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17.03.2008
Oreilles musicales
Les élections municipales sont terminées et la démocratie française ressort de ce scrutin plus confuse et peut-être versatile qu'elle ne l'a jamais été. Finalement, en dix mois, dix petits mois, l'état de l'opinion, puisque nous avons décidé de vivre sous sa coupe, est passé d'un enthousiasme et d'une adhésion spectaculaire à l'espérance que représentait l'élection du président de la République, Nicolas Sarkozy, à un désenchantement indéniable.
Apparemment, une grande partie de nos compatriotes sont restés insensibles à l'appel des Municipales comme si, détournées de leur vocation par les uns ou les autres, désireux d'en faire un test, une sanction, ces élections perdaient de leur intérêt.
Il semble que nul ne regrette cette confusion et considère que cette politisation, avec sa médiatisation, fait partie du jeu, si bien que les régionales et les européennes, toutes ces élections, finalement, sont à considérer comme l'opportunité de se faire entendre d'un gouvernement ou d'un président de la République.
Dîtes-moi, elle est bien cette démocratie.
Il y a une élection présidentielle, suivie de législatives, et pendant cinq ans, une série de référendums. Jusqu'à la prochaine élection présidentielle.
Bien sûr, il y a des gagnants et des perdants à l'issue d'une élection, mais quant à savoir ce qu'il en est de la portée nationale d'une addition de scrutins municipaux, c'est une autre histoire.
Bien sûr, il y a certainement un message subliminal à entendre.
Bien sûr, il y a une vérité à faire dire, coûte que coûte, aux urnes et, puisque nous vivons un parfait relativisme, elle a un visage différent selon que l'on est au PS, à l'UMP ou au Modem.
Chacun trouve son quatorze heures à midi mais les enjeux, les enjeux véritables de la nation, eux, restent ce qu'ils sont. Insensibles, finalement, au grand politic circus et à ses numéros de ventriloques talentueux et de prestidigitateur en tous genres.
Ce n'est pas parce que la politique est une affaire sérieuse, pourtant, qu'il faut la traiter avec désinvolture.
Une élection intermédiaire vient de passer, mais les problèmes restent ce qu'ils étaient il y a dix mois et l'ampleur de la tâche semblable à ce qu'elle était au début de la mandature.
Cela ramène sur terre. Surtout que l'environnement international s'est dégradé et ne fait que rendre les symptômes du mal Français plus aigus et la nécessité de réformer en profondeur plus urgente.
Tant que notre pays n'aura pas réussi à se transformer, à réduire son endettement, à s'attaquer à des causes qui sont, hélas, bien souvent parfaitement connues et identifiées, notre démocratie sera fragilisée, confuse et brouillonne, incapable de savoir et pourquoi elle veut quelque chose ni même ce qu'elle veut.
La démocratie est l'instrument de la légitimité.
On ne pourra attendre d'un instrument aussi désaccordé que des nuées de fausses notes. Hélas, en pourcentage de la population, le nombre d'individus à avoir une oreille musicale, est tellement infinitésimal que cela n'a pas grand impact.
Dire que Beethoven a quand même composé la 9e alors qu'il était sourd.
Au plan physiologique.
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