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11.05.2007
Au sujet de mon blog
Vous trouverez sur ce blog un ensemble de textes formant ma chronique au cours des dix dernières années. Je souhaite que vous en preniez connaissance pour ce qu’elles contiennent et, plus encore que pour leur valeur individuelle, pour ce qui traverse l’ensemble, l’expérience formée.
J’ai en effet la conviction que quelque chose sur la nature duquel il m’est difficile de me prononcer «traverse» le contenu que cela représente.
Je n’ai aucune prétention littéraire. Je n’ai jamais voulu écrire un roman de ma vie ni faire de ma vie un quelconque roman. Je me situe, si je devais le faire, bien avant toute fiction.
C’est à ce titre seul que je me sens dans l’obligation de réunir ces pièces et de les placer, à effet de conserver une trace de ce témoignage et de l’expérience singulière qu’il forme, ici sous l’éclairage de ce dernier propos.
Je n’ai pas grand-chose à dire en plus de ce que j’ai déjà écrit, que j’ai tenté d’écrire et de formuler.
J’avoue, même si je n’en manque pas, que le vocabulaire me manque pour expliciter ma relation au monde. Je crois qu’elle ne peut l’être, finalement, que par ellipse, par la poésie, par des éléments qui ne peuvent être que de l’ordre de la fulgurance.
Il manque à cette chronique deux ou trois éléments préliminaires que je souhaite préciser, non pas pour me livrer à un exercice d’introspection, mais pour finir d’étayer l’entreprise à laquelle je me suis voué.
1/ A un moment de ma vie que je crois être celui de l’adolescence, j’ai écrit au pape de l’époque pour lui signaler, et je crois que ce sont les mots que j’avais utilisé, « que quelque chose se passait dans mon cœur ».
2/ J’ai pensé comme une évidence et je le pense encore que la vie de l’esprit était le lieu d’un passage qu’on pouvait s’employer à désobstruer. J’ai très récemment entendu évoquer Plotin, sa théorie du cosmos et du destin, ainsi que sa doctrine de l’émanation à partir d’un seul esprit. Les Grecs étaient modernes.
3/ Deux dates clefs :
1995, d’abord, avec les difficultés à réformer la France, le repli de son peuple dans un monde qui s’ouvre et présente, historiquement, des défis de progrès auxquels il est paradoxal qu’il ne veuille prendre une part active et se comporter de sorte de tenir son rang.
Le 11 septembre 2001 et l’attaque violente portée par les djihadistes contre les Etats-Unis et, plus largement, la vision du monde qu’ils incarnent. Cette date marquera, selon moi, l’histoire comme étant celle à partir de laquelle s’est noué la condition d’un recommencement.
4/ La France est messagère d’unité. J’ai retenu, et conservé un article que Le Monde avait consacré, bien après que j’eusse énoncé cette affirmation, à l’étude des mystiques. Cet article faisait mention, parmi d’autres, du cas de Symphorose Chopin. Je reprends le paragraphe suivant:
La réputation de Symphorose Chopin devait pourtant se répandre dans certains cercles conservateurs. Henri d'Orléans, comte de Paris, prétendant au trône de France, entendit parler d'elle. Il souhaita la questionner au sujet de son avenir politique. Avait-elle un don de prédiction ? Toujours est-il qu'elle lui fit cette réponse républicaine : "Jamais vous ne régnerez, ni aucun de vos descendants. Dieu a sur la France d'autres desseins, car s'il n'oublie pas le passé, il ne veut pas que nous en soyons esclaves pour construire l'avenir."
5/ J’ai été approuvé par des signes. Je le dis malgré ma rationalité prégnante. Quelque chose existe. Par quelles voies y sommes-nous sensibles quand nous y sommes sensibles ?
6/ Printemps 1996. Je m’étais attablé sur la terrasse du Petit Moka et je lisais « La poétique du Zohar », Zohar qui dans la tradition est autrement appelé Livre des Splendeurs. J’ai soudain vu une minuscule araignée descendre au bout de son fil à la verticale du ciel printanier.
Je me souviens avoir vérifié et tenté de comprendre comment elle pouvait descendre à cet endroit et avoir dû me résoudre, compte tenu de l’absence d’attache matérielle, à considérer la chose sous l’angle de l’inexplicable.
Peu importait à mes yeux car dans la mesure où cette petite araignée descendait à la verticale du livre que j’étais en train de lire, je me suis demandé, où elle allait atterrir, L’araignée en question s’est posée sur le mot « unité ».
Je crois être allé jusqu’à relater cet épisode à M. Jacques Attali avec qui j’étais entré en rapport lorsqu’il a publié « La confrérie des éveillés » et que je constatais la place que Narbonne, ma ville natale, y tenait.
J’eus l’impression que son livre, fondé sur une rencontre romanesque entre Averroès et Maïmonide, m’attendait en quelque sorte, et je m’en suis ouvert à M. Attali. C’est alors que, dans ce mail, je lui mentionnais avoir lu, à sa sortie, son Verbatim et que je me permettais de lui soumettre pour lecture, beaucoup moins volumineux, le mien, intitulé Forum.
Il m’avait dit que le passage le plus beau, selon lui, était celui-ci :
*****
Dans le métro. Ligne vers Boulogne. Je suis assis sur le strapontin. En face moi, une jeune femme. Elle a un carnet. Un agenda. Elle écrit. J’imagine la pointe de son style aller et venir sur la feuille. Je la regarde réfléchir. Une pause. Ses yeux se lèvent, obliques, cherchant la suite de son idée. Elle doit être écrite au plafond, car c’est là qu’elle regarde. Je la trouve infiniment belle, là dans ce moment présent où elle poursuit son idée.
Je souris. Je prends moi-même mon bloc Je l’ouvre et j’écris. Je la regarde et je lui manifeste que je cherche aussi ce que j’ai à retenir de ce qu’elle m’offre. Je décris la scène, à la volée. L’hésitation de son écriture. La manière dont elle se fait tournure de son esprit.
C‘est un instant de complicité, apparue gênante parce que je vois bien qu’elle se demande si je ne suis pas en train d’écrire sur elle. L’esprit comme un obturateur : portrait de la jeune femme en train de réfléchir et d’écrire sur un carnet dans le train en marche.
C’est un instant confondant, surtout.
Cheveux châtains. J’écris qu’un instant elle m’apparaît comme la femme de ma vie. Que je sais qu’elle va disparaître, sous peu, se fondre dans la foule du métro, y être rendue à une autre existence que celle que j’ai discerné furtivement.
Je saisis l’or et les perles que je peux. J’en fais diadème et j’en coiffe son visage qui s’en va.
*****
Je lui ai répondu que le plus important tenait à cette phrase glissée entre deux paragraphes :
«
Nous entrons dans cette époque. Nous entrons en Renaissance. On avait prophétisé sa fin, mais l'histoire recommence. Qui peut s'en plaindre? Préparons-nous, au contraire, du mieux que nous pouvons, à la nourrir, à construire les conditions qui permettront au plus grand nombre, à tous, dans la société à donner et à jouir de ce qu'il apporte au monde.
On a beaucoup à faire pour le rendre humain. Beaucoup à faire pour le rendre prospère à tous. Beaucoup à faire pour le rendre sûr, et pour le rendre sûr, beaucoup à réussir pour le rendre juste.
Cela représente une tâche immense.
*****
Il faut faire remonter et situer la genèse au don infini de l'instant présent.
*****
A un moment de notre histoire qui n’est distant que de quelques voiles encore à lever avant de voir se réunir l’ensemble des nations que nous formons, il sera dit de nous que nous ne savions pas vivre en commun, profiter de ce que nous étions apte à être. Je vois des classes entières de gamins, là-bas, qui riront de nous, s’apitoieront de nos guerres, de notre folie, des divisions arides qui caractérisent nos temps modernes.
Il est déjà présent dans le cœur des hommes, ce Temps. Il fait leurs rêves. Il fait leurs idées. Il fait leur désespérance et leur espoir inusable.
»
C’est à ce niveau d’urgence, de perception et d’éloquence que je me place.
J’ai éprouvé très jeune le sentiment que le temps était une sorte d’idée fausse et que nous étions, ce qui n’exclut pas le vieillissement des cellules, la vie, la mort, le caractère périssable du physique, compris dans quelque chose de plus vaste, une sorte d’immobilité totale qui contient un certain nombre de passages et de mouvements dont celui que nous nommons temps.
Etant adolescent, je m’étais essayé à écrire quelque chose du point de vue de l’univers. Je ne l’ai pas conservé, bien que j’y eusse travaillé quelque temps, mais l’idée centrale ne m’a jamais quittée. Et quelque part en moi, ce point infinitésimal, difficile à rejoindre, reste un lieu de netteté.
Si je prends connaissance des dernières énigmes qui travaillent l’astrophysique, je mesure l’étendue de ce qui nous reste à comprendre. Il manquerait 93% d’énergie dans les galaxies pour expliquer leur dynamique par la loi de Newton. Ici, on parle, sauf à reconsidérer la loi sur la gravitation universelle, de matière noire pour désigner une force ou un ensemble de forces invisibles et, de notre point de vue, immatérielles.
L’humanité se prépare d’autres révolutions coperniciennes.
Je pense que j’étais là, au cours de ces années, pour porter et émettre en quelque sorte l’espérance d’une parole. Cette parole a quelque chose à voir avec l’idée que l’on peut se faire de Dieu, que j’entends, personnellement, comme le signifié permanent d’une histoire humaine qui doit s’accomplir comme elle doit. Après avoir rédigé notamment De la nature du IIIe Millénaire, ma conviction est d’avoir touché à cette obligation et de l’avoir exprimée.
Le reste ne m’appartient pas et tient à une exhortation : fondez mieux encore le monde.
La France y a un rôle.
Mon temps internet s’achevant, j’ignore quand je reviendrai m’adresser.
10:57 Publié dans Nous | Lien permanent | Commentaires (0) | Envoyer cette note


