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05.02.2008
De la "vache folle" aux OGM
La peur de ce qu'on mange et de ce qu'on boit touche une grande partie de notre population. Cela a favorisé le développement d'une économie de niche très prospère pour l'agriculture biologique venant en opposition à l'agriculture intensive, ses méthodes, son modèle économique.
Cette opposition a souvent une forte composante idéologique. On y retrouve des marqueurs sur l'économie de marché, l'impérialisme, les lois du commerce, sans compter, bien sûr, sur le capitalisme américain incarné par Monsanto tenu, par principe, en haute détestation...
Les deux agricultures pourraient cohabiter pacifiquement. Chacune à sa place et chacune dans sa mission.
Force est de constater que ce n'est pas le cas. La guérilla des faucheurs menée contre des exploitants comme des semanciers relève d'un activisme inquiétant.
Il n'a pas dégénéré en un radicalisme tel que celui rencontré au Royaume-Uni sur la protection animale, mais je le crains, il est susceptible, sous couvert de "désobéissance civile" de le faire.
A cela, il faudra - et le renforcement des peines encourrues par les faucheurs va dans ce sens - prendre garde.
Le dans et le hors-la-loi doivent être clarifiés nettement.
C'est la définition même de l'état de droit.
L'agriculture biologique veut se voir reconnaître une légitimité morale supérieure à l'agriculture dite intensive. D'une certaine manière, le procès intenté sur la portée de la dissémination - les bios parlent de "contamination" - porte en lui ce germe.
La peur qui est entretenue et qui trouve toute son expression dans le débat sur les OGM est une peur de nantis amnésiques car il a fallu la mise en place d'une agriculture industrielle (et structurée comme telle, distinguant un secteur semencier) pour assurer dans un premier temps à notre pays une indépendance alimentaire, dans un second de devenir un puissant contributeur dans la balance commerciale de notre pays.
Cette mutation a totalement modifié le paysage agricole, les techniques de production et les habitudes alimentaires. Il faut établir un bilan entre ce que cette révolution agro-alimentaire a de positif et ce qu'elle a de négatif avant tout procès en hérésie.
Je voudrais considérer deux faits: l'augmentation de la durée de vie générale et l'augmentation de la taille des individus, qui sont directement liés à l'alimentation et à l'accès aux différents éléments indispensables à la croissance.
Les centenaires d'aujourd'hui si nous les prenons pour référence n'ont pas bénéficié du niveau de sécurité alimentaire - et même d'attention - que nous connaissons aujourd'hui et, pourtant, ils témoignent à la fois d'une autonomie et d'une longévité supérieures à celles qu'elle pouvaient être avant l'industrialisation de l'agriculture.
Combien, dans nos villes, ont mangé des poulets aux hormones dans les années 70 avant que des règlementations viennent mettre fin à des dérives?
Ceci, même de manière paradoxale, est un fait à mettre au crédit de l'agriculture intensive. Malgré quelques errements, elle a répondu et satisfait des besoins.
Depuis, la crise de la vache folle a allumé des peurs et des fantasmes.
La mortalité qui est imputable à la maladie de Creutzfeldt-Jacob est sans commune mesure avec celle que l'on peut imputer au tabac, mais elle a mis en évidence des pratiques touchant dans l'inconscient à des sortes de malédictions et de tabous (un herbivore soumis à un régime carnivore).
Le registre de manipulation du vivant s'est ouvert sur une page qui est, il est vrai, monstrueuse.
Cela explique, sans doute, l'extraordinaire sensibilité du grand public sur le sujet de l'agriculture transgénique et la facilité avec laquelle il est possible de fixer et développer les peurs, qui plus est dans une société aussi ancrée dans ses défiances que la nôtre.
Il faudra pourtant, c'est la maturité même d'une culture et d'une civilisation, dépasser cette réaction car nous entrons, nous sommes entrés, dans une autre révolution agricole. Elle tient, qu'on le veuille ou non, à la maîtrise du génie génétique.
Et celle-ci, pas moins que le précédente, n'existe, en relation avec et le marché et l'économie de production, de transformation, que pour répondre à des besoins qui sont déjà là.
Ils relèvent, plus que jamais, du stratégique.
Une grande nation, qui n'est pas que le différence entre ceux qui pensent une chose et ceux qui pensent son contraire, ne peut s'y soustraire.
15:50 Publié dans Politique | Lien permanent | Commentaires (0) | Envoyer cette note | Tags : OGM, vache folle, faucheurs volontaires



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