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27.03.2008
Extension du domaine du pontificat
Comment faut-il interpréter la mission confiée par le président de la République au député Pierre Lelouche «concernant les relations franco-turques»? Le député de Paris, membre de la commission de la Défense nationale et des Forces armées, ancien président de la Délégation Française à l'assemblée parlementaire de l'Otan, avait été, en effet, une des rares voix au sein du parti dirigé alors par Nicolas Sarkozy, à s'être déclaré favorable au principe d'une éventuelle adhésion de la Turquie à l'Union Européenne et d'avoir plaidé dans ce sens, exprimant une position minoritaire mais non négligeable au sein de l'UMP.
Comment faut-il interpréter l'initiative dont il a la charge? Avec prudence et avec intelligence, ce qui a parfois fait défaut, me semble-t-il, dans le débat engagé en 2004, débat passionné sinon passionnel qui véhiculait, peut-être, des arrières-pensées politiciennes, des tentations tribunitiennes, peu compatibles avec le niveau exigé par l'enjeu.
Les Français ont obtenu ce qu'ils voulaient. Ce sont eux qui décideront, le moment venu, par voie référendaire, si la Turquie, au bout du processus qui lui est imposé, est habilitée à siéger dans l'Union Européenne.
C'est une très grande responsabilité.
Si cela doit arriver, ils auront donc l'occasion de se déchirer le moment venu. Peut-être, tel est mon voeu, auront-ils perdu le goût, alors, de le faire...
Il y a un intégrisme catholique comme il y a un intégrisme musulman, comme il y a un intégrisme juif comme il y a un intégrisme athée. On peut l'affirmer sans crainte de se tromper même si les formes qu'ils prennent, chacun, sont évidemment très éloignées les unes des autres.
Il suffit de lire dans les peurs, reflet des haines, ou dans les haines, reflet des peurs, pour s'en convaincre.
En instruisant ce processus, sans préjuger de ce que doit être son issue, l'Europe ne fait rien d'autre que de construire sa vertu et cela, il n'est pas opportun de l'entraver.
Il n'est pas indifférent de voir comment, pour soutenir une opposition irréductible à l'éventuelle possibilité d'adhésion tenue comme "contre nature", les membres de cette communauté de conviction sont appelé à résister, à se conformer à l'esprit des «premiers chrétiens».
J'ai pu lire cette référence à plusieurs reprises. Je l'ai trouvée abusive car les premiers chrétiens ne sont pas les derniers. Pas plus que les premiers juifs. Pas plus que les premiers musulmans. Ils ont, chacun, des successeurs et des héritiers. Ce qu'ils transmettent, de génération en génération, n'est rien moins qu'un héritage de vie.
Voilà des hommes et des femmes, très attachés probablement à leur foi, qui ont bondi de joie aux propos de Benoît XVI à Ratisbonne y décelant une confirmation de leur propre disposition d'esprit. Mais le Saint-Père, à Ratisbonne, a tenté de professer autre chose, inaudible dans un monde où toute nuance se doit d'être bannie.
Il ne fait pas de doute que les fondamentalistes islamiques ont bondi de joie, eux aussi, pour des raisons qui ne sont pas autre chose que diamétralement identiques.
Le reste, tout le reste, leur a paru inutile.
J'observe, de loin, de ma place à la vérité, ces lignes qui bougent aujourd'hui. J'ai d'ailleurs mentionné, il y a quelques jours, l'importance de la déclaration du roi Abdallah d'Arabie Saoudite en faveur du dialogue des trois grandes religions monothéistes comme une heureuse nouvelle et l'idée, faisant son chemin à Rome, d' «églises ouvertes» au Royaume des Séoud, est presque prodigieuse par ce qu'elle induit.
Peut-être ces mouvements réciproques préludent-ils de l'extension du domaine du pontificat, charge morale qui incombe depuis Pierre aux papes. Elle incombe désormais à tous, peut-être même aux Laïcs car une humanité accomplie, ce à quoi, consciemment ou pas, chacun oeuvre, assurera in fine l'unité de tous.
Le pontife est celui qui jette des ponts entre des communautés, entre les rives.
Des deux côtés des rives, longtemps, subsiste une nostalgie, ou une conviction de ce que sont et doivent rester l'une et l'autre des rives.
Permettez-moi de parler, d'un simple trait, du pont: Lui seul connaît la nature exacte de ce qu'il a permis d'enjamber.
Ceci étant, je ne voudrais pas être par trop pontifiant.
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