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09.02.2007

Ne demandez qu'à grandir

Cette élection présidentielle, et la législative qui la suivra, devront être, même à travers le suffrage de ses aînés, celle de la jeunesse de ce pays. Celle par laquelle nous lui offrirons un goût de l'avenir et des efforts qu'il suppose car s'il y a bien une chose qui est sûre, c'est que les temps à venir vont demander plus d'intelligence, de travail, d'imagination, que ceux que nous avons vécu jusqu'à présent.
Faire de chacun un acteur d'une histoire dont chacun sent, ou discerne précisément, en quoi elle lève de nouveaux enjeux majeurs qu'ils soient économiques, démographiques, énergétiques, écologiques, politiques ou encore sanitaires et alimentaires, constitue la vraie dimension de ce rendez-vous électoral, rencontre d'un homme, d'une femme possiblement, avec un peuple, en définitive d'un peuple avec lui-même.
Car telle est la finalité de l'onction du suffrage universel sur un seul (ou une seule).
Les épées de Damoclès sont au dessus de nous. Elles s'y sont multipliées. Elles le demeureront jusqu'à ce que, par nos comportements et nos résolutions, nous soyons parvenus, ce qui est la moindre chose que nous puissions attendre de nous-mêmes, à les dissiper.
Elles ne se dissiperont que si nous parvenons à établir les conditions qui le permettent.

Alors il manque quelque chose à cette campagne politique, si l'on en croit les sondages.
Elle en laisse plus d'un, plus d'une, dans l'expectative.
Ce ne sont pas les bons mots qui manquent. Ramages et plumages sont là et ce qui s'y rapporte aussi.
Ce ne sont pas les raccourcis, les outrances parfois, ni le désir des uns et des autres, légitime toujours, de voir réuni en son nom le maximum de suffrages.
Non, ce qui manque encore, c'est d'inscrire, au plus vite, cette campagne électorale et les enjeux qui s'y rattachent dans le monde qui est le nôtre, dans l'Europe que nous avions bâti, avec sa circulation de biens, de cultures, de peurs et de solutions.
Il n'y a plus de campagne politique franco-française.
Je vous fais grâce de ma conviction personnelle pour me placer dans une observation la plus objective possible.
A l'heure actuelle, ce qui n'est pas présumer de ce que nous réservent les semaines à venir, Nicolas Sarkozy est le candidat qui, dans son discours, dans son programme, dans sa manière d'aborder le corps électoral, dans son appropriation de l'idée de l'Etat, coïncide le plus et le mieux – parmi les candidats déclarés - avec cette attente de la nation qui avant de se reconnaître en tous comme telle vaquera encore sans doute assez longtemps dans un certain nombre d'autres mirages ou d'autres fantasmes.
D'ores et déjà, son discours sur la République et la revalorisation du travail – travail à l'école, travail professionnel, travail de création, d'exécution, de mise à niveau, etc - porte en lui le principe sur lequel nous devons nous déterminer.
Il fixe pour chacun la ligne d'un nouveau départ, d'un temps venu pour oeuvrer.

A l'inverse, Mme Royal, après avoir initialement parue être en mesure de porter une rénovation du paradigme socialiste, rejoint désormais pleinement l'infantilisation d'un discours demeurant, à mes yeux, celui d'un asservissement des citoyens à ses propres illusions, à son propre confort, à ses tics sociaux et politiques. Des fondamentaux historiques qui sonnent, même s'il subsiste autour des vivats et des clameurs, dans le vide.
De là sans doute, pour atteindre l'adversaire de l'UMP, un discours entretenant des peur, des danger, des phobies.
Le PS nous veut bien à l'abri dans sa couveuse, quitte à ensommeiller des ressources précieuses et des énergies indispensables. Demeurons sous l'auguste loi égalitariste dont le bénéfice patent est de générer ad vitam aeternam pour son profit rhétorique et politique son lot de requérant et de pétitionnaires aux cahiers de doléances et désormais aussi « de l'espérance » ouverts en tous points du territoire.
Plutôt que l'espérance, j'opte pour la réalisation et je ne l'inscris pas ailleurs que dans la vie de chacun.
Cela doit être amplement suffisant.

La République telle qu'elle doit être est celle de l'émancipation de chacun devant les défis. Elle est celle du réveil collectif et individuel. Certes, elle induit un degré d'exposition au risque, au changement, mais comme on ne peut pas être et avoir été, on ne peut pas indéfiniment faire semblant de vivre dans son temps et le refuser.
Oui, cette République induit un degré de confiance en soi, en ses aptitudes à assimiler des connaissances, des technologies, des apprentissages, dans un monde, dans une Europe continentale, qui n'a pas eu l'élégance de nous rejoindre dans les préventions idéologiques que la gauche française a tenté de lui imposer.
Elle doit le revendiquer.

La démocratie manque-t-elle? A entendre parfois les uns et les autres, notre pays souffrirait d'un déficit de démocratie participative, voire de démocratie directe.
En Languedoc-Roussillon,ne fût-ce que dans le choix d'une décharge pour les déchets – aux abords de Montpellier comme dans l'ouest audois – cela fait dix ans que l'enquête publique a commencé, qu'associations de riverains estent et se mobilisent, et aucune décision opérationnelle encore n'a vu le jour.
La démocratie participative, ou directe, porte en elle, me semble-t-il, son principe irrésolution et d'instabilité, comme le régime parlementaire portait en lui, concrètement, sa propre limite.
Il n'est déjà plus possible, sans dommage économique et moral, de continuer à ergoter sur le sens des mots, sur celui des institutions, à s'en remettre à un discours de lutte de classe qui n'en finit par de ronger ce qui demeure d'ardeur et d'abnégation, ni même de s'en remettre à une remise en cause de la Constitution.
La plupart des candidats potentiels – François Mitterrand en est l'illustration parfaite – ont souvent eu une manière de la voir de l'extérieur et une autre, une fois intégrée sa mesure, de l'intérieur de la charge et de ce qu'elle représente. La contradiction n'est qu'apparente.

Cette présidentielle permettra peut-être de clarifier ce champ et de rendre aux citoyens la charge qui leur appartient, même si elle peut être difficile à porter. Il convient de réapprendre cela, ce qui évitera peut-être à des mômes de banlieues de s'en remettre à des sous-préfets de banlieues avec leur administration « ad hoc ».
Il en va de la crédibilité de notre pays et, au delà, sauf à accepter une étape supplémentaire dans la vacuité, l'inefficience, de donner aux générations qui viennent, qui sont déjà là, autour de nous, un goût qui nous a quitté et sans lequel une nation se dissout lentement dans son mal-être, son contrat, son pacte, et leur proliférante et incessante redondance.
Sortons-en car ce n'est pas la cerise à leur mettre au dessus du gâteau de la dette et du poids à venir de l'assurance « vieillesse » et « maladie ».
Ne demandez qu'à grandir, vous serez toujours exaucés.
C'est ce que dit Ma République. Je n'ai jamais cessé, même à corps défendant, de l'entendre ainsi.
Alors, c'est vrai, je ne sais pas en quoi pourrait nous être utile et profitable une mystique de la République.
Par contre, je crois chacun suffisamment apte, à reconnaître en quoi une République qui a du souffle est préférable à une République- fût-elle démocratique – qui n'en a pas.
Le ciel, en définitive, est en train de tomber sur nos têtes de Gaulois et, pauvre de nous, n'est-ce-pas, nous sommes d'ores et déjà affectés au service de cette République dont j'ai l'impudence de dire qu'elle est mienne que pour être affirmer qu'elle est et doit être celle d'une large majorité.