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20.04.2007
Traité d'amitié franco-algérienne
11/04/2007
Au moment où, après les attentats d’Alger et ceux évités de peu au Maroc, la menace islamique se précise dramatiquement au Maghreb, le président (e) de la République aura, au cours des mois et des années qui viennent, à raviver et porter à son terme, avec son homologue, le traité d’amitié franco-algérien.
Il constitue une pièce maîtresse de la stabilisation de la démocratie algériens et doit purger les contentieux qui empoisonnent nos relations et compromet, plus encore, la nation algérienne.
Cela la rend vulnérable, d’une certaine manière, à l’onde djihadiste et aux islamistes qui n’ont aucun désir de voir le traité d’amitié aboutir.
Quand Al-Qaida vise les régimes du Maghreb et entend s’en prendre à la France, les deux pays doivent pourtant se saisir résolument de l’opportunité que leur procure la conclusion du traité.
Une telle initiative, à contre temps de l’entreprise de déstabilisation terroriste menée par l’ex-GSPC, apporte une réponse au terrorisme en établissant en profondeur ce qu’il y a d’indéfectible et de légitime dans l’alliance que des nations telles que les nôtres peuvent avoir entre elles, même lorsque leur histoire est entachée par tant de drames.
Même s’il n’est évidemment pas de même nature, l’enjeu est comparable à celui qui a permis de consacrer, en 1963, l’amitié franco-allemande.
Elle n’est évidente aujourd’hui que parce que les deux pays ont décidé, par-dessus leurs querelles, par-dessus les séquelles des guerres, par-dessus l’atavisme historique auxquelles elles auraient pu décider de se soumettre, de se donner les moyens de l’instaurer.
Il y a donc pour l’Algérie et la France, maintenant, une opportunité exceptionnelle d’exprimer, au moment le moins attendu, leur volonté d’établir une relation profonde et durable.
L’Algérie, aujourd’hui, en a plus besoin que la France.
Elle a un besoin vital.
Elle se trouve dans situation et est confrontée à un péril de nature à lui en faire prendre conscience.
Jusqu’à présent, l’élaboration du traité a été encore contrariée par de nombreuses difficultés, y compris celles relatives à la situation interne au pouvoir algérien qui a tenté de réduire le danger islamique en donnant des gages multiples aux fondamentalistes, sacrifiant sans doute le processus en cours à un espoir de paix civile.
Il semble évident que le traité d’amitié, au cours de ces années, a fait les frais de cette tentative de conciliation politique et que la surenchère dans le procès du passé colonial «génocidaire» de la France intenté par M. Bouteflika, constitue vraisemblablement un élément voire un artifice de cette stratégie.
Elle a échoué et n’épargne pas l’Algérie, exposée plus que jamais, plus que les autres pays du Maghreb, aux attaques d’Al-Qaida.
Le risque est considérable pour l’Algérie elle-même, pour ses voisins, pour les rapports des uns à l’autre et la stabilité de la région.
C’est dire combien l’Algérie doit, au-delà de la coopération avec les services français en matière de lutte anti-terroriste, réinvestir, avant même les législatives du 17 mai prochain, la perspective du traité.
Ce traité est fondamental pour lui permettre de réintégrer son histoire et marquer fortement son identité de toute jeune et prometteuse nation, à laquelle la France est attachée.
Il y a des gestes considérables à faire. Des gestes difficiles, au moins en direction des harkis, qui ne sauraient être exclus, en terme moral, de la finalisation du traité d’amitié.
La France s’honorera lorsqu’elle reconnaîtra sa responsabilité dans l’abandon dont ces supplétifs ont fait l’objet après les accords d’Evian.
L’Algérie s’honorera aussi en dépassant sa propre mythologie fondatrice écrite par le FLN qui n’est pas parvenu à réaliser l’unité sur les bases idéologiques qu’il s’est choisi. L’Algérie doit effacer une illusion si elle veut rencontrer sa propre réalité.
Le FLN d’hier a, avec en toile de fond la guerre froide, une co-responsabilité dans le drame des harkis et le choix mortel et douloureux qu’ils ont fait.
L’heure est venue sans doute pour l’Algérie d’affronter son passé pour mieux vaincre ses démons d’aujourd’hui.
Jeune nation, l’Algérie a devant elle en effet un défi que peu de nations ont eu devant elles. Mais l’Algérie, elle, est confrontée à un risque considérable. Une « seconde guerre qui ne dit pas son nom » la ravage depuis les années 1990.
Elle doit se dégager de ce front qui est, avant tout, celui des déterminants et des origines fondations historiques.
Al-Qaida est plus à l’aise ici qu’au Maroc ou encore à la Tunisie pour propager son idéologie. Ce que ce mouvement a réalisé en Afghanistan en terme d’effacement de la nation historique au profit des Talibans témoigne que sa finalité porte là et que les terrains les plus favorables, les nations jeunes ou fragiles, nées de surcroît de la libération post-coloniale ou établies par les puissances coloniales, sont des proies plus faciles que d’autres.
Pour ces raisons, la réalité commande à l’Algérie et à la France de réussir ce traité, de lui procurer une grande substance. D’en faire, finalement, un exemple inattaquable et de première grandeur de dépassement de l’ère des contentieux post-coloniaux.
Cela constituera pour les deux pays une manière de contrer l’émergence d’Al-Qaida au Maghreb qui est – il faut en être conscient - par delà l’actualité et ses brutalités, dans un processus rationnel de renversement et de conquête historique.
L’Algérie, de ce point de vue, est de tous les pays du Maghreb, le plus vulnérable : son identité et son unité historique n’est pas encore cristallisée.
Il n’est pas surprenant, au-delà des explications liées à la pauvreté, aux rhétoriques portées par le soupçon de corruption, aux dénonciations sur la thématique des droits de l’Homme ou de la Liberté d’expression, qu’elle soit l’objet depuis tant d’années déjà d’une attaque massive des islamistes et des djihadistes.
En approfondissant et en fécondant cette relation, la France et l’Algérie – que tant de drames ont pu opposer - peuvent surmonter la confusion historique qui ouvre aux islamistes l’axe de son emprise et de son développement.
Sans doute faut-il voir là une des raisons pour lesquelles la France lui est, ici, est à ce point insupportable.
Elle doit demeurer irréductible là où ils n’attendent pas qu’elle le soit.
L’Algérie doit trouver les ressources de l’être également.
Tel est, pourrait être, leur fondement commun scellant leur traité d’amitié.
Post-Scriptum : Il manque aux Harkis et à leurs enfants quelque chose que la France, seule, quelle que soit sa volonté, ne pourra leur redonner. Seule l’Algérie – et ce temps devra venir au mieux et au plus tôt – peut le leur donner. Il s’agit de la part d’eux-mêmes qui est la part d’elle-même qu’elle ne pourra durablement éluder.
10:27 Publié dans Politique | Lien permanent | Commentaires (0) | Envoyer cette note


