13.05.2008
Liban: retrouver l'autorité du pacte national
C'est au moment les plus critiques que les gestes prennent leur plus grande valeur. Aussi, s'il semble toujours aussi illusoire de voir le Hezbollah et sa puissante milice se conformer aux résolutions de l'ONU appelant à son désarmement, qui constitue le noeud gordien de la situation politique libanaise, il incombe désormais aux autres factions, pro-gouvernementales, sunnites, druzes, chrétiennes, d'accomplir publiquement ce geste solennel en remettant leurs armes aux forces armées régulières, qui, selon les propres termes du président Sarkozy dans son message au Premier ministre Siniora, doivent être seules à avoir « le monopole de l'usage de la force ».
Dans l'actuel contexte libanais, où persiste un risque d'escalade dont chacun ignore où il peut conduire, c'est pourtant la seule stratégie viable.
Une telle initiative, prise par les responsables des diverses forces politiques devant la Nation, marquerait en effet fortement les esprits et placerait le Hezbollah, s'il persistait à s'y refuser, dans une situation où sa puissance paramilitaire finirait par jouer contre lui, puisque ses ennemis s'effaçant devant lui, il se trouverait, sur-armé mais nu, en face du peuple libanais pris à témoin.
A l'instar du jugement de Salomon, celui qui, aujourd'hui, aime le plus sa nation, est celui qui sait se faire violence jusqu'à transférer sa capacité belligérante à l'armée libanaise pour s'en remettre et renforcer la légitimité des institutions. Cela serait d'une haute valeur constitutionnelle et patriotique.
L'armée deviendrait, dès lors, la garante de la sécurité de ces groupes dits « pro-gouvernementaux » et du besoin de cohésion nationale.
Cette opération de désarmement, nécessitant un accord politique préliminaire, ne va pas de soi.
Pourtant, une telle initiative isolerait, si ce mouvement persistait à s'arroger un rôle militaire parallèle, le Hezbollah sur la scène libanaise, en le plaçant devant ses contradictions, peut-être ses machinations, et en lui retirant le champ de bataille sur lequel sa posture et sa propagande font illusion, puisque se nourrissant de violence, il la recherche et la provoque et exploite ce climat « défavorable » comme justification à sa militarisation.
Au terme de ce désarmement, il reviendrait au peuple par un référendum de trancher l'ultime question en imposant au Hezbollah qu'il transfère lui aussi sa puissance armée à l'institution militaire et qu'il lui impose l'autorité de sa vision du pacte national.
Nul ne peut, indéfiniment, se dérober à la volonté du peuple.
Le Liban, dit-on, est un concentré des problèmes du Moyen-Orient. Il procurerait, dès lors, un signal remarquable et exemplaire, sensible peut-être jusqu'en Irak confronté lui-aussi, dans des termes quasi-identiques, au jeu paramilitaire de l'armée du Mahdi.
La nation libanaise, dont trop disent qu'elle est une fiction, aurait ainsi triomphé et manifesté le fait qu'elle est réelle et authentiquement souveraine.
Selon le quotidien "L'Orient-Le Jour" de ce lundi 12 mai 2008, le Premier ministre Fouad Siniora a envisagé, dimanche, la démission. Le quotidien libanais rapporte dans ces colonnes : « Même Israël n'a pas osé faire ce qu'ils ont fait », a déploré hier Fouad Siniora, qui a présidé, tard en soirée, une réunion ministérielle à l'issue de laquelle l'option de la démission, un temps envisagée, a été écartée. Cette renonciation serait le "résultat de tractations intenses, tant internes qu'externes, notamment avec Nicolas Sarkozy et de nombreux responsables arabes, dont le souverain jordanien et l'émir qatari.".
Preuve que le chef de l'Etat français est parfaitement actif dans ce dossier.
L'armée libanaise a averti mardi que ses soldats auront recours à la force si nécessaire pour rétablir la loi et l'ordre dans le pays. L'armée souligne que cette directive est effective à partir de 6h00 locales (5h00 françaises) ce mardi et appelle les différentes parties à coopérer.
L'armée a déclaré que ses soldats allaient empêcher l'usage illégal des armes à feu dans le pays, une tâche dantesque étant donné l'arsenal dont dispose les Hezbollah pro-iranien, souligne l'Agence France Presse.
08:50 Publié dans Politique | Lien permanent | Commentaires (0) | Envoyer cette note | Tags : Liban, Hezbollah
09.05.2008
Liban: le peuple souverain
Il n'y a pas de solution militaire d'interposition au Liban. Elle ne ferait, en effet, qu'exacerber les tensions, dégrader la situation interne et exposer, encore et toujours, le Liban à des ingérences et des interférences qui sont déjà ses plaies.
La seule issue, en fait, réside dans l'expression des Libanais eux-mêmes. C'est la raison pour laquelle pour obtenir une perspective durable, il faudra passer par les urnes. Soit par des élections générales anticipées – qui constituent cependant un déni par rapport au législatives de juin 2005 - soit par l'organisation d'un référendum, qui pourrait être ouvert à la diaspora qui a fui le Liban et attend, peut-être, des conditions propices, ou au moins encourageantes, pour y revenir.
J'ignore ce que prévoit la Constitution libanaise, mais si un pays au bord de la guerre civile ne dispose pas d'un moyen de faire trancher au peuple le noeud gordien qui l'étouffe, alors la démocratie peut désespérer d'elle-même.
Les Libanais méritent un avenir qu'ils sont à même de déterminer et, si les Nations Unies ont une mission, c'est le cas échéant, d'assurer la transparence et de garantir, devant le peuple libanais, la bonne tenue d'une telle consultation.
Dans ce cas, le gouvernement et les partis politiques devraient s'entendre pour organiser un référendum autour des questions vitales. Il en est une de centrale:
-celle de la coexistence d'un gouvernement légitime avec une milice?
Mais organiser un référendum, c'est donner la parole au peuple libanais pour qu'il ait sinon le dernier, le meilleur mot.
Cela suppose un préalable: que le verdict des urnes soit respecté.
Or, force est de constater que le résultat des législatives de juin 2005, qui ont pourtant donné une large victoire à la coalition de la Révolution de Cèdre, n'ont pas débouché sur la promesse qu'elle portait.
En définitive, même si on peut mettre en avant la complexité et la volatilité des alliances, la fragilité institutionnelle, la souveraineté du peuple a été entravée, voire sacrifiée à des intérêts dont j'ai peine à dire qu'ils lui sont supérieurs.
Par conséquent, compte tenu de ce précédent, les partis en présence devraient s'engager sur le respect de l'expression qui sortira des urnes et s'y tenir. Ceux qui ne se plieraient pas à la volonté générale se disqualifieraient par eux-mêmes.
S le peuple demande au Hezbollah de renoncer à son armement, le Hezbollah doit s'y soumettre et l'armée régulière, dans ces conditions, doit garantir – c'est son rôle et sa grandeur, aussi – cette démilitarisation au nom du peuple, pourquoi pas alors, en liaison avec la FINUL.
L'autorité du Général Sleimane, pressenti comme postulant au poste de président de la République, pourrait servir cette transition qui ne ferait qu'ordonner le pays avec la résolution 1680 de l'ONU.
Le peuple libanais ne se trahirait pas en réaffirmant ce qu'a prôné l'ONU pour le bien de cette nation.
16:25 Publié dans Politique | Lien permanent | Commentaires (0) | Envoyer cette note | Tags : Liban, Hezbollah, FINUL
La part du Hezbollah
Le Liban a cessé de s'appartenir à lui-même depuis de trop nombreuses années. Il est depuis plusieurs dizaines d'années au centre ou la périphérie d'un jeu d'influences qui semble inépuisable, mais qu'il faudra pourtant au peuple libanais épuiser.
Est-ce à dire que la nation est inexistante et n'a jamais existé et que ces guerres civiles successives qu'il faut déplorer sanctionnent le fait que ce pays est une « construction », imposée par les Occidentaux, donc vouée à disparaître ?
La société libanaise a pourtant existé et était près de trouver un équilibre. De nombreux Libanais, quelle que soit leur confession, leur identité, aspirent à vivre ensemble, en toute indépendance.
C'était, il me semble, l'image forte qu'il y avait retenir, car toutes ne mentent pas, de ce 14 mars 2005 durant lequel le peuple et la jeunesse libanaise, se rendirent sur une place célèbre de Beyrouth pour engager ce que l'on appelait « la Révolution du Cèdre ».
Cet élan vital, national, n'était pas un mirage.
Les élections qui ont suivi non plus.
Elles ont été marquées par une victoire des anti-syriens, puisque le clivage est là. Associés dans la coalition du 14 mars réunie autour du Courant du Futur de Saad Hariri.
Les résultats de ces élections étaient nets : 56,7% pour cette coalition, 27,4% pour le Bloc de la Résistance et du Développement (Hezbollah + Amal + Parti social nationaliste syrien) et 16,7% pour le Courant Patriotique Libre du général Michel Aoun, qui est entré alors dans une alliance atypique avec les pro-Syriens. Normalement, la volonté du peuple qui s'est exprimée là aurait dû se traduire par la renaissance et la refondation du Liban.
Il faut voir et admettre la vérité : ce Liban « neuf » a des ennemis irréductibles. A quoi le mesure-t-on ? Peut-être au nombre de crimes et assassinats privant le mouvement qui était né le 14 mars 2005 de ses voix, de ses consciences, de ses figures historiques, ce dans les médias, au parlement, parmi les intellectuels, les magistrats.
L'entreprise de démolition a porté ses fruits. Le Liban est passé du rêve au cauchemar. Dans ce processus, la guerre déclenchée en 2006 par le Hezbollah est un "moment" déterminant, mais elle ne visait pas Israël. Elle visait le gouvernement légitime en jouant sur la capacité de résistance du mouvement Hezbollah comme un agrégateur.
La provocation militaire du Hezbollah à la frontière avec Israël avait une visée politique intérieure, puisqu'elle a réussi d'abord à entamer l'autorité du gouvernement, à le placer dans une situation intenable et à mettre le rêve d'indépendance sous l'eau au nom d'une posture « résistante », très arrangeante, à l'emprise sioniste.
Tsahal y a répondu, tête baissée, au delà de toute espérance en donnant au "parti de Dieu" une aura qui est portant surfaite.
Que reste-t-il aujourd'hui de ce Liban du 14 mars 2005 ? Plus encore, qui a déchiqueté la réalité naissante de ce Liban libre et prospère pour le rendre aux combats de rues, à ses vieux antagonismes et à ses instrumentalisations ?
On ignore quelle est l'oeuvre de Dieu, mais on connaît ici ce qu'est la part du parti qui se réclame de lui.
Reste comme une persistance "rétinienne", en dépit du viol répété de la souveraineté libanaise et des oukazes du Hezbollah: celle d'une Révolution du Cèdre qui ne doit pas mourir.
14:25 Publié dans Politique | Lien permanent | Commentaires (0) | Envoyer cette note | Tags : Liban, Hezbollah
08.05.2008
Liban: Régression absolue
Il a suffi d'un été meurtrier pour que le Liban, qui se relevait enfin d'une longue guerre civile et renouait avec la croissance économique et un désir de démocratie et de souveraineté, redevienne un pays de décombres, de ruines et de violences.
Il faudra remercier le Hesbollah, à qui le Liban doit "une divine victoire" qui s'accompagne d'une régression absolue jusqu'alors symbolisée par paralysie du gouvernement, privé de président de la République.
Hassan Nasrallah, après avoir soumis le pays à une guerre destructrice, qui a littéralement détruit la renaissance et la croissance économique dans laquelle le Liban était engagé, accompagne la stratégie de décomposition menée par la Syrie et l'Iran sur le Liban.
Les violences d'hier marquent cette volonté de traduire l'impasse dans la rue en débordant le statu quo institutionnel imposé depuis plusieurs mois par les forces pro-syriennes.
Dès lors, la Confédération générale des travailleurs au Liban (CGTL) a pris une responsabilité considérable en organisant cette grande manifestation de revendication salariale. Il faudra que cette organisation assume cette initiative dans l'ensemble de ses conséquences.
Ou il s'agit d'irresponsabilité ou d'une manoeuvre concertée, pour servir les intérêts de l'opposition chiite pro-syrienne et précipiter la chute de Beyrouth.
Il est impossible de croire, dans le contexte du Liban, que la confédération syndicale n'ait pas mesuré l'incidence possible, y compris en terme de violences et de récupération, de son appel à la grève.
Il faudra quand même expliquer comment un peuple, y compris dans sa diversité confessionnelle, pourrait accepter, parce qu'il est sa composante chiite, qu'un Etat dans l'Etat s'installe, nanti de sa propre force armée, nanti de sa capacité de déclarer, de fait, la guerre - ce qu'a fait le Hezbollah au cours de l'été 2006, en provoquant Israël - d'installer son propre réseau de télécommunication, et d'utiliser la grogne sociale comme vecteur pour faire tomber le gouvernement.
Il faudra expliquer comment une telle force, liée à la Syrie et à l'Iran, qui ont armé ces bras, ne peut pour exister s'inscrire dans le désordre constitutionnel et menacer le gouvernement.
Il faut qu'un peuple - et la nation qu'il est censé former et honorer - soit tombé bien bas dans l'idée qu'il se fait de lui-même, de son devoir moral, pour imaginer qu'une majorité puisse accorder crédit à ce viol. Car, que les pro Nasrallah, les étudiants, cités ici, le peuple "qui souffre" et à qui le Hezbollah a vendu la sinistre fierté d'un "divine victory", en soient bien conscients, il s'agit d'un nouveau viol de la souveraineté nationale du Liban.
Les manoeuvres du Hezbollah destinées à étouffer la pluralité de la démocratie libanaise devraient inspirer une vive réprobation, même parmi les Chiites. Surtout chez eux, d'ailleurs.
Ce n'est pas à autre chose qu'à la façon dont on protège sa nation historique, même si elle est jeune, qu'elle est née de toutes sortes d'accidents et de rencontres, que l'on évalue son patriotisme.
12:40 Publié dans Politique | Lien permanent | Commentaires (0) | Envoyer cette note | Tags : Liban, Hezbollah, Hassan Nasrallah
05.03.2008
Il manque aux Palestiniens une révolution fondatrice
Sombre scénario: la situation se dégrade toujours à Gaza et le Hezbollah libanais, maintenant, vole à l'aide du Hamas.
Ce mouvement islamique, lié à Téhéran, a appelé aujourd'hui le secrétaire général de l'ONU Ban Ki-moon, qui a récemment dénoncé les menaces proférées par le mouvement chiite libanais contre Israël, à être plus objectif et à tenir compte du droit à la "légitime défense". - source AFP
M. Ban s'était déclaré, le 14 février dernier, "préoccupé par les menaces de guerre ouverte lancée contre Israël" le 14 février par le chef du Hezbollah, Hassan Nasrallah.
Il a estimé qu'il s'agissait d'"une rhétorique qui allait à l'encontre de la résolution 1701 qui vise à obtenir un cessez-le-feu permanent".
Tout cela nous montre que nous sommes bien dans un champ de grandes manoeuvres et qu'il faut les prendre très au sérieux car la minuscule enclave de Gaza n'a pas d'autre vocation, pour les Islamistes, que de devenir l'oeil d'une tornade dont ils espèrent qu'elle emportera tout sur son passage.
Les tirs de Katouchias, instrumentalisées par le Hamas, participent à maintenir un haut niveau de tension sur Gaza afin de réunir les conditions propices à faire déborder le conflit et à catalyser, d'une certaine manière, toutes les forces et frustrations potentielles.
La colère, l'indignation, le sentiment de victimisation porté au paroxysme, sont des vecteurs puissants. Ils le sont d'autant plus lorsqu'ils sont portés par le lyrisme et l'apologie sinistre des martyrs et le rêve, réveillé par le Hezbollah, de "divines victoires" succédant à d'autres "divines victoires".
C'est cette stratégie que les Palestiniens doivent mettre en échec. S'ils forment un peuple, c'est à eux que cela revient. S'ils veulent devenir une nation - aspiration noble et légitime - ils ne peuvent pas éluder leur responsabilité historique.
La guerre inter-palestinienne a été évitée jusque là.
Mais le problème de fond subsiste.
Les Palestiniens ont déjà choisi entre deux destins puisqu'ils ont élu à leur tête le chef de l'autorité palestinienne et ses équipes.
Cela ne suffit pas. On peut déplorer les affrontements fratricides comme la honte des honte, ils sont pourtant, parfois, nécessaires.
L'heure approche, il me semble, où le peuple palestinien devra trancher entre deux régimes, deux manières de concevoir leur nation et l'exercice de leur souveraineté: celui passant par un état modéré ou celui passant par un état extrémiste.
Les deux sont incarnés à quelques kilomètres de distance, actuellement, par la président de l'autorité palestinienne, et par Ismaël Haniyeh, leader du Hamas.
Ils sont aussi dissemblables qu'incompatibles.
La tragédie palestinienne tient surtout à cette incompatibilité de plus en plus saillante.
Une nation qui tranche ce type de dilemme ne fait pas autre chose qu'une révolution fondatrice.
C'est elle qui manque cruellement aux Palestiniens.
Dans le cas contraire, Gaza, comme un trou noir, engloutira le destin de la Palestine et tous les processus de paix qui vont avec.
15:05 Publié dans Politique | Lien permanent | Commentaires (0) | Envoyer cette note | Tags : Gaza, Palestine, Hamas, Hezbollah


