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15.05.2008
Commission de vigilance des dérives sectaires
La Constitution de la Ve République est inépuisable de ressources et rend de grands services à la Nation. Comment imaginer, en effet, en dépit des manifestations de joie juvénile qu'a engendré le coup de flibuste réalisé par le député Chassaigne et l'opposition sur le développement naturel du débat parlementaire, que le projet de loi eut pu être enterré ? Quelle image de notre pays, à quelques semaines de la présidence française, sinon celle d'un dévoiement total. Car ce débat sur les OGM est devenu un fourre-tout, une usine à fantasmes fonctionnant à plein régime et s'alimentant, comme tant de moulins à vent, de l'air brassé.
L'épisode auquel on vient d'assister est pourtant absolument indigne de l'enjeu que représentent les OGM et la nécessité qu'il y a - et qui ne fera que s'intensifier - de répondre aux besoins alimentaires croissants et aux défis, notamment liés au changement climatique - que cela induit. Refuser de considérer cet enjeu - au delà de ce qu'il représente en terme de séduction politicienne - est une faute qui, dieu merci, est rattrapée par la Constitution.
J'écoutais, ce matin, Claude Allègre. Cet homme est indiscutablement un homme d'Etat. Il évoquait une variété de maïs, issue des OGM, qui nécessite un quart de besoin en eau de moins qu'une variété classique. Mais il est évident, que même en France, le problème de l'eau ne se pose pas puisque l'on peut indifféremment s'abreuver de certitudes idéologiques.
Combien d'entre ces apôtres du "génétiquement pur", hostiles par principe à une altération de l'agriculture, savent que la rouille du blé – désignée sous le nom de « Ug99 » - est en train de bouleverser au Moyen-Orient et en Afrique, la capacité de production en faisant perdre 30 % du potentiel de récolte et que ce parasite s'étend désormais : « Les pays à l'est de l'Iran tels l'Afghanistan, l'Inde, le Pakistan, le Turkménistan, l'Ouzbékistan et le Kazakhstan, tous grands producteurs de blé, sont les plus menacés par le parasite et doivent être en état d'alerte », a mis en garde la FAO dans un communiqué publié en mars dernier.
Faut-il s'exposer à ces risques ? Accepter leur incidence sur les cours de matières premières vivrières ? Accepter la fatalité naturelle, dans un environnement climatique déréglé, qui ne sera pas sans incidence sur la résistance des cultures à leurs prédateurs au nom d'une religion du bio érigée en secte. Mais ce qui se passe sur ce sujet est désormais, je le crains, du ressort de la commission de vigilance sur les dérives sectaires...
Ha, autre marotte bien française, la prétention d'avoir raison contre tous. Seule l'Europe, sous l'influence de la France, et à l'exception de l'Espagne, s'oppose aussi farouchement aux cultures OGM.
La France veut se placer sous un cloche. Pourquoi pas? On a bien mis le mètre-étalon sous pareille cloche. Je crains pourtant que ce que nous voulons étalonner, ici, est l'inconséquence nationale.
Elle est certes patente et visible dans beaucoup d'autres domaines.
Mais, sur ce sujet, elle atteint une forme de quintessence.
Il ne suffira pas d'édifier des gratte-ciels à Paris pour en faire un "capitale-monde".
12:05 Publié dans Politique | Lien permanent | Commentaires (0) | Envoyer cette note | Tags : OGM, faim dans le monde, agriculture, UG99


