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25.03.2008

JO de Pékin: lettre ouverte au président de la République

Monsieur le Président de la République Française,


La polémique ouverte sur les Jeux Olympiques de Pékin nous oblige-t-elle à nous résigner à ce que cet événement planétaire soit éclipsé en tout ou partie, y compris, dans sa représentation la plus symbolique, celle de son ouverture?
Même si personne ne détient une réponse absolue à cette question, il est nécessaire de résister à une pression médiatique qui imposerait sa propre injonction et son propre magistère pour faire de cet événement la réplique de Mexico 1968.
Ce serait, je le crois intimement, se tromper de siècle.
Alors, faut-il faire le deuil de Pékin 2008, de l'aura qu'ils pourraient avoir et abandonner la Chine à une sorte de discrédit poli et condescendant alors que ces Jeux Olympiques pourraient être, encore, ceux du jaillissement de la civilisation, en l'endroit où son retentissement pourrait être fort utile?
De tout son coeur, il faut s'y refuser.
On prête à André Malraux, qui a fait bien plus que respecter l'Asie et la Chine, une affirmation selon laquelle « le XXIe siècle serait spirituel ou ne serait pas ». Pékin 2008, dans sa propre conjonction, pose, par le rapport de la Chine au Dalaï Lama comme dans celui avec le Saint-Siège, une partie de la question et est en position d'apporter une partie de cette réponse.
Cette dimension est-elle subalterne à celle des droits de l'Homme?
Je ne le pense pas.

En 2005, j'avais écrit à votre prédécesseur, M. Jacques Chirac, lorsque les jeux ont été attribués à Pékin, qu'il faudrait être attentif à ce que la Chine pourrait être tentée d'y affirmer. J'aurais dû, je le mesure aujourd'hui, ajouter pour finir d'être juste que nous devrions l'être tout autant à ce que nous pourrions être également tentés d'y affirmer.
Alors voilà ce que je pense pouvoir être un scénario grandiose, avec une ouverture des Jeux et un déroulement des jeux susceptible de marquer le début de ce siècle. Imaginons, avec la Chine, ce que représenterait une cérémonie d'ouverture où l'ensemble des nations seraient représentées mais où le Dalaï Lama et le pape seraient présents, tout comme des représentants d'autres cultes.
Au moment où vous êtes invités à pratiquer la politique de la chaise vide, je ne doute pas que cette idée puisse paraître baroque. Et pourtant, je ne suis pas convaincu qu'il y ait un Himalaya compte tenu des dispositions du Dalaï Lama ou encore du Pape Benoît XVI, à franchir pour opérer ce qui constituerait une affirmation d'universalité allant bien au delà de ce qu'elles ont pu être jusqu'à ce jour. Et s'il n'y avait qu'un Himalaya pour s'interposer, il mériterait d'être gravi.

Je me permets de vous faire part de me pensée car vous avez, autour de vous, des personnes qualifiées pour évaluer les choses et sonder la situation. J'avoue que je ne serais pas mécontent que mon pays et mon Europe puissent être à l'origine d'une telle résolution car en se rendant à Pékin, le 8 août 2008, il ne s'agit pas de cautionner un régime politique, mais de cautionner, à travers un événement auquel il faut conserver son caractère universel, l'espérance de tout un siècle.
Qui pourrait s'y refuser et ne pas y engager une part de lui-même?

Je mesure, Monsieur le Président, qu'il y a des dizaines de bonnes raisons de renoncer à accorder à la Chine un éclat dont il faudrait penser qu'il serait usurpé moralement, mais je pense qu'il doit bien se trouver une raison, et c'est celle que je me suis évertué de vous décrire, d'entretenir la flamme, une raison dans laquelle des milliards d'hommes, de femmes et d'enfants, leur génération, puisque c'est la mesure désormais de l'humanité, n'aspirent qu'à se reconnaître pour leur propre bien.

J'anime depuis quelques années un blog http://france.midiblogs.com. J'y ajouterai la présente car elle participe à la dynamique à laquelle j'ai entrepris, modestement, de concourir.

Veuillez croire, Monsieur le Président de la République, en l'expression de tout mon respect.

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