19.05.2008

Double langages, multiples réalités

Le Jerusalem Post, dans sa "une" du jour, fait état d'une possible incursion de Tsahal à Gaza. « Bien que des responsables du ministère de la Défense aient annoncé dimanche qu'il y avait des chances pour qu'Israël accepte un accord de cessez-le-feu dans la bande de Gaza par l'intermédiaire de l'Egypte, le ministre de la Défense Ehoud Barak, lors d'une réunion avec la délégation du congrès américain, n'a pas fait mention d'un cessez-le-feu mais a évoqué à la place une possible incursion militaire de grande envergure », indique-t-il.

Si l'Etat hébreu, dont on peut concevoir la légitime impatience à obtenir une cessation des tirs de roquettes Kassam à l'encontre de sa population, veut envenimer la situation, discréditer l'autorité palestinienne, fragiliser l'Egypte au moment où elle porte un projet de trêve négociée, justement, avec le Hamas, réduire à néant toutes les tentatives, y compris française, de renouer les fils du dialogue, et jeter finalement cette région dans les bras des islamistes d'Al-Qaïda - qui n'appelle qu'à prendre en main la lutte contre Israël-, il ne s'y prendrait pas autrement.

Si l'hypothèse évoquée par la presse israélienne se confirme et qu'une incursion militaire d'envergure est engagée dans la bande de Gaza, Israël commettrait là, après la guerre de 2006 au Liban, une erreur considérable parce qu'elle intervient au pire des moment et au pire des endroits.
Peu de choses résisteraient, dans la région, à l'effet de souffle que provoquerait une opération militaire d'envergure sur cette enclave coupée du monde et affamée, fief du Hamas et d'autres factions islamiques.

Si l'Etat hébreu, dont on peut certes concevoir la légitime impatience à obtenir une cessation des tirs de roquette Kassam à l'encontre de sa population, veut en effet jeter cette région dans les bras des islamistes radicaux d'Al-Qaïda qui ne demandent, depuis quelques temps que ça, il ne s'y prendrait pas autrement.
On a du mal à penser que ce soit une stratégie viable, particulièrement au moment où l'Etat hébreu célèbre son 60e anniversaire.

Les dirigeants israéliens vivent-ils sur une autre planète?
S'ils entrent dans cette guerre, ils porteraient atteinte à de très rares alliés arabes dans la région.
L'Egypte, d'abord, qui se trouverait fragilisée et trahie devant sa population au moment où elle tracte, sur son territoire, des négociations avec le Hamas, cela au moment même où Ben Laden en appelle les musulmans égyptiens au djihad pour "lever le blocus de Gaza".
Mais aussi le Liban, cela alors que les âpres discussion de Doha, qui entretient des rapports décrits comme pragmatiques avec Israël, visent à rétablir la souveraineté du Liban et à normaliser les relations inter-politiques. Ces efforts considérables, seraient ruinés, soufflés pour ainsi dire, par le simple fait de redonner au Hezbollah son unique catalyseur et de le rétablir dans sa posture anti-sioniste.
Mais aussi, sans doute, la Jordanie. Et d'autres...
Que dire, également, dans un tel cas, de la communauté internationale, UE comprise.

A moins qu'Ehoud Barak ait entrepris de savonner la planche pour son Premier ministre, Ehoud Olmert, puisqu'il a considéré, toujours aujourd'hui, en marge de la rentrée parlementaire à la Knesset, que des élections législatives anticipées devraient avoir lieu en 2009.
De son côté, selon la presse israélienne, le président de l'Autorité Palestinienne, Mahmoud abbas a déclaré que "le processus de paix avait échoué", selon un article publié lundi dans le quotidien Al-Quds al-Arabi.
Apparemment, tout ce beau monde se rend, avec impatience et au risque de fragiliser l'ensemble des intervenants qui se sont engagés dans des médiations, à un sinistre désir de violence.
De tout cela émane une singulière odeur de décomposition.

22.04.2008

Le signal du Hamas

Il suffit d'entendre la réaction d'Al-Qaïda, par la bouche de Monsieur Ayman Al-Zawahiri, pour mesurer, fondamentalement, l'importance de la position exprimée par M. Mechaal, chef du Hamas, même si celle-ci conserve encore quelques ambiguïtés.
Mais se pourrait-il que toutes soient levées immédiatement?
Le Hamas, que j'ai souvent critiqué, ici ou ailleurs, présente une opportunité.
Faut-il la saisir? Probablement.
Faut-il la négliger? Certainement pas.
Cette précaution est d'autant plus utile et sensée que l'organisation al-Qaïda, qui conspue partout et particulièrement en Irak, la démocratie et la souveraineté du peuple, a compris, elle, me semble-t-il, la portée de l'engagement pris par le Hamas qui «respectera la volonté nationale palestinienne, même si celle-ci va à l'encontre de nos convictions».
C'est un signal "politique" éminent qui est adressé par Khaled Mechaal et il pointe au delà de l'intérêt national palestinien, même s'il se fonde à ce niveau. Le Hamas vient de dire qu'il se dégage d'un dispositif insidieux et contribue, profondément, à contrecarrer l'entreprise de pan-islamisme mise en oeuvre et supportée par al-Qaïda et Téhéran.

L'appel lancé aujourd'hui même par M. Al-Zawahiri afin de rallier "l'insurrection" témoigne de la conscience aiguë, selon moi, qu'a al-Qaïda des éléments qui lui échappent peu à peu. Aussi, n'en est-il qu'à lancer une prédication "sur le crainte de la question d'Allah (le jour du Jugement dernier) sur son échec à soutenir ses frères "moudjahidines" et à influencer "la presse de ne pas retenir hommes et argent, qui sont le pilier de la guerre".
Cette opération de communication prouve qu'un certain nombre d'éléments commencent à lui échapper. Parmi eux, certainement, la résistance des Irakiens eux-mêmes au destin "céleste" qu'on veut leur imposer.
Ils ont peut-être envie, tous ces gens, de manger, travailler, dormir, vivre en paix et de pouvoir élever leurs fils et filles.
Le paradoxe, mais ce n'en est pas un, c'est qu'Al-Qaïda, sunnite, engage ses forces pour faire triompher la révolution islamique chiite iranienne. Ce qui me fait dire que les deux "révolutions" en question oeuvrent à leur unification.

Si le Fatah et le Hamas entendent désormais consolider leur dispositions respectives, et sceller l'unité et le dessein de la nation palestinienne, les deux formations devraient travailler d'unisson à l'élaboration de la Constitution du futur Etat palestinien.
C'est un acte de confiance auquel l'un comme l'autre, dans ce qui est susceptible de les rapprocher, devraient apporter leur contribution exigeante.
L'essence précède l'être.
Une tel effort, même avant que soient réglées toutes les questions physiques de la création de l'Etat et de son rapport aux Etats voisins, fournirait une substance vitale et exemplaire au processus natif et participerait immanquablement, en formant un corpus légal, au préalable des reconnaissances entre dignités mutuelles.
Quand il est difficile de se situer et de s'accomplir au "sort commun", il faut s'évertuer de le faire au "sort supérieur".
Ce qui se rapporte à l'établissement des nations y est propice.

05.03.2008

Il manque aux Palestiniens une révolution fondatrice

Sombre scénario: la situation se dégrade toujours à Gaza et le Hezbollah libanais, maintenant, vole à l'aide du Hamas.
Ce mouvement islamique, lié à Téhéran, a appelé aujourd'hui le secrétaire général de l'ONU Ban Ki-moon, qui a récemment dénoncé les menaces proférées par le mouvement chiite libanais contre Israël, à être plus objectif et à tenir compte du droit à la "légitime défense". - source AFP

M. Ban s'était déclaré, le 14 février dernier, "préoccupé par les menaces de guerre ouverte lancée contre Israël" le 14 février par le chef du Hezbollah, Hassan Nasrallah.
Il a estimé qu'il s'agissait d'"une rhétorique qui allait à l'encontre de la résolution 1701 qui vise à obtenir un cessez-le-feu permanent".

Tout cela nous montre que nous sommes bien dans un champ de grandes manoeuvres et qu'il faut les prendre très au sérieux car la minuscule enclave de Gaza n'a pas d'autre vocation, pour les Islamistes, que de devenir l'oeil d'une tornade dont ils espèrent qu'elle emportera tout sur son passage.

Les tirs de Katouchias, instrumentalisées par le Hamas, participent à maintenir un haut niveau de tension sur Gaza afin de réunir les conditions propices à faire déborder le conflit et à catalyser, d'une certaine manière, toutes les forces et frustrations potentielles.
La colère, l'indignation, le sentiment de victimisation porté au paroxysme, sont des vecteurs puissants. Ils le sont d'autant plus lorsqu'ils sont portés par le lyrisme et l'apologie sinistre des martyrs et le rêve, réveillé par le Hezbollah, de "divines victoires" succédant à d'autres "divines victoires".

C'est cette stratégie que les Palestiniens doivent mettre en échec. S'ils forment un peuple, c'est à eux que cela revient. S'ils veulent devenir une nation - aspiration noble et légitime - ils ne peuvent pas éluder leur responsabilité historique.

La guerre inter-palestinienne a été évitée jusque là.
Mais le problème de fond subsiste.
Les Palestiniens ont déjà choisi entre deux destins puisqu'ils ont élu à leur tête le chef de l'autorité palestinienne et ses équipes.
Cela ne suffit pas. On peut déplorer les affrontements fratricides comme la honte des honte, ils sont pourtant, parfois, nécessaires.

L'heure approche, il me semble, où le peuple palestinien devra trancher entre deux régimes, deux manières de concevoir leur nation et l'exercice de leur souveraineté: celui passant par un état modéré ou celui passant par un état extrémiste.
Les deux sont incarnés à quelques kilomètres de distance, actuellement, par la président de l'autorité palestinienne, et par Ismaël Haniyeh, leader du Hamas.
Ils sont aussi dissemblables qu'incompatibles.

La tragédie palestinienne tient surtout à cette incompatibilité de plus en plus saillante.
Une nation qui tranche ce type de dilemme ne fait pas autre chose qu'une révolution fondatrice.
C'est elle qui manque cruellement aux Palestiniens.
Dans le cas contraire, Gaza, comme un trou noir, engloutira le destin de la Palestine et tous les processus de paix qui vont avec.

02.03.2008

De la chair à Coran

La politique du Hamas à Gaza est celle du forcené.
Contrairement aux apparences, les lanceurs de roquette ont pour objectif l'autorité palestinienne plus que l'Etat d'Israël. En fait, le cycle de la violence initié depuis plusieurs mois par le Hamas qui a investi, dans les conditions politiques liées à une défaite électorale l'enclave gaziote, sert de rampe de relance au mouvement islamique.
Il n'a pas admis sa défaite politique.
Il l'a transforme donc et rien de ce qui se passe à Gaza depuis n'est dû, de ce point de vue, au hasard mais est parfaitement réfléchi à la fois en terme de processus et de conséquences.

Il a quelques semaines, la brèche ouverte dans la frontière avec l'Egypte et la brusque tension qui s'en est suivie, toujours sur fond d'un blocus servant de prétexte et de tirs de roquettes sporadiques qui obligent Israël à le maintenir puis le durcir, constituait un premier acte.
Il était destiné à marquer et attiser fortement les solidarité inter-arabes dans la région et focaliser l'attention et la révolte des populations arabes sur l'ennemi sioniste.
Pendant ce temps, en quasi abstraction du Hamas, et avec pour objectif la création de l'Etat Palestinien, M. Abbas et l'autorité palestinienne négociaient dans le cadre de l'accord d'Annapolis.
A cette heure là, l'objectif d'une résolution politique par la voie rationnelle semblait progresser positivement, chacun des protagonistes étant prêt à des concessions territoriales, économiques et politiques.

Las, la nouvelle tension à Gaza, avec un déchaînement de violence qui replace le Hamas en hérault de la lutte contre les juifs qui "souillent la terre d'Islam" au centre du jeu, met l'autorité palestinienne dans une forme d'impasse et paralyse ses leaders.
Les tirs de Katiouchas sur plusieurs villes juives frontalières ont repris.
La riposte israélienne à ce harcèlement est légitime, indiscutablement.
Mais elle est peut-être démesurée, ce qui peut être discuté. Le Conseil de Sécurité est saisie. La communauté internationale s'émeut.
Le jeu redevient ce qu'il a toujours été et ce qu'il doit toujours rester pour assurer au Hamas et généralement aux Islamistes la pérénité à laquelle ils aspirent.
C'est le résultat que vise le Hamas, organisation militaro-religieuse.
Dans les décombres, reprendre la main.
Pendant ce temps, Ahmadinejad est en Irak et construit son arc chiite.
Le Liban sombre chaque jour un peu plus sous l'emprise du Hezbollah.
Le terrorisme et le fanatisme prospèrent sur des ressorts dont on pouvait espérer, finalement, que tellement usés, ils ne permettraient plus à de tels mécanismes de fonctionner.

Ne pas s'y tromper, pourtant: en dépit du dégout naturel qu'inspirent les victimes civiles, les tirs de roquette du Hamas visent l'autorité palestinienne même si c'est parfois la population civile de Gaza, et certains de ses enfants, qui paient, en rétorsion, l'addition de ce jeu d'échec politico-terroriste.
Aujourd'hui, les pourparlers sur le processus de paix sont gelés et la perspective de l'avènement d'un état palestinien viable pour la fin 2008 a pris des éclats de roquette dans l'aile.
Ha, si j'étais Gazzaoui, Palestinien, si j'étais Libanais, Iranien ou Irakien, je me sentirai comme un pauvre pion dans le grand jeu de la stratégie pan-islamique, avec ses ordres de martyrs, ses kamikazes promis aux vingt vierges, et sa vision du temps qui sacrifie, ensanglante et bouleverse le présent.
De la véritable chair à Coran.

07.02.2008

Plus qu'irréversible, imminent

Encore une fois, même si la paix semble effectivement plus proche que jamais en dépit de l'activisme du Hamas - ou sans doute grâce à cet activisme sanglant -, on ne peut que constater avec effarement, combien la polémique fait rage lorsqu'il s'agit d'Israel et des Palestiniens.
J'ai parcouru quelques forums et on y retrouve toujours les mêmes arguments favorables aux martyrs et aux extrêmistes, la légitimité de la lutte armée, la même haine d'Israël, des Etats-Unis, des régimes arabes modérés.
Pour beaucoup, le pire serait que la création de l'Etat palestinien survienne avant le départ de George Bush.
C'est dire l'enjeu.

Le processus d'Indianapolis n'apporte vraisemblablement pas toutes les solutions à tous les problèmes. Il intervient pourtant au moment où une conscience nationale est à même de se faire jour en Palestine. Une conscience nationale fondée sur la raison politique, sur la négociation, sur le rude chemin de la reconnaissance des intérêts mutuels qui donne son sens à la préalable reconnaissance mutuelle du droit à l'existence entre deux états cohabitant en paix dans cette région.

Cette conscience, si elle se consolide, est la seule chose qui manque au processus de paix. Car les Palestiniens, qu'il s'agisse de ceux de Cisjordanie ou de ceux de Gaza, sont las de cette guerre dont ils ont du mal à savoir qui elle oppose vraiment.
Ils n'aspirent qu'à pouvoir assister à l'avènement de leur nation, à l'acquisition de la souveraineté et de la dignité qu'elle leur confèrera.

Le Hamas, en radicalisant sa position, a rendu un service à la future nation palestinienne. Le sort de la population gaziote, avec ses familles et ses commerçants réels, ses enfants, ses vieillards, avec ses besoins vitaux, lui importe peu. Sa politique, entre la frontière avec l'Egypte et celle d'Israël, c'est celle du forcené entre ses quatre murs.
Son discours n'a pas perdu encore toute sa portée.
En effet, lui se voue à une nation imaginaire qu'il voit triompher d'Israël, repoussant ses habitants, leur histoire tout aussi légitime que celle des Palestiniens, à la mer.
Il tient un discours de la pureté de la terre d'Islam.
Celui-ci est à ce point incompatible avec la réalité qu'il faut à ce régime politique son lot de martyrs, prêts à se faire exploser sur commande, pour se donner l'illusion d'une prise concrète sur l'histoire.

Oui, l'histoire est tragique par nature, mais les islamistes et le Hamas en l'occurrence, veulent la rendre plus tragique que nécessaire. L'étourdir, par le sang et les prédications vindicatives.

Bien sûr, il est possible que chaque kamikaze qui se fait exploser soit remplacé par un autre.
C'est la promesse de la Terreur.
Mais une nation qui, disposant d'un autre mode pour accéder à la souveraineté, choisit d'abreuver sa terre par le sang de ses propres enfants n'est pas une nation: c'est une démence. Et les démences s'achèvent d'elles-mêmes parce qu'elles apparaissent un jour pour ce qu'elles sont.

L'autorité palestinienne, avec son président Mahmoud Abbas, est dans le temps de la reconquête. Sa conduite, son implication sérieuse dans le processus d'Indianapolis confine chaque jour un peu plus le Hamas.
Cela me semble plus qu'irréversible, imminent.