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05.02.2008
L'oignon n'a plus le droit de faire pleurer
Le projet de loi sur les OGM est en discussion au Sénat. Après l'interdiction du MON810, qui est loin de satisfaire la communauté scientifique, la question de ces cultures et de ces recherches retrouve, n'en déplaise aux alter-mondialistes et autres faucheurs volontaires- un terrain plus sérieux, moins médiatique et, surtout, moins idéologique.
D'ici vingt ou trente ans, la montée du niveau des océans telle qu'elle est projetée actuellement par le groupe des experts formé pour en suivre les effets aura pour conséquence de provoquer des exodes massifs et, en raison de l'infiltration des eaux salines dont la montée est attendue, de réduire les surfaces agricoles disponibles.
La croissance démographique et le bouleversement climatique sont deux paramètres qui méritent une prise en compte absolue. Si les deux courbes se rejoignent, elles peuvent provoquer un catastrophe sans commune mesure avec les instabilités que nous avons connu jusqu'à présent.
Je vais faire une sorte de rêve: si des chercheurs, demain, à l'inra ou ailleurs, y compris dans des laboratoires privés, parvenaient à transférer le gêne du riz qui permet à cette plante de supporter une certaine salinité vers d'autres cultures - c'est un exemple qui me vient comme ça en considérant le fait qu'elle pousse en Camargue par exemple - je crois que ces équipes accompliraient quelque chose qui serait plus que salutaire.
Si elles parvenaient de la même manière à réduire l'émission massive de pesticide; la consommation d'eau pour une quantité donnée de céréales; ce seraient autant de progrès considérables accomplis au profit de l'espèce humaine.
C'est à ce niveau - à lui seul - qu'il faut élever notre raisonnement et notre ambition.
Peut-être même, quelle que soit la prédisposition que l'on ait, notre tolérance au progrès et aux risques qu'il comporte toujours.
Lorsque j'épluchais des oignons pour préparer la sauce tomate familiale que nous faisions, conditionnée dans des bocaux de verre que nous pasteurisions, il m'arrivait de passer des après-midi parfois à peler des oignons. Je me souviens de mes yeux irrités et des pleurs coulant à flots, de ces doigts qui revenaient intempestivement vers les yeux ajoutant encore à l'irritation.
C'est un souvenir, comme celui des vergers d'abricots de mon grand-père, de l'écossage des petits pois, qui m'est cher, finalement.
J'ai appris, il y a quelques jours, et cela m'a rappelé ces jours d'enfance, que des chercheurs avaient produit un oignon dépourvu du gêne responsable de cette propriété lacrymogène.
C'est vrai, je suis partagé entre la nostalgie sépia de ces heures et l'idée futuriste d'imaginer peler un oignon comme on pèle une patate, sans être incommodé.
Complexité de l'être humain sans doute dans son rapport à sa mémoire. Je me dis, avec le recul, que les larmes dont l'oignon était responsable n'étaient pas les plus pénibles... et que, finalement, l'oignon devrait rester ce qu'il est. Mais en même temps, je me trouve quelque peu égoïste et puéril: l'oignon n'a pas un droit imprescriptible à faire pleurer les ménagères d'aujourd'hui et de demain.
14:25 Publié dans Politique | Lien permanent | Commentaires (0) | Envoyer cette note | Tags : oignon, ogm


