04.06.2008
Aux totalitaire réunis
L'annulation du mariage entre deux personnes à Lille en raison du mensonge de l'épouse sur sa virginité qui était une condition préalable pour l'époux a - il allait s'y attendre - dégénéré en quelques jours au point que le trouble causé a incité le parquet, à la demande du garde des Sceaux, a interjeter appel de la décision.
C'est suffisamment remarquable pour être signalé. Dans un trop rare élan, tous rejoignent ce front spontané de la libération de la femme, en exigeant que l'article 180 incriminé soit amendé de sorte de voir sortir de son champ d'application la virginité en tant que caractère essentiel dans l'établissement d'un mariage.
Je comprends la tentation qu'il y a à ce que nous puissions tous nous réjouir, même si les deux intéressés avaient consenti à l'annulation du mariage, d'une nouvelle abolition.
Il est à craindre pourtant que cela aboutisse à une conclusion assez totalitaire.
Il serait judicieux d'en mesurer l'importance.
Car à la faveur de ce détournement politico-médiatique d'un banal jugement civil, une pression s'exerce sur le juge pour l'amener à établir que la virginité n'a pas lieu d'exister puisqu'elle n'a et ne doit avoir aucune valeur, y compris dans le mariage.
Dans la mesure où les carrières de pythies comme les vocations à la Jeanne d'Arc - si discriminantes sur la question virginale - sont passées de mode, il ne reste, très très marginalement, qu'en matière de conduite prénuptiale que la virginité peut représenter, le cas échéant, une "valeur".
Si elle n'en a pas là, elle n'en a nulle part.
Comment la dénier à celles et ceux qui adoptent ou pourraient adopter ce choix, par adhésion personnelle à une culture spécifique ou - qui peut dire que cela n'arrivera pas - à une contre-culture qui peut toujours naître en réaction au merchandising sexuel qui régit assez fortement notre culture moderne.
Il y aurait une dimension totalitaire à légiférer pour dire, à la place des individus concernés, dans la sphère qui est la leur, que la virginité est au mieux une hypocrisie, au pire une fiction et, qu'en tout état de cause, même s'ils jugent cet élément déterminant dans l'engagement pris l'un envers l'autre, la loi leur impose de ne pas y prêter importance, ce même s'ils sont sciemment trompés.
Est-ce que c'est à la loi d'imposer cela, dans une société, faut-il le rappeler, qui est caractérisée par un poussée forte vers l'affranchissement sexuel dès l'adolescence et la "désinhibition" totale?
On est en train, par ce type d'emballement, de transformer la laïcité en machine à produire de l'aberration et de l'arrogance.
Ce, en s'éloignant de ce qui fait la vertu de la loi: sa neutralité aux humeurs et son élévation.
10:25 Publié dans Politique | Lien permanent | Commentaires (0) | Envoyer cette note | Tags : Virginité, Loi
28.05.2008
"Oui" et "Non"
Dire "Non" produit plus d'impact que dire "Oui". Ceci est un fait.
Dans la plupart des circonstances, y compris à l'échelle d'une conversation familiale, l'attention se porte davantage sur celui qui objecte un raisonnement que sur celui qui le soutient. C'est dans la nature humaine et, de ce fait, il n'est pas aberrant qu'une Constitution incorpore, pour le prévenir, une forme de régulation.
En termes politiques, n'en déplaise aux théories partisanes du socialiste Arnaud Montebourg, promoteur notoire d'une VIe République, cela donne, de surcroît en période de grogne sociale, une prime substantielle à l'opposition qui peut accommoder son discours à toutes sortes de sauces et ne s'en prive d'ailleurs que rarement.
Le "Non" au référendum sur la Constitution européenne, en mai 2005, le prouve, puisqu'il a été acquis en dépit de la «monopolisation médiatique» du «Oui».
Le phénomène serait intéressant à décortiquer.
L'égalité – cette obsession si française – en terme de réorganisation des trois tiers de temps de parole cumulés -opposition, majorité, gouvernement- conduirait inéluctablement à l'inégalité du rapport de force et privilégierait l'opposition.
Sans doute le statut singulier accordé par la Constitution à la parole du chef de l'Etat et, plus largement à l'exécutif, résulte-t-il de la prise en compte de cette réalité sociale et psychologique pour «assurer» - comme en cordée d'alpinisme - l'exécutif.
On ne peut pas blâmer le législateur fondamental d'avoir eu ce souci, même si par ailleurs il peut sembler légitimement paradoxal de privilégier l'exécutif pour assurer l'équilibre institutionnel.
Mais cela participe, au delà des apparences, à l'équilibrage des institutions.
Faut-il tenir une telle précaution pour abusive parce qu'on serait entré dans une démocratie d'opinion, obnubilée, de plus en plus, par des enjeux de représentation et d'exaltation médiatiques?
Ce serait faire preuve d'aveuglement.
La parole présidentielle, en tout état de cause, ne peut pas être assimilée à la majorité ni à l'opposition, car il est possible de voir le président de la République ou le gouvernement aller à l'encontre de tout ou partie de sa majorité parlementaire.
C'est même ce qu'on peut attendre du premier personnage de l'Etat en certaines circonstances?
L'ancien président Jacques Chirac n'a-t-il pas dû, en 2004, faire face, sur la question turque, à l'UMP?
Où était-il alors?
Dans la majorité? Dans l'opposition?
Ou dans son rôle et ses attributions?
Il est curieux et, à dire vrai, symptomatique, que, de toutes les "exceptions françaises" dont nous nous enorgueillons, celle qui nous a doté d'une Constitution aussi clairvoyante et robuste que la Ve République, soit celle, en définitive, à laquelle nous sommes le plus indifférent voire le plus hostile.
Peut-être faudrait-il y voir quelque ingratitude?
Beaucoup de pays seraient pourtant différents s'ils avaient bénéficié ou bénéficiaient d'une telle "intelligence" des institutions.
Nous, en tant que peuple, nous nous croyons désormais affranchis d'une telle sécurité.
14:20 Publié dans Politique | Lien permanent | Commentaires (0) | Envoyer cette note | Tags : Ve République, Constitution, équilibre des institutions
L'échec de la réforme institutionnelle ne sera pas imputable à Nicolas Sarkozy
Je n'ai jamais été à proprement parler un farouche partisan de la modification de la Constitution de la Ve République, mais j'aurais pu m'y résigner. Certains de ses aspects sont plutôt positifs, ou pourraient l'être, et, s'ils devaient améliorer le fonctionnement de nos institutions, je me serais rangé à cette évolution.
Mais, il faut admettre que le spectacle donné, ne serait-ce qu'en première lecture à l'assemblée nationale, par le Parti socialiste, n'incite pas, sur ce plan, à l'optimisme tant les arrière-pensées politiciennes occupent certains – et non des moindres - de nos représentants.
Il faut se rappeler qu'une Constitution, pour quelque pays que ce soit, représente d'abord un garde-fou. Imposer à la démocratie, parlementaire et extra-parlementaire, une discipline et une cohérence, c'est la préserver. Cela, afin d'éviter le règne si coûteux du n'importe quoi auquel il est si facile et rapide de se précipiter lorsque les circonstances nationales ou internationales s'y prêtent.
Mais qu'est-ce que le parlement de la Nation nous donne à voir aujourd'hui sur une question aussi essentielle pour l'équilibre constitutionnel sinon un jeu hybride de poker menteur et de bataille de tranchée?
Si la réforme des Institutions voulue par le président de la République devait échouer, ce ne serait pas une défaite du président de la République qui doit, objectivement, réunir pour faire adopter de telles modifications bien au delà de son camp puisque les 3/5e du congrès réunis à Versailles sont requis mais celle de l'opposition qui entretient délibérément une épreuve de force politicienne.
Elle le fait, ce qui n'est pas le moindre de ses paradoxes, sur un sujet sur lequel elle revendique depuis des années et qui réclame, pour aboutir, plus de vertu démocratique que le vice patent qui est le sien.
On ne peut pas faire payer d'un prix exorbitant un accord qui suppose avant tout, aux antipodes de l'esprit de surenchère, celui de la conciliation, et qui fixe la valeur que l'on accorde mutuellement à notre dignité nationale.
La gauche aura réalisé, ici, par ses calculs et sa démagogie une démonstration par l'absurde des dangers d'altérer la Constitution de notre pays.
Certains jeux, malsains, la déprécient.
11:05 Publié dans Politique | Lien permanent | Commentaires (0) | Envoyer cette note | Tags : Institutions, Ve République


