« Un nouveau parasite pour le blé | Page d'accueil | Le droit au pouvoir d'achat »

07.03.2008

A propos du terrorisme

L'attentat meurtrier perpétré ce jeudi à Jerusalem dans une école talmudique et qui a causé la mort de huit jeunes étudiants israéliens, marque une escalade qui n'est pas celle de la violence aveugle, mais celle de la stratégie des Islamistes, développée à partir de Gaza.
Cet attentat intervient quelques jours à peine après l'opération de Tsahal « Hiver Chaud » qui avait tenté, en vain, de mettre fin aux tirs de Katouchias sur plusieurs villes proches de Gaza. Il replace, après quatre années au cours desquelles aucun attentat suicide n'avait pu être commis sur le territoire israélien, le terrorisme au coeur de l' Etat juif et provoque la suspiscion envers les arabes de Jérusalem Est.

Aujourd'hui, Israël comme l'autorité palestinienne de Mahmoud Abbas sont placés devant une situation de plus en plus précaire qu'un certain nombre de régimes arabes, au premier rang desquels figurent l'Iran et ses affidés, le Hezbollah, veulent voir dégénérer encore.
Il ne fait pas de doute que la situation de Gaza est au coeur d'une stratégie globale à laquelle le Hamas, le Hezbollah, l'Iran, participent à des niveaux certes différents, mais parfaitement convergents.
En faisant échouer, hier soir, le projet de résolution présenté au Conseil de Sécurité de l'ONU, condamnant l'attentat, la Lybie et deux autres Etats, qui n'ont pas été cités, participent à ce mouvement inquiétant en prenant le contre-pied de l'Autorité palestinienne qui, elle, a condamné fermement l'attentat.
J'évoquais, il y a à peine quelques jours, la déclaration de Hassan Nasrallah, leader du Hezbollah, incriminant le secrétaire général de l'ONU, et la partialité de cette organisation qui ne reconnaîtrait pas un «droit à la légitime défense» des combattants islamiques face à Israël, considéré lui-même comme un «état terroriste».
Cette remise en cause, à un moment où les tensions dans la région, que ce soit sur le dossier palestinien, sur celui du nucléaire iranien, entrent dans une phase extrême, est coordonnée et déterminée par un objectif politique global.

A des milliers de kilomètres de là, les Farcs, par d'autres moyens, tentent eux aussi, avec la bienveillance de Caracas, de passer d'un statut de terroristes, pratiquant le trafic de drogue et le kidnapping de masse, à celui de belligérants à qui serait reconnu le droit à de tels recours.
Les mécanismes de la pensée entre Nasrallah et tant d'autres dans la région et un Hugo Chavez qui récemment déclarait que la Colombie était un «Etat mafieux» au service et aux ordres «du plus terroriste des Etats du monde, l'Amérique» sont identiques.
Rien, ici, de Gaza à la jungle colombienne, n'est anodin et confirme l'impérieuse nécessité de parvenir à imposer, le plus rapidement possible, le plus strictement possible aussi, une définition de ce qu'est le terrorisme en dépit de l'émotion et de la subjectivité des opinions publiques, arabes ou pas.
Le drame qui s'est produit à Jérusalem, les scènes de joie indécente qu'il a fait naître au Liban et à Gaza, ne fait que rendre cette distinction plus urgente.

La confusion sur ce que sont le terrorisme et des actions légitimes a pour conséquence le chaos. On voit comment il règne déjà, par la négation de toute dignité humaine et l'aberration de tous les comportements. On voit les ravages qu'il engendre au nom de la légitimité qu'il s'octroie sur l'ordre et toutes les formes, sans doute perfectibles, de légalité nationale ou internationale, d'effort de paix et de reconstruction, comme en Irak quotidiennement ensanglanté selon ce même « droit » terroriste.
La thèse selon laquelle le terrorisme ne naît pas de lui-même mais de l'injustice faite à des populations et que c'est elle qu'il faut combattre en premier lieu a été imposée à l'ONU et elle paralyse, jusqu'à présente, l'ONU dans sa volonté d'imposer une définition « opérationnelle ».
Elle manque, du point de vue juridique et moral, à l'histoire du Monde, au modèle de civilisation qu'il doit promouvoir de manière tellement universelle qu'elle devrait faire unanimité à Bagdad comme à Ajaccio, où l'on s'est habitué à entendre un discours sur le terrorisme d'Etat, celui de la France.

Cette thèse, dite holistique, fait du terrorisme une réaction à une situation qui serait intenable de sorte qu'il puisse être considéré que, là où il y a du terrorisme, il y a une injustice qui le précède.
Mais qu'est ce que, alors, une injustice?
Le terrorisme prouve qu'il est capable d'être, par lui-même, une action au service d'une idéologie, d'une doctrine, qui ne poursuit pas d'autre fin que celle d'être dominatrice, quel que soit le verdict et la légitimité de ce que l'on nomme démocratie, état de droit et souveraineté, et, c'est la pratique du Hamas, le prix humain consenti dans la propre population dont il a la charge et qu'il sacrifie à l'intérêt supérieur de sa cause.
La France, je l'ai toujours pensé, devrait avoir une démocratie d'avance et porter, de surcroît si elle veut promouvoir une «politique de civilisation», une contribution essentielle et débarrassée de toutes les équivoques, pour parvenir à définir le terrorisme de sorte de le rendre condamnable devant l'histoire.
A défaut de voir la communauté internationale dépasser les ambiguïtés, il est à craindre, avec les perspectives démographiques qui sont celles attendues pour ce siècle, que le terrorisme prospère de manière exponentielle.
Au moment où je termine ce propos, j'apprends que l'Espagne vient de subir un nouveau attentat de la part de l'ETA qui a coûté la vie à un ancien élu socialiste abattu devant son domicile au Pays basque.
La campagne des législatives y est suspendue.