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23.04.2007

Les leçons du premier tour

Le résultat du premier tour de l’élection présidentielle constitue déjà une bonne nouvelle pour la démocratie française. Il prouve que le corps électoral a évolué depuis 2002 et que le renouvellement des forces politiques est en cours. Il n’a pas fini de se faire.
Le candidat qui articule le mieux l’intérêt de la France est logiquement Nicolas Sarkozy qui cumule un score historiquement haut, tant en pourcentage de suffrages qu’en volume de voix.
L’UMP a tenu sa promesse, car il a élargi les scores obtenus auparavant par le RPR et réussi son rassemblement au-delà, déjà, de son cercle partisan.
Sa rivale Ségolène Royal, pour le parti socialiste, peut être satisfaite également. D’abord, elle a épargné, malgré la menace de François Bayrou, à son parti une élimination au premier tour qui aurait été cataclysmique. Ensuite, sans que cela soit le fait du vote utile, elle a réuni son camp, ce que son prédécesseur, Lionel Jospin, n’avait pas su ou pu faire.
Ce scrutin signe la fin, ou tout au moins le début de la fin, d’un certain nombre d’utopies et de postures protestataires jugées encombrantes par une majorité des Français.

Le premier acte possède une logique.
Elle s’est réalisée, finalement.
Il n’y a, en dehors de cela, aucun titre de gloire duquel se prévaloir.
A ce stade, les deux seuls gagnants sont ceux qui sont parvenus au second tour comme le seul gagnant, à l’issue du second tour, sera celui ou celle qui sort vainqueur des urnes.
On peut jubiler avec François Bayrou ou pleurer avec Le Pen, sur la capacité de nuisance acquise ou perdue, les Français, s’ils sont las d’un système, c’est notamment de celui qui donne à une minorité – fut-elle électorale - une capacité d’interférence, de nuisance et de blocage susceptible de dénaturer la représentation des enjeux réels auquel ils veulent pouvoir, puisqu'il n'y a que de cette manière que l'on peut résoudre les problèmes, revenir.

M. Bayrou s’est posé hier comme le dépositaire de sa «révolution orange» qu’il gardera d’autant plus jalousement qu’elle a pris un sérieux coup dans l’aile. Il en est déjà le propriétaire comme Le Pen, avant lui, l’était de sa force de frappe électorale, mais les futures législatives menacent de lui faire tomber un certain ciel sur la tête.
Quelle est la logique du second tour ?
Elle ne sera pas une logique de partis car le second tour d’une élection présidentielle, en dépit des opérations destinées à faire de lui, en partie, un élément de la future représentation législative, n’est pas le premier tour d’une élection législative.
Le choix se dessine déjà.
Nicolas Sarkozy personnalise, sur le thème du rêve français, un destin personnel, dessinant sa nouvelle frontière, s’inscrivant et s’assumant pleinement dans le registre de l’avènement républicain qu’il entend incarner.
Ségolène Royal, elle, se pose en candidate de la dépersonnalisation de l’élection présidentielle, celle de «La France présidente». Ce slogan parle de lui-même. Elle a prononcé un discours millimétré, dont la rédaction semble avoir requis beaucoup de temps puisqu’il a fallu attendre une heure tardive pour connaître sa déclaration officielle.
Déjà, son discours est destiné à séduire l’électorat de François Bayrou en reprenant des thèmes communs (référendum pour un nouveau traité européen, «Etat impartial», «Insoumission aux puissances médiatiques ou financières») qui a voté pour François Bayrou.
Cet électorat peut ne pas être dupe de ce jeu consistant, en définitive, de poser, d'une manière trop systématique pour correspondre à la réalité, que Nicolas Sarkozy est asservi aux dites puissances, qu'il est celui d'un bilan, ou encore celui d'un "système".

Nicolas Sarkozy n'a pas tendu la main. Il a parlé. Il s'est posé au coeur de l'affirmation de sa République et redit ses principes. Il ne s'adresse pas à ceux qui ont déjà voté. Il s'adresse aux Français qui voteront demain. Il est dans la projection.
Il y a donc deux articulations distinctes, l’une étant plus directe que l’autre. Plus que deux projets, ce sont deux manières très différentes d’aller au peuple, d’aller à la résolution de son avenir.
Pourtant, quelle que soit l’habileté de la gauche et de ces professeurs, l’équation au second tour risque de n’avoir rien à voir avec l’équation du premier tour et n’a que peu de chose à voir, au delà de la certitude d’un clivage net marqué par une large domination de la droite sur une gauche à son étiage, avec l’arithmétique combinatoire.
C’est, selon moi, la marque que nous changeons de temps politique. Cela va au delà de ce que nous avons connu jusqu’à lors. Ce que l’on a tenu pour un brouillage des lignes quand Nicolas Sarkozy comme Ségolène Royal ont repris des thèmes, des symboles, des figures tutélaires extérieures à leur dogme courant, est en fait un dépassement nécessaire d'un état démocratique périmé.
Mais Nicolas Sarkozy, là est son succès, est allé sans tabou bien au delà de Ségolène Royal qui, même en répétant avec insistance à quel point elle est libre puisqu’elle sait être absente aux rendez-vous qu'elle a avec les médias et qu’elle est disposée à revoir nos institutions, exprime peut-être dans cette revendication si démonstrative, qu’elle ne l’est pas autant que Nicolas Sarkozy.

Les peurs sont en train de nous quitter. La confiance est en train de revenir.
Peut-être le parti socialiste, en produisant une rhétorique fondé sur la peur que leur rival de l’UMP, considéré par lui comme un "danger pour la France", devrait inspirer aux Français participe-t-il directement à dissiper cette peur.
Il oppose, semble-t-il, une fin de non recevoir au voeu du candidat de l'UMP pour un débat du second tour digne et respectueux.
C'est une erreur stratégique considérable, selon moi, et la preuve qu'il est confronté à une réel politique - des voix de Bayrou à celles de l'ultra-gauche - assez insoluble, sauf à sacrifier finalement une République qui ne fonctionne pas suffisamment sur le mode de la synthèse, puisqu'elle fonctionne sur celui du rassemblement.
C'est en cela, sans doute, qu'il faut voir que l'Etat n'est pas aussi impartial qu'il le devrait.
Mais tout cela, c'est le fruit de la représentation des enjeux de la démocratie ramenés à la dialectique historique de la gauche du XIXe siècle, non pas les enjeux de la démocratie d'aujourd'hui, préludant à celle de demain.

L’attente, désormais, au cours de ces quinze derniers jours qui nous séparent du second tour, est de voir ce cycle des peurs françaises s’achever par une adhésion, et une recomposition par la confiance.
C'est tout le mal qu'on peut lui souhaiter.
Alors, et seulement alors, nous pourrons considérer que nous entrons dans une ère nouvelle, avec, à la clef, une regénération déterminante que les menaces de troisième tour social et toute cette pagaillerie n'entameront pas.
Alors, et seulement alors, les questions, comme celles de l’Euro fort, de l’élargissement, du marché, de notre rapport avec l’Amérique, de notre rapport au travail, de notre modèle social, qui obnubilent notre vie politique, nous paraîtrons subsidiaires tant il est vrai qu’elles sont nées d’un tourment démocratique, alimenté aux extrêmes et mis au service d’ambitions partisanes.
Elles aussi seront dépassées.
La démocratie nous sera alors restituée, dans la lettre et l’esprit.