle la conscience collective.
Une balle, une flèche, un coup de massue derrière l’oreille, une injure, un bûcher, une humiliation, les a toujours menacé.
Le péril court toujours.
Le monde a toujours eu de l’imagination pour clouer au pilori.
Beaucoup ont renoncé pour assurer leur propre survie. Certains ont plongé dans la méditation transcendentale, ou dans la folie, cette manière irraisonnée de se mettre à l’écart du monde, de ses bistouris, de s’en protéger derrière l’épaisseur de ses propres abris.
Quelques uns même ont été crucifiés en demandant pardon pour leurs bourreaux.
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Le monde est imparfait. Il le sait, mais il n’aime pas qu’on le tienne pour responsable et surtout qu’on prétende agir là où lui n’agit plus, par lassitude et résignation.
La constante de mon monde, c’est peut-être le faible nombre de ceux qui sont capables de se lever, à tout instant, pour s’insurger contre toutes les formes d’oppression, qui ne sont d’ailleurs pas toujours celles qui émeuvent le plus et celles qui sont les plus visibles.
Certaines misères sont devenues des fonds de commerce intellectuel. Ce n’est pas toujours conquête de sens. Il est vrai qu’il faut remporter des suffrages.
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La démocratie, à ton époque, a dû faire des progrès.
A-t-elle renoué avec la noblesse des attitudes et des engagements publics? A-t-elle renoué avec l’art d’élever la conscience des peuples et a-t-elle su les émanciper des peurs anciennes qui retiennent leurs énergies?
La politique, n’est-ce pas, va réapprendre à parler aux énergies et à les faire dialoguer entre elles, à leur apprendre à se connaître de sorte qu’aucune d’entre elles ne soit tenue pour étrangère. Ce qui est toujours, au delà des visages, des religions, des ethnies, le signe récurrent de tous les facismes.
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J’en suis sûr. Cela va se passer. C’est l’accélération que j’attends. Rien d’autre ne me fait marcher lorsque je marche, et respirer lorsque je respire.
Il ne peut pas en être autrement car, dans le cas contraire, le monde irait au chaos et mon idée est que le chaos est incompatible avec toi.
Le chaos n’est jamais très loin de la perfection qui tient la vie dans ce qu’elle est par ses liens et ses forces invisibles, et qui parvient à la rendre si belle, par delà ses défauts et ses caractères statiques.
Cette faculté de la vie est celle qui parvient à faire l’unanimité et maintient la joie. Elle est ce sur quoi il ne faut jamais s’arrêter de construire.
La chaos n’est jamais plus près que lorsqu’on commence à agir comme si l’on pensait:
“Après moi le déluge”.
Cette pensée est archaïque. Elle a des déclinaisons différentes et parfois subtiles qui font oublier que la force qui dicte, c’est celle de ne pas avancer.
Ainsi, peut-on dire: “J’ai trop à perdre”.
On le pense, on le dit, et c’est l’humanité qui pile, quelque part, et cette réaction de défense, je crois qu’elle n’a rien à voir avec la préservation de l’espèce, ni avec le but qu’elle a à atteindre.
Cette tentation m’a effleurée. Je me suis pourtant dit que si je cédais à la sécurité de mon confort, j’aurais d’une certaine manière dégradé la valeur de ce que je croyais posséder.
C’est une perte bien imperceptible. Elle n’aurait pas eu de traduction sur mon relevé bancaire, ni même sur la valeur monétaire, mais l’érosion, à mes yeux, aurait été réelle.
Mon époque, de ce point de vue, a des tendances chaotiques.
Je la soupçonne fortement de céder parfois aux attractions qu’exercent sur elle les forces obscures du repli, qu’elles se nomment fascisme, communisme, ou dites autrement, celles de l’ensommeillement.
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Moi, j’ai revêtu une armure de lumière.
Je me suis armé pour des combats futurs, déconcertants par le nombre d’ennemis, par leur bonhommie, leur manière d’ignorer ce que tu es et de te dévaloriser, de t’écraser du poids des certitudes communes.
J’ai rêvé d’être une parole assez pure, assez juste, pour les faire blémir. J’ai rêvé d’être cette espèce de tonalité, assez traversante pour perforer les zones non éveillées.
Je l’ai recherchée en moi cette parole. Tout au long de ce temps, je me suis laissé cerner par elle. Je l’ai laissée me toucher, me prendre, m’apprendre, m’appréhender.
C’est par elle que j’ai résisté. D’abord, par le pressentiment que j’avais d’elle, de ce qu’elle pouvait avoir à me dire, de ce qu’elle pourrait avoir à nommer.
****
Une parole ne naît pas au hasard.
Elle a besoin de pouvoir se rencontrer, se concentrer. Elle a besoin d’entrer en corrélation et de se dévoiler à elle-même, à partir de ce que nous pensons, à partir des émotions, de notre imagination, de notre capacité à résoudre la folle équation à laquelle le monde, pour continuer à être, nous soumet.
La construction de ce que l’on à dire n’a rien d’empirique.
La vraie parole, l’unique parole n’est précédée par rien d’expérimental. Elle est incidence et acuité.
Elle est une épée. Elle s’affûte comme sa lame.
Elle scintille dans l’obscurité.
“Au commencement était le Verbe…”.
C’est probablement encore vrai.
Malgré nos voitures, nos fusées, nos puces, les cartes mères et les énergies domestiquées, et le pied sur la Lune. Malgré tous ces progrès, avons-nous quittés le Commencement ?
C’est peut-être le cas. Mais on joue encore devant la tannière qu’on vient de quitter.
Je me demande quelles quantités d’égoïsme, d’indifférence, de cynisme, ont été accumulées au cours de ce vingtième siècle pour permettre à une époque qui se dit civilisée de supporter tant de crimes, de misères, d’enfants estropiés ou décharnés par la sous-alimentation. Cette monstruosité n’appartient à personne et elle est de tous.
Je te fais grâce de la description de tous les malheurs du monde, ordinaires ou pas.
Qui peut faire le tour de tant de misère ?
Celle de ce siècle quitté peut tenir en un prénom : Omeyra. C’est le prénom d’une petite colombienne qui est morte, en novembre 1985.
Le monde entier a assisté à son agonie. Un torrent de boue avait déferlé sur le village où elle vivait. Elle était une rescapée. Elle était prisonnière de la boue et la boue, ces quelques mètre cubes de gangue, ne voulaient pas nous la rendre.
Dans ces circonstances-là, on attend toujours qu’un Hercule apparaîsse, ou un JeanValjean, enfin quelqu’un dont on sent bien que sa force humaine apporte un triomphe et un héroïsme qui ne le sont pas.
Mais là, il n’y avait que des caméramen.
Seul son visage, cheveux courts bouclés, dépassait.
Devant les caméras, elle a répété sa supplique: “Je ne veux pas mourir”. Et sa voix, au fil des heures, s’est éteinte. Elle s’est épuisée. S’est vidée de la chaleur. Elle est morte en direct.
Et sa mort nous disait notre impuissance à tous.
Cette petite fille mériterait d’être canonisée.
Sainte-Omeyra, priez pour nous…
C’est un choix arbitraire, mais il témoigne de la vanité du vingtième siècle. Je suis certain qu’il donne à Dieu, enfin à la somme des consciences passées, présentes et à venir, qui nous observent, l’envie de zapper.
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Justement, “Et Dieu dans tout ça?”
C’est ce qu’on peut toujours se demander, à n’importe quel moment. Et surtout dans les heures les plus noires, quand le mal déroule son action sans que rien ne semble pouvoir stopper son avancée.
“Et Dieu dans tout ça?”
Il distribue et ordonne les énergies. Celles qui s’expriment sur un terrain de rugby, celles qui alimentent les désirs, donnent à éclore, à vivre et à transformer. Celles qui sont libératrices.
Il me procure celle qui me pousse à t’écrire et à maintenir en vie mon monde intérieur, le seul dans lequel tu es et où j’entends que tu deviennes, à l’abri des principaux dangers.
J’imagine que n’importe qui ferait ce que je fais pour ses fils et ses filles.
J’imagine que n’importe qui, dans ce cas, aurait regardé au delà de son intérêt immédiat, au delà des signes de confort matériel.
Dieu, ou l’univers, qui sait ce que c’est ?, me procurent les seules forces qui soient inépuisables.
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Ils les transmet par ce qui vibre à l’intérieur des fibres, par l’amour et la générosité de toutes choses, par la grâce des contacts, par le rythme des musiques, par toutes sortes de facultés et d’effets qui se combinent et qui forment l’empire de ses pouvoirs illimités.
J’y puise. Il faudra, quelle que soit la manière pour vous de l'appeler, que vous y puisiez aussi.
Il faut que je te dise que j’aime l’énergie qui me porte.
Elle est bonne. Elle est chaude. Elle ne veut de mal à personne, et elle m’accorde la force de dire ce que j’ai à dire.
La vérité qu’un individu peut atteindre par lui seul est supérieure et plus universelle que celle établie par le nombre. Elle est plus exigeante par elle-même.
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“Et Dieu, dans tout ça”
Dieu, s’il descendait sur terre, il dirait : “Je ne vous ai pas soufflé l’idée de l’argent pour que vous ne vous échangiez que vos matérialismes, mais pour que vous parveniez à construire, développer et échanger vos mondes intérieurs, délivrés des peurs qui les enténèbrent”.
Il leur rappellerait qu’il est le père de toutes les inventions.
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Je te le disais, cette époque a inventé les machines et a décrêté que les hommes n’étaient pas irremplaçables. Sa victoire, c’est d’être parvenue à nous le faire admettre.
Et sa victoire, c’est notre lente défaite, notre descente aux enfers.
Une époque qui aurait proclamé que personne n’est remplaçable n’aurait jamais toléré le gâchis que représente la destruction massive de tant d’individus sur tous les continents du monde.
On ne peut pas savoir quelles furent leurs fautes. C’est incalculable. Dieu seul peut être exhaustif dans ce décompte
C’est d’être né noir à un endroit où il ne fallait pas l’être, Juif à un autre, Palestinien ici, Hutu là, Tutsie ici, et inversement, Russe aussi, car les événements néfastes agissent selon des périodes, et ignorent les frontières des faux empires.
Ailleurs, ce qui fait mourir, c’est d’être fait de chair et de faim dans un endroit où il n’y a rien à manger et peu à boire. C’est de ne pas être immortel là où pullulent les maladies, les fléaux.
Le malheur, c’est de venir au monde dans un endroit où les mouches sont les égales de l’enfant qui vient de naître. Mais où elles sont infiniment plus nombreuses.
En d’autres lieux, et sans que l’on puisse les limiter à des règnes précis, la faute, c’est d’être épris de liberté. Pour soi-même, pour son corps, pour son esprit, pour l’usage que l’on entend en faire.
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J’ignore si tu as pu voir ces images sur l’hologramme des passés, par lequel tu es enseigné.
A moins que les historiens de ton époque les aient jugé trop choquantes pour être librement consultées.
Peut-être, comme certaines de nos fictions, ces rétrospectives sont-elles précédé d’un message informant le spectateur de la cruauté et de la violence de certaines séquences.
Je suis bien d’accord avec toi : une époque qui aurait réellement attaché du prix à la vie n’aurait pas accepté que soient prélevés, au nom de ce qui est censé représenter sa grandeur et sa permanence, de tels tributs.
Bien sûr, les guerres ont des causes et celles-ci sont impénétrables à la voix de la raison.
Il aurait fallu que les tyrans n’existent pas, que les dictateurs ne soient jamais venus au monde et n’y aient pas prospéré.
Il aurait fallu que personne n’imagine des processus de destruction massive et n’ouvre la boite de Pandore où attendent les armes atomiques, bactériologiques, économiques et alimentaires. Il aurait fallu que les fous de Dieu n’existent pas.
Ne crois pas cela. On t’a sans doute donné les outils d’analyse intellectuelle pour que tu ne sois pas tenté de croire que les choses sont aussi simples.
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Le mal est sournois. S’il émerge, c’est qu’il est toléré, admis. C’est qu’on l’invite à sa table, qu’on déroule pour lui le tapis rouge et qu’on lui fait les courbettes qui sont sa courtoisie.
Ce sont alors les majorités qui cèdent. Elles se soumettent à la force, ou sont attirées par les rêves de puissance, d’hégémonie, à laquelle l’usage de la force, du meurtre organisé, de l’oppression populaire, conduisent et ont prétendu pouvoir mener. Ou alors, elles ne disent rien. Prétendent n’avoir rien su, rien vu, rien entendu.
La lutte du Bien contre le Mal n’est jamais plus virulente que dans les couches de la société.
C’est là que l’un ou l’autre acquièrent le droit de mener le bal. C’est là, aussi, que le pire peut se banaliser, en modifiant la trajectoire de quelques degrés imperceptibles, ou à 360 degrés de la trajectoire idéale que l’humanité ne devrait pas quitter.
****
Le mal, fait de facisme, de haine, de prédations, de terrorisme, est apparu. Son visage était masqué par une sombre identité, mais l’énergie qu’il diffusait et manipulait est reconnaissable entre toutes.
Je voyais son pouvoir grossir.
Je n’étais pas seul à le voir, mais je l’ai reconnu comme mon ennemi en particulier. Tout se conclut vraisemblablement en un combat singulier.
Je savais qu’il ne fallait pas le combattre en s’y mêlant comme on combat une idée, ce qui souvent ne fait que le renforcer. Il fallait pour le vaincre être son contraire, une sorte de matière face à son anti-matière.
On combat le mal par les forces magiques et heureuses de la vie.
J’ai dit à quelqu’un de proche que je venais de décocher une flèche en direction de l’étoile noire.
Il m’a cru insensé.
****
Je l’ai dit parce que je le pensais, et que cela se passait dans mon espace, celui des nuits claires et étoilées.
C’était une affirmation incompréhensible et pourtant, il fallait que je l’affirme car c’est ainsi, seulement, qu’elle pouvait avoir une chance de s’avérer.
C’était une flèche décochée à l’intérieur de ma pensée, mais j’avais l’humilité de dire que je ne savais pas quand elle atteindrait son objectif.
J’ignorais le temps qu’elle prendrait, mais je savais une chose, c’est qu’elle était partie et qu’elle atteindrait le coeur de la cible, là où le mal peut être réellement anéanti.
Cela je le savais comme on sait certaines choses, les yeux fermés.
****
Une foule qui en a le droit lapide, exécute, décapite ou fouette. On a toujours vu qu’elle le faisait. Contre ceux qui ne sont pas d’accord avec elle et lui disent une autre vérité, ou encore ceux qu’elle regrette avoir suivi. La foule s’exorcise de ses démons intérieurs de cette manière. Elle modifie la manière. Elle se la rend ainsi plus supportable et anodine. C’est son sentimentalisme.
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Elle a besoin de violence, quand aucun idéal ne lui permet de croire en elle-même, et ne la soulève.
La plus insidieuse des violences qu’elle est capable d’administrer est celle qui est apparue à la fin du vingtième siècle, et dont tu as sans doute entendu parler, l’enjeu pour toi et tous les tiens ayant été d’avoir su en triompher.
Cette violence broie l’individu dans les rouages de l’économie, système par lequel elle asservit encore et par laquelle j’attends qu’elle libère.
La société ne lapide plus, elle réduit les individus au chômage, elle atomise leur monde, anéantit leur vie et leur accorde la pitié, ce qui est une manière d’étouffer leur cri.
Mon époque est fatiguée. Elle ne craint de ne plus pouvoir inventer assez. Elle craint de ne pas avoir la force de bouger.
Elle récompense ceux qui veulent bien être fatigués, comme elle. A ceux qui l’approuvent, elle offre un cocon protecteur. Elle aime qu’on soit servile.
Je te l’ai dit, elle me demande d’être aussi lasse qu’elle. Elle ne comprend pas pourquoi je m’acharne, et pourquoi je me suis mis en guerre.
Au fond, le marcheur du ciel que je suis ne lui fait pas peur. Mon époque me trouve inoffensif.
Mon époque ne me regarde pas. Elle ne me voit pas. Mais moi, je la regarde. Je ne la quitte pas des yeux.
Elle se trompe en pensant que ce qui m’arrive ne la regarde pas.
Je suis seul. Je n’ai pas d’arme. Je ne tiens pas un discours subversif, tout au moins tel qu’elle est en mesure de l’entendre.
Je ne suis pas un terroriste. Je ne rêve pas d’ensanglanter le monde, et ne brandis pas l’anathème.
A ses yeux, par conséquent, je ne suis rien.
Elle se trompe. J’ai l’orgueil de lui jeter ma vérité à la face. Et je prétends, pour toi et tous les tiens, triompher d’elle.
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Je n’entends personne crier, crier vraiment.
Je n’entends personne parmi ceux qui sont maltraités élever sa voix et affirmer :
“Vous n’avez pas le droit de me faire ce que vous me faites”.
Je n’ai pas vu le peuple se révolter et dire :
“Mais ces gens-là, qui gisent sur le trottoir, qui dorment sous les cartons, qui crèvent de froid, ce sont les mêmes que nous”.
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Bien sûr, il y a des personnes qui se penchent sur eux et leurs dispensent des encouragements, des soins, des attentions qui sont ô combien précieuses par mauvais temps.
Il y a aussi les autres qui en utilisent le nombre. Ils ne voient pas la foule des déchus autrement que les autres, mais ils ont une idée de la manière de s’en servir pour installer et développer leur propre pouvoir.
Il faut que je te dise la méfiance que m’inspire cette captation de pouvoir. Je me méfie de l’usage détourné qui peut en être fait et de l’instrumentalisation de la misère, de la détresse.
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Je n’ai vu personne se dégager de son propre sort et se révolter, au point de dire :
“Je ne veux pas de ce monde que vous me proposez. Je ne le veux ni pour moi, ni pour mes enfants”.
Aucun n’a dit que ses enfants, un par un et les uns avec les autres, méritaient mieux, et n’a hurlé une colère qui aurait dit :
“J’ai le droit de créer de la richesse. J’ai le droit de donner mon énergie. J’ai le droit d’apporter au monde ce que je suis. Ainsi le monde sera mieux.”
Lequel a osé dire : “Vous ne savez pas ce que vous perdez en perdant mon énergie”.
Quand ils se lèvent et marchent, je les entends plutôt réclamer : “Je veux aussi en profiter”. C’est ce droit que je les vois mendier.
C’est un droit pitoyable. Et ceux qui le demandent le sont aussi.
Nul n’a eu l’impétuosité, du fond de la déchéance où il était mis, d’interpeler le monde et de le mettre au défi : “Je suis, et je vais vous le prouver.”.
“Ne comptez pas sur moi pour m’agenouiller devant la force absurde par laquelle vous m’oppressez.”, c’est la révolte que j’aurais aimé voir se lever.
Moi, les mots qui de tout temps enflammaient mon coeur et brûlaient mes lèvres, c’était ceux là :
“Vous ne parviendrez pas à me briser”
Il faut que je te dise que c’est ce que j’ai fait. C’est ce que j’ai osé dire et répéter. C’est par cette force que je me suis déterminé, en vertu d’elle que je me suis prononcé.
J’espère que tu peux en être fier, car ce n’était pas de l’insolence vaine, plutôt une action de pertinence suprême.
J’ai renoncé à des tas de choses pour affirmer, au cœur d’une époque ployant sous le fardeau de son scepticisme, qu’il demeurait possible de faire des choses, qu’il ne fallait surtout pas s’arrêter de marcher.
Le moment n’était pas encore venu de s’arrêter pour contempler. D’ailleurs, qui avait-il vraiment à contempler ?
Quel spectacle de nous-mêmes et de nos réussites?
Une époque telle que la mienne n’avait pas le droit de se reposer sur elle-même et de réduire les énergies qui sortent de sa sphère pour l’élargir.
Une société qui n’affirme pas un idéal se repose sur elle-même. Une société qui se fixe pour idéal l’équilibre de son système de retraite ne fait rien d’autre que d’essayer de se prolonger, de durer sur le modèle de ce qu’elle a été. Elle étend son emprise et s’autorégule en établissant sa mainmise sur les énergies à venir.
Une telle société n’offre plus un visage, mais la succession de ses liftings, le comble de l’artifice pris pour vérité.
A mes contemporains, j’assure que je ne voudrais pas être là quand leurs enfants leurs reprocheront leurs coupables accomodements et subtils retranchements.
Ce que je fais, ma tentative, consiste à ce qu’ils n’aient d’ailleurs pas à vous le reprocher.
C’est ma manière de me montrer.
Ce sera celle de m’effacer.
****
Hypertexte II
Mon engagement pour le futur a commencé d’une manière bizarre, ou plutôt, de plusieurs manières bizarres.
Par exemple, cette phrase qui a traversé mon esprit:
“Ce qui n’existe pas est à inventer”
Je l’ai reconnue comme ma vérité et j’ai considéré qu’elle était assez grande pour que le monde puisse s’en inspirer, de manière durable.
C’est là, par cette profession de foi, qu’il pouvait reprendre de la vitesse.
Je n’ai pas pu m’empêcher, à partir d’elle, de me mettre en pratique.
Je me suis heurté au monde de manière frontale. Il m’a refusé le crédit, c’est à dire la faculté de mettre en oeuvre, que je lui demandais.
Dans l’écoulement du temps du monde, ce n’était rien. A peine les quelques minutes que cela a pris aux interlocuteurs auquels je me suis adressé de me signifier leur refus ou de me nier.
Il s’agissait de personnes différentes, mais je n’étais pas dupe. A travers eux, c’était la voix du monde qui grondait. C’était une menace tacite et bourdonnante, la puissance lourde d’un consensus, celui de la facilité et de l’appauvrissement consenti des conduites et des énergies.
Le monde m’a dit par cette voix qu’il ne m’autorisait pas à entreprendre ce que je m’étais fixé.
Cela fait plus de deux ans qu’est survenu cet événement.
Il peut paraître insignifiant.
Il ne l’est pas.
Depuis, le monde et moi sommes entrés dans une relation de type mythologique, comprise comme le combat d’un simple mortel face à des puissances ou des divinités supérieures.
L’argent en est une.
Il est la pire et la meilleure des choses. Il permet de réaliser des échanges, d’anticiper sur les valeurs à venir. Il donne du crédit, ou en retire. Il donne à exister, en tant que membre qu’il déclare utile, ou nie.
Moi, il a décidé de me nier.
Et il ne l’a pas fait à n’importe quel moment, dans n’importe quelles circonstances.
Il l’a fait au moment où je lui apportais le meilleur de moi-même. Il n’y a pas pire insulte.
****
Tu comprends sans doute que si le monde m’injurie, il t’injurie toi aussi parmi tout ce que je porte, et avec toi, il insulte les fils de mes fils. Si le monde m’injurie, il injurie tout ce par quoi je l’aime.
Cela forme les éléments du contentieux que j’ai avec le monde.
J’aurais voulu être plus fort que je ne le suis. J’aurais aimé disposer de plus de talent, ou que mon talent soit plus apparent.
Je te l’avoue : j’ai le sentiment d’être seul et je me trouve parfois bien désarmé.
Je n’ai que l’amour, la volonté et ce qu’elle a d’inflexible, et puis, ma capacité d’endurer.
J’affronte le monde. Au début, j’ai simplement décidé de ne pas reculer. Ensuite, j’ai décidé de le faire reculer. C’est pour cela que j’écris.
Le statu quo n’est pas une forme de vie.
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J’aimerais que d’autres aussi se lèvent. La naissance d’un nouveau millénaire est un instant propice, surtout lorsqu’elle se confond avec l’avénement d’un continent politique, Europe et d’une nouvelle monnaie, l’Euro, qui ne tardera pas à devenir le miroir de vos espérances, de vos efforts, de vos ambitions.
Face au dollar qui affirme “In God we trust”, la devise de l’Euro pourrait être : “Nous croyons dans le meilleur de l’homme”.
La même pensée. La même certitude. Le même appel. Ecrit en toutes les langues.
Quelle fantastique regénération!
Le monde change, et ne va pas cesser de s’ouvrir et de se mélanger. Ses hésitations vont être balayées, car c’est toujours ainsi lorsque le vent se lève.
Ces temps nouveaux offrent l’opportunité de se donner de nouvelles fondations, d’éliminer ce qu’il y a de mauvais dans les anciennes, de renforcer ce qu’il y a de bien et qui menace de s’effondrer.
A quoi servirait l’ensemble des ressources du génie humain s’il ne devait pas permettre d’accéder à plus de justice, à plus d’intelligence, à davantage de fraternité et d’amour, à davantage de liberté?
Vœu pieu?
Je crois que c’est l’espoir que tous les hommes et les femmes qui se sont succédé sur cette terre ont entretenu au fond d’eux, un vœu qui les dépasse, qui paraît parfois se lasser, mais qui demeure, qui ne se laisse jamais tuer.
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Le Troisième millénaire qui s’ouvre consacrera la primauté de l’individu sur la société.
C’est ce qu’il y a de mieux à souhaiter : une inversion des polarités.
Cette fin de siècle me révulse. C’est sa vanité qui suinte de partout. C’est la vanité qui la tient. Elle la protège de tout ce qui pourrait la trahir.
Pourtant, jamais, au cours de l’histoire humaine, les potentiels n’ont été aussi importants, jamais les espaces à conquérir n’ont été aussi vastes dans l’ensemble des domaines scientifiques, techniques, éthiques, artistiques, pour engager une véritable Renaissance et ouvrir l’ère d’un authentique âge d’or.
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Finalement, le mieux, c’est que je me présente comme une énergie. La qualité des énergies, c’est le seul ordre de grandeur à quoi se rapporter.
Mon énergie, c'est ce que je suis avant d'être un nom et un prénom, un numéro de sécurité sociale, un ou plusieurs matricules d'ayant-droit.
J'ai appris à la connaître, cette énergie. Cela prends du temps. Il faut être attentif à soi-même, et il faut avoir pour soi, pour ce que l'on contient, un respect total.
Il faut savoir préserver cette identité profonde, empêcher qu'elle soit ensevelie ou défigurée.
Détruire, maltraiter, c'est se saccager soi-même. Et il est difficile, parfois même plus possible, de se réparer.
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J'ai été écarté du droit de la richesse et du devoir d'en créer par ce que je crois être un arbitraire déguisé.
Je me suis heurté à un monde qui n'avait plus trop la volonté de croire en l'Homme, en ce qu'il porte de meilleur en lui.
Le monde m'a traité en ennemi. Il m'a nié au moment où je venais à lui. Malgré le mal qu'il m'a fait, l'humiliation qu'il m'inflige, je garde intacte la qualité de mon énergie.
C'est cela la grandeur qui m'a frappée et pénétrée. Une des vraies valeurs de l'homme tient à la force de son esprit.
Attaqué de toutes parts, soumis à d'invraisemblables pressions, il est capable de résister.
C'est par cette force qu'il est donné aux hommes de convertir ce qui se passe dans leur coeur, dans leur âme, dans leurs rêves, ou simplement par les frissons qui parcourent leur peau.
Tout le monde devrait s'attacher à rechercher sa propre grandeur, à déployer son propre espace.
A l'heure où je te parle, je dois bien l'admettre, la question de la grandeur de l'homme n'intéresse pas grand monde.
Je me demande si elle fait rêver encore.
Il fallait quelque courage pour aller chercher en soi cette grandeur et l'habiliter à dire ce qu'elle a à élever au niveau de la parole ou de l'acte.
Il en fallait autant pour oser se dire : "Fais ce que tu as à faire car ce que tu as à faire n'est pas ridicule".
Il m'en a fallu pas mal de ce courage ou de cette grandeur pour m'adresser comme je l'ai fait aux puissances immobiles du monde.
A leur propos, je me suis dit que si elles restaient immobiles, c’est qu’elles attendaient quelque chose ou quelqu’un pour se remettre en mouvement, et se remettre à parler.
Si elles ne le faisaient pas, c’est qu’elles étaient déçues de ce qui leur était proposé.
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On m'a pensé candide. On m'a vu faible et désargenté. Peu ont vu ou ont osé voir la force qui m'animait.
Elle est de celles dont on présume qu'elles peuvent déplacer des montagnes, ouvrir des passages, vaincre des tyrannies. Elle est de celles-là. Je le crois.
Une entreprise, c'est comme un livre, un tableau, une oeuvre de musique. Elle est une transcription d'un monde intérieur, un apport de valeurs, de sens et de solutions.
C'est aussi une manière de procurer un débouché à son potentiel d'énergie, le plus vaste possible et compatible avec l'énergie des autres, auxquels elle s’ajuste et se combine.
J’ai cru que le monde attendait qu’on lui donne des idées sur la manière de convertir encore et toujours les énergies, sur la manière d’alimenter son mouvement en avant.
J’ai cru que ce qu’on m’avait enseigné et que j’avais retenu, ce qu’on avait essayé de m’enseigner et que je n’avais pas retenu, concourrait à cela.
J’ai découvert que j’avais été trompé.
Je me place au dessus de l’intelligence qui est habileté à développer des postures. Ce que je fais, c’est un travail de balisage. C’est une manière de préparer le terrain pour que d’autres puissent l’aménager, y vivre et l’explorer plus encore.
Puisque je suis écarté des formes de reconnaissances qui ont cours aujourd’hui, j’élargis la définition des compétences et de la manière de les réunir en prenant à témoin les temps qui vont venir.
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Mon action est élémentaire. Elle est le contraire d’un discours hermétique. Elle consiste à poser comme postulat que le monde ne peut se priver d’aucune des énergies qui s’offrent à lui sans se diminuer lui-même.
Comment ose-t-il soutenir qu’il peut s’en priver et se priver de la mienne ?
Combien de civilisations, sûres d’elles-mêmes, ont péri de ne pas avoir su comprendre et accepter les énergies montantes et de les avoir tenues pour composantes insignifiantes d’elles-mêmes.
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Mon acte est un acte de confiance à l’égard de l’espèce humaine, un acte ouvert et non protégé, à travers une manifestation tellement concrète qu’elle voulait prendre la forme d’une entreprise.
Il est patent que moi et l’entreprise que je portais avons été repoussés.
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La peur, l’unique peur, c’est de se dire que ce que l’on fait passe inaperçu. Pour y échapper, j’ai multiplié les signes pour dire que j’existais et que cela avait un sens.
J’avais peur qu’ils échouent dans le vide.
Je ne t’ai pas parlé de la colère qui est montée en moi.
J’ai presque voulu que le Diable les emporte tous. J’ai presque pensé que c’est ce qu’ils méritaient.
En même temps, j’avais la bonté de souhaiter que le diable ne les emporte pas tous. Qui sait s’il n’est pas à l’affût de ce qu’on dit, pour mettre quelque sinistre programme à exécution.
Alors, j’ai aussitôt voulu préserver les visages que j’aimais. Puis ceux qui, malgré leur mystère, étaient ceux que j’avais croisé éphémèrement et que je n’avais pas moins aimé.
Et puis, il fallait bien que je préserve aussi les gens qui étaient aimés par ceux que j’aimais.
Et puis, il y avait les enfants, les porteurs de nos futurs. Les enfants sont sacrés. Et leur regard aurait pu me reprocher de retrancher qui que ce soit au monde qu’ils aimaient.
En définitive, on a le droit de ne rien altérer. Et le devoir rendre la vie plus belle.
Il n’y a pas d’autre choix que de sauver l’humanité entière, ou de ne sauver personne.
****
Ils ont cependant voulu m’écraser.
Ce n’est pas ma nature. Je suis plutôt léger et aérien, et je me mêle au souffle du vent. Mais ici, j’ai voulu être massif car il n’y a que de cette manière qu’on pèse.
J’ai dit au monde que mon coeur recelait un diamant. Et que, mon statut était de le laisser venir, mais que s’il osait s’y frotter, c’est lui qui se rayerait.
Il y a des hommes dont on disait qu’ils pèsent des millions, d’autres dont on constate qu’ils sont lourds, de maladresse, de bêtise, ou de méchanceté.
Moi, je pèse le poids du monde que j’ai accepté de prendre sur mes épaules. La grandeur de mon rêve est telle qu’elle me permet de le supporter. Sans quoi je serais écrasé.
****
J’ai écrit, et je continue de le faire.
Cela a été ma manière de remuer ciel et terre.
Ils ne m’ont pas répondu, ces gens, auxquels je me suis adressé. J’attendais de certains qu’ils le fassent, d’autres qu’ils sachent simplement que des “énergies” telles que la mienne existaient.
Puisque par définition ceux qui me niaient et moi étions adversaires, j’attendais que nous confrontions nos valeurs respectives, et ce qui les rendaient plus ou moins respectables.
Je voyais bien que leur silence, ce n’était qu’une manière de se contenter d’être massifs, de rapprocher les murs autour de moi.
En marchant comme je le faisais, en bravant le froid dont je n’aimais pas les morsures, en sentant la pluie giffler mon visage, je discernais déjà les défauts de leur cuirasse.
Je le savais déjà. La somme de tout ce par quoi ils pouvaient se persuader d’avoir raison ne pouvait égaler la seule par laquelle j’avais raison devant eux.
Ils auraient pu me dire beaucoup de choses pour annihiler mon point de vue. Moi, j’osais leur dire qu’il les surplombait.
Ils auraient pu essayer de m’en faire chuter.
****
Je craignais, au début, qu’ils m’interpellent, qu’ils me convoquent du haut de leur magistère, en me disant :
“Pour qui vous prenez-vous?”
Bien malgré moi, la réponse se serait imposée d’elle-même :
“Je suis celui qui ouvre une porte et s’engage à vous le dire, à vous la montrer. De cette manière, vous ne pourrez dire qu’elle est restée fermée.”
Leur silence me reprochait autre chose : de ne pas manquer d’aplomb.
C’était vrai. Comme tout ce qui tombe du ciel, ou tout simplement d’hauteur d’homme.
09:41 Publié dans Politique | Lien permanent | Commentaires (0) | Envoyer cette note
Nouvelles depuis le front
C’est absolument sans importance, mais je l’écris car je crois en l’écrit plus qu’en la parole. Un neuro-psychiatre m’a téléphoné donc hier pour que je le visite ou bien qu’il vienne m’examiner au domicile parental.
C’est un homme apparemment très bienveillant qui, comme moi, est sensible à un courrier frappé de l’effigie de la République. Il m’a dit que cela l’obligeait à m’interroger et qu’il serait naturel que je m’incline devant cette autorité.
Je lui ai dit que je ne me soumettais pas à cette réquisition, en l’informant que j’avais écrit, dans ce sens, au Procureur de la République.
Il regrette ma décision qui l’oblige à en référer à l’autorité requérante et en a pris acte.
Alors, je ne prends personne à témoin, je pose simplement mes actes, au nom de la République aussi.
Je publie également un long texte, écrit en 1998. J’y dis quelque chose, il me semble. D'une certaine manière, c'est le simple et lointain récit d'une âme trempée.
Ma conviction, c'est que ma situation ne relève aucunement du social, a fortiori du psychiatrique, mais du politique. Ce que j'ai fait et continue de faire est de cette essence.
Je suis désolé de constater que cela ne m'est même pas crédité.
C'est la raison pour laquelle, si les circonstances s'y prêtent et si tout courage ne m'abandonne pas, je me présenterai aux législatives de 2007 dans ma circonscription non pas pour témoigner dans une dimension égocentrique mais parce qu'il me semble qu'il y a une portée et un sens véritables lié à mon engagement.
Voici la lettre écrite au procureur de la République.
Narbonne, le lundi 25 septembre 2006
Monsieur le Procureur de la République,
Je viens d’apprendre, ce jour, que vous aviez mandaté un praticien pour un examen qui compte tenu de la situation ne porte certainement pas sur mon intégrité physique.
Mes parents considèrent que je suis irresponsable et insistent pour que je me soumette à une évaluation psychologique que vous auriez requise à mon endroit, espérant que je sois placé sous tutelle.
Je vous informe que je ne m’y soumettrais pas car rien, selon moi, ne justifie cette mesure.
Bien sûr, si vous requérez la force publique, je ne saurais m’y opposer, mais, de mon plein gré, je ne le ferais pas considérant cette situation profondément inopportune, déplacée et humiliante.
Je sais que celle-ci fait suite à l’intervention de mon frère, M. …., qui vous a écrit pour vous relater une dispute survenue avec mon père cet été, dispute qui a bien eu lieu, qui n’est pas de mon fait, mais qui n’a donné lieu à aucune violence physique ni verbale.
Alors, il y a bien eu un climat tendu au cours de cette soirée familiale, et j’y ai vraisemblablement ma part, mais je ne peux être humilié, rabaissé constamment aux yeux des autres, notamment de ma nièce et de mon neveu, tenu pour un handicapé social voire mental, sans manifester mon désaccord.
Mais il n’y a rien de pathologique dans ma manière d’agir.
Je pense que ce que je fais n’est guère compris par les miens et particulièrement par mon frère avec lequel j’ai hélas un certain nombre de différents sur la manière d’être un homme.
Mais je pense que, dans ce pays, je suis guidé par une volonté dont je n’ai pas à rougir.
Après, comme je l’ai toujours pensé, chacun prend ses responsabilités là où il les situe.
S’il le faut, d’ici peu, je retournerai à la rue.
Je refuse, autant que mes forces me permettent de le faire, le Revenu Minimum d’Insertion, même si chacun m’encourage à bénéficier de ce dispositif. Mais j’ai déjà vu ce que c’était.
Au fond, je pense que le concept d’insertion, s’agissant de moi, est profondément impropre.
Je vous donne l’assurance de mes meilleurs sentiments.
Cordialement,
PS : trouvez ci-joint le texte que j’ai déposé sur mon blog : www.midiblogs.com/france. Il explique au moins une partie de ce que je suis.
Je m’empresse de préciser que si mon blog s’intitule France, ce n’est pas forcément un délire. Au moment de lui donner un titre, c’est le seul qui me soit apparu conforme à ce qui m’inspire.
Maintenant, si je suis « fou » ayant agi et parlé ainsi, il est tout à fait naturel que cela soit dit.
Vous trouverez aussi le projet auquel je travaille actuellement. D’ici une semaine, j’espère le voir en ligne.
09:35 Publié dans Politique | Lien permanent | Commentaires (0) | Envoyer cette note
25.09.2006
Rationalité
Il n'y pas que le religion à devoir cultiver son lien à la rationalité. La politique en France aussi. Nous n'en serions probablement pas au niveau des dettes et de matérialisme bêta, à ce goût immodéré de la glose idéologique dans lequel nous sommes aujourd'hui et nous aurions une République efficace et sincère.
Sarkozy n'a pas tort d'être iconoclaste quand la gauche emprisonne la France dans des contradictions incessantes.
09:28 Publié dans Politique | Lien permanent | Commentaires (0) | Envoyer cette note
20.09.2006
Dire
J’écris cela au moment où mes parents et de la proche famille ont entrepris des démarches, dont j’ignore si elles ont quelque chance d’aboutir, afin de me placer sous curatelle et m’invitent avec insistance à quitter le foyer parental. On me tient pour irresponsable, pour improductif et asocial, on me le dit et on le soutient. On m’invite à l’admettre.
Comme je ne suis pas d’un usage facile, que j’ai la mémoire de ce que je suis ou prétends être assez longue, il m’arrive d’objecter que je me trouve responsable, mais que j’ai placé ma responsabilité au-delà de l’endroit où la plupart des gens la situent ordinairement.
Il me paraît nécessaire, ignorant où vont mes jours, de dire ce que j’ai à dire à ce pays.
Au préalable, je signale que, pour moi, il y a un avant et un après 1995.
A cette époque, j’étais adjoint au chef d’agence dans une rédaction départementale de ce qu’il est convenu d’appeler un grand quotidien régional.
Je jouissais d’une position professionnelle et sociale avantageuse et m’apprêtais à bénéficier d’une promotion interne.
Mais il y a eu les assourdissantes grèves qui ont mis le gouvernement Juppé à genoux. Il y a eu mes confrères usant de leur influence pour protéger la spécificité de leur régime fiscal.
Il y a eu le grand spectacle de la démocratie française, filmée dans tous ses états de solidarité, braseros nocturnes, usage des tambours à la façon de Découflé, invitation perpétuelle à l’empathie généralisée.
Je le redis.
J’ai découvert alors, personnellement, que je ne me reconnaissais plus dans cette France. A l’inverse de la plupart des gens, j’ai considéré que je n’étais pas propriétaire de ma place, que d’autres pouvaient l’occuper et que je ne pouvais pas aller à la retraite, bénéficier mécaniquement d’avantages de toutes sortes, en me disant : « Les problèmes de mon pays, des générations qui arrivent, s’arrêtent là où commence mon intérêt et mon confort.».
Je l’ai dit et j’en ai tiré la conséquence en démissionnant de mon emploi. Je me suis fait la promesse d’inventer ce qui me permettrait de vivre.
J’étais effrayé. Conscient que, très probablement, je ne retrouverais pas le confort que j’avais quitté en accomplissant cette démarche.
Je n’aurais jamais imaginé que j’allais devenir, en dépit de mes efforts, en dépit de la volonté que je m’efforcerais de développer, une sorte de paria dans mon pays.
Je ne veux ennuyer personne avec ce qui pourrait se limiter à des problèmes personnels ou sociaux. Mais, parce qu’ils ne me quittent pas, poser les termes de la démarche qui fût la mienne me paraît une œuvre utile.
J’y suis résolu car, mon échec c’est surtout, je le crois, l’échec de la République. Au moins telle que je la conçois et telle que je crois qu’elle devrait être. Mais peut-être n’a-t-elle pas nature à être ainsi.
Je retire en effet de mon expérience le sentiment que mieux j’ai agi, plus j’ai été maltraité et nié par mon pays. Cela va à l’encontre des valeurs qui sont les siennes.
J’aurais voulu réussir pour lui apporter la preuve que la volonté individuelle, la ténacité, constituaient des richesses et qu’il fallait encourager ces comportements.
A titre de parenthèse, en 2002, après tant d’autres, une idée d’entreprise utilisant le vecteur de la téléphonie mobile est venue à mon esprit. Je l’avais nommée Ivigi, constitué à partir de [i], préfixe des technologies de l’information, et de [vigi], en référence à la fonction de veille assignée au service et, à travers elle, j’ai énoncé deux droits qui m’ont paru importants:
1/ Un citoyen a le droit de recevoir une alerte et des consignes appropriées s’il se trouve dans un périmètre à l’intérieur duquel il est exposé à un péril connu et imminent.
2/Le second droit ouvre une capacité d’émission d’alerte privée en cas de situation de détresse particulière, limité à la disparition d’un enfant, mais qui peut être rapidement étendue à d’autres situations (personnes âgées disparues).
Ma conviction était que la capacité à déterminer géodynamiquement la position d’individus constituait un authentique bouleversement dans la manière de concevoir le type d’assistance qu’il est désormais possible de procurer et que l’on pouvait construire une entreprise légitime autour de ce postulat, et agréger autour d’elle des compétences et des vocations.
A ce moment-là, j’étais une personne en hébergement d’urgence à Paris et celui qu’il ont venir à eux ne ressemblait pas à l’idée qu’ils pouvaient se faire d’un porteur de projet. Cette personne, je dois en convenir, n’était rien.
Pourtant, je suis venu en me disant que la République me donnait ce droit, et que l’entreprise visée coïncidait avec quelques enjeux de sécurité publique et l’intérêt général. J’ai donc essayé, en y mettant mon énergie, de convaincre et d’obtenir quelque soutien dans cette entreprise.
Je crois qu’ils auraient dû me remercier, un tant soit peu, et se dire : Comment un homme, devenu quelques mois sdf dans cette ville, qui a vécu de telles heures, a-t-il la force de venir à nous pour proposer une telle entreprise ?Ils auraient dû se demander si eux mêmes auraient porté, parmi ceux que je portais, un tel voeu.
http://www.internet.gouv.fr/archives/forums/10/messages/1594.html
Je relate car j’ai pris connaissance de la mise en place d’un service destiné à automatiser les changements d’adresses.
Un article publié dans le Figaro dit ceci : « Les six millions de Français qui déménagent chaque année pourront signaler leur changement d’adresse par internet dès mai, selon une ordonnance du Conseil des ministres. Ils pourront la déclarer aux caisses famille, maladie, chômage, au service des impôts et aux bureaux de service national. Le service sera ensuite étendu aux caisses vieillesse et services de renouvellement des cartes grises des véhicules, puis aux services postaux, opérateurs de télécom et distributeurs d’électricité, de gaz et d’eau. »
J'en conviens: cela peut prêter à sourire, mais lire cela me rappelle qu’en 1998-1999, j’avais énoncé ce service dans les circonstances qui suivent.
J’avais alors mon propre projet mais j’avais un ami qui faisait partie d’un cercle de recherche d’emploi à l’ANPE et je voulais l’aider.
Il s’interrogeait sur ce qu’allait être son avenir.
J’ai recherché l’idée d’un service jusqu’au moment où l’idée suivante m’est venue et je l'ai énoncée comme suit :
Il y a chaque année des millions de personnes qui déménagent. Pour l’avoir fait, j’observe que les démarches pour réaliser l’ensemble des formalités de changement d’adresse sont fastidieuses. Il y a donc un marché pour permettre à ces personnes de réaliser, grâce à un outil informatique approprié, ces opérations automatiquement.
Le principe étant posé, je soulignais que cet outil pouvait à la fois concerner les démarches auprès des administrations, des entreprises de services (EDF, services de distribution d’eau, etc.), mais aussi concerner les entreprises bancaires, les entreprises de diffusion télévisuelle etc.
Je lui ai livré les feuillets rédigés et décrit cette entreprise en lui signalant qu’il pourrait bien présenter cette idée au responsable de la cellule de recherche d’emploi et, puisqu’elle comptait des individus possédant des formations différentes, peut-être le groupe pourrait-il phosphorer sur cette idée.J’avais appelé cela « Soft Formalités ».
Je soulignais même à leur intention que des entreprises de déménagement, si l’outil était développé, pourraient le vendre comme un service à apporter à leurs clients.
J’ai désormais honte d’avoir eu cette idée, celle-là comme d’autres et éprouve des difficultés à m’expliquer comment, dans un pays qui se plaint de manquer d’emploi, et où tant sont livrés au désoeuvrement ou à des ersatz d’emplois, de tels gâchis, qui vont au-delà du mépris fait à ce dont était porteuse ma personne, sont possibles.
Au fond, est-ce moi qui suis pathétique ? Où est-ce ce que nous faisons, nous avons fait, de notre nation ?
J‘ai mon avis sur la question.
Mon frère, récemment, m’a demandé si un jour je ferai quelque chose dont ses enfants pourraient être fiers.
J’ai le sentiment que je ne pouvais pas faire mieux que me lever et prendre sur moi ce que j’ai pris, et d’une certaine manière je l’ai fait pour eux.
C’est vrai, il fallait être peu raisonnable pour se mettre de telles choses dans le cœur. Mon intérêt aurait été de bénéficier de ce que le statu quo social dans ce pays m’apportait et de veiller à ce que nul ne vienne empiéter dans mon pré carré personnel. Cela m’aurait valu de la considération.
Mais la République, telle que je la vois, ce n’est pas cela. Elle n’est pas là pour fabriquer ou maintenir des privilèges, ni pour favoriser des rentes de situation et d’immobilisme.
Ce sont des questions auxquelles, un jour, la société française n’échappera pas car elle fabrique, en fonctionnant de cette manière, du gâchis social et de la frustration ce qui est incompatible avec ce qu’elle est et doit être.
Je ne pouvais rien énoncer de plus juste que les entreprises que j’ai essayé de mettre en œuvre, notamment Ivigi. Elle n’a jamais vu le jour, mais j’ai dit quel service elle devrait rendre, comment et pourquoi. J’ai l’impression de m’être battu contre des moulins à vent, mais qui ne sont pas de purs fantasmes.
Voici ce qu’en disait, en 2002-2003, le directeur de l’école nationale supérieure des télécommunications à qui j’adressais mon projet: « Je viens de parcourir l’exposé de votre projet, parfaitement décrit, et qui pour nous constitue un exemple des applications que l’on peut faire de nos technologies. Vous semblez avoir une avance certaine dans l’étude des concepts de sécurité, en tant que développeur d’application, mais ne produisez pas les facteurs CA et profits envisagés sur les trois prochaines années… Nous disposons d’un dispositif d’appui important qui peut vous permettre de mener, à travers une formation initiale ou continue, la mise en forme de la partie financière du business plan afin de cerner vos besoins de financement éventuels compte tenu des développements que vous comptez mettre en œuvre dans les trois ans. Nous pouvons éventuellement vous héberger dans notre incubateur à condition que vous ou l’un de vos associés soyez des anciens de Télécom Paris. (…) Merci de m’en dire plus sur vous, votre cv, etc. A votre disposition ensuite pour vous rencontrer...»
Je n’ai rencontré personne. J’ai expliqué ma situation d’alors, et surtout insisté sur la démarche qui m’animait depuis ma démission. Je pensais que, plus qu’un cv, cela plaidait pour moi.
Je n’ai pas reçu de réponse. Je le comprends mais je ne suis pas sûr qu’il n’y ait pas là quelque chose dont on puisse penser que cela relève de l’arbitraire.
Aussi, mon sentiment est celui de quelqu’un qui a accompli son devoir, là où en tout cas j’ai cru le voir, même si j’ai été seul à le voir.
……………………….
Même si elle ne me voit pas, je me présente et me maintiens devant cette nation la tête haute. Je sais, c’est une vue de l’esprit mais j’ai idée qu’on ne commet rien qui ne regarde la nation à laquelle on appartient, qui vous a nourri, élevé, et qui, normalement, attend de vous, rien qui ne l’enrichisse ou l’appauvrisse, rien qui lui procure ou lui enlève sens, rien qui renforce ou fragilise sa cohésion, qui n’est au fond que le produit des cohérences économiques dont chacun, où qu’il soit, participe en désignant ce qui a valeur ou pas.
Au pire des moments que j’ai vécu, quand j’étais à la rue, tailladé par le froid, et que je n’avais rien, je pensais que j’enrichissais mon pays par ce que je portais en moi et que j’essaie encore d’exprimer, et dont j’aurais voulu que cela prisse la forme d’une entreprise.
Je le pense encore.
Hélas, il m’aurait fallu pour réaliser les entreprises auxquelles je me suis attaché, des expertises d’ingénieur en informatique, ou autres. Pour énoncer, ce que j’ai à dire sur la République, il m’aurait sans doute aussi fallu un talent que je n’ai pas.
Si j’avais eu les uns et l’autre, je n’aurais pas eu ma révolte.
………………….
C’est terrible d’avoir à se dire qu’on s’est trompé à ce point et que ce que l’on dit est à ce point inaudible.
C’est en définitive de là que devrait venir la principale sécurité à laquelle chacun et chacune aspire dès qu’il a conscience d’être membre d’une nation : la certitude que ses efforts ne se perdent pas et qu’il peut s’appuyer dessus.
Ce n’est pas ce qui se passe et c’est un élément de perversion dans le système social qui fabrique des statuts et les avantages qui leurs sont assortis d’un côté, de l’exclusion et de la disqualification de l’autre.
……………………
Il m’est arrivé de penser fortement que la France devait aux autres nations d’avoir une démocratie d’avance, c'est-à-dire la manière franche, lucide et raisonnée, pour elle-même, sa propre croissance, le bien-être et la réalisation de ses membres, de régénérer son ambition collective.
Mais il y a longtemps que franc, lucide et raisonné ne signifie plus grand-chose.
Cette démocratie que mérite notre pays se situe à l’opposé de celle que prône la gauche.
Cela va au-delà de la HALDE, que le président de la République a mis en place. Je crois qu’il s’agit d’un changement de paradigme et qu’il a une dimension universelle et motrice.
La gauche, que j’écoute, limite sa vision au prisme sur l’injustice sociale, ce qui constitue le terrain de beaucoup d’hypocrisies, de corporatisme, que l’on a vu souvent à l’œuvre, où celui qui gémit le plus, gagne.
Je crois que la droite républicaine doit incarner l’autre face et rappeler l’homme au centre du système, non pas pour en profiter et l’épuiser, mais pour le nourrir et le faire prospérer.
De cette manière, on requalifie de personnes et on redonne du sens à la République, perceptible dès l’école, et par conséquent susceptible de favoriser les émulations, les respects mutuels, dont nous aurons besoin.
……………….
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18.09.2006
Benoît XVI et l'islam
Nul ne peut prévoir quelles seront les conséquences de la réflexion émise par le pape Benoît XVI lors de son voyage, mardi 13 septembre 2006, en Bavière tant l’islam prôné par les éléments les plus radicaux obéit à une logique et une rhétorique éloignées de toute volonté de paix, de tolérance et d’amour.
Comment s’empêcher de penser, en ce moment, aux soldats de la FINUL renforcée, auxquels nos compatriotes concourent pour garantir, malgré une «divine victoire» célébré par le Hezbollah, la paix et la restauration de la souveraineté du Liban.
Ils vont être confrontés, directement ou indirectement, à la délicate question de la proéminence du parti de Dieu, de son éventuelle insoumission à l’état de droit.
Comment ne pas s’inquiéter des difficultés auxquelles ils peuvent être confrontés, si les soldats de la paix sont grossièrement ainsi assimilés à des «croisés», ce dans un contexte détérioré et manipulé à dessein.
Comment ne pas penser aux effets désastreux auquel cela pourrait donner prétexte en Irak, dans l’Iran des Ayatollahs acteur d’un chantage pétro-nucléaire, en Inde ou au Pakistan, et même en Palestine où le Premier ministre issu du Hamas – qui recrutait des bombes humaines – hommes, femmes, enfants – pour commettre des attentats, ne s’est pas privé d’exiger des «excuses personnelles» du pape.
En évoquant à travers la citation d’un dialogue historique l’ambivalence persistante et dangereuse de cette grande religion du livre qu’est l’islam, le pape Benoît XVI n’a pas commis une maladresse, ni offensé le prophète.
En intellectuel de la foi, il a placé sa pensée non pas au niveau de l’anathème mais à celui de l’analyse et de la critique raisonnée évoquant même la relation de la culture grecque à la construction de son église.
Involontairement ou pas, il rend service aux musulmans en offrant l’opportunité d’un débat interconfessionnel mais plus encore celle d’un examen de conscience propre à l’islam.
On ne sait pas si l’Islam aura la volonté et la possibilité de le mener assez loin afin de se libérer de l’emprise qui est en train de le défigurer.
Nous aurions tort de croire que cette réflexion a été unanimement rejetée par les musulmans et de réduire ce qui anime leur cœur et leur esprit à l’impressionnante réaction en chaîne dont les médias nous ont fait les témoins.
L’indignation violente et exagérée, plus ou moins spontanée, d’une partie des foules musulmanes, constitue en elle-même la démonstration que la réflexion initiée par le pape n’est pas inutile, qu’elle ne se confond pas avec la caricature et que, ne fût-ce que par l’exigence qui la soutient, elle est fondée.
Ce premier séisme sera probablement suivi par d’autres répliques qui iront au-delà de cette première phase de récupération et d’embarras.
Récupération exercée par ceux qui sont prompts à tenir, au-delà de toute mesure, les musulmans en les réunissant dans un ressenti de victimisation perpétuel, d’un islam sclérosé vécu à fleur de peau.
Embarras – politique – des régimes ou des autorités face à ce même ressenti, donnant lieu à des réactions enflammées, qui ébranle régulièrement leurs fondations.
Si l’islam se réduit à du ressenti et de l’amertume, il est la religion de l’irrationnel et de la manipulation des masses. Même en usant d’oppression, il déclinera.
Est-ce faire offense au prophète que de s’en alarmer ?
La tradition n’est pas autre chose, au fil des âges, que ce qui mérite d’être conservé.
Elle ne se décrète plus et ne se contraint plus.
Elle se mérite par la démonstration permanente et éprouvée de son utilité et de sa dignité, au service des hommes et de leur liberté de conscience.
Des régimes autres que théocratiques, ont, par le passé, en dépit de ce qu’ils décrétaient d’eux-mêmes ou de leur déterminisme, décliné avant de s’effacer.
En affirmant que «la haine, la violence, le djihad, n’étaient pas dans la nature de Dieu», et que ce qui, dans l’Islam favorise cela est antinomique à Dieu, le pape n’a pas commis d’impair.
Il s’est placé du côté de la rationalité et oppose à une interprétation vindicative de la volonté de Dieu une nature du divin sur laquelle le chef de l’église catholique n’est pas le dernier à pouvoir ni se prononcer, ni espérer porter un utile questionnement.
Il n’y a rien dans l’ignorance. Pas de salut. Et, probablement, s’il existe ce à quoi chacun est libre de souscrire ou pas, Dieu.
Au moment où le Saint-Père prononçait ces paroles qu’un certain nombre d’autorités religieuses commandent de tenir pour offensantes, le théostratège Al-Zawihiri marquait l’anniversaire des attentat du 11-septembre 2001.
Il invitait les musulmans, au nom du Coran, à user de violences, de terrorisme, d’actes suicidaires, à exiger la conversion des infidèles, de frapper les «croisés», ce sans provoquer, là où a été brûlée il y a quelques jours l’effigie du pape, de réaction d’indignation.
L’islam est certes en danger.
Nul ne peut dire, s’il est durablement instrumentalisé comme il l’est à ce jour, s’il est une religion d’avenir car, indépendamment de la qualité de son contenu, elle sera abandonnée par les siens si elle porte au monde et répand sur lui une parole de malheur et de souffrance.
Le danger pour lui ne consiste pas en des « croisés » resurgis du fond des temps ou en des nuées d’infidèles né dans des fantasmes présents.
Le danger qui le menace, il le porte en son sein.
Ce danger n’a ni le visage ni la silhouette d’un homme qui, il y a quelques semaines encore, est allé se recueillir dans des endroits de sinistre mémoire de notre Europe.
L’islam n’est pas et ne doit pas être le vecteur hermétique de la manipulation et l’asservissement des masses. Il n’a pas cette vocation.
Faut-il s’interdire de le dire ? De le penser ? De l’espérer ?
C’est ce à quoi un certain nombre de régimes, de mouvements fanatico-politiques, le réduisent, par l’exaltation de sentiments qui n’ont que peu de choses à voir avec Dieu et moins encore avec l’idée que l’on peut se faire d’une histoire dédiée à une humanité inspirée, apaisée et maîtresse de son dialogue à elle-même.
Qui, alors, défigure Allah ?
Ici même, en Occident, parmi les athées ou même parmi certains chrétiens, les paroles du pape sont probablement considérées comme un facteur de radicalisation accroissant les tensions entre « civilisation ».
Que ne s’est-il pas tû !
Le respect que l’on doit à l’autre et, s’il lui est lié, à sa religion, c’est de lui dire, aussi, le danger qui le menace. Il est assez clair ce danger, aujourd’hui.
Benoît XVI – peut-être volontairement, peut-être pas - y a contribue par son propos.
10:10 Publié dans Politique | Lien permanent | Commentaires (0) | Envoyer cette note | Tags : benoît XVI, islam, intégrisme, islamisme
04.09.2006
Maisons des créateurs
Parmi les passages du discours prononcé par Nicolas Sarkozy il y a notamment celui-là, consacré à la création d'entreprise.
"Je vous propose que chaque université soit dotée d’un dispositif d’aide à la création d’entreprise.
Je vous propose que les projets à buts non lucratifs soient autant soutenus que les projets à buts lucratifs.
Je vous propose que des écoles de projets vous aident à réaliser vos ambitions.
Je vous propose de développer le micro crédit pour financer les micros projets.
Je vous propose des prêts aux jeunes créateurs à taux zéro, parce que l’intérêt c’est le prix du temps, parce qu’un taux zéro c’est un acte de foi dans l’avenir.
Malraux voulait créer partout des Maisons de la culture pour mettre la culture à la portée de chacun. Dans notre époque où c’est l’intelligence collective qui enfante l’avenir, où c’est le métissage des cultures et des idées, le mélange, le brassage qui est la principale force de création dans tous les domaines, je propose de créer partout des Maisons des créateurs où se retrouveront tous ceux qui aspirent à inventer, à créer, à entreprendre dans tous les domaines, où ils pourront trouver des soutiens, des conseils, des formations, des aides, mais aussi où ils échangeront, où ils croiseront leurs expériences, leurs idées, leurs projets, où ils formeront des projets communs, où ils inventeront ensemble l’avenir."
Pourquoi ce passage me touche-t-il encore plus que d'autres?
Parce qu'en 1996, quand le pays est secoué par des spasmes conservateurs - privilèges fiscaux, retraites -, à la différence de mes compatriotes j'ai quitté la sécurité de mon emploi armé de deux convictions: "Ce qui n'existe pas est à inventer" et "Je ne suis pas propriétaire de mon emploi".
J'étais heureux où moment où mon temps brussait de RTT, de protections, de me lever avec cela et, naïvement, je pensais que la société, ma nation, m'accueilleraient plutôt positivement. Sont-ils si nombreuses les personnes dont la vie et le confort se résume à tant tant de KF (eh poui, c'était encore des F) sécurisés sur X années, à avoir accompli cette petite révolution personnelle.
C'est le contraire qui s'est produit. Mieux j'étais, plus il me maltraitait et me disqualifiait.
La palme des critiques que j'ai du enduré ce fut pour moi d'entendre des gens me reprocher "un surinvestissement". Je me demande encore comment c'est possible...
Alors mon pays m'a maltraité où j'aillais à lui avec ce que j'avais rassemblé de mieux.
Je suis un peu têtu et, allez osons le mot, il plaît dans une période qui lèche tant du côté de la psychologie et des coatches, un peu psycho-rigide.
Il en faut.
10:00 Publié dans politique | Lien permanent | Commentaires (0) | Envoyer cette note
Le discours de Sarkozy
Je viens de prendre connaissance du discours de Nicolas Sarkozy à l'université d'été de l'UMP à Marseille. Il était présenté comme un discours clé et je crois qu'il l'est. Il correspond, en grande partie, à ce que je pense être le besoin de notre pays.
Pour celles et ceux qui auraient la curiosité de le lire, je me permets d'en fournir l'adresse web.
Je précise que je ne fais là aucune sorte de prosélytisme. Je coïncide simplement.
J'ai mis les mêmes pensées, les mêmes rêves, les mêmes sacrifices personnels, pour formuler une partie de cela.
http://www.u-m-p.org/site/GrandDiscoursAffiche.php?IdGrandDiscours=229
09:41 Publié dans Politique | Lien permanent | Commentaires (0) | Envoyer cette note
01.09.2006
Lettre ouverte au président de la République
Voici le contenu de la lettre que j'ai adressé à M. le prrésident de la République s'agissant de la situation de notre pays. Quand on écrit cela au sujet de notre République, on existe:
"Monsieur le président de la République,
J’ai souvent affirmé que votre œuvre consisterait à restaurer la République. La République, en effet, c’est l’énonciation des principes actifs nécessaires à la société.
Notre pays a besoin d’emplois nouveaux, de justice, de prospérité, de créativité, de réformes, mais, avant cela, il a besoin de se ressourcer à un pacte initial, qui soit simple, immédiatement assimilable, et qui permette mieux à chacun d’appréhender ses obligations à l’égard de la République et de bénéficier des droits qui en découlent.
Il y a dans ce domaine encore trop de confusion et cette confusion est à l’origine de frustrations dont il ne faut pas s’étonner qu’elles dégénèrent parfois en violences, en désarrois et en crispations sociales.
C’est un piège moral pour la société auquel elle doit prendre garde.
L’enjeu de l’élection présidentielle à venir, c’est, selon moi, de l’éviter et de permettre de renouer avec une affirmation digne de notre pays.
La République doit dire qu’elle est le refus du moindre gâchis et que par conséquent, à potentiel égal, elle mettra tout en œuvre pour permettre à chacun, pour autant qu’il ou elle y soit disposé (e), d’atteindre sa plénitude et d’apporter à la nation ce qu’il ou elle est en mesure de lui apporter.
Il y a là un vrai facteur de croissance et de mobilisation populaire.
Ce n’est pas une promesse de bonheur.
Ce n’est pas une promesse de facilité.
C’est un objectif de réalisation et de justice pour tous dont chacun doit pouvoir penser que cela vaut le coup de le porter.
Le projet majeur, celui que l’ump doit porter précisément, tient en cela.
Cette remobilisation, même si elle se traduit par la remise en cause de certains privilèges, sera profitable à tous. Car qui peut dire aujourd’hui qu’il accepte de partir à la retraite plus tôt que les autres sans que cela soit justifié, bénéficier d’un calcul avantageux de sa pension, en étant capable d’affirmer que sa situation est légitime.
Cette légitimité repose sur quoi. Et surtout aux dépens de qui s’est-elle ou se construit-elle encore.
Lorsqu’il y a eu ces multiples affaires d’abus de biens, il y a une quinzaine d’années, et que certains patrons subissaient l’opprobre public, je m’étonnais que les ultimatums sur les augmentations d’emplois dans la fonction publique ou dans le privé parfois ne suscitent guère, eux, de réprobation. Il me semblait que nous étions là, sinon du point de vue de la lettre mais dans l’esprit, tout autant dans un abus de biens sociaux.
Je prends cet exemple, maladroit peut-être, simplement pour dire que la République n’est pas le règne de mensonges et de compromissions et elle ne se confond pas avec la loi des plus forts, des plus nombreux, des mieux placés, des installés. C’est l’accumulation de ses accommodements qui la corrompt et la rend, à terme, moins efficace.
Je crois, Monsieur le président de la République, qu’il faut aller plus loin que la Haute Autorité pour l’Egalité des Chances que vous avez mis en place. Elle est un des éléments du renouveau de l’ambition républicaine, mais son action est une action de réparation. Elle est insuffisante.
C’est à la source que la République doit faire rayonner son affirmation.
A égalité de potentiel, les individus doivent pouvoir fournir à la nation la même richesse et obtenir un même degré de reconnaissance et que c’est un devoir pour la nation, son école, son économie, que d’assurer cela.
Certains, dans notre pays, persistent à penser que la politique est là pour préserver leurs acquis sociaux, statutaires, économiques et qu’ils ont bon droit à cela. Paradoxalement, la gauche assure cette fonction. C’est le choix qu’elle a fait et c’est sur ce périmètre que se construit sa dialectique.
L’ambition des Français doit être bien plus grande.
Quelle nation nous serions si nous finissions par devenir cette nation-là.
Je pense que ce projet, bien mieux énoncé que je ne le fais là, susciterait un réveil et une adhésion.
La coq français c’est le symbole de la résurrection nationale. Depuis l’antiquité, ce n’est pas un symbole « ringard ».
11:13 Publié dans politique | Lien permanent | Commentaires (0) | Envoyer cette note


