« Jonctions d'Asies | Page d'accueil | Entretien des nations »

20.04.2008

Eléments de conversation

...(...)....


A Catherine Jacob exclusivement - autant que se peut

J'entends ce que vous me dites au sujet de l'inviolabilité du statut juridique du chef de l'Etat, mais ces choses-là se relativisent avec le temps, s'agissant du cas de M. Chirac.
Plus fondamentalement, je voulais vous dire mon point de vue.
C'est que l'ordre a un prix et le désordre un coût. Ce ne sont pas que des notions paradoxales. Ceci étant dans une démocratie, comme dans tout autre type de régime, il est naturel de veiller à ce que le prix de l'ordre ne devienne pas un coût, étant entendu que le désordre ne peut se traduire qu'en coût.
En France, au cours des dernières années, je ne l'ai pas observé.

Vous dire car je vais, chose ardue, suspendre mes interventions ici, que je vous ai trouvée très stimulante et généreuse, et jamais imbue de vos connaissances. J'ignorais qu'il se puisse en deviner autant en une seule personne, mais parmi ceux qui enfreindront l'avertissement placé dans l'en-tête, certains me trouveront là ingénu. Parfois, ce n'est pas compromettant pour celui qui l'est.
Je m'efforce de faire et dire de mon mieux...

Nietszche : ayant commis une confusion entre lui et Goethe, j'ai profité d'internet pour lire un peu plus sur lui.
Je pense que Wagner a raison sur Nietszche, mais ça n'engage pour moi.
Il faut probablement désormais tout préciser.
Le règne du surhomme, particulièrement, ne vaudrait à mes yeux que si chacun devenait surhomme et le fait même que chacun pût devenir sur homme n'implique pas une surhumanité mais toujours la même humanité.
Quant à renverser les institutions, elles sont supérieures aux hommes. Supérieures tant qu'elles ne sont pas hermétiques.
Ce ne sont que des réflexions liminaires.

J'ai lu, au cours de vos interventions, que vous aussi aviez été profondément affectée par ce qui s'est produit le 11 septembre 2001. Je l'ai été très profondément et l'ai ressenti comme une attaque personnelle.
Le reste, se relativise par rapport à cela.
Mais un instant, lorsque le projet architectural (5 tours) sur "Ground zero" a été entériné, j'ai régénéré la seule formule de Nietszche que j'ai en mémoire pour en faire un épitaphe aux plus de 3000 morts qui ont été fauchés là : "Ce qui ne nous a jamais tués nous a rendu invincibles".
Je sais, je ne doute de pas grand-chose.

Enfin, pour conclure cette intervention, quelques mots sur mon grand-père maternel. Républicain espagnol chassé par le franquisme jusqu'à une petite ville du sud de la France où il a fini ses jours.
Cet homme qui, s'il avait été comme ma mère une femme, aurait pu entendre sur lui qu'il parlait comme une vache espagnole (il écrivait de la même manière), cet homme, vigneron, un jour que nous discutions et que je lui disais, avec ingénuité, le fait que je venais d'apprendre que la lumière allait à 300000KM/s m'a répliqué, avec assurance, "quelque chose va plus vite: la pensée. Pense que tu es quelque part, sur une étoile et tu y es". Il n'avait même pas lu Saint-Ex et son petit prince.
Il m'avait dit autre chose : un jour qu'il décortiquait un grain de raisin et me montrait comme il était fichu. "Il est rare qu'un pépin dise de la chair qui l'entoure qu'elle est hors sujet.".
D'accord, celle-là je l'invente. Plus pour vous et les récriminations dont vous faites l'objet que pour moi pour la raison sus-indiquée.
Cet homme, Ràmon, était naïf.
Il espérait vivre jusqu'à l'an 2000.
Sans doute se figurait-il que quelque chose allait changer comme la répartition des eaux au seuil de Naurouze.
Il est décédé avant d'atteindre l'âge qui lui aurait permis de voir cela.
Mais je lui ai fait une promesse, pas sur son lit de mort, le jour de ses funérailles lorsque j'ai demandé pendant l'office la parole et - c'était vraiment un moment solennel pour moi - j'ai déclaré devant ma famille que l'an 2000, il le verrait par mes yeux puisqu'ils étaient aussi les siens.
Il a dû être déçu de voir le monde altéré comme il l'a été à la date que j'ai déjà citée.

Voilà ce que je tenais à vous dire. Je me suis levé après avoir essayé de m'endormir.
Est-ce que c'est de la psychanalyse de bas étage ? Je ne sais pas. C'est sûr que ça démarre au sol, mais je ne veux pas savoir jusqu'à quel étage ça monte.
Je reviendrai lire notre hôte.
Je trouve que toute confrontation est enrichissante, y compris celle qu'on ne comprend pas. Peut-être même, surtout, celle qu'on ne comprend pas.
Il ne me viendrait pas à l'esprit de récuser quelqu'un comme vous et moi semblons l'être par, peut-être, une minorité.
Je ne vous souhaite pas bon vent tant rien ne semble pouvoir vous en priver.

Rédigé par: daniel ciccia | le 13 avril 2008 à 01:17

...(...)...