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09.05.2008

La part du Hezbollah

Le Liban a cessé de s'appartenir à lui-même depuis de trop nombreuses années. Il est depuis plusieurs dizaines d'années au centre ou la périphérie d'un jeu d'influences qui semble inépuisable, mais qu'il faudra pourtant au peuple libanais épuiser.
Est-ce à dire que la nation est inexistante et n'a jamais existé et que ces guerres civiles successives qu'il faut déplorer sanctionnent le fait que ce pays est une « construction », imposée par les Occidentaux, donc vouée à disparaître ?
La société libanaise a pourtant existé et était près de trouver un équilibre. De nombreux Libanais, quelle que soit leur confession, leur identité, aspirent à vivre ensemble, en toute indépendance.
C'était, il me semble, l'image forte qu'il y avait retenir, car toutes ne mentent pas, de ce 14 mars 2005 durant lequel le peuple et la jeunesse libanaise, se rendirent sur une place célèbre de Beyrouth pour engager ce que l'on appelait « la Révolution du Cèdre ».
Cet élan vital, national, n'était pas un mirage.
Les élections qui ont suivi non plus.
Elles ont été marquées par une victoire des anti-syriens, puisque le clivage est là. Associés dans la coalition du 14 mars réunie autour du Courant du Futur de Saad Hariri.
Les résultats de ces élections étaient nets : 56,7% pour cette coalition, 27,4% pour le Bloc de la Résistance et du Développement (Hezbollah + Amal + Parti social nationaliste syrien) et 16,7% pour le Courant Patriotique Libre du général Michel Aoun, qui est entré alors dans une alliance atypique avec les pro-Syriens. Normalement, la volonté du peuple qui s'est exprimée là aurait dû se traduire par la renaissance et la refondation du Liban.
Il faut voir et admettre la vérité : ce Liban « neuf » a des ennemis irréductibles. A quoi le mesure-t-on ? Peut-être au nombre de crimes et assassinats privant le mouvement qui était né le 14 mars 2005 de ses voix, de ses consciences, de ses figures historiques, ce dans les médias, au parlement, parmi les intellectuels, les magistrats.

L'entreprise de démolition a porté ses fruits. Le Liban est passé du rêve au cauchemar. Dans ce processus, la guerre déclenchée en 2006 par le Hezbollah est un "moment" déterminant, mais elle ne visait pas Israël. Elle visait le gouvernement légitime en jouant sur la capacité de résistance du mouvement Hezbollah comme un agrégateur.
La provocation militaire du Hezbollah à la frontière avec Israël avait une visée politique intérieure, puisqu'elle a réussi d'abord à entamer l'autorité du gouvernement, à le placer dans une situation intenable et à mettre le rêve d'indépendance sous l'eau au nom d'une posture « résistante », très arrangeante, à l'emprise sioniste.
Tsahal y a répondu, tête baissée, au delà de toute espérance en donnant au "parti de Dieu" une aura qui est portant surfaite.
Que reste-t-il aujourd'hui de ce Liban du 14 mars 2005 ? Plus encore, qui a déchiqueté la réalité naissante de ce Liban libre et prospère pour le rendre aux combats de rues, à ses vieux antagonismes et à ses instrumentalisations ?
On ignore quelle est l'oeuvre de Dieu, mais on connaît ici ce qu'est la part du parti qui se réclame de lui.
Reste comme une persistance "rétinienne", en dépit du viol répété de la souveraineté libanaise et des oukazes du Hezbollah: celle d'une Révolution du Cèdre qui ne doit pas mourir.