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15.03.2008
L'Inde, la Chine, le Tibet et nous
A cinq mois des jeux olympiques de Pékin, les troubles qui ont éclaté à Lhassa, capitale du Tibet, et la répression brutale qui s'en est suivie, attire l'attention sur le géant chinois.
La Chine qui vient de réélire Hu Jintao à sa tête aujourd'hui, n'avait pas prévu, malgré sa vigilance, un débordement tel qu'il met en péril l'image que l'empire du milieu entend se donner en 2008. Elle nous ramène à Mao et à ces cols, qui mènent au toit du Monde.
Ces jeux Olympiques constituent pour les Chinois, à n'en pas douter, l'occasion d'ouvrir et d'affirmer une ère nouvelle, celle de leur influence retrouvée et de leur modernité.
Le réveil de la revendication indépendantiste des Tibétains montre un archaïsme que l'on espérait d'un autre temps.
Ces évènements sont d'autant plus fâcheux pour la Chine qu'ils anéantissent leurs efforts de réforme et la valeur des quelques gages données, depuis quelques mois, parcimonieusement, en matière des droits de l'Homme.
Quelques élus, quelques association, ont, dès les premières répressions appelé au boycott des JO de Pékin. Cette proposition, déjà entendue, pendant la campagne présidentielle de 2007, pour son lien au Soudan et son indifférence au sort des populations du Darfour, est dans l'air.
On remarquera que l'idée n'enthousiasme pas grand monde.
Ce serait, il me semble, une erreur considérable.
La Chine n'est pas dans la situation de l'URSS, en faillite économique et technologique, en 1980.
L'URSS de 1980 n'avait plus d'avenir. La Chine de 2008 entend, d'une certaine manière, l'incarner. Cette ambition est légitime, mais elle peut-être inquiétante si ce pays, ses dirigeants et son peuple, ne se hissent pas à la hauteur d'un tel destin.
La Chine est au centre d'un monde qui change et dont elle est, d'une certaine manière, une mesure dans plusieurs domaines sans l'être encore dans ceux qui sont essentiels pour l'avenir et l'équilibre de la planète.
A une mesure doit répondre une contre-mesure.
La 'nature', la géo-continentalité, a fait que le second géant planétaire, l'Inde, avec son milliard d'habitants et sa croissance insolente aussi, soit son frontalier et que le Tibet, annexé en 1958 par la Chine, est une zone tampon entre eux. Beaucoup, dont le Dalaï-Lama, se sont réfugiés dans ce pays, qui a le surnom de la plus peuplée des démocraties du Monde.
Une réputation un peu trop belle, à l'opposée de celle de la Chine, pour être toujours vraie.
Il y a beaucoup plus à espérer d'un dialogue entre ces deux puissances en devenir que d'un boycott qui pourrait être extrêmement contreproductif et humiliant pour les Chinois. Pour que ce dialogue ait lieu un jour, et il sera indispensable, il devra pouvoir se tenir de pair à pair, dans le lieu ad hoc, dans le club fermé des membres permanents du conseil de sécurité de l'ONU.
Le long chemin continue donc pour la Chine si elle veut être la grande nation qu'elle mérite sans doute de devenir. Il passe par un rapport à l'histoire, aux droits des peuples, à leur souveraineté et donc par un assouplissement de sa doctrine et sa pratique vis à vis du Tibet, de son autonomie, et de la prise en compte de sa dignité et de son identité historiques.
C'est le bon conseil que New Delhi a fait passer via le canal diplomatique aux autorités chinoises.
Il faut dire que les accusations du régime et des médias chinois à l'encontre du Dalaï Lama, vu et dénoncé comme "instigateur" des troubles depuis sa résidence en Inde, ne sont pas pour détendre l'atmosphère.
"Nous sommes bouleversés par les indications sur la situation agitée et les violences à Lhassa, et par la mort de gens innocents", indique le ministère des Affaires Etrangères indien dans un communiqué.
"Nous espérons que tous ceux qui sont impliqués se mobiliseront pour améliorer la situation et faire disparaître les causes de tels troubles au Tibet, qui est une région autonome de Chine, par le dialogue et des moyens non-violents", ajoute-t-il.
Le long chemin de la paix et du progrès dans le monde passera, inévitablement, par la prise en compte du monde d'aujourd'hui au Conseil de sécurité de l'ONU et par la nécessité de voir ses membres permanents représenter le monde tel qu'il est et tel qu'il devient.
L'après seconde guerre mondiale est déjà si loin, à tous les niveaux.
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