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26.03.2008
La Chine devant ses responsabilités
J'ai pris la peine d'écouter, ce matin, le représentant "politique", numéro 2 de l'ambassade de Chine en France, sur Europe 1. J'ai été effaré par ses déclarations et effaré, aussi, je dois le dire, par la tonalité de l'interview de M. Elkabbach, que je tiens pourtant pour un excellent professionnel, apparemment engagé à pousser son interlocuteur dans ses retranchements. Il y a réussi, mais une fois considéré cette victoire, quid des questions fondamentales.
Je voudrais dire que ce n'est pas parce que la Chine par la voix de son représentant sur notre sol se croit avisée d'assimiler les émeutes de Villiers-le-Bel à ce qui se passe au Tibet qu'il faut nous-même succomber à l'esprit d'amalgame qui a fait que, par exemple, le "Times" a établi un parallèle entre les JO de Pékin et ceux de Berlin.
Je voudrais dire aussi que ce n'est pas parce que «le gouvernement chinois s'oppose fermement, selon les termes du porte-parole du ministère chinois des Affaires étrangères, Qin Gang, à toute forme de contact officiel du dalaï-lama avec n'importe quel pays» qu'il faut à tout prix appeler à une rencontre avec le Dalaï Lama. Si elle doit avoir lieu, cela ne saurait l'être en vertu d'une sorte d'esprit de riposte auquel le Dalaï-Lama, en vertu de ce qu'il représente, ne consentirait peut-être pas.
Si la Chine ne veut ou ne peut pas l'être, encore, soyons ambitieux pour elle et aidons là à se résoudre à ses obligations morales par elle-même.
Il est à noter, d'ailleurs, et la formulation a sans doute son importance, que la Chine s'oppose à toute forme de contact officiel du Dalaï Lama avec n'importe quel pays.
L'injonction lui est faite à lui, ce qui n'est pas moins insupportable.
Ne tombons donc pas dans des pièges que nous placerions nous-mêmes sur notre route. L'enfer est souvent pavé de bonnes intentions. Ne l'oublions pas.
S'il doit être invité, cette rencontre doit avoir une utilité allant au delà du symbole.
Par contre, c'est très bien que la communication officielle de la Chine mette en exergue des signes de soutien qui lui sont parvenus d'"une centaine de nations", mais saurait-elle, au delà de cette période, se satisfaire d'un blanc-seing de l'état mauricien, par exemple, de l'Iran, du Vénézuela, probablement, la Russie, peut-être, en étant désavouée par les Etats-Unis, l'Inde, la France, l'Angleterre, l'Allemagne, Union Européenne, etc, sans que cela ne traduise hélas qu'elle abandonne tout à fait une ambition en matière de rang moral à assumer au plan international. Ha, pardon, j'oubliais sans doute le Soudan parmi les soutiens dont peut se prévaloir la Chine.
Libre à la Chine du XXe siècle, donc, d'assumer cette dialectique.
La crise du Tibet est tout ce qu'on veut, la Chine peut considérer que c'est un complot de "Océan de Sagesse" qui est le nom du Dalaï Lama "et de sa clique" contre elle, mais peut-être est-elle là, cette crise, pour placer une des puissances majeures du monde devant ses responsabilités. Quand elle a fait acte de candidature pour les JO de Pékin, elle a prétendu à quelque chose qui n'est pas une occasion de propagande. J'ai un trop grand scrupule à son égard, un trop grand respect pour la nation chinoise, pour lui contester sa sincérité.
J'aimerais savoir enfin si les positions exprimées par M. Qu Xing reflètent, aujourd'hui, l'état d'esprit du président Hu Jintao.
Cela importe car ce n'est pas tant la doctrine du parti communiste chinois qui est importante, que la pensée du président chinois et sa propre souplesse. Un parti, un régime, une organisation politique ou administrative, un système, n'ont pas de conscience personnelle, un homme oui. A condition, bien sûr, qu'elle soit alimentée et nourrie correctement ce à quoi les libertés fondamentales de l'expression et de la conscience doivent, normalement, participer.
C'est très bien pour la Chine, et pour nous, de la savoir si performante pour fabriquer des micro-ondes, des ordinateurs individuels, pour se hisser parmi les grandes puissances en matière d'espace et de technologies de pointe, si prompte à faire pousser des villes comme des champignons et d'y bâtir des immeubles qui tutoient le ciel, mais il ne faut pas oublier de "fabriquer" des hommes, et ne pas leur dénier ce qui les fait hommes.
Enfin, je reste convaincu, minoritairement, de l'utilité des Jeux de Pékin et de la participation à la cérémonie officielle.
Ils diront quelque chose de la Chine d'aujourd'hui et il ne me semble pas incongru d'être sur place, d'accepter l'invitation, de la respecter, pour entendre cette vérité profonde de la Chine qu'elle a à dire au monde.
Elle ne peut pas y échapper désormais.
Et nous en prendrons acte, sobrement et avec la sérénité de ceux qui peuvent s'appuyer sur de solides valeurs.
Voilà ce que je crois utile de dire.
13:30 Publié dans Politique | Lien permanent | Commentaires (0) | Envoyer cette note | Tags : Chine, Jeux Olympiques de Pékin


