03.02.2008

Ravages

Les réactions suscitées par le rôle de la France au Tchad en témoigne: tant que l'Afrique restera livrée aux fantasmes, elle aura des difficultés à surmonter ses démons.
La confusion règne, entretenue à coup de commentaires à l'emporte-pièce sur les intérêts de l'ex-puissance coloniale, "profiteuse" dans la tradition de la FrancAfrique.
Au Rwanda, en Côte d'Ivoire, maintenant au Tchad, la France a tenu et tient un rôle difficile dans un environnement miné de toutes parts.

On peut dire tout ce que l'on veut de la France: elle a bon dos.
Il n'en reste pas moins qu'au Rwanda, comme en Côte d'Ivoire, elle a assumé des responsabilités et essayé de contribuer à une issue politique, le dernier et plus important en date via l'accord de Marcoussis - entre les belligérants Ivoiriens - qui a eu le mérite d'exister, même s'il a fait long feu.
Mais elle n'est en aucun cas responsable de la duplicité de ceux qu'elle aide.

S'agissant du Tchad, Deby a été élu par deux fois. Il possède, a minima, cette légitimité.
Elle lui est reconnue par l'Union Africaine.
La France peut-elle faire moins?
L'Union Africaine n'est pas l'instrument des puissances occidentales en général et de la France en particulier.

Par contre, la démocratie africaine n'est pas dévoyée que par les pouvoirs en place mais, souvent, dans la pire caricature, par les opposants qui trouvent là manière de déstabiliser et de précipiter dans la haine inter-ethnique et le sang, le sort de leurs nations.
Il doit nous importer davantage que le sort des régimes en place.
Mais il n'est pas démontrable que l'un ne soit pas lié à l'autre.

La France est dans son rôle quand elle se tient dans la ligne qui est la sienne au Tchad.
Je pense même qu'elle dans sa dignité.
Tous ne peuvent pas dire la même chose, même en se drapant - comble de cynisme de la part de rebelles liés à un régime qui a purifié son état fédéral et déplacé des centaines de milliers de personnes - de discours droits de l'hommistes.

En entendant, samedi soir, sur FR3, le représentant des rebelles à Paris assurer que les intentions de la rebellion était l'instauration d'un état démocratique, respectueux des droits de l'Homme, je n'ai pas pu m'empêcher de penser que cette assurance-là était un argument de marketing ajouté à l'intention de l'opinion publique française.
Je pensais, en écoutant le représentant de l'opposition, à ces pauvres hères chassés de leurs villages détruits, et parqués à la frontière du Tchad et à leurs droits à eux, trop longtemps foulés et qui sont suspendus, l'opération lancée contre N'Djamena ayant empêché le déploiement de l'Eufor.

La Constitution de la République Démocratique du Soudan est un modèle en matière de droits de l'Homme. Son article premier dispose :

Le Soudan est un pays où la majorité des citoyens sont musulmans. Quant aux chrétiens et aux adeptes des religions traditionnelles, ils sont pris en considération.
Il faut entedndre, peut-être, que les "jajaouis", avec leurs chevauchées meurtrières et terrifiantes, ont participé sans doute à cette "prise en considération"....

Les rebelles Tchadiens sont armés par le Soudan. Il est difficile d'imaginer que cela puisse être sans contrepartie...

L'Afrique a besoin d'intellectuels de haut niveau et de leur autorité car ils existent déjà. Elle a besoin d'une conscience d'elle-même élevée, ce à quoi l'Union Africaine doit contribuer, plus que de chefs de rebellions, de mouvements propagandistes, de gens à solde, de coupeurs de route et de profiteurs pour qui le seul chaos, alimenté par une désinformation outrancièrement partisane, est profitable.