03.09.2008

Le cas Schaal

C'EST UNE PROCEDURE assez rare par la nature et la publicité dont elle fait l'objet, qui est engagée par la direction de TF1 à l'encontre de Florence Schaal, journaliste expérimentée, dont le tort a été d'annoncer dans le direct du 20h la mort du petit Louis, alors qu'il venait d'être retrouvé vivant, le 8 août dernier dans les environs de Verclause, dans la Drôme.
TF1 a rendu publiques les sanctions auxquelles la reporter est exposée. Elles vont jusqu'au licenciement.
Certes, ceci est une affaire de droit privé entre la direction et la journaliste, pourtant le cas Schaal est assez paradoxal - générateur d'un bruit médiatique qui choisit ses cibles - pour espérer que l'intéressée ne soit pas livrée au bucher des vanités médiatiques, expier devant l'opinion publique ou ce qui lui en tient lieu, des fautes qui ne sont, peut-être pas, que les siennes.
Si elle doit incarner l'ensemble des fautes collectives, alors d'autres que TF1 pourraient effectuer leur examen de conscience.

DEPUIS, PLUSIEURS MEDIAS ont, après le drame qui a frappé les soldats du 8e RPIMa de Castres, donné libre cours à différentes thèses dont celle de tirs amis qui auraient tué des soldats français, ou encore, d'enlèvements de soldats sommairement abattus par les talibans.
Rien n'étaye ces versions.
Bien sûr, l'exercice journalistique dans le cadre d'un conflit n'est pas aisé. Mais doit-il s'exonérer des règles, surtout à partir de Paris, de vérifications qui s'imposent généralement et auraient dû s'imposer, puisque cela lui est reproché, à elle, Florence Schaal?
A aucun moment, il n'y a eu d'excuse ou quelque contrition que ce soit.
A aucun moment, ces titres ont cru bon d'analyser ce qui les a conduit à prendre un tel risque avec la réalité pour poser leur thèse comme un pion posé sur l'échiquier entre partisans et opposants à la participation de l'armée française à l'ISAF.

LA RECHERCHE DE LA VERITE offre plusieurs chemins possibles. Celui de l'objectivité et du désintéressement idéologique n'est pas toujours le plus et le mieux emprunté, que ce soit en Afghanistan ou aux abords de la villa de Christian Clavier.
Florence Schall, praticienne de l'information prise en défaut, risque une sanction qui peut aller jusqu'au licenciement.
Elle avait, elle, une circonstance atténuante. Celle, par son erreur, de caractériser deux réalités très humaines.
La première? Comme la plupart d'entre nous, elle nourrissait, sachant que le petit enfant avait passé tant de temps seul dans une nature aussi inhospitalière, les pires craintes pour son sort, qu'elle a scellé précipitamment, j'en suis d'accord.
La deuxième, qui en découle, c'est que c'est un petit miracle - trop rare - qui a permis de retrouver Louis vivant et si peu diminué.
Une autre chose la distingue, aussi, sans doute. Elle a été heureuse de se tromper.
Cela serait-il envisageable parmi ses confrères qui ont traité ou traitent l'affaire de la villa corse de Christian Clavier, et, d'une manière plus lourde encore, celle du drame vécu par nos militaires en Afghanistan.
Une démocratie mature peut-elle se concevoir sans une société de l'information qui l'est aussi?
Vaste question, non?

07.07.2006

Non alignés

L'étude publiée par le directeur adjoint du département d'opinion publique à l'Ifop, Jérôme Fourquet, dans les colonnes du Figaro, révèle le trouble et la confusion qui taraude le pays.
Il en ressort que 69 % des personnes interrogées ne font ni confiance, ni ne font de différence entre la droite et la gauche et, par ailleurs, que de nouveaux comportements électoraux paradoxaux s’installent: un quart de l'électorat – que l’auteur de l’étude qualifie d’électorat de non-alignés - qui voterait Le Pen au premier tour se reporterait sur Ségolène Royal au second tour tandis que 15 % des sympathisants socialistes, 21 % parmi les verts, 23 du PC et 32 de l'extrême-gauche, préfèreraient le ministre de l'Intérieur à la présidente de Poitou-Charentes.
Cette image tendrait à confirmer que le clivage historique est dépassé. Cela donnerait raison, d'une certaine manière, au positionnement de François Bayrou.
Rien n'est moins sûr pourtant.
Plus qu'un dépassement, c'est d'un symptôme qu'il s'agit. Symptôme d'une infantilisation d'un peuple qui ne fait plus de différence là où il y en a d'assez visibles, qui mesure mal les enjeux et, tout en se piquant d’honorer une tradition de nation politique, révèle surtout qu’il se voue aux travers de la politisation et à l’idéologie, ne voyant plus dans la politique qu’un jeu virtuel et non pas, fondamentalement, le formulation des actions à conduire et soutenir les mieux à même d’assurer l’intérêt du pays.
Il suffit en effet de voir le programme des uns - renationalisations, sur l'impôt, et des autres, leur discours, immigration, sécurité, école, emploi, etc, leurs points d'achoppement fondamentaux, pour se persuader qu’il y a des différences dans la vision du pays et de son avenir, dans la manière d’assurer l’intérêt général, dans la volonté de réformer l’administration, de réduire le nombre de fonctionnaire donc, à efficacité constante voire améliorée, le coût de fonctionnement de l’Etat, de réduire la dette, etc.
Alors, comment est-on parvenu à ce niveau d'imperception de la réalité politique et de ce qu'elle implique?
Les politiques y sont sans doute pour quelque chose. Mais les médias, probablement, ont leur part de responsabilité.

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Qui n'a pas son avis, n'est pas Français!
Le phénomène médiatique qui a précédé en mai 2005 le référendum sur le traité constitutionnel de l’Union européenne est à observer. L’emballement de la machine médiatique, celui de la bloggosphère, a été tel que le traité, qui n’aurait pas dû passionner comme cela a été le cas, est devenu un succès d’édition, commenté par tous, jugé par tous.
Le succès médiatique d’un des bloggeurs, professeur d’économie dans un IUT du Sud de la France, censurant et notant le traité comme s’il s’agissait de la copie d’un de ses élèves, et le recalant pour excès de libéralisme avait été mis en exergue très largement. Tous les JT avaient fait un reportage sur prof citoyen qui cumulait plusieurs dizaines de milliers de visites sur son blog.
C’était beau, on aurait dit du veau : chacun se croyant obligé d’encenser le réveil de l’intérêt et de l’intelligence politique dans ce pays !
-Alors, monsieur le boulanger, vous avez lu le traité. Qu’en pensez-vous ?
- Au paragraphe 4, alinéa 12, il me semble qu’il est trop libéral.
J’y vois, personnellement, de la vanité et de l’inconséquence.
L’inverse de la politique.
L’inverse de la démocratie.
C’est avec cela qu’il faudra en finir: la démagogie galopante, le règne des mesquineries et de l'étroitesse d'esprit. Le pays ira beaucoup mieux après.

06.07.2006

Intouchables

La liberté de la presse est une des conditions de la démocratie. Mais elle n'est ni la seule condition - d'autres institutions organiques n'y concourent pas moins et y ont toute légitimité -, ni l'assurance, abritée derrière l'inviolabilité de sa liberté, que cela lui confère un privilège d'impunité.
La perquisition opérée à Midi Libre, relatée ce jour, 6 juillet 2006, mais aussi, à Orléans, l'action judiciaire diligentée par le parquet après publication d'un reportage sur les faucheurs d'OGM, témoignent peut-être d'un rééquilibrage entre le couple presse-justice, qui au cours des années a pu donner lieu à quelques confusions et complaisances préjudiaciables - le juge se faisant journaliste, le journaliste le justicier par l’entremise parfois de tiers intéressés et manipulateurs - plus qu'elles ne sont profitables à la démocratie.
Je me crois, afin d'éviter tout malentendu, obligé de le préciser: c'est tout ce qui m'intéresse.

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Le sujet, quelques soient les effarouchements qu'ils suscite au sein d'un corps que je respecte, mérite d'être approfondi.
Sur le cas particulier de la gestion Blanc du Conseil régional, je n'ai pas d'opinion formée sur le fond. Le rapport de la Chambre régionale de la Cour des comptes sera rendu public dans les prochains mois. Mais sur la forme même de ce type de "révélations", il y a fort à dire et notamment sur le risque de partialité de relayer un point de vue des comptes d'une collectivité sans prendre en compte la justification politique.
La proposition rejetée de donner la parole au mis en cause Jacques Blanc pour qu'il se justifie - et certifie en quelque sorte l'enquête - ne suffit pas à satisfaire les exigences d'une justice - celle des comptes - sereine.
En effet, cela aboutit à altérer, par l'effet de la publication prématurée, la capacité de réponse du mis en cause. Celle-ci est prévue dans le cadre de la procédure contradictoire instruite par les magistrats de la Cour des comptes.
Le rapport final, il faut le rappeler quitte à enlever à la gloire d'un pseudo scoop, a vocation, in fine, à être rendu public.
Alors, il y a, à mes yeux, un peu du grand guignol à s'ériger devant un lectorat ou une opinion publique, ce à mi-chemin d'une procédure inachevée, en procureur politique et de se substituer au juge, dont on peut se demander si la publication d'un des éléments du rapport ne constitue pas une pression morale sur lui dans la rédaction finale du rapport.
Il y a peut-être aussi une forme d'imposture empreinte de populisme, à se poser là en opposition à un juge qui serait trop zélé lorsqu'il enquête, pour « la complicité pour violation de secret professionnel ». On mesure - en lisant l'article signé J. Vilacèque - que des policiers du SRPJ ne sont guère enthousiastes, même s'ils y sont contraints, à exécuter cette perquisition : « On a d’autres choses à foutre que d’être là… ».
Est-ce à dire que l'action du juge lui-même, dans son action, est inopportune?

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La rédaction de France 3 Orléans, rapporte le Monde dans son édition du 5 juillet, a été visitée après un commentaire dans un reportage sur le procès de faucheurs d’OGM, relaxés en première instance et pour lequel le parquet a interjeté appel.
Le commentaire était celui-ci : « La Cour d’appel est composée d’un président, et de deux magistrats… Mais il paraît que dans les ministères à Paris, on s’intéresse de près à l’arrêt qu’ils vont prendre et ils ne seront peut-être pas si seuls, finalement…. ».
Il y a, pour le moins une insinuation implicite et incongrue sur l’indépendance des magistrats.
Le parquet a ouvert une enquête pour « discrédit public jeté sur un acte judiciaire » ce qui a provoqué l’émoi de la rédaction.
Si celui de la rédaction est compréhensible, celui du parquet, au nom de l'institution judiciaire, est, lui, légitime.
Des commentaires de la sorte ne sont pas si rares.


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Il n’y a pas de pouvoir sans contre-pouvoir.
Mais le quatrième pouvoir lui-même, dans une économie concurentielle de l'information, fortement polémiste, exaltatrice de l'opinion, n'est pas le lieu de la vertu. Dans une société saturée d’images, d’informations, de fantasmes, de propagandes, doit-il être le seul finalement à être « intouchable », comme si sa licence absolue garantissait la démocratie de tous les abus de pouvoir sauf, le cas échéant, du sien.
Je ne suis pas toujours certain que l'enjeu tienne à son bon fonctionnement.
Il y a eu des victimes civiles, celles de l'affaire d'Outreau, ou politico-financières : Longuet, acculé à la démission, sur qui a été jeté l’opprobre, avant de faire tardivement l’objet d’un non lieu. DSK sur l’affaire de la MNEF, abandon des poursuites pour prescription.
Quant à l’affaire Clearstream et au précipité éditorial auquel elle a donné lieu au printemps, elle constituera peut-être un prototype du genre.
Mais au delà du judiciaire, le poids du quatrième pouvoir - aujourd'hui étendu au net - est si important qu'il fait et défait, sans que son influence réelle soit identifiable comme telle, beaucoup de choses.
La société de demain, donc les citoyens de demain, y seront, si l'Etat doit continuer à avoir un sens et une importance pour eux, certainement plus vigilants qu'aujourd'hui.