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30.04.2007
La République des "Compromis durables"
Faut-il que nous ayons perdu une partie de notre sens commun pour que l’on puisse tenir pour une avancée démocratique un projet qui consisterait, ce qui est le projet de Mme Ségolène Royal ou encore d’Arnaud Montebourg, à définir la République comme le lieu de «compromis durables» alors qu’elle est, doit être, doit redevenir le lieu où l’on établit, librement, souverainement, les politiques qui servent, constamment, l’intérêt général.
C’est l’intérêt général qui, le cas échéant, commande à des compromis. Ce ne sont pas les compromis politiques, sociaux et corporatistes qui définissent ce qu’est l’intérêt général.
Il n’est pas indifférent de s’attarder sur ce point. Car c’est ce qui distingue la Ve République de la IVe que nous avons connu et de la VIe que certains promettent au peuple français comme étant la voie de la paix et de la résurrection nationale.
De Gaulle, dans son discours de Bayeux, le 16 juin 1946, a sans aucun doute su dire l’enjeu en quelques mots. Il l’a résumé, selon moi, pour longtemps.
« Des Grecs, jadis, demandaient au sage Solon : Quelle est la meilleure constitution ?
Il répondait : Dîtes-moi d’abord pour quel peuple et à quelle époque ?
Aujourd’hui, c’est du peuple français qu’il s’agit et à une époque bien plus dure et dangereuse ! Prenons-nous comme nous sommes. Prenons le siècle tel qu’il est.(…) Toute notre histoire, c’est l’alternance des immenses douleurs d’un peuple dispersé et les fécondes grandeurs d’une nation libre groupée sous l’égide d’un Etat fort ».
Que dire d’un homme qui avertit si bien un peuple entier, y compris dans sa postérité, sinon qu’il le rend deux fois tel qu’il est.
Nous sommes revenus à ce choix. Il se représentera souvent encore dans le futur et certains, toujours, trouveront plus facile de le diminuer à ses disputes, le réduire à l’administration démocratique des divisions, pour assurer sur le peuple un règne ordinaire propice au destin ordinaire.
Si nous ne parlons pas de la grandeur de la France, nous ne parlons pas de la qualité du rassemblement par lequel nous assurons le rayonnement de nos valeurs. Si nous ne croyons pas en la grandeur de la France, alors, il ne nous reste qu’à vaquer à nos occupations, à veiller jalousement sur l’illusion des acquis qui se désagrègeront.
Or, dans un monde qui est celui de la mondialisation, quelle nation, plus que la nôtre, manquerait à ce qu’elle est en renonçant à porter des valeurs et une ambition universaliste qui dirait, particulièrement, là où les démocraties sont meurtries ou défigurées, comment un peuple sait être uni.
La mondialisation nous demande d’être plus intelligents, créatifs, volontaires, solidaires, conscients. Elle nous demande de nous dépasser parce que les autres, la plupart des autres nations, sont dans le temps du dépassement.
La mondialisation nous pousse surtout à avoir une démocratie d’avance.
Elle ne peut reposer sur des archaïsmes. Elle ne peut reposer sur des utopies.
Il faudra que la candidate à la magistrature suprême, Ségolène Royal, qui vient de confier à monsieur José Bové une mission sur la «suffisance alimentaire», dise clairement ce qu’elle pense du «droit à la désobéissance civile» dont l’ancien candidat alter-mondialiste est un des porte-étendard, ce qu’il s’agisse des OGM, des reconduites à la frontière, ou encore de la centrale EPR au sujet de laquelle il a appelé à «démonter» les pylônes au fur de leur installation.
Lorsque le gouvernement De Villepin a créé le Contrat Nouvelle Embauche, la présidente de la Région Poitou-Charente a publiquement annoncé qu’elle supprimerait les aides aux entreprises qui embaucheraient des salariés en CNE. C’est une étrange manière d’être du côté du respect de la loi et du côté de la liberté des entreprises.
Etre réfractaire à la loi de la République, c’est être réfractaire à la République.
Le seul à pouvoir dire la régularité de la loi, c’est, en toute indépendance, le Conseil Constitutionnel. A défaut, la République devient celle du préjugé, de l’exaltation, de l’arbitraire et de la théâtralisation médiatique.
Le bilan du gouvernement auquel a participé Nicolas Sarkozy pourrait être meilleur mais l’action de ce gouvernement a permis de rapprocher l’Etat de ses fondamentaux et de regagner en performance et en cohérence.
La lutte contre le chômage, la lutte contre l’immigration irrégulière, les avancées en matière de logement et de définition d’un droit au logement opposable constituent des avancées significatives. La réforme des retraites, celle de la Sécurité Sociale, ont été entamées par ces gouvernements successifs.
La mise en place de LOLF, dont la mise en place a bénéficié d’un consensus, permet de mesurer l’efficacité des politiques publiques, de rendre des comptes à la nation, de redéployer et de corriger ce qui ne va pas avec la réactivité nécessaire. Il faut poursuivre cette œuvre pour restaurer une pratique objective du budget de la Nation.
Le budget de la nation redevient un endroit où un chat retrouve ses petits, où les gens peuvent voir pris en compte l’intérêt de leurs enfants. Un peuple souverain ne regarde pas que son intérêt car il y a peu du confort au conformisme.
Une grande nation, une nation digne porte en elle le souci d’un bien qui porte jusqu’à ses enfants, les valeurs qui les animent et les charges qui leurs sont imposées. Sa tradition, c‘est ce choix qu’elle fait par-dessus ses distractions, ses libertés, pour dire et maintenir qu’elle ne perd pas de vue, au gré des conjonctures, ce qu’elle sait être plus important que tout.
C’est la limite du contrat social de Jean-Jacques Rousseau dont dérive, d’une certaine manière, la vision et l’organisation de notre pacte social.
On peut se demander – les Français le font - s’il n’est pas invoqué abusivement au nom de la sauvegarde du «service public», de la nécessité de maintenir des privilèges qui seraient des avant-postes du progrès social promis à tous, et s’il représente aujourd’hui la coordination des intérêts particuliers à l’intérêt général.
L’efficacité de notre démocratie aurait été si grande et bénéfique si l’opposition politique et syndicale s’était affranchie des positions idéologiques fondées sur la défense d’un pacte social qui n’est plus représentatif ni sincère.
Nous aurions réalisé alors des réformes dont la seule question qui vaille est de savoir si elles sont nécessaires ou pas. Nous savons qu’elles l’étaient déjà en 1995.
Le bilan de la gauche, dans ce temps où la plupart des gauches européennes ont accompli leur mue, est là.
Il est lourd.
15:31 Publié dans Sciences et technologie | Lien permanent | Commentaires (0) | Envoyer cette note


