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28.01.2007

Appropriation

Non, Madame Ségolène Royal, non Parti Socialiste, non forces de gauches, non forces du Progrès Social ou de la Société Civile, je ne vous laisserai pas instiller dans l'esprit de tous le doute, au delà de ce qu'une démocratie vivante l'autorise et le réclame, sur l'intégrité de l'Etat et la probité de ses serviteurs. Je ne le laisserai pas faire car ce n'est dans l'intérêt d'aucun.
Non, Madame Royal, je vous laisserai pas diffuser sur notre pays, sur ces habitants, le chant incertain et brumeux des sirènes pour l'amener à votre rive, maintenir et accentuer sur le peuple le charme douteux de la démocratie à laquelle vous aspirez.
Chaque jour qui nous rapproche de l'élection présidentielle montre à quel point le moteur sur lequel vous fondez votre crédibilité a besoin pour assurer son fonctionnement de consommer l'honneur de ceux et celles, voire des institutions entières, qui sont sur le passage de votre idéologie.
Je crains, et ce qui vient d'advenir à M. Georges Frêche, à Montpellier, n'est pas là pour me rassurer, que vous ne vous embarrassiez pas de trop de scrupules pour assurer ce train.
Vous appelez, d'une tribune de l'Outre-Mer, qui nous est si cher, car il est une composante de notre histoire et de notre géographie, à ce que mes compatriotes utilisent leur suffrage pour éviter une « appropriation clanique» de l'Etat par vos adversaires. Quelle est ce registre? Nommez-le!
Ou demandez à M. Jean-Luc Mélanchon, sénateur de son état, qui a introduit dans cette chambre que l'on espérait protégée des excès par le sentiment que chaque membre qui y siège se fait de la dignité de la réprésentation nationale le spectacle d'une diatribe sur le supposé machiavélisme de l'Etat et de votre adversaire de l'UMP.Compte tenu de l'expression corporelle qui a été la sienne au cours de cet épisode turbulent, je le crois en mesure de vous le dire.
Je voterai pour le candidat de l'Union pour un Mouvement Populaire. Voyez, j'accepte de pouvoir être considéré comme un partisan.
Un libre partisan.
Je lui apporte le soutien de ma voix pour la même raison que je vous vous l'enlève. Etre d'un camp ou d'un autre n'est pas nécessairement un exercice alternatif inconséquent.
Comme vous et ceux qui se reconnaissent en vous, vous vous employez à une chose quand je m'emploie, et je crois que nous pouvons être assez nombreux, à une autre.

Lorsque vous et vos amis, en 2001-2002, avez engagé une violente polémique mettant en cause l'honnêteté du chef de l'Etat, je lui a écrit pour l'assurer que je ne laisserai pas s'instaurer cela.
Je songe avec tendresse à la personne que j'étais alors, en me disant, encore, fallait-il être fou et j'éprouve, au fond, une certaine fierté, une fierté inquiète, à l'avoir été.
Mon pas, aujourd'hui, est plus assuré. C'est à vous que je le dis, à travers vous à ceux qui vous soutiennent, car l'on n'est rien par soi. Vous comme l'ensemble des autres candidats à la fonction présidentielle n'êtes tenue que par les bras qui consentent à vous porter, aussi haut que possible si telle est leur volonté et si elle demeure, pour vous permettre de nous parler.
Il n'y a rien de plus solide et rien, pourtant, de plus friable.

Je ne veux faire aucun effet sinon celui de la recherche de la vérité la plus stricte, car c'est elle qui doit nourrir une nation. Cela a été, est et sera toujours son meilleur aliment.
Je ne me maintiens que par les bras que je m'invente. Ce sont des fantômes et des silhouettes qui me portent au bout de leur bras. Ce sont des multitudes d'inconnus, des enfants, des adultes croisés au coin de la rue, dans un commerce, dans les allées d'un marché. Des gens dont j'écoute les voix, les remarques, la désillusion ancrée si profondément en eux que je me demande quel outil désormais pourrait l'en extirper.
J'entends toutes ces sonorités distinctes et indistinctes qui font le bruit de fond de la France et c'est leur voix à tous qui me permet de réaliser ma parole personnelle, celle que je vous adresse, ici.

Votre parti, depuis un temps certain, par degré successifs, a sa part dans le désenchantement car le désenchantement est son fonds de commerce, la manière la plus efficace, la plus simplifiée, qu'il s'est trouvée afin d'assurer sa longévité.
C'est ainsi qu'il a vieilli. De n'avoir pas su renaître. C'est la pire des vieillesses.
Je vous en veux d'avoir contribué au désenchantement européen et de laisser mes compatriotes dans cet état attristant vis çà vis des dix-neuf nations réunies il y a peu à Madrid. Je me suis senti blessé lorsque nos voisins, comme se penchant sur un malade, nous adressaient leurs voeux de prompt rétablissement,marquant la volonté de nous retrouver le plus vite possible parmi eux et allant jusqu'à nous concéder la prise en compte, puisque nous y tenons à y tenir tant, de l' « Europe sociale ».
Est-ce cela le plan B de M. Laurent Fabius? Dans la tribune destinée à marquer l'anniversaire du « Non français au référendum », publiée dans le quotidien éponyme, il se dit favorable à une remise en route de la construction européenne en insistant, dans un espèce de contrition à peine voilée, réitérant – son point d'inflexibilité - qu'il faudra que cette dimension sociale – alpha et oméga de notre liberté d'adhésion au projet d'Europe - soit prise en compte. Sans quoi... Sans quoi, quoi?
Plan B? Comme bêtifiant?
Vous, je crois vous avoir entendu le dire, fixeriez une échéance à 2009-2010.
Moi, j'ai envie de nous la fixer à demain matin. Je ne m'en prive pas. Telle est ma liberté.

La question me taraude un peu: pourquoi la gauche nous a-t-elle rendu malades?
Peut-être pour nous soigner, nous donner à ses acteurs sociaux, à ses psychologues, à ses psychiatres, à son idéologie centrale et à son axiome décentralisé? Le synonyme à tout cela peut s'appeler fatras.
Elle s'est théorisée en dispensaire. Mme Royal, vous venez à nous comme l'institutrice et l'infirmière.
J'ose encore et toujours espérer que le meilleur remède au « malade imaginaire » demeure en sa propre vitalité et son propre discernement.

Je me suis insurgé, il y a quelques jours, de l'épuration politique à laquelle M. Georges Frêche était voué. Je constate que la Commission des Conflits du Parti Socialiste a prononcé à l'unanimité, pendant votre déplacement en Martinique, son exclusion.
Je n'aime pas l'injustice. Cela fait partie de ma conscience politique. C'est l'idée que je me fais après que Jean Jaurès, Blum, Zola, un certain nombre de figures tutélaires de la gauche historique, sans que cela soit leur exclusive, ont parlé.
Ce que le Parti Socialiste a commis à l'égard du président du Conseil Régional du Languedoc-Roussillon, ancien maire de Montpellier, président de la Région Languedoc-Roussillon, est une aberration politique, et le signe, un de plus s'ajoutant aux autres, d'un totalitarisme policé qui ne dit pas son nom, mais qui commence aux commodités d'une épuration, aux facilités dialectiques de la mise en cause des hommes, qui prend toutes les formes d'une machine à concasser de la réalité pour construire son édifice.
Je crains fort que cet édifice soit en définitive un mausolée quelque peu baroque, avec son culte routinier et systématique.
Ce n'est en aucun cas le siège d'une République vivante, forte, et bien ordonnée.
La décision d'exclusion que vous avez pris à l'encontre de M. Frêche est une faute à l'encontre de l'exigence des hommes que je viens de citer. Au delà de la sympathie que j'éprouve pour lui compte tenu de l'opprobe injustifiée qui s'abat sur lui, elle n'a qu'un intérêt: elle vous montre tels que vous êtes devenus. Si cela a une incidence sur le peuple, nul n'est sensé demeurer muet.

Permettez-moi de parler de Jaurès. Il est une figure centrale de la gauche Républicaine.
J'entends la prétention de certains, certaines, à interdire qu'on puisse se référer à lui sans leur blanc-seing.
Je veux avancer l'idée que l'intégration de son héritage, hors d'un huis-clos partisan, n'est pas peut-être une trahison, peut-être pas une imposture.
Elle n'est pas, en tout cas, une sclérose.
Savez-vous à quoi cette attitude sectaire – même sous forme ironique, car nul ne sait qui se retourne dans une tombe ni pourquoi - correspond le plus?
A des ministres d'un culte qui demeureraient prisonniers de leur dogme.
La parole de Jean Jaurès méritait d'avoir la portée qu'elle a eu. Comme celle de De Gaulle. Comme celle de tant d'autres qui au cours de l'histoire ont fait retentir un « la » auquel l'idéal d'hommes et de femmes de leur temps pouvait se re-accorder, se refaire des forces. Je ne crois pas, sauf à l'entretenir dans un pur sacerdoce ce qui suppose des sacrifices auxquels tous n'ont pas accès, qu'un « la » donné à un moment précis de l'histoire demeure indéfiniment juste et qu'on doive s'obliger ou obliger les autres à l'entendre indéfiniment pour ce qu'on pense avoir été sa tonalité.
Ce qui est juste à jamais dans Jaurès, qui l'est aussi dans De Gaulle, qui l'est de la part de tant d'autres esprits, c'est la qualité de l'origine du « la », le ressort profond auquel il se rapporte.
Cela, oui, est infini.
Le « la » d'aujourd'hui se donne dans le monde d'aujourd'hui, dans sa vérité pleine et entière, pas dans ses artefacts, ses mensonges, son référent idéologique.Il faut savoir s'en remettre à l'oreille interne.

L'histoire si complexe de notre Pays ne mérite pas d'être livrée à un procès moral tel que celui auquel vous vous prêtez directement.
Cela n'est pas participer à l'édification publique, c'est asservir l'intelligence de tous, la préparer aux diètes de l'esprit qui produisent les vrais misérables et produisent, dans ce cycle, les castes dirigeantes qui leurs ressemblent puisque, dans cette unité de réprobations fabriquées à dessein, chacun se reconnaît et se rassure de pouvoir ainsi se reconnaître.
J'ai l'impression d'avoir connu d'autres ambitions au génie politique, philosophique et littéraire français.
Laissez sa liberté à l'Histoire. Laissez-là en paix. C'est la principale justice à faire à la dignité des hommes et des femmes qui l'ont faite, qui l'ont vécue et supportée, et qui, aujourd'hui, ne sont plus.
La pire des pensées uniques, cela devrait tomber sous le sens, est la plus pauvre.
Je parle beaucoup du passé, n'est-ce pas?
Je n'ai pas trouvé moyen plus fulgurant de parler du futur.

Au fond de moi,veille une certitude: l'histoire n'aime pas ça, la France n'aime pas ça, parce que les hommes sont ainsi faits que, dans ce pays, ils aiment ou doivent aimer la France pour davantage qu'une perpétuelle renégociation de son pacte social, qu'une introspection ininterrompue de ses fautes et délits, qu'une expiation de ses insuffisances.
Il fut un temps où les Révolutionnaires, au moins, se montraient imaginatifs. Lorsqu'ils prirent la tête de Madame De Sévigné pour en étudier l'intérieur. Ils n'y ont trouvé aucune Lettre, bien qu'elle en écrivit tant. Au moins étaient-ils mus par le sentiment qu'il y a un mystère à sonder dans l'individu, dans sa Liberté, dans son a-propos.
Je ne sais pas quand il faut arrêter un mouvement social de contestation, comme par exemple celui lié aux revendications liées au droit au logement opposable. Je ne dispose pas de l'expertise suffisante. Cependant, pour ma part, au moment où je franchissais un pont qui enjambe une voie ferrée, près de l'endroit où j'habite, un convoi comprenant un nombre de wagon de briques, monobloc à ce que j'ai pu en voir, est passé. Ce moment n'est peut-être pas le plus mal choisi.
Je ne sais pas si la France a besoin d'une gauche. Longtemps, elle s'en est passé ce qui ne le pas empêché d'être et de s'affirmer. J'espère, et veux le croire, que la démocratie, aujourd'hui, en a encore besoin. Voyez donc jusqu'où va mon affection.

Madame Angela Merkel est à mes yeux digne de représenter son pays. Elle est ma présidente pour six mois et j'en suis heureux. Il émane d'elle une vérité de son pays que j'ai du mal à voir en vous.
J'en suis triste car, bien avant que l'idée fasse ainsi qu'elle l'a fait son chemin, j'ai pris la précaution d'envisager que la présidence de la République puisse incomber à un homme ou une femme.
Je pensais nettement à vous.
Il y a quelques jours, dans son discours d'introduction de la présidence Allemande, Madame Angela Merkel a su dire son dessein pour l'Europe et convaincre. Elle est une femme de l'avenir de l'Europe même si elle a consenti à entamer son discours d'introduction en citant un homme du passé, Benjamin Franklin.
Avant de connaître le rôle qu'il avait joué dans la création de la nation américaine, j'ai longtemps tenu cet homme pour n'être que l'inventeur du para-tonnerre. (...) Ce qu'il est.
Je suis conscient que je ne suis que ce que je suis et que mon raisonnement, mon propos, est ce qu'il est. Je vois son défaut: n'importe qui, un enfant, un « pauvre », un expert en communication, en économie, peut à tout moment, selon son loisir, le démonter. Je vois sa qualité: n'importe qui, un enfant, un « pauvre », un expert en communication, en économie, peut le reconstruire.

En l'espèce, je suis inélégant. Je clos donc ce chapitre en présentant mes excuses à Johnny Halliday. Je m'y sens obligé car, bien que cela fut mentionné assez discrètement il y a quelques années, bien qu'il ait l'élégance de ne pas se défendre d'un procès idéologique en objectant de ce qu'il a fait, je pense qu'un certain nombre de personnes qui peuvent contempler, regarder, un tableau de Quentin De La Tour, le lui doivent en partie sans le savoir. Et cela n'est pas le fait de la prescription fiscale.
Je voudrais m'excuser auprès de Sigourney Weaver aussi. Elle est drôlement féminine.
Et son gâteau de neige me semble, ma foi, "bien bon".

Je ne sais pas ce qui se passe et l'importance de ce qui s'y passe dans le paysde nos rêves. Je ne rêve pas tant que ça ou alors comme j'imagine que le fait une pierre. Mais j'ai fait un rêve, il y a quelques années duquel je me suis éveillé trempé de sueur. J'en ai fait deux ces derniers jours. Le premier, de portée entomologiste, me voyait envahit de créatures microscopiques, assez effrayantes, comme des insectes, et l'arrivée inopinée d'une autre armée d'insectes, sortes de fourmis, qui ne possédaient que de petites pattes, mais étaient dotés à la tête d'un outil sectionneur. Dans ce qui n'est qu'un rêve, elles faisaient des ravages en coupant les pattes des autres insectes, laissées sur place.
Ce n'est pas un rêve agréable.
Cette nuit, un rêve encore. Je suis dans un lieu et je vois un jeune homme encagoulé qui m'attend et je sais qu'il veut ma mort et, la peur au ventre, j'avance quand même. Après, je ne sais pas...
Je me suis réveillé normalement et j'ai bu un café.