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20.04.2007

Immigration : l’alliance de la France à venir

10/03/2007



La proposition de Nicolas Sarkozy, candidat à la présidentielle, portant sur la création d’un ministère de l‘Immigration et de l’Identité Nationale suscite une levée de bouclier importante et prévisible. Elle est sans doute profitable si elle permet de faire sauter quelques verrous dans cette pensée unique qui nous gouverne mêlant quelques bons sentiments, un relent de culpabilisation post-coloniale et quelques utopies qui, s’ils font appel à l’innocence de ceux et celles à qui ils s’adressent, ne sont pas eux-mêmes innocents compte tenu de l’exploitation politique et politicienne qu’ils servent en cascade.
Au royaume des réflexes de Pavlov, il ne faudrait évidemment pas s’étonner de voir sitôt que sont prononcé des mots tels que « immigration », « identité » et « nation » un certain nombre de groupes et mouvements politiques réagir comme si certains de ces mots séparément et plus encore lorsqu’ils sont réunis constituaient une atteinte insoutenable aux valeurs républicaines.
Mais nous ne sommes pas au royaume de Pavlov.
Nous sommes dans la République française.
Elle ne se forge pas au gré d’a priori et de slogans.

Les Français doivent être conscients que nous sommes, qu’ils sont entrés, dans un nouveau siècle qui sera, pour leur nation comme pour les autres nations, celui de la régulation de phénomènes majeurs.
L’immigration n’est pas un phénomène parmi d’autres. Elle résulte de facteurs sur lesquels il n’est pas toujours possible d’avoir prise.
La pression qu’elle exercera et le caractère, positif ou destructeur, qu’elle aura ne sont pas directement liés aux politiques nationales ou communautaires mais tributaires de la manière dont la mondialisation de l’économie s’équilibrera dans un contexte démographique sur lequel personne ne peut fermer les yeux.
Chacun porte un même vœu de voir le développement et la prospérité produire assez d’effets pour fixer des populations et des talents qui sont nécessaires à leurs pays, mais il n’est pas illégitime, compte tenu de l’enjeu, qu’une nation comme la France témoigne de sa clairvoyance sur ce sujet en organisant plus nettement qu’elle ne l’a fait jusqu’à présent son rapport légal, politique et moral à l’immigration et qu’elle ne le sépare pas fondamentalement de l’affirmation de sa propre identité, de sa propre nature et de son propre intérêt.
Cela n’est écrit nullement dans sa Constitution, pourtant, la France est le produit d’immigrations successives qu’il est inutile d’énumérer. Elle est sang mêlé.
Ceux et celles qui conservent une défiance à l’égard de la République française méritent que soit levée ce qui, à leurs yeux, contiendrait une intolérable ambiguïté.
Nul n’est condamné à réduire le ministère de l’Immigration et de l’Identité Nationale à la réunion en un seul des services de la délivrance des visas, des titres de séjour, de l’obtention de la carte d’identité organisée au service d’une doctrine de l’exclusion et du rejet.

Dans un monde qui sera régi par la mondialisation et soumis à des pressions liées à l’immigration économique, mobiliser et coordonner les services de l’Etat semble la moindre des choses. Mais, il faut permettre à une nation telle que la nôtre de se projeter dans l’avenir, autour de ce qui forme l’identité française et la manière par laquelle il est possible de la rejoindre, de lui apporter sa propre différence.
L’immigration, depuis une vingtaine d’années, est, politiquement, socialement, un phénomène qui divise et fracture le corps social.
Elle mérite d’être l’objet d’un consensus. C’est à cette condition qu’elle redeviendra un instrument de dynamique,

 économique parce que la force de travail que représente l’apport de l’immigration régulière au marché du travail, est une source permanente de la vitalité, et que cette source ne mérite pas d’être corrompue. Elle fournit des gens talentueux, ardents et plein d’abnégation qui font honneur, lorsqu’ils épousent pleinement ses valeurs en s’y reconnaissant dès ce pas, à notre pays
 citoyenne, puisqu’elle permettra, à une échéance ultérieure, de traiter peut-être des questions telles que le vote des étrangers aux élections locales par exemple dans un contexte moins étriqué, sujet à des tentations de récupérations, d’instrumentalisations ou de tentations communautaristes, qu’il ne l’est aujourd’hui,
 et enfin politique, puisque l’immigration s’inscrit d’emblée dans une promesse de sens où la République a tout son idéal à dire mais, aussi, où elle a toute son exigence à exprimer.

C’est cette promesse de sens qu’il faut définir. Et c’est à elle que l’immigré, quelle que soit sa provenance, doit vouloir adhérer. C’est la raison pour laquelle l’initiative de Nicolas Sarkozy mérite d’être soutenue. Elle permettrait à la démocratie française de se débarrasser d’abord d’un fantasme.
Il profite aux extrêmes.
Il nourrit une névrose qui produit un racisme inadmissible générateur de violences et tensions réciproques, de rancoeurs et de mal-être et qui s’entretient ainsi.
La difficulté de la Haute Autorité à l’Egalité des Chances à pouvoir obtenir les autorisations qui lui sont indispensables pour réaliser les études statistiques permettant d’afficher un bilan pour telle ou telle question, de caractériser tel manquement ou au contraire de mettre en exergue un progrès, témoigne des suspicions qui entourent tout débat sur ce sujet.
Cela semble accréditer l’idée que les uns et les autres préfèrent parfois la subjectivité de ce qu’ils tiennent ou voudraient tenir pour acquis à l’objectivité qui est le plus sûr moyen de progresser.

Les récentes déclarations qui font suite à la proposition du candidat Nicolas Sarkozy montre que le parti socialiste n’a toujours rien compris aux problèmes de la France qui sont ceux, en la matière, de l’ensemble des autres pays d’Europe et du monde.
En 2001-2002, c’est le mot «insécurité» qui lui était insoutenable plus que sa réalité, les dégâts qu’elle causait et les risques concrets pour les citoyens.
Elle a fait depuis amende honorable.
Mais elle a toujours un train de retard. Aujourd’hui, le mot «immigration» et la notion d’ «identité nationale» cristallisent la nouvelle frontière de verre dans la pensée politique de la gauche française.
Elle voit, incontestablement, le problème mais ne peut s’y résoudre.
Elle peut pourtant voir ce que chacun peut voir : un monde qui, de la frontière américano-mexicaine aux barbelés de Gibraltar, mais aussi à Mayotte, est soumis à une forte et tragique pression de l’immigration et que l’immigration, compte tenu de ses flux actuels mais plus encore à l’aune de l’évolution démographique, est un enjeu majeur de stabilité économique, de cohésion nationale et internationale, et finalement de paix intérieure comme extérieure.

La France, les Français, quels qu’ils soient et, évidemment, quelle que soit leur origine, ne peuvent pas attendre, chaque fois, que la gauche fasse son aggiornamento dix ou vingt ans après que cela soit nécessaire et salutaire à la nation.
Si, dans un pays tel que le nôtre, qui est un véritable creuset, il est interdit de dire que l’immigration et l’identité nationale sont positivement et objectivement liées alors il est à craindre que, pour des commodités politico médiatiques qui permettent aux uns comme aux autres d’exploiter cette question comme un curseur rhétorique, l’on entretienne indéfiniment un malentendu grotesque et dangereux.
Il a assez duré et un grand nombre de nos compatriotes peuvent se considérer comme suffisamment matures, généreux, sûrs de leur idéal personnel et des valeurs républicaines communes, pour dépasser l’ère des malentendus.
L’immigration a de tout temps été, est et sera une chance pour notre pays dont le potentiel territorial en terme d’accueil, si nous parvenions à nous relancer, reste un réservoir vaste.
Pour autant, elle ne l’est pas ou ne peut plus l’être par absence de définition et d’ambition.

Il est légitime de lier les deux questions qui sont celles de l’immigration et de l’identité nationale car elles se rejoignent et se nourrissent mutuellement, l’étranger ayant bien souvent pour but l’installation dans le pays où il émigre et le pays où il émigre a une attente, qui n’est pas que celle, à l’instant T, du potentiel de travail. Le phénomène mérite d’être inscrit dans une vision d’ensemble et dans une perspective.
Loin d’être une régression, c’est alors un progrès considérable de poser les termes des enjeux humain, économique, historique, de l’immigration.
C’est une des manières d’avancer sur ce terrain, qui n’est pas exclusivement celui des banlieues dont le potentiel de révolte est utilisé comme caisse de résonance.
Leurs populations méritent mieux que d’être instrumentalisées et caressées dans le sens de leur réactivité à tel ou tel mot ou au rapprochement de plusieurs d’entre eux.
Cette question est encore moins le domaine réservé des xénophobes ou des héritiers de l’internationale.
La seule chose qui mérite de flotter sur les banlieues comme ailleurs et que Nicolas Sarkozy porte en cet endroit ce n’est pas un chiffon rouge.
Il y a du rouge, en effet. Mais il y a également du blanc et du bleu et cela forme le drapeau de la République. Celles et ceux dont on a avivé l’hostilité, en les valorisant dans une posture d’ « ostracisés », devraient pouvoir constater en s’approchant que ce qui leur a été désigné comme un chiffon rouge est en fait le drapeau de la République, de leur République.

Elle a raison d’être exigeante et intransigeante envers eux. Elle le leur doit plus qu’à d’autres.
Si elle fait des miracles, si on peut espérer qu’elle en fasse encore, c’est de les voir, eux, percer les couronnes de béton et d’asphalte, soulever la chape et s’élever.
Quand la République les regarde, elle sait les difficultés qui seront les leurs, les souffrances parfois, le sentiment d’incompréhension ou de différence, mais si elle existe telle qu’elle est, c’est pour elles et eux, dans l’attente, l’espoir, la certitude de leur dépassement puisé au premier grade de leur condition, au premier grade de la condition de leurs pères et mères.
Pour les aider à se réaliser, on peut penser qu’il faudrait que la République se baisse, mais on peut aussi penser, parce que c’est la source d’une ambition et d’une nature éternelle, qu’elle inspire le mouvement, procure la force, qui fait se lever et atteindre son but par soi-même.
Ne transigeons pas, soyons le pays où la République fait se lever ceux qu’elle regarde, qu’elle les y encourage explicitement, qu’elle les y aide concrètement, car, cela doit être entendu, elle ne regarde qu’eux.
Chaque fois que la République grandit et s’améliore, c’est par eux et pour eux.
Quant à sa valeur d’universalisme, soyons clairs, elle la puise dans ces cœurs, ces esprits, ces muscles là, et elle s’est de tout temps, elle, la laïque, convertie par là à quelque chose qui va bien au-delà de la religion des uns ou des autres, à l’ambition des uns ou des autres, à la couleur de peau des uns ou des autres, elle se convertit au sens de sa propre unité qui porte une part de la solution au monde d’aujourd’hui et, il faut le croire plus qu’il ne faut le craindre, plus encore à celui de demain.
La France contribuera à propager cet écho là.

Alors, s’il faut dédier à cette question un ministère de l’Immigration et de l’Identité Nationale pour procéder à cette formulation, il ne faut pas se priver de le faire.
C’est un ministère de l’avenir qu’il est possible d’inaugurer.
Cependant, la question de l’immigration – dans un pays qui possède un potentiel d’accueil et de développement démographique indéniable, est intimement lié à la réussite économique de notre pays, c'est-à-dire à sa capacité, dans le contexte mondialisé des échanges commerciaux, à produire plus de richesses, à dégager les marges de manoeuvre budgétaires sans lesquelles les politiques sociales nécessaires ne peuvent pas être mises en œuvre.
Toute générosité déclarative rencontre toujours une épreuve, celle du courage et de l’adaptation réelle des Français au monde tel qu’il est.
Le reste est une perte de temps. Le reste est stérile.
Ce n’est pas un pacte qu’il faut nouer à partir de cet enjeu, c’est l’alliance de la France à venir.