05.03.2008

Bouclier humain

La sarkophobie, il suffit de lire quelques forums pour le mesurer, se déchaîne, y compris sur le dossier de la libération d'Ingrid Betancourt. Le chef de l'Etat en a fait une affaire personnelle, comme il l'avait fait pour les infirmères bulgares détenues en Lybie.
C'est un axe moral qu'il avait affirmé lors de sa campagne présidentielle.
Il s'y conforme.

Je ne peux pas faire moins dans ces conditions que de saluer la déclaration de Julien Dray s'agissant de la détermination du chef de l'Etat à participer à la finalisation du processus de libération d'Ingrid Betancourt, le cas échéant en se rendant sur place.
Dans une dépêche AFP, le député de l'Essone déclare qu'il approuve la détermination du chef de l'Etat et dit même qu'il retrouve là "le bon Sarkozy". "De ce point de vue-là, il faut saluer le geste. S'il peut obtenir la libération d'Ingrid Betancourt, si son déplacement est utile et si il prend les risques pour cela, moi je ne suis pas de ceux qui tirent à boulets rouges tout le temps sur Nicolas Sarkozy, sur tout et n'importe quoi", a-t-il ajouté

J'éprouve le même sentiment que le député PS sur ce point: il est tout à fait légitime que le président s'implique comme il le fait sur le dossier de la libération des otages et particulièrement celle d'Ingrid Betancourt qui est une de nos ressortissantes, puisqu'elle a la double nationalité, et parce qu'elle est, aussi, une femme animée par des valeurs qui sont celles en lesquelles beaucoup d'entre nous peuvent, indépendamment des convictions partisanes, se reconnaître.
Ce n'est pas un hasard si elle suscite un telle sympathie. Sympathie qui a redoublé devant la publication de la vidéo la montrant dans ce si triste état physique et celle de ses missives empreintes d'une grande dignité.

La France est active strictement dans le volet humanitaire. Il ne s'agit pas d'ingérence politique, étant entendu qu'un 'geste' humanitaire des Farcs est de nature à avoir des conséquences politiques si les Farcs, ce à quoi ils sont appelés, évoluent dans leur nature et les moyens employés.
On ne peut donc pas interpréter les contacts avec la guerilla comme un soutien ou une faiblesse à l'égard des Farcs.
Je ne pense pas toutefois qu'ils parviendront par le jeu des libérations des otages à obtenir un certificat d'honorabilité et à être rayé de la liste des organisations terroristes.
Cette revendication n'est pas réaliste.
La libération des otages est simplement un pas préalable dans le chemin du dialogue à condition que ces combattants entrent dans un processus pacifique.

Comme rien n'est moins sûr, la communauté internationale, la France et ses partenaires actifs sur ce dossier, l'Espagne et la Suisse, doivent apporter et construire un environnement tel que des garanties puissent être mutuellement consenties entre les Farcs et le gouvernement d'Uribe pour favoriser la mutation de la guérilla, à condition que celle-ci le veuille.

On comprend que les Farcs utilisent les otages comme bouclier humain et que, sans lui, ils subiraient vraisemblablement une opération militaire intensive de la part des forces armées colombiennes.
C'est là, peut-être, qu'il faut que les médiateurs apportent leur contribution en dénouant ce qui peut l'être, via des concessions et des garanties en échange de la libération des otages.
On passerait alors naturellement d'une dimension humanitaire à une dimension politique, avec un accord de non agression transitoire assorti de conditions à respecter, qui dans un second temps pourrait donner lieu à des tractations entre guérilla et Farcs pour épurer les contentieux.