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13.03.2008
Euro fort
La manière dont on accable l'euro et la politique de la banque centrale européenne me semble injuste.
L'indépendance de la banque centrale est le gage de la qualité d'une démocratie fondée sur la séparation des pouvoirs. Le principe n'est pas acquis mais il devrait l'être.
Ce que l'on tient en effet pour naturel et profitable s'agissant des pouvoirs législatifs et judiciaires, pourquoi ne pas le tenir pour vertueux lorsqu'il s'agit du pouvoir monétaire?
Je remarque que Jean-Claude Trichet, punching-ball des politiques français depuis plusieurs années, a toujours considéré comme une priorité la lutte contre l'inflation.
Il y a encore quelques semaines, chacun, à droite comme à gauche, dans notre seul pays, considéraient cette prudence selon eux "obsessionnelle" comme superflue et l'invitaient à desserrer l'étreinte.
Dans le cas, où les politiques auraient eu main sur la politique monétaire, il est probable qu'en vertu de cette subjectivité politique, on aurait assisté à des décisions que nous regretterions aujourd'hui quand la tendance inflationniste, en Europe, refait surface.
Quant à la parité avantageuse de l'€/$, elle n'est pas qu'un inconvénient lorsqu'il s'agit de régler la facture énergétique. Elle n'a pas empêché Airbus de vendre ses ravitailleurs à l'armée us et à l'industrie allemande de continuer à se tailler la part du lion en terme de commerce international, dans le contexte mondialisé.
Une révision des taux, en France, donnerait l'impression que la pente devient moins raide, mais ce ne serait, il me semble, qu'une illusion d'optique perverse, car elle nous donnerait prétexte - ce à quoi les Français courent toujours avec avidité - à ne pas remettre en cause ce qui doit l'être.
Cette tendance s'appelle la recherche d'un bouc-émissaire.
Réduire la dette, fortement, en s'attaquant à ses causes structurelles, nous ramènerait à plus de compétitivité, de crédibilité et de dynamisme économiques.
Parmi les conséquences de la crise financière des "subprimes", la notation des créanciers s'agissant de la capacité de leurs débiteurs publics ou privés est plus pointue et scrupuleuse qu'avant. Conséquence, en zone euro, les taux d'intérêts liés à cette dette varient d'un pays à l'autre.
La France est jugée moins crédible par rapport à l'Allemagne, l'Espagne ou la Grande-Bretagne.
Elle a donc une prime de 0.5% de surcout de son crédit.
A l'échelle de ce qu'elle emprunte chaque année, cela fait plusieurs dizaines de millions d'€.
Le prix d'une certaine inconséquence.
Reste qu'il y a sans doute, au delà du débat sur la parité entre euro et dollar, un changement de la perspective mondiale ou de son centre de gravité. On quitte, lentement mais surement, un monde dominé et étalonné par l'économie américaine, pour un autre monde où l'Asie pèse de tout son poids sans d'ailleurs, pour la Chine, en tenir compte s'agissant de sa parité au dollar, sous-évaluée.
L'envolée du prix du pétrole, 110 $ le baril atteint en quelques jours, est un révélateur de ce changement de référence. L'OPEP, il y a quelques jours, a refusé de céder aux pressions, américaines notamment, en relevant ses niveaux de production pour détendre les cours.
On peut le déplorer. Mais dans l'explication fournie, on pouvait retenir le constat des pays producteurs de l'écroulement du dollar. Selon eux, l'envolée des cours en dollars résulterait moins d'une tension des marchés due à un différentiel exagéré entre l'offre et la demande que d'une compensation, selon eux légitime et inévitable, de ce phénomène: un dollar en baisse enrichit moins.
Cela nous ramène à l'usage fait par certaines pétro-républiques de la rente pétrolière et aux propos de Shimon Peres qui faisait l'objet de ma note d'hier.
15:05 Publié dans Politique | Lien permanent | Commentaires (0) | Envoyer cette note


