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30.03.2008

Shape to things to come

Ce matin, toujours dans mon lit, à demi éveillé, j'observais mon esprit comme un objet étrange dont la manifestation toujours me le rend aimable et si cher.

Je me disais qu'ici, sur cet «espace» qu'est internet, il n'y avait aucune église, aucun temple, aucune mosquée, aucune synagogue, et tant de foyers. Je voyais Al-Qaida et tant d'autres résidents y jeter leur base.
Je me disais, mais par quelle étrange mobilité, que mon initiative, ici, a à voir avec cet état.

Et je considérais que c'était chose finalement assez simple d'ériger des cathédrales, des minarets, des dômes, des temples dans l'univers matériel, mais combien ce serait compliqué, invraisemblable, de le réaliser ici.
J'imaginais un architecte, car il m'arrive de collaborer avec certains d'entre eux, professionnellement, susceptible de construire un lieu qui soit tous les lieux ou toutes les dimensions des divers cultes, et se réunirait même au profane.

J'ai, en effet, appris à faire un peu de modélisation architecturale en 3D. Cela m'autorise à dire que j'ai une relation, très modeste, à l'architecture et aux bâtisseurs. Je veux bien les étayer.
C'est pour cela que, avant de sortir le premier pied de mon lit, j'ai pensé à M. Jean Nouvel, éminent représentant de cette fonction.

Je me revoyais, il y a quelques années de cela, attablé à une table du café Beaubourg avec mon frère, près du musée du même nom. J'étais alors désargenté et précaire dans cette grande capitale, mais je ne me privais pas de quelque luxe, comme celui de fréquenter, distinctement, de tels lieux, d'en savourer l'artifice, peut-être, mais aussi, foncièrement, la sûre urbanité.

Mon frère me fit remarquer la présence de Monsieur Jean Nouvel. Discrètement, je me suis retourné. Il était seul, attablé devant un café et un journal.

Je ne lui ai jeté qu'un coup d'oeil et il m'a suffi pour confirmer ce que je savais déjà de lui par son architecture. Ce n'était qu'un homme simple, apparemment doux et courtois. C'était rassurant.

Alors, j'ai continué à parler à mon frère, une conversation anodine certes, mais en parlant de choses diverses, j'essayais – par certain de mes mots, de l'atteindre, lui, plus que je n'aurais pu le faire, en le connaissant ou en étant à sa table.

Ce n'était pas être présomptueux, croyez-le, de ce que j'avais à dire, mais humble de ce que j'ai le sentiment de devoir transmettre.
Il me semble, mais je ne puis le garantir, que une seconde, peut-être, il m'a entendu.
Dans le brouhaha, j'ai glissé quelque chose. Une simple réfraction.
Peut-être, s'est-il dit, un laps du temps, juste avant de penser à autre chose: «Curieux...». Et, à ce moment-là, c'eût été, déjà, si magnifique.
Mais peut-être ne s'est-il rien dit.
Certes, mais je n'ai pas choisi de me perdre en conjectures.
Je ne parlais pas d'architecture. Je parlais du temps, de notre époque.
Mais je conviens qu'il est malaisé d'être aussi clair que l'on voudrait.

J'ai toujours pensé, dès que j'ai eu, en définitive, conscience d'un univers sonore, que rien ne devait tomber dans l'oreille d'un sourd et quand, quand les nuits sont belles et étoilées de préférence, je me tourne vers l'immensité, je me pose devant elle et lui dis en secret: « Tu m'entends ».
Ce pourrait-il que cela soit moins dérisoire que nous le pensons.

Ainsi, jamais, je ne peux dire: « Pauvre de moi ».

Je vous livre sous la forme d'un fichier joint un récit déjà ancien que j'avais intitulé « Forum » et qui date de cette période. Dire que je n'ai pas noté en son sein cet épisode.

J'aurais voulu le polir et je ne le peux pas. Le romancer et je ne le peux pas.

Il dit essentiellement comment je me suis levé, où je suis, qui je suis.

A la vérité, comment le corriger car ses défauts ne sont pas les miens mais ceux d'un monde trop tragique encore, d'une démocratie trop immature encore.
L'avenir, seul, peut corriger.

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