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28.04.2007

Registre démocratique

Permettez-moi de dire d’abord combien me semblent curieux les soutiens actifs et explicites de Romano Prodi et de M. Zapatero à la campagne de Ségolène Royal, et, plus encore, à la structuration partisane de la politique française autour du centre de François Bayrou.
Que je sache, ni Angela Merkel, ni Tony Blair, ne se sont engagés, es qualité, en faveur d’un ou d’une candidat(e).
J’ignore s’il s’agit d’une première, en tout cas, c’est suffisamment exceptionnel pour mériter quelque attention, car ces soutiens rompent avec la réserve respectée, habituellement, quelle que soit l’affinité que les uns et les autres peuvent avoir par ailleurs, par des chefs d’Etat et des chefs de gouvernement à l’égard d’une campagne.
Que le chef du gouvernement italien, à peine remis d’une recomposition, vienne étayer et promouvoir hors de son pays un modèle sur lequel pèse toujours l’incertitude, constitue une étrange manière de considérer la neutralité de l’Etat et le respect de la souveraineté nationale.
C’est à se demander s’il ne fait pas à la fois, à travers ce soutien médiatique exagéré et déplacé, une publicité pro domo pour tenir sa propre coalition et, en souscrivant à une identification de M. Sarkozy à M. Berlusconi, s’il n‘est pas surtout dans une campagne intérieure.
Cela ne doit pas porter à conséquence quant aux relations ultérieures entre nos deux pays, mais le peuple français mérite de se placer au dessus des euphories pseudo démocratiques auxquelles on voudrait les lier.

S’il suffisait d’un débat pour soulever la France, alors il y aurait à se réjouir de celui que se sont aménagés Ségolène Royal et François Bayrou, au mépris d’une certaine décence à l’égard de l’esprit de l’élection présidentielle. Oui, c’est vrai que pour beaucoup de nos compatriotes, c’est une bonne chose de voir le parti socialiste redevenir, sous la contrainte la réalité électorale, intelligent et réformiste. Mais, dans cette précipitation médiatique, le numéro confine au transformisme.
Il ne suffit pas d’un débat providentiel dont il faudrait comprendre qu’il a été « arraché » à des puissances démoniaques maintenant, sous l'influence du candidat de l'UMP et de ses réseaux occultes, sur ce pays un carcan.


Cette fantasmagorie n'est pas sérieuse. Elle n’est pas digne de la démocratie probante à laquelle, pourtant, les protagonistes de ce piètre épisode prétendent œuvrer. Quand on se dévoue à une telle démocratie, on commence par des scrupules, on commence par la vertu, on commence par la clarté.
Il ne suffit pas d’une manœuvre politico médiatique, et de postures indignées d'autant plus pré fabriquées qu'elles supposent la caricature d'un adversaire "berlusconisé", "bushisé", "poutinisé". Il ne suffit pas de jeter la suspicion sur le candidat en tête.
J’entends qu’au premier tour on qualifie et qu’au second on élimine. Etrange, tout de même, qu’on entretienne une telle mise en abîme. Je le dis tout de go, est-ce cette République que l’on veut inaugurer là ?
Pour soulever la France, le seul levier c’est l’adhésion, la détermination, la dignité.

M. Sarkozy sera sans doute attaqué sur le bilan du gouvernement. Nous voilà quand même dans une situation curieuse puisque ce gouvernement, sous la censure d’associations, de groupes divers, est sommé de ne pas pouvoir même se prévaloir des bons chiffres obtenus en matière d’emploi, en matière de droit au logement, en matière de modernisation budgétaire (LOLF), etc.
Je doute que cette frange de nos compatriotes souhaite une amélioration de la situation française se faisant aux dépens de leur dogme. Je crois que ce qui se passe aujourd'hui, dans ce domaine de la mise en cause des indicateurs, au delà du doute raisonnable que comporte ces polémiques, touche à ce désespoir face à la réalité.
Où allons-nous si l’impartialité de l’Etat doit être accréditée par des associations citoyennes, des ONG, des cénacles nés en génération spontanés, d’autant plus actives qu’elles militent politiquement pour que l’intérêt général passe par la définition qu’elles se font de lui.
Le projet de consacrer un statut de l’opposition est une manière, la seule sans doute, de mettre fin à la République à irresponsabilité illimitée où l’opposition, quelle qu’elle soit, a beau rôle et qui a été préjudiciable à la modernisation de l’Etat et de sa démocratie. Car si un gouvernement a un bilan, l’opposition aussi.
Le gouvernement a un bilan. Il pourrait être meilleur. Au fond, nos compatriotes savent qu’il aurait même pu l’être si l’opposition avait été plus responsable et lucide. Sur la séquence 1995-2007, les Français peuvent déplorer, au-delà de leurs convictions, la perte d’énergie démocratique que constitue des échecs tels que le blocage sur des réformes nécessaires (1996), le « Non » au référendum européen auquel le PS, en accréditant un plan B qui n’existait pas, a donné vie au-delà de ce qu’il aurait dû avoir.
Oui, une opposition a un bilan aussi.
M. Nicolas Sarkozy, déjà, doit se poster au-delà du simulacre. C’est l’avance qu’il doit maintenir.
Le chemin vers la fonction présidentielle procède, hors de toute posture, de cette mise en vérité personnelle.
C’est la différence majeure qui doit le distinguer, particulièrement lors du débat télévisé qui l’opposera à Mme Ségolène Royal, de sa rivale. Si elle souhaite incarner, librement, le prolongement du simulacre démocratique, de ses habiletés et tractations, ce à quoi cet entre deux tours lui a donné tout loisir de s'adonner finalement avec François Bayrou, le candidat Sarkozy doit à cette nation d’incarner un tout autre registre démocratique.