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17.05.2008

Réserver les agro-carburants à l'agriculture

Il est difficile pour tout compatriote de ne pas voir les difficultés, voire la détresse, des pêcheurs, qui supportent des contraintes lourdes en matière de quotas de pèche, et sont tributaires d'aléas importants pour rentabiliser l'équation "l'énergie de déplacement consommée"/ fruit de leur pêche/cours à la criée". Cette situation critique déséquilibre la filière de la pêche française et met en péril, gravement, l'équilibre des exploitations, leur survie même.
C'est à cette aune, qu'il me semble opportun, pour l'Etat français, en relation et en coordination avec l'Union européenne, de jeter les bases d'un schéma directeur ambitieux en matière d'approvisionnement d'agro-carburants représentant une perspective de stabilité pour les professions de l'agriculture et de la pêche.
Si, comme un certain nombre de rapports, cette filière n'est pas apte, compte tenu de son incidence sur les cultures vivrières, à se développer au delà d'un seuil d'équilibre qui est peut-être déjà atteint, ce compte tenu de la crise alimentaire sévissant partout dans le monde, alors la situation impose peut-être de passer d'un choix général à un choix spécifique.
Celui-ci consisterait à réserver l'usage des agro-carburants aux métiers de l'agriculture et de la pêche plutôt que de les fondre dans un usage global d'ores et déjà controversé.
J'ai vu, hier soir, dans l'émission "Thalassa" , la manière dont un petit Etat avait su réaliser son indépendance énergétique à partir d'agro-carburants dérivés des cocotiers.

Evidemment, cet exemple ne saurait constituer une solution à la dimension de notre pays, et à fortiori de notre continent. Par contre, le fait même qu'une flotte ou que les outils de travail des agriculteurs puissent fonctionner - avec une adaptation particulière de la motorisation au flex-fioul - essentiellement à partir de ces substituts aux hydro-carbures, montre qu'une filière destinée à satisfaire le besoin de ces professions pourraient être mise en place et « sanctuarisée », d'une certaine manière, dans l'attente de solutions technologiques futures.
La mise en place d'un tel schéma assurerait, de surcroit, aux agriculteurs une certaine maîtrise de leur destin «énergétique».

Cette solution pourrait en outre garantir aux professionnels, qui y sont si sensibles, une stabilité des cours, puisque, à moins que je me trompe, le cours des agro-carburants n'est pas indexé sur le cours du brut (*). Cela formerait une assurance particulière pour se prémunir, à l'avenir, des incertitudes et de l'hystérie potentielle des cours pétroliers.
Compte tenu de l'enjeu, les citoyens pourraient être sensibles à la cohérence que représenterait le fait que la filière de agro-carburant serve en priorité les besoins en énergie « de mobilité » d'un secteur qui a pour mission d'assurer à la fois la sécurité et la variété de l'alimentation.
Il pourrait y avoir un relatif consensus politique là dessus, avec une période de latence permettant aux personnes qui ont investi dans des véhicules « flex-fioul » d'amortir leur achat.

(*) Il est difficile d'avoir un vrai bilan sur la compétitivité - hors fiscalité - des agro-carburants/fioul mais, dans un contexte d'envolée du prix du brut qui représente une tendance peu réversible, l'investissement dans cette filière peut-être considéré comme un bon choix.

Liberté de la presse, Etat de droit

Quelques éléments du débat sur la protection des sources:

« Chien de garde de la démocratie »:


Le rapporteur, Etienne Blanc, a présenté les dispositions du projet de loi, qui tente de répondre à ces limites. Il a indiqué que l’article 1er consacre au niveau législatif, dans la grande loi de protection de la liberté de la presse qu’est la loi du 29 juillet 1881, le principe de protection du secret des sources des journalistes. Ce même article précise les conditions dans lesquelles il pourra être porté atteinte à ce principe : reprenant une terminologie chère à la Cour de Strasbourg, il dispose qu’il « ne peut être porté atteinte à ce secret que lorsqu’un intérêt impérieux l’impose ». Il précise qu’en matière de procédure pénale, il ne peut y être porté atteinte « qu’à titre exceptionnel, si la nature et la particulière gravité du crime ou du délit sur lequel (…) porte (la procédure) ainsi que les nécessités des investigations le justifient » ... Sans ce principe, la presse pourrait « être moins à même de jouer son rôle indispensable de chien de garde » de la démocratie. Dès lors, les journalistes doivent être fondés à ne pas révéler leurs sources à l’autorité judiciaire, sauf à ce que cette atteinte soit justifiée par un « impératif prépondérant d’intérêt public ».».(...)


"Mère des Libertés":

M. Christian Vanneste a souligné que le projet de loi ne vise pas à protéger une profession mais un principe fondamental de notre démocratie, à savoir la protection des sources des journalistes. Il a considéré que les journalistes ne sont en effet que l’un des moyens de la liberté d’expression et que s’ils jouent le rôle de « chiens de garde de la démocratie », ils ne sont pas pour autant la mère des libertés, contrairement au Parlement.
(...) Il a estimé, en outre, qu’il convenait de ne pas faire d’angélisme dans la mesure où les journalistes peuvent aussi ne pas être les mieux placés pour défendre l’intérêt général (...). Il s’est enfin félicité de l’esprit d’équilibre du texte, complété par un amendement du rapporteur définissant les limites de la protection des sources en retenant non plus l’« intérêt impérieux » mais l’« impératif prépondérant d’intérêt public », notion directement issue de la jurisprudence de la Cour européenne des droits de l’homme, au motif que l’intérêt général, c’est-à-dire le bien commun, doit primer sur les intérêts particuliers.

« Dépêche du Midi »:
Mme Brigitte Barèges a déclaré d’autant plus souscrire à l’idée d’un débat sur la liberté de la presse qu’elle a indiqué n’avoir pas été épargnée, lors des dernières échéances électorales, par la Dépêche du Midi dont le propriétaire n’est autre que le président du conseil général du Tarn-et-Garonne, par ailleurs sénateur du département, situation qu’elle a qualifiée d’anormale.

« Journaliste d'investigation »:
Relevant le caractère particulièrement important du présent projet de loi au regard du lien nécessaire qui lie protection des sources, liberté de la presse, liberté d’expression et société démocratique, Mme Aurélie Filippetti, a jugé indispensable de renforcer la confiance entre les journalistes, la police, la justice et les citoyens, confiance mise à mal par la multiplication récente des affaires et des tensions mettant en cause des journalistes, en particulier des journalistes d’investigation, sur le fondement le plus souvent de recel de violation du secret professionnel ou de l’instruction.

...

Article additionnel après l’article 3 (article 100-5 du code de procédure pénale) : Application du principe de protection du secret des sources en matière d’écoutes judiciaires :
La Commission a adopté un amendement du rapporteur ayant pour objet d’étendre le champ de la protection des sources du journaliste au domaine des correspondances avec ce journaliste, ce qui permet notamment d’interdire les interceptions de communications (« écoutes »).
Après l’article 3 :
Après que le rapporteur eut expliqué que l’amendement précédemment adopté satisfaisait un amendement de Mme Aurélie Filippetti ayant pour objet de protéger les journalistes en matière d’interceptions téléphoniques, ce dernier a été retiré par son auteur.
Mme Aurélie Filippetti a ensuite présenté un amendement visant à exonérer de toute incrimination le fait pour un journaliste de détenir des sources d’information protégées.
Le rapporteur s’étant déclaré défavorable à un amendement qui créerait un droit particulier des journalistes et ne serait pas sans soulever des problèmes de constitutionnalité, la Commission l’a rejeté.

....


Quant à la gloire qu'il y aurait à se prévaloir de "sortir" des affaires, d'en anticiper la publicité, on peut se demander - ce que je fais - si elle n'est pas bâtie, outre les mécanismes opaques qui permettent à tel ou tel journaliste d'obtenir des "révélations" ou des dossiers, sur un postulat curieux: l'idée que la justice de la République, voire d'autres institutions, étoufferait des affaires et manquerait, par conséquent, à son devoir et à sa dignité.
Jusqu'à quel point la légitimité médiatique - et en vertu de quoi - est-elle en droit, moralement, de transcender la légitimité et l'ordonnancement juridiques en déniant à l'Etat de droit l'exercice de tout contrôle ?
La loi sur la protection des sources fournit une sécurité juridique qui n'existait pas. Elle ne va pas, cependant, jusqu'à établir une impunité et une irresponsabilité absolues.
Dans ce cas, elle consacrerait, de facto, la liberté de la presse au dessus de la loi, de la Constitution, de l'Etat ou de la raison d'Etat - faut-il nier que certaines informations impliquent cette gravité - s'il s'agissait d'affaires mettant en jeu, par exemple, la sécurité nationale à court ou moyen-terme.
La presse participe à la démocratie en assurant la pluralité de l'expression, la confrontation des idées et des opinions et la transmission de l'information.
C'est très bien. Elle doit en avoir les moyens, la liberté d'exercice.
Elle n'en est pas la clé de voute, ni la gardienne.
Juste une condition parmi d'autres.

....

Enfin, sans que ces quelques éléments épuisent de quelque manière que ce soit le débat, je verse ici ces quelques lignes tirées de l'excellent éditorial de Christophe Barbier, rédacteur en chef de "L'Express", publié le 14 mai dernier, et intitulé "La presse et le président".

"En effet, il n'y a pas d'opposition en France aujourd'hui: l'interminable crépuscule du Front national et l'aurore poussive du centre éclairent la laborieuse convalescence du socialisme. Il n'y a pas, non plus, de majorité: les députés UMP sont tour à tour pusillanimes et rebelles, mais conservateurs avec une belle constance. Ainsi, la droite étouffe en ce moment la réforme des institutions, modeste mais salutaire, que la gauche étrangle de son côté! A cette conjuration des conformistes s'ajoute la désertion des clercs. Pour gonfler les voiles de l'audace, le souffle de la pensée est nécessaire. Or la France est dans un entre-deux intellectuel, où les penseurs du xxie siècle n'ont pas encore remplacé les exégètes du xxe. Et la presse, comme elle se targue de légiférer à la place du législateur, se pique donc de philosopher à la place des philosophes. La nature a horreur du vide, et l'éditorialiste, factotum des temps modernes, est toujours volontaire pour parler au nom des absents...

Les médias, et ceux qui les font, ne sont pas au-dessus des critiques. Après tant de corporations, des politiques aux juges, en passant par les médecins et les hauts fonctionnaires, les journalistes ont peut-être revêtu le maillot jaune de l'arrogance: puisque la société d'aujourd'hui est, dit-on, celle «de l'information», les médias se croient plus importants qu'ils ne sont vraiment et cultivent une impunité excessive. Avant même d'exposer les faits, ils les commentent; avant même d'expliquer les réformes, ils les critiquent. Alors qu'il leur revient d'exposer en «haut» ce que le «bas» ressent et de révéler au «bas» ce que le «haut» prépare, les médias, trop souvent, disent aux uns ce qu'ils devraient faire et aux autres ce qu'ils doivent penser. Quand les médias croient être un pouvoir, ils se leurrent; quand ils se comportent comme tel, ils fautent."

15.05.2008

The invasion of giant tomatoes

Il est temps - le Festival de Cannes ayant été lancé et affichant une ambition politique inouïe - de rendre service à l'industrie cinématographique européenne et de lui fournir toute une veine de superproductions à venir.
Hollywood n'a-t-il pas traduit, un temps, l'ensemble des angoisses américaines face aux rouges, en transférant cette peur dans un registre de science-fiction d'intrusions et d'invasions extra-terrestres, la Guerre des Mondes, etc.
Cette corde est élimée, mais nous avons la chance, désormais, de pouvoir développer des scénarios authentiquement originaux à partir des OGM. Je songe déjà à un scénario pour l'invasion des tomates géantes. Tout y serait, la multi-nationale capitaliste dévoyée en contre-champ, la première victime et l'ensemble des phobies (insectes et végétaux), le héros anti-conformiste, secrètement militant.
Cela débuterait ,disons, en introduction par « Il était une fois... ». Ha non , pardon, ce n'est pas ça... Le script débuterait par une scène ordinaire, dans un jardin collectif, en bordure d'un tranquille ruisseau, dans une ville de province banale. Le lieu, par excellence, où jamais rien se passe (comme dans « Les Dents de la Mer »).
Un brave retraité cultivant son potager aurait fait devant ses amis une extraordinaire découverte qu'il s'empresse de partager. Ses tomates se révéleraient bien plus grosses que celles qu'il obtient ordinairement. Il est sûr, l'inconscient, de pouvoir épater toutes ses connaissances en obtenant auprès du canard du coin la publication, dans la rubrique de l'extraordinaire, de cette image.
Là, le brave homme, Disons Roger ou plutôt Roger Disons, tout à sa fierté d'avoir eu main si verte, demande à ses amis de le prendre en photo devant les grappes de tomates, d'un rouge éclatant, et on le devine déjà, traître (le rouge traître est une couleur à part entière). La scène est anodine, malgré le vent, la plante ne frémit pas et semble figée comme un fauve à l'approche de sa proie.
Mais le spectateur, averti par la musique qui vient incidemment de se lancer, devine que le drame est proche et qu'il sera quasi-insoutenable. Il est, hélas, le seul à en être conscient et entre l'écran et lui, il y a un mur infranchissable qui ne permet pas, à l'inverse de ce qui se passe dans « La Rose pourpre du Caire », d'interpeller l'individu sur le danger qui le menace et de lui venir en aide.
Car les tomates, tout à coup, dévorent l'individu. C'est un carnage. Pire, une vengeance de la nature en colère...
Le drame cause un traumatisme considérable dans la communauté formée par la population de cette ville paisible. Les rumeurs vont bon train.
L'affaire, bien sûr, est étouffée. Les médias parlent, compte tenu de l'état de la victime, d'un accident exceptionnel, causé par un motoculteur fou. Des chercheurs, dépêchés sur place, protégés des masques à gaz et des tenues de protection ABN, ont gelé le périmètre et prétendent que la tenue qu'ils portent leur est imposée par la directive 225- alinéa 3 de la Commission Européenne sur les accidents en milieu potager.
La plupart des gens le croient.
On s'aperçoit alors, que le jardin a subi une contamination trans-génétique inexplicable et que ce n'est que le prélude à l'extinction de masse des humains qui, comme le dit la journaliste tenace, engagée auprès d'une organisation non gouvernementale, qui réalise la contre-enquête et révèlera le pot-aux-roses, ont «voulu jouer les apprentis-sorciers».
En effet, les tomatiers ne sont pas seuls à avoir subi une bien étrange mutation. Non seulement un gène inconnu a développé au delà de toute raison leur taille moyenne, mais, certains caractères jusqu'à présents réservés aux plantes dites carnivores, ont migré vers les plantes jusque là considérées inoffensives.
Les humains parviendront-ils à stopper l'invasion des tomates géantes alors que partout, telle une génération spontanée, l'espèce prolifère, rendue endurante aux herbicides, insecticides, au feu, à l'eau, et même à la neige carbonique ?
Je ne déflorerai pas davantage cette maGnifique et palpitante histoire.

Laissez-moi conclure cette séquence cinématographique en faisant amende honorable : un scénario aussi manichéen que celui que j'ai énoncé n'aurait aucune chance de connaître, même au titre de fiction, quelque succès que ce soit.
Nous sommes, en effet, au coeur d'une patrie cartésienne.

17:55 Publié dans Politique | Lien permanent | Commentaires (0) | Envoyer cette note | Tags : OGM

"Régime artificiel"

« Les peuples de la région haïssent ce régime artificiel criminel et si la moindre occasion leur est fournie, ils déracineront ce régime », a déclaré hier le président Mahmoud Ahmadinejad en faisant référence à Israël. « Elles (les grandes puissances) doivent savoir que le régime sioniste agonise », a ajouté M. Ahmadinejad lors d’un discours à Gorgan dans la province du Golestan, dans le nord d’Iran, retransmis par la télévision d’État. À propos des célébrations sur la création de l’État hébreu, il a déclaré que « cette fête d’anniversaire est celle d’un mort ».

M. Ahmadinejad attise donc, toujours, la haine contre Israël croyant tenir là le puissant levier pour coaguler un partie des nations arabes en vertu d'une mythologie de la libération qui possède dans le Hamas et le Hezbollah, qui s'est arrogé le titre de champion de la cause, en 2006, en décrétant sa "divine victoire" , de scrupuleux relais.
Mais M. Ahmadinejad fait fi de quelque chose de plus puissant que la rhétorique employée, usée jusqu'à la moelle.
Il fait fi de l'Histoire et de sa propre force, et cela constitue une erreur grossière de la part d'une aussi grande nation que la nation découlant de la Perse.
En vertu de cela, le régime artificiel est celui très probablement, qui use lui-même, au point de se confondre avec, des artifices verbaux.

L'histoire s'accomplit par les nations, libres, dignes, et l'intelligence des hommes, plus que par des nations aveuglées et asservies, et la haine de hommes.
J'ai, un jour, posé sur le site de la Maison Blanche, au moment où l'armée américaine s'apprêtait à éradiquer l'insurrection armée à Falludja, en 2004, il me semble, une intervention dans laquelle je souhaitais attirer l'attention de M. Bush sur la nécessité d'éviter d'exercer une violence aveugle sur Falludja.
Sans doute mon intervention, en Français qui plus est, a-t-elle fini en classement vertical, mais, en conscience, je l'ai posée et adressée.
Ainsi, j'ai fait ce que j'avais à faire.

Je cite cet épisode car, connaissant la ferveur religieuse du président des Etats-Unis, j'ai tenu alors à poser, en préambule de mon intervention que, s'il fallait en chercher et en trouver un, "l'histoire était le lien le plus direct des hommes à Dieu". J'ignore encore, je l'avoue, comment, au gré d'une réflexion, ni par quelle inspiration, une telle phrase peut subitement s'imposer à l'esprit, mais c'est ainsi qu'elle s'est formée et je l'ai trouvée, finalement, juste.
Cela reste ma conviction et c'est - la construction de l'histoire, pas ma conviction - la chose la plus sûre qui soit, permettant de concevoir, tout au long des siècle, et pour ceux à venir, l'onction de l'Histoire sur la géographie.
La haine n'a jamais fait un ciment sûr pour édifier quoi que ce soit, particulièrement des fondations.
C'est, peut-être, ce en quoi, finalement, la posture « résistante » du Hezbollah ne saurait être suffisante pour incarner et nourrir la nation libanaise.

Commission de vigilance des dérives sectaires

La Constitution de la Ve République est inépuisable de ressources et rend de grands services à la Nation. Comment imaginer, en effet, en dépit des manifestations de joie juvénile qu'a engendré le coup de flibuste réalisé par le député Chassaigne et l'opposition sur le développement naturel du débat parlementaire, que le projet de loi eut pu être enterré ? Quelle image de notre pays, à quelques semaines de la présidence française, sinon celle d'un dévoiement total. Car ce débat sur les OGM est devenu un fourre-tout, une usine à fantasmes fonctionnant à plein régime et s'alimentant, comme tant de moulins à vent, de l'air brassé.

L'épisode auquel on vient d'assister est pourtant absolument indigne de l'enjeu que représentent les OGM et la nécessité qu'il y a - et qui ne fera que s'intensifier - de répondre aux besoins alimentaires croissants et aux défis, notamment liés au changement climatique - que cela induit. Refuser de considérer cet enjeu - au delà de ce qu'il représente en terme de séduction politicienne - est une faute qui, dieu merci, est rattrapée par la Constitution.
J'écoutais, ce matin, Claude Allègre. Cet homme est indiscutablement un homme d'Etat. Il évoquait une variété de maïs, issue des OGM, qui nécessite un quart de besoin en eau de moins qu'une variété classique. Mais il est évident, que même en France, le problème de l'eau ne se pose pas puisque l'on peut indifféremment s'abreuver de certitudes idéologiques.

Combien d'entre ces apôtres du "génétiquement pur", hostiles par principe à une altération de l'agriculture, savent que la rouille du blé – désignée sous le nom de « Ug99 » - est en train de bouleverser au Moyen-Orient et en Afrique, la capacité de production en faisant perdre 30 % du potentiel de récolte et que ce parasite s'étend désormais : « Les pays à l'est de l'Iran tels l'Afghanistan, l'Inde, le Pakistan, le Turkménistan, l'Ouzbékistan et le Kazakhstan, tous grands producteurs de blé, sont les plus menacés par le parasite et doivent être en état d'alerte », a mis en garde la FAO dans un communiqué publié en mars dernier.

Faut-il s'exposer à ces risques ? Accepter leur incidence sur les cours de matières premières vivrières ? Accepter la fatalité naturelle, dans un environnement climatique déréglé, qui ne sera pas sans incidence sur la résistance des cultures à leurs prédateurs au nom d'une religion du bio érigée en secte. Mais ce qui se passe sur ce sujet est désormais, je le crains, du ressort de la commission de vigilance sur les dérives sectaires...
Ha, autre marotte bien française, la prétention d'avoir raison contre tous. Seule l'Europe, sous l'influence de la France, et à l'exception de l'Espagne, s'oppose aussi farouchement aux cultures OGM.
La France veut se placer sous un cloche. Pourquoi pas? On a bien mis le mètre-étalon sous pareille cloche. Je crains pourtant que ce que nous voulons étalonner, ici, est l'inconséquence nationale.
Elle est certes patente et visible dans beaucoup d'autres domaines.
Mais, sur ce sujet, elle atteint une forme de quintessence.
Il ne suffira pas d'édifier des gratte-ciels à Paris pour en faire un "capitale-monde".

13.05.2008

Jérusalem, capitale de l'Union pour la Méditerranée

Les conditions pour établir la paix entre Israéliens et Palestiniens sont connues de tous et font l'objet d'un processus dit d'Annapolis et de diverses médiations, qu'il s'agisse de la Ligue arabe, de l'Union Européenne, initiatives conjointes, celle dite du quartette, ou unilatérales, Egyptienne par exemple.
Les obstacles sont, aujourd'hui, il me semble, davantage dans les têtes que dans la réalité qui peut bouger et bouge, y compris parmi les éléments les plus extrémistes.
Mais il faut noter comme éléments positifs, les déclarations de M. Meechal, chef du Hamas, sur la possibilité d'une trêve de dix ans, ou encore celle du Djihad Islamique, sur l'initiative égyptienne, affirmant qu'il ne serait pas signataire d'une accord, mais ne s'y opposerait pas.
Evidemment, des kystes demeurent, comme par exemple, le litige sur la libération du soldat Shalit qui ne saurait, selon le Hamas, être comprise dans l'accord de trêve actuellement sur la table mais devra faire l'objet d'une mesure de libération du prisonniers palestiniens. Il y a la possible restitution du Golan pour normaliser les relations de l'Etat hébreu avec la Syrie. Ou encore le gel de la colonisation, le retrait de certaines implantations.
Tout cela se négocie.
Une vision de l'avenir se procure.

Ces obstacles énumérés plus haut interviennent dans un contexte qui, cependant, est positif et dont on sent qu'il ne demande, de part et d'autre, qu'à être consolidé, au point même que ses détracteurs appellent presque à être démentis dans leurs préventions diverses ou l'affirmation de leur antagonisme.

La plus grande difficulté ne me semble pas devoir être le règlement de l'ensemble des questions pendantes (retour des réfugiés, capitale, statut de Jérusalem est, etc) mais, à ce point du processus, la nécessité de placer les deux états, les deux peuples, les deux nations, qui seront, on le sait, appelées à vivre et prospérer ensemble, devant une nouvelle perspective qui les incite à dépasser leurs méfiances réciproques.

Alors, selon moi, une opportunité de conjonction se présente et, apparemment, elle mérite d'être saisie par tous, car elle permettrait de transférer une part essentielle des différends qui sont insolubles dans le rapport futur des deux états, dans le partenariat qu'ils pourraient avoir dans un ensemble plus grand.
Cet ensemble n'est pas une fiction. Il est déjà engagé: il s'agit de l'Union pour la Méditerranée, au sein duquel Israël et la Palestine future, via Gaza, auront bordure.

Dans ces conditions, et même si plusieurs autres capitales ont été pressenties pour accueillir le siège de cette organisation, comment ne pas penser, compte tenu de la situation de Jérusalem, que cette ville Sainte qui a toujours fait l'objet de convoitises de l'ensemble des terres et des nations méditerranéennes, comment ne pas penser, donc, que cette ville ne pourrait pas devenir, par consensus, le siège de l'Union pour la Méditerranée, car, le centre de gravité de la Méditerranée est bien là, à l'intérieur de la Terre Sainte.

Car Jérusalem, encore et toujours, a tout pour demeurer une pomme de discorde entre les nations israélienne et palestinienne, voire arabes, alors qu'elle mérite, au terme de deux millénaires de guerres, d'occupations diverses, d'antagonismes séculiers, d'être par essence celle par laquelle s'exerce l'unité des peuples qui l'ont pour berceau.
L'Union pour la Méditerranée, telle qu'elle se dessine, pourrait préfigurer cette unité dans son acception la plus large et la plus conséquente.
La communauté internationale s'est longtemps posé la question d'un statut international à inventer pour cette ville aux racines si profondément ancrées dans l'histoire.
Elle en tient un, particulièrement opportun et riche de promesse.

Il me semble que le temps est peut-être venu, ou est en train de venir, pour offrir aux peuples concernés, les Israéliens et les Palestiniens, cette voie de concorde. L'Algérie, la Tunisie, l'ensemble des pays du Maghreb ou du Proche et Moyen-Orient, peuvent ou pourraient, le cas échéant, offrir aux Palestiniens et aux Israéliens ce cadeau pour sceller un accord de paix ou de trêve qui rejaillirait sur chacun.

Aucun lieu ne me semble plus approprié, compte tenu de l'histoire, pour rayonner l'espoir d'un temps nouveau autour de Mare Nostrum que Jérusalem, située entre Méditerranée et Mer Morte.
Je suis bien d'accord cependant: c'est un rêve; peut-être une utopie géopolitique.

Mais ce sont deux nations longtemps rivales et ennemies, la France et l'Allemagne, au sortir d'une barbarie par deux fois inégalées, qui ont créé Bruxelles et Strasbourg, et y ont transféré une partie de leurs souverainetés respectives amorçant ainsi, pas à pas, la construction d'un ensemble qui les dépasse, auquel se sont jointes vingt-trois autres nations, d'autres étant en instance de le faire, et leur permet de mieux exister dans le monde d'aujourd'hui.

Liban: retrouver l'autorité du pacte national

C'est au moment les plus critiques que les gestes prennent leur plus grande valeur. Aussi, s'il semble toujours aussi illusoire de voir le Hezbollah et sa puissante milice se conformer aux résolutions de l'ONU appelant à son désarmement, qui constitue le noeud gordien de la situation politique libanaise, il incombe désormais aux autres factions, pro-gouvernementales, sunnites, druzes, chrétiennes, d'accomplir publiquement ce geste solennel en remettant leurs armes aux forces armées régulières, qui, selon les propres termes du président Sarkozy dans son message au Premier ministre Siniora, doivent être seules à avoir « le monopole de l'usage de la force ».
Dans l'actuel contexte libanais, où persiste un risque d'escalade dont chacun ignore où il peut conduire, c'est pourtant la seule stratégie viable.
Une telle initiative, prise par les responsables des diverses forces politiques devant la Nation, marquerait en effet fortement les esprits et placerait le Hezbollah, s'il persistait à s'y refuser, dans une situation où sa puissance paramilitaire finirait par jouer contre lui, puisque ses ennemis s'effaçant devant lui, il se trouverait, sur-armé mais nu, en face du peuple libanais pris à témoin.
A l'instar du jugement de Salomon, celui qui, aujourd'hui, aime le plus sa nation, est celui qui sait se faire violence jusqu'à transférer sa capacité belligérante à l'armée libanaise pour s'en remettre et renforcer la légitimité des institutions. Cela serait d'une haute valeur constitutionnelle et patriotique.
L'armée deviendrait, dès lors, la garante de la sécurité de ces groupes dits « pro-gouvernementaux » et du besoin de cohésion nationale.
Cette opération de désarmement, nécessitant un accord politique préliminaire, ne va pas de soi.
Pourtant, une telle initiative isolerait, si ce mouvement persistait à s'arroger un rôle militaire parallèle, le Hezbollah sur la scène libanaise, en le plaçant devant ses contradictions, peut-être ses machinations, et en lui retirant le champ de bataille sur lequel sa posture et sa propagande font illusion, puisque se nourrissant de violence, il la recherche et la provoque et exploite ce climat « défavorable » comme justification à sa militarisation.
Au terme de ce désarmement, il reviendrait au peuple par un référendum de trancher l'ultime question en imposant au Hezbollah qu'il transfère lui aussi sa puissance armée à l'institution militaire et qu'il lui impose l'autorité de sa vision du pacte national.
Nul ne peut, indéfiniment, se dérober à la volonté du peuple.
Le Liban, dit-on, est un concentré des problèmes du Moyen-Orient. Il procurerait, dès lors, un signal remarquable et exemplaire, sensible peut-être jusqu'en Irak confronté lui-aussi, dans des termes quasi-identiques, au jeu paramilitaire de l'armée du Mahdi.
La nation libanaise, dont trop disent qu'elle est une fiction, aurait ainsi triomphé et manifesté le fait qu'elle est réelle et authentiquement souveraine.

Selon le quotidien "L'Orient-Le Jour" de ce lundi 12 mai 2008, le Premier ministre Fouad Siniora a envisagé, dimanche, la démission. Le quotidien libanais rapporte dans ces colonnes : « Même Israël n'a pas osé faire ce qu'ils ont fait », a déploré hier Fouad Siniora, qui a présidé, tard en soirée, une réunion ministérielle à l'issue de laquelle l'option de la démission, un temps envisagée, a été écartée. Cette renonciation serait le "résultat de tractations intenses, tant internes qu'externes, notamment avec Nicolas Sarkozy et de nombreux responsables arabes, dont le souverain jordanien et l'émir qatari.".
Preuve que le chef de l'Etat français est parfaitement actif dans ce dossier.

L'armée libanaise a averti mardi que ses soldats auront recours à la force si nécessaire pour rétablir la loi et l'ordre dans le pays. L'armée souligne que cette directive est effective à partir de 6h00 locales (5h00 françaises) ce mardi et appelle les différentes parties à coopérer.
L'armée a déclaré que ses soldats allaient empêcher l'usage illégal des armes à feu dans le pays, une tâche dantesque étant donné l'arsenal dont dispose les Hezbollah pro-iranien, souligne l'Agence France Presse.

09.05.2008

Liban: le peuple souverain

Il n'y a pas de solution militaire d'interposition au Liban. Elle ne ferait, en effet, qu'exacerber les tensions, dégrader la situation interne et exposer, encore et toujours, le Liban à des ingérences et des interférences qui sont déjà ses plaies.

La seule issue, en fait, réside dans l'expression des Libanais eux-mêmes. C'est la raison pour laquelle pour obtenir une perspective durable, il faudra passer par les urnes. Soit par des élections générales anticipées – qui constituent cependant un déni par rapport au législatives de juin 2005 - soit par l'organisation d'un référendum, qui pourrait être ouvert à la diaspora qui a fui le Liban et attend, peut-être, des conditions propices, ou au moins encourageantes, pour y revenir.

J'ignore ce que prévoit la Constitution libanaise, mais si un pays au bord de la guerre civile ne dispose pas d'un moyen de faire trancher au peuple le noeud gordien qui l'étouffe, alors la démocratie peut désespérer d'elle-même.
Les Libanais méritent un avenir qu'ils sont à même de déterminer et, si les Nations Unies ont une mission, c'est le cas échéant, d'assurer la transparence et de garantir, devant le peuple libanais, la bonne tenue d'une telle consultation.

Dans ce cas, le gouvernement et les partis politiques devraient s'entendre pour organiser un référendum autour des questions vitales. Il en est une de centrale:
-celle de la coexistence d'un gouvernement légitime avec une milice?
Mais organiser un référendum, c'est donner la parole au peuple libanais pour qu'il ait sinon le dernier, le meilleur mot.
Cela suppose un préalable: que le verdict des urnes soit respecté.
Or, force est de constater que le résultat des législatives de juin 2005, qui ont pourtant donné une large victoire à la coalition de la Révolution de Cèdre, n'ont pas débouché sur la promesse qu'elle portait.
En définitive, même si on peut mettre en avant la complexité et la volatilité des alliances, la fragilité institutionnelle, la souveraineté du peuple a été entravée, voire sacrifiée à des intérêts dont j'ai peine à dire qu'ils lui sont supérieurs.

Par conséquent, compte tenu de ce précédent, les partis en présence devraient s'engager sur le respect de l'expression qui sortira des urnes et s'y tenir. Ceux qui ne se plieraient pas à la volonté générale se disqualifieraient par eux-mêmes.
S le peuple demande au Hezbollah de renoncer à son armement, le Hezbollah doit s'y soumettre et l'armée régulière, dans ces conditions, doit garantir – c'est son rôle et sa grandeur, aussi – cette démilitarisation au nom du peuple, pourquoi pas alors, en liaison avec la FINUL.
L'autorité du Général Sleimane, pressenti comme postulant au poste de président de la République, pourrait servir cette transition qui ne ferait qu'ordonner le pays avec la résolution 1680 de l'ONU.
Le peuple libanais ne se trahirait pas en réaffirmant ce qu'a prôné l'ONU pour le bien de cette nation.

La part du Hezbollah

Le Liban a cessé de s'appartenir à lui-même depuis de trop nombreuses années. Il est depuis plusieurs dizaines d'années au centre ou la périphérie d'un jeu d'influences qui semble inépuisable, mais qu'il faudra pourtant au peuple libanais épuiser.
Est-ce à dire que la nation est inexistante et n'a jamais existé et que ces guerres civiles successives qu'il faut déplorer sanctionnent le fait que ce pays est une « construction », imposée par les Occidentaux, donc vouée à disparaître ?
La société libanaise a pourtant existé et était près de trouver un équilibre. De nombreux Libanais, quelle que soit leur confession, leur identité, aspirent à vivre ensemble, en toute indépendance.
C'était, il me semble, l'image forte qu'il y avait retenir, car toutes ne mentent pas, de ce 14 mars 2005 durant lequel le peuple et la jeunesse libanaise, se rendirent sur une place célèbre de Beyrouth pour engager ce que l'on appelait « la Révolution du Cèdre ».
Cet élan vital, national, n'était pas un mirage.
Les élections qui ont suivi non plus.
Elles ont été marquées par une victoire des anti-syriens, puisque le clivage est là. Associés dans la coalition du 14 mars réunie autour du Courant du Futur de Saad Hariri.
Les résultats de ces élections étaient nets : 56,7% pour cette coalition, 27,4% pour le Bloc de la Résistance et du Développement (Hezbollah + Amal + Parti social nationaliste syrien) et 16,7% pour le Courant Patriotique Libre du général Michel Aoun, qui est entré alors dans une alliance atypique avec les pro-Syriens. Normalement, la volonté du peuple qui s'est exprimée là aurait dû se traduire par la renaissance et la refondation du Liban.
Il faut voir et admettre la vérité : ce Liban « neuf » a des ennemis irréductibles. A quoi le mesure-t-on ? Peut-être au nombre de crimes et assassinats privant le mouvement qui était né le 14 mars 2005 de ses voix, de ses consciences, de ses figures historiques, ce dans les médias, au parlement, parmi les intellectuels, les magistrats.

L'entreprise de démolition a porté ses fruits. Le Liban est passé du rêve au cauchemar. Dans ce processus, la guerre déclenchée en 2006 par le Hezbollah est un "moment" déterminant, mais elle ne visait pas Israël. Elle visait le gouvernement légitime en jouant sur la capacité de résistance du mouvement Hezbollah comme un agrégateur.
La provocation militaire du Hezbollah à la frontière avec Israël avait une visée politique intérieure, puisqu'elle a réussi d'abord à entamer l'autorité du gouvernement, à le placer dans une situation intenable et à mettre le rêve d'indépendance sous l'eau au nom d'une posture « résistante », très arrangeante, à l'emprise sioniste.
Tsahal y a répondu, tête baissée, au delà de toute espérance en donnant au "parti de Dieu" une aura qui est portant surfaite.
Que reste-t-il aujourd'hui de ce Liban du 14 mars 2005 ? Plus encore, qui a déchiqueté la réalité naissante de ce Liban libre et prospère pour le rendre aux combats de rues, à ses vieux antagonismes et à ses instrumentalisations ?
On ignore quelle est l'oeuvre de Dieu, mais on connaît ici ce qu'est la part du parti qui se réclame de lui.
Reste comme une persistance "rétinienne", en dépit du viol répété de la souveraineté libanaise et des oukazes du Hezbollah: celle d'une Révolution du Cèdre qui ne doit pas mourir.

08.05.2008

Liban: Régression absolue

Il a suffi d'un été meurtrier pour que le Liban, qui se relevait enfin d'une longue guerre civile et renouait avec la croissance économique et un désir de démocratie et de souveraineté, redevienne un pays de décombres, de ruines et de violences.
Il faudra remercier le Hesbollah, à qui le Liban doit "une divine victoire" qui s'accompagne d'une régression absolue jusqu'alors symbolisée par paralysie du gouvernement, privé de président de la République.
Hassan Nasrallah, après avoir soumis le pays à une guerre destructrice, qui a littéralement détruit la renaissance et la croissance économique dans laquelle le Liban était engagé, accompagne la stratégie de décomposition menée par la Syrie et l'Iran sur le Liban.
Les violences d'hier marquent cette volonté de traduire l'impasse dans la rue en débordant le statu quo institutionnel imposé depuis plusieurs mois par les forces pro-syriennes.
Dès lors, la Confédération générale des travailleurs au Liban (CGTL) a pris une responsabilité considérable en organisant cette grande manifestation de revendication salariale. Il faudra que cette organisation assume cette initiative dans l'ensemble de ses conséquences.
Ou il s'agit d'irresponsabilité ou d'une manoeuvre concertée, pour servir les intérêts de l'opposition chiite pro-syrienne et précipiter la chute de Beyrouth.
Il est impossible de croire, dans le contexte du Liban, que la confédération syndicale n'ait pas mesuré l'incidence possible, y compris en terme de violences et de récupération, de son appel à la grève.

Il faudra quand même expliquer comment un peuple, y compris dans sa diversité confessionnelle, pourrait accepter, parce qu'il est sa composante chiite, qu'un Etat dans l'Etat s'installe, nanti de sa propre force armée, nanti de sa capacité de déclarer, de fait, la guerre - ce qu'a fait le Hezbollah au cours de l'été 2006, en provoquant Israël - d'installer son propre réseau de télécommunication, et d'utiliser la grogne sociale comme vecteur pour faire tomber le gouvernement.
Il faudra expliquer comment une telle force, liée à la Syrie et à l'Iran, qui ont armé ces bras, ne peut pour exister s'inscrire dans le désordre constitutionnel et menacer le gouvernement.
Il faut qu'un peuple - et la nation qu'il est censé former et honorer - soit tombé bien bas dans l'idée qu'il se fait de lui-même, de son devoir moral, pour imaginer qu'une majorité puisse accorder crédit à ce viol. Car, que les pro Nasrallah, les étudiants, cités ici, le peuple "qui souffre" et à qui le Hezbollah a vendu la sinistre fierté d'un "divine victory", en soient bien conscients, il s'agit d'un nouveau viol de la souveraineté nationale du Liban.
Les manoeuvres du Hezbollah destinées à étouffer la pluralité de la démocratie libanaise devraient inspirer une vive réprobation, même parmi les Chiites. Surtout chez eux, d'ailleurs.
Ce n'est pas à autre chose qu'à la façon dont on protège sa nation historique, même si elle est jeune, qu'elle est née de toutes sortes d'accidents et de rencontres, que l'on évalue son patriotisme.

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