28.05.2008

"Oui" et "Non"

Dire "Non" produit plus d'impact que dire "Oui". Ceci est un fait.
Dans la plupart des circonstances, y compris à l'échelle d'une conversation familiale, l'attention se porte davantage sur celui qui objecte un raisonnement que sur celui qui le soutient. C'est dans la nature humaine et, de ce fait, il n'est pas aberrant qu'une Constitution incorpore, pour le prévenir, une forme de régulation.
En termes politiques, n'en déplaise aux théories partisanes du socialiste Arnaud Montebourg, promoteur notoire d'une VIe République, cela donne, de surcroît en période de grogne sociale, une prime substantielle à l'opposition qui peut accommoder son discours à toutes sortes de sauces et ne s'en prive d'ailleurs que rarement.
Le "Non" au référendum sur la Constitution européenne, en mai 2005, le prouve, puisqu'il a été acquis en dépit de la «monopolisation médiatique» du «Oui».
Le phénomène serait intéressant à décortiquer.

L'égalité – cette obsession si française – en terme de réorganisation des trois tiers de temps de parole cumulés -opposition, majorité, gouvernement- conduirait inéluctablement à l'inégalité du rapport de force et privilégierait l'opposition.
Sans doute le statut singulier accordé par la Constitution à la parole du chef de l'Etat et, plus largement à l'exécutif, résulte-t-il de la prise en compte de cette réalité sociale et psychologique pour «assurer» - comme en cordée d'alpinisme - l'exécutif.
On ne peut pas blâmer le législateur fondamental d'avoir eu ce souci, même si par ailleurs il peut sembler légitimement paradoxal de privilégier l'exécutif pour assurer l'équilibre institutionnel.
Mais cela participe, au delà des apparences, à l'équilibrage des institutions.

Faut-il tenir une telle précaution pour abusive parce qu'on serait entré dans une démocratie d'opinion, obnubilée, de plus en plus, par des enjeux de représentation et d'exaltation médiatiques?
Ce serait faire preuve d'aveuglement.
La parole présidentielle, en tout état de cause, ne peut pas être assimilée à la majorité ni à l'opposition, car il est possible de voir le président de la République ou le gouvernement aller à l'encontre de tout ou partie de sa majorité parlementaire.
C'est même ce qu'on peut attendre du premier personnage de l'Etat en certaines circonstances?
L'ancien président Jacques Chirac n'a-t-il pas dû, en 2004, faire face, sur la question turque, à l'UMP?
Où était-il alors?
Dans la majorité? Dans l'opposition?
Ou dans son rôle et ses attributions?

Il est curieux et, à dire vrai, symptomatique, que, de toutes les "exceptions françaises" dont nous nous enorgueillons, celle qui nous a doté d'une Constitution aussi clairvoyante et robuste que la Ve République, soit celle, en définitive, à laquelle nous sommes le plus indifférent voire le plus hostile.
Peut-être faudrait-il y voir quelque ingratitude?
Beaucoup de pays seraient pourtant différents s'ils avaient bénéficié ou bénéficiaient d'une telle "intelligence" des institutions.
Nous, en tant que peuple, nous nous croyons désormais affranchis d'une telle sécurité.