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20.03.2008
Bouclier
L'année 2008 semble devoir être dédié à la célébration du 40e anniversaire de Mai 68. C'est sans doute important de se rappeler que cette année là a été marquée par un bouleversement culturel tumultueux, profus et considérable.
On pouvait enfin sortir d'un XIXe siècle désuet, et, par une série de décrets, inventer l'avenir plutôt que le construire, consacrer la liberté individuelle, la liberté de s'exprimer, de s'accoupler.
Des chamanes voudraient bien réveiller cet esprit, peut-être au printemps prochain car il y a des saisons pour ça.
Il y a aussi un cinquantenaire à célébrer. Sans doute est-il plus important que celui de la révolte susmentionnée: c'est celui de l'adoption de la Constitution de la Ve République, en septembre 1958. Mais elle n'a pas, apparemment, autant de défenseurs. Il est possible, je le reconnais, qu'elle soit moins sexy.
Cinquante ans après, que reste-t-il de cet édifice constitutionnel sinon le sentiment qu'il est lourd à porter?
Mais il a fait la France telle qu'elle est, permis une stabilité et nous devrions être fier qu'elle maintienne et ait maintenu, par dessus les divisions naturelles qui sont les nôtres, une "certaine" idée de la nation, certaine au sens où elle est définie et assurée.
Il faut faire une confiance aveugle à la démocratie. Elle a de l'imagination. D'ailleurs, la gauche mitterrandienne, dans une sorte d'identification, appelait un temps à ce qu'elle, l'imagination, fût hissée au pouvoir. L'imagination au pouvoir, bien sûr cela voulait dire la gauche au pouvoir et sans doute aussi quelque de chose de 1968 dans les ors de la République.
Le coup d'Etat permanent. C'était le titre, en 1964, du cinglant pamphlet de François Mitterrand contre cet Etat incarné.
« J'aurais atteint mon but si j'ai contribué à démystifier le phénomène gaulliste en montrant comment par un extraordinaire subterfuge le nouveau pouvoir au lieu de consolider l'État le démantèle, comment au lieu de restaurer le respect de la loi il pervertit l'esprit civique, comment au lieu de confier au peuple la maîtrise de son destin il le confisque. », écrivait-il.
Je ne suis pas sûr qu'au terme des deux mandats qui furent les siens à la tête de l'Etat, François Mitterrand n'aurait pas amendé cet implacable réquisitoire.
Il a été un digne président de la Ve République dans cette relation à l'Etat et à sa légitimité.
Cette notion de coup d'Etat permanent est plus d'actualité, finalement, qu'il n'y paraît au moment où la gauche, à l'occasion de sa victoire aux municipales, entend mettre en oeuvre, via une sorte de conseil des communes ou des collectivités locales, un «bouclier» pour protéger les citoyens "contre les mauvais coups du gouvernement".
Un «bouclier» qui consisterait, là où la réforme de l'Etat supprimerait des postes pour rééquilibrer les comptes de la nation à « compenser » localement... Imaginons, un instant, une situation politique diamétralement opposée et l'UMP s'engageant, sans scrupule, dans une telle stratégie...
Quel tollé, cela susciterait! A juste titre.
Là, cette déclaration, cette intention affirmée, survenant après celle d'un François Hollande appelant aimablement les Français à sanctionner le gouvernement pour établir «une cohabitation territoriale», n'a pas ému grand monde.
Il est vrai que la démocratie doit sans doute entretenir, sans quoi elle perdrait de son romantisme ou de son attrait, le domaine de l'imagination, mais il me semble peu probable qu'il puisse y avoir une grande nation sans grande Constitution et sans un respect de sa Lettre.
Permettez-moi de m'étonner qu'il n'y ait pas eu d'intellectuels, de chroniqueurs, si souvent à cheval sur les principes de la démocratie, pour s'élever contre cette opération politique et en dénoncer les dangers, voire la perversion, voire l'imposture.
Cela ne doit pas être important.
16:10 Publié dans Politique | Lien permanent | Commentaires (0) | Envoyer cette note


