24.05.2008

Plusieurs printemps

L'opération dite « Mère des deux printemps » à Mossoul a permis de démanteler le réseau d'Al-Qaïda. 1.480 personnes ont été arrêtée, dont 300 suspects qui étaient recherchés.
"Des dirigeants importants d'Al-Qaïda, dont des responsables militaires, des responsables du renseignement, ainsi que des membres des groupes (insurgés sunnites) Ansar Al-Sunna, Jaich Al-Moujahidine (Armée des Moujahidine) et de la Brigade de la révolution 1920 figurent parmi les personnes arrêtées", a déclaré le porte-parole du ministère de l'Intérieur irakien.
Soutenue par l'armée américaine, l'armée irakienne a mené depuis le 14 mai à Mossoul, à 370 km au nord de Bagdad, une vaste offensive contre la branche irakienne d'Al-Qaïda, très active dans cette région.
Les opérations menées aujourd'hui dans les quartiers chiites de Bagdad, survenant après la « pacification » de Sadr City, témoignent de la reconquête du gouvernement Maliki sur des zones où jusqu'à présent il n'avait pas droit de cité.
Les réseaux chiites et ceux d'Al-Qaïda et de l'insurrection sunnite ont représenté, depuis 2003, les deux mâchoires qui enserraient littéralement le pays et ont paru, un temps, en mesure de le déchiqueter.
En quelques semaines, pourtant, l'étreinte de ces deux mâchoires est en passe d'être desserrée.

Cela permet d'ores et déjà aux Américains de considérer la possibilité d'alléger leur dispositif en Irak d'un quart. Le général Petraus, qui supervise les opérations militaires dans la région, l'a lui même dit, il y a quelques jours, revenant sur sa précédente position qui avait consisté, il y a moins d'un mois, a préconiser devant le Congrès américain le gel du retrait des troupes. Il n'a pas été contredit par le département d'Etat.
C'est, il me semble, la preuve que la normalisation irakienne est en cours et qu'elle progresse réellement, avec désormais des résultats tangibles construits autour de l'idée de la souveraineté de l'Irak.

Parmi les éléments déterminants, il faut souligner la valeur de la position du grand ayatollah Ali Al-Sistani. Cet éminent dignitaire du clergé chiite irakien a reçu, à Nadjaf, le Premier ministre Al-Maliki, il y a peu, et a déclaré à cette occasion soutenir la légitimité du gouvernement, au grand dam de Moqtada Sadr et de l'armée du Mahdi qui désespéraient - désespèrent - du manque de soutien émanant du clergé chiite irakien à leur égard. Il faut se souvenir qu'au plus fort de la crise de Sadr City, l'iman Moqtada Sadr avait dénoncé, déjà, le manque de soutien de Nadjaf à sa cause s'indignant de le voir laisser mourir les siens sans bouger.

La paix est donc en train d'être gagnée, pas à pas, quartier par quartier, homme par homme et les démons s'enfuient. En se ralliant au gouvernement élu, en respectant la démocratie, le clergé chiite a scellé, peut-être, le sort des insurrections et favorisé les conditions d'un retour rapide à la normale.
Le spectre d'Al-Qaïda, vil ectoplasme, s'effiloche en cherchant déjà à se « rematérialiser » sur le conflit israélo-palestinien pour y accomplir le dessein qu'il n'a pu réaliser ni en Irak, ni en Arabie saoudite, ni au Pakistan. Il est condamné à vivre terré, comme une maladie maligne, aux fins fonds de l'Afghanistan.
Quant à l'Iran et à son rêve d'union chiite, il est dans une position qui justifie qu'il redoute désormais l'isolement. A la fois sur le Liban, sur la Syrie, qui en poursuivant des pourparlers de paix avec Israël «manque à ses engagement envers l'Iran», et sur l'Irak, il essuie des pertes d'influence.

La mécanique qui semblait pouvoir absorber la région se grippe. A ce titre, la menace de l’ayatollah Ahmad Khatami, proche du président Ahmadinejad et du Grand Ayatollah Ali Khamenei, guide de la Révolution, est éloquente. Il a dénoncé dans des termes vindicatifs, hier, un accord de sécurité que doivent signer le gouvernement irakien et les États-Unis sur la présence des troupes américaines dans ce pays.
Il a ajouté que l’accord prévoit que les forces américaines pourront lancer des attaques à partir de l’Irak «contre tout pays qui soutiendra les groupes terroristes». «C’est de l’esclavage sans fin, c’est la pire humiliation et servitude (...). Toute main qui signera un tel accord sera considérée par l’Iran comme un traître à l’islam, au chiisme et au peuple irakien», a-t-il notamment déclaré.

Ces prédications virulentes empêcheront-elles l'Irak de déterminer et ses alliances et son intérêt, librement et souverainement? Beaucoup d'éléments, dans l'actualité irakienne comme dans celle de l'ensemble de la région, semblent le démentir au point que, désormais, même des attentats terroristes, des tensions de l'Armée du Mahdi, qui pourront encore survenir, ne pourront remettre en cause la structure fondamentale de l'Etat irakien et sa légitimité, ni, celle du Liban, qui va élire son président demain, ni même empiéter, en dépit des difficultés, sur le destin de la Syrie et de la future Palestine.
Peut-être y-a-t-il, de fait, plusieurs printemps en gestation.

20.04.2008

Elements de Conversation

En réponse à djel d'algérie sur sa note "fièvre du pouvoir"
c'est bizarre,c'est vraiment bizarre, hier sadam le suniite a été jugé et exécuté pour avoir fait tué des chiites,et aujourd'hui al-Maliki le chiite, tue des centaines de ses frères chiites, fidèles à Sadr, c'est la fièvre du pouvoir n'est ce pas?

...

La fièvre du pouvoir toujours. Mais tout dépend où vous la situez.
Que réalise donc l'armée du Mahdi, sinon une tentative de prise de pouvoir?
Emprunte-t-elle la voix des urnes qui consiste à se présenter devant le suffrage de ses compatriotes?
Elle a décliné l'offre, au motif qu'elle entend conserver les armes.
Dans quel pays, quelle nation, se pourrait-il supporter une armée régulière et une milice?
Au Liban? En Palestine?
Vous voulez rajouter l'Irak? Peut-être l'Algérie?
Je serais à votre place très prudent.
D'ailleurs, votre propre gouvernement, en Algérie, a fort à faire avec les gens du GIA désormais vassalisés à Al-Qaïda.
La souveraineté des nations a une relation directe à l'orgueil national et l'orgueil national s'érige autour de principes très simples et très sobres qui sont à la base de l'Etat et de ses institutions.
Etes-vous sûr, si vous voulez un examen du sang sur les mains, que l'armée du Mahdi n'a pas répandu celui des Irakiens, indistinctement de leur foi?
Etes-vous sûr que les miliciens chiites de Badr ne l'ont pas fait non plus?
Ici, il faut exclure les "purs" djihadistes qui sont au delà de tout examen.
J'aimerais savoir ce que vous pensez de tout cela.

J'ai longtemps vu, dans la salle à manger de mon grand-père (une famille espagnole), le temps où j'étais petit, un grand tableau - une copie sans doute - représentant "la prise de la Kasbah", par Abd el-Kader. Ce tableau ayant disparu à sa mort, je ne me souviens pas du titre, mais il se pourrait bien que ce soit la Smala.
Mais longtemps, je me suis demandé ce qu'il faisait là.
L'émir était représenté triomphant sur un cheval, sans doute un pur-sang arabe, et il était flamboyant.

Dans une maison de Républicains espagnols, réfugiés en France, c'était un tableau très "paradoxal".
Plus tard, bien plus tard, lorsque l'Algérie a connu ses années de plomb, qu'on s'est mis à entendre parler des émirs du GIA, mon grand-père était mort, et son petit patrimoine subdivisé dans les successions, mais je me suis rappelé de ce tableau.
Et l'émir Abd El-Kader était devenu un proche, l'ayant déjeuneé et dîné si souvent sous sa représentation tant de temps. Alors j'ai recherché son histoire - articles, livres, films aussi - et j'ai trouvé que c'était un grand homme, lui, avec une fierté qui était une authentique droiture, y compris lorsqu'il capitula et après qu'il le fît, se rendant au Français.
J'observe que la France, l'Etat et ses officiers, lui ont témoigné du respect car tous, enfin beaucoup, sont toujours capables de voir le sens et la noblesse d'un combat, même quand il oppose.
"En 1860, lors des émeutes anti chrétiennes de Damas, il [l'émir Abd el-Kader] sauve plusieurs milliers de maronites. Mais, selon sa volonté, il se tiendra sur la fin de sa vie à l'écart de tout engagement politique."
Je doute, tout en espérant, que Moqtada Sadr soit de cette trempe.
Mais elle n'est pas donnée, cette grâce, à tant d'hommes.

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Eléments de conversation

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A ce que je sache, l'Irak n'est pas l'Algérie française. Vous dîtes n'importe quoi.
Si Moqtada Sadr a pu ressentir la joie, toute relative, de la vengeance en faisant prononcer son nom par les bourreaux de Saddam Hussein à son dernier instant de vie, il le doit aux Américains.
Les chiites ont laissé l'Amérique déboulonner l'ancien dictateur et ne se sont pas opposés à la progression de cette armée jusqu'à Bagdad.
Les troupes régulières de Maliki, les forces de police, les fonctionnaires, les irakiens eux-mêmes qui soutiennent ce gouvernement légitime, issu des urnes, ne sont pas assimilables à Vichy, encore moins à des collaborationnistes ou des harkis, pour emprunter vos raccourcis trompeurs.
L'enjeu fondamental est la souveraineté de l'Irak.
Ceci étant, je reconnais une certaine habileté à Moqtada Sadr et au clergé chiite à caractériser sa légitimité par ce sceau. Mais il est mensonge et duplicité.
Il dissimule une ambition plus inquiétante par laquelle l'Irak serait satellisé à l'Iran pour former "une grande nation de l'Islam", ce à quoi Al-Qaïda, par la voix de M. Al-Zawahiri, a appelé dans sa dernière communication, exhortant les Irakiens ne pas céder aux "impostures de la démocratie" tandis que le président iranien Ahmadinejad exhorte lui "à l'élimination de la direction corrompue du monde".

Il y a, à l'heure actuelle, un élément que d'aucuns ont des difficultés à dépasser, c'est le clivage chiite/sunnite, si bien qu'il est difficile de considérer autre chose qu'une alliance objective conjoncturelle aux révolutions islamiques, iranienne ou émanant d'Al-Qaïda.
Sur l'Irak, les deux révolutions pourraient avoir trouvé leur lieu de réunification. Veuillez, si vous le pouvez, projeter cela au delà des semaines et des mois, et imaginez ce que telle concorde produirait.
Tout l'enjeu est là.
Nourri Al-Maliki protège sa nation, mais c'est, quelle aberration chez les hommes et les peuples, Moqtada Sadr qui s'octroie le beau rôle.
Il le fait, pourtant, indûment. et il est, de tous les poins de vue, sacrilège.

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Entretien des nations

Le chef radical anti-américain Moqtada Sadr a menacé de lancer "une guerre ouverte" si les opérations des forces irakiennes et américaines contre son mouvement se poursuivaient, dans un communiqué portant sa signature et publié à Najaf (sud de Bagdad).
Source AFP.


Moqtada Sadr n'est pas dans l'ordre de l'entretien des nations.
Fermez le ban.