27.05.2008
La Syrie, vers un réel durable?
La rencontre qui a eu lieu, hier, à Téhéran entre Mahmoud Ahmadinejad, président de la République islamique d'Iran, et le ministre de la défense syrien, intervient dans un contexte propice aux avancées multi-latérales. Le président iranien a dit, à la suite de cette rencontre, sa conviction que «la direction syrienne dirigera avec intelligence la situation et n’abandonnera pas la ligne de front, jusqu’à la disparition totale de la menace du régime sioniste».
L'assurance exprimée par le régime iranien suffit-t-elle à lever les ambiguïtés positives qui sont celles de Damas?
Ce n'est pas sûr.
«Ce qui a fait pencher la balance en faveur de telles discussions - pourparlers de paix syro-israéliens - était la question de savoir si nous allions être entraînés à cause d’une erreur d’appréciation dans une conflagration avec la Syrie», a affirmé M. Olmert devant la commission parlementaire des Affaires étrangères et de la Défense.
Il ne fait pas de doute que le régime de Bachar El-Assad est en train d'apprécier la nature de la situation et la nature des évolutions et qu'il se déterminera en fonction du réel durable.
Quelle responsabilité plus grande peut incomber à un dirigeant d'Etat que celle consistant, justement, à asseoir et contribuer à définir la perspective d'un tel réel?
L'heure viendra pour Damas, en effet, de choisir entre ce que propose un camp que l'on aurait tort de limiter à l'Occident, avec ce que propose l'Iran en terme de sécurité et d'indépendance nationale.
Jusqu'à quel point la Syrie baasiste et laïque peut-elle s'accorder sur la longueur d'onde de la Révolution Islamique, expansionniste par nature, dont la seule limite à cet expansionnisme se trouve singulièrement, sur cette façade, dans la difficulté à obtenir du Liban qu'il cède de sa souveraineté au profit de l'influence iranienne, via le Hezbollah. Dimanche, le Liban, présidé par M. Sleimane, a affirmé solennellement sa souveraineté, y compris dans la tenue du procès concernant l'assassinat de Rafik Hariri, et sa volonté d'établir des relations diplomatiques avec l'ancien occupant.
Mais un Liban indépendant, délivré en tout ou partie de l'influence de l'Iran, pourrait avoir pour conséquence, à terme, d'exposer directement la Syrie à l'influence iranienne. Si la Syrie accepte le Liban tel qu'il est et d'entretenir avec lui une relation naturelle d'Etat à Etat, si elle acceptait également une normalisation de son rapport avec Israël, en recouvrant son intégrité territoriale, la ligne de front invoquée par le régime iranien s'effacera d'elle-même là où Mahmoud Ahmadinejad la situe pour se transporter à la frontière de la Syrie avec l'Iran.
C'est là, in fine, que se jouera peut-être l'avenir de cet ensemble géopolitique et historique formé d'Israël, de la Palestine, de la Syrie, de la Jordanie et du Liban.
Le «front anti-sioniste», lui, imperceptiblement, devient ce qu'il doit être : une fiction.
A laquelle chacun est libre d'adhérer ou de cesser d'adhérer.
11:20 Publié dans Politique | Lien permanent | Commentaires (1) | Envoyer cette note | Tags : Syrie, Iran, Israël, Liban
25.05.2008
Au possible, tout le monde est tenu
Les Israéliens, comme les Américains, font du découplage de la Syrie vis à vis de l'Iran une des conditions majeures concernant la normalisation des relations et une avancée sur la conclusion d'un accord de paix syro-israélien, comprenant la restitution du plateau du Golan.
La prise de distance entre Damas et Téhéran pourrait survenir sans que Damas la provoque, car le président iranien Ahmadinejad vient de faire part de "sa surprise et de son mécontentement" devant les tractations en cours entre la Syrie et Israël, considérant qu'il s'agit de la part de Damas d'"une violation de ses engagements à l'égard de l'Iran".
Un ton particulièrement âpre dont on peut se demander s'il ne constitue pas, en soi, une première fissure dans l'alliance syro-iranienne.
Reste à savoir si la Syrie se rangera docilement auprès de son "allié" d'arrière-plan, acceptant de se laisser dicter ce que doit être sa politique étrangère sur un enjeu aussi névralgique pour la Syrie que le Golan, ou choisira, à la faveur d'un contexte qui peut lui être propice, de réorienter sa diplomatie vers un renouveau.
A Israël, la presse syrienne fait passer le message, s'agissant de la « question » de rompre les liens avec l'Iran, que cet aspect n'était pas dans le paquet des négociations et, qu'en tout état de cause,"Damas ne veut pas de pré-conditions qui pourraient mettre la charrue avant les boeufs"(*).
La formulation, pourtant, n'exclut pas que la charrue puisse être mise après les boeufs.
Le ministre de la défense syrien se rend à Téhéran aujourd'hui pour discuter des accords de défense mutuels. Il y sera question des "derniers développements régionaux et internationaux".
Téhéran, de son côté, a ordonné aux médias qu'il contrôle de ne pas mentionner les pourparlers de paix entre Israël et la Syrie.
Le Likoud, qui constitue l'opposition au gouvernement israélien, par la voix de son président, Gideon Sa'ar, a déclaré que "le Likoud ne se sentirait pas lié par un accord de paix négocié entre le gouvernement Olmert et la Syrie, s'il revenait aux affaires".
Le chef du Hamas, Khaled Mashaal, de Damas, où il est établi, a dit, lui, son trouble par rapport aux pourparlers de paix. "Le Hamas n'est pas heureux de ces développements. Nous pensons que le président El-Assad commet une grave erreur s'il ne coordonne pas ses efforts avec l'ensemble du monde arabe et islamique".
L'"ensemble du monde arabe et islamique" est sans doute géographiquement compris dans les limites des frontières de l'Iran...
Selon le quotidien arabe "Asharq Alawsat" basé à Londres, l'Iran, en signe de sa désapprobation des pourparlers syro-israéliens engagés à son insu, a promis au Hamas des "roquettes et des fonds", pour 150 millions de dollars.
Enfin, le commandant en chef de l'Armée, Dan Halutz, a déclaré, répondant ainsi du point de vue stratégique à ceux qui considèrent que restituer le Golan, annexé à la suite de la guerre de 1967, équivaudrait à exposer dramatiquement Israël, que "le plateau du Golan n'était pas indispensable à la sécurité nationale". "Israël doit absolument en tenir compte et ne pas commettre les erreurs de la seconde guerre du Liban", a-t-il ajouté.
A partir de la restitution du Golan, c'est probablement un équilibre géopolitique nouveau - Liban, Syrie, Jordanie, Israël, Palestine - qui pourrait s'établir dans la région, en excluant l'Iran.
Mais il exige tant, de part et d'autre, que rien n'exclut que chacun puisse sacrifier cette perspective au maintien d'un statu quo qui satisfait les extrêmes, et assure le règne, qu'ils voudraient infini, des illusions, peurs et antagonismes qu'ils entretiennent.
Il subsiste, pourtant, une chance concrète - mieux, une opportunité - de voir la situation changer radicalement au profit d'Israël, de la Palestine, de la Syrie, du Liban et de la Jordanie qui formeraient, alors, un ensemble géopolitique cohérent.
Au possible, tout le monde est tenu.
*"Damascus does not want preconditions, that would put the cart before the horse ... It does not bargain over its relations with other countries and people".
11:40 Publié dans Politique | Lien permanent | Commentaires (0) | Envoyer cette note | Tags : Proche-Orient, Iran, Israël, Syrie, Palestine, Liban
24.05.2008
Plusieurs printemps
L'opération dite « Mère des deux printemps » à Mossoul a permis de démanteler le réseau d'Al-Qaïda. 1.480 personnes ont été arrêtée, dont 300 suspects qui étaient recherchés.
"Des dirigeants importants d'Al-Qaïda, dont des responsables militaires, des responsables du renseignement, ainsi que des membres des groupes (insurgés sunnites) Ansar Al-Sunna, Jaich Al-Moujahidine (Armée des Moujahidine) et de la Brigade de la révolution 1920 figurent parmi les personnes arrêtées", a déclaré le porte-parole du ministère de l'Intérieur irakien.
Soutenue par l'armée américaine, l'armée irakienne a mené depuis le 14 mai à Mossoul, à 370 km au nord de Bagdad, une vaste offensive contre la branche irakienne d'Al-Qaïda, très active dans cette région.
Les opérations menées aujourd'hui dans les quartiers chiites de Bagdad, survenant après la « pacification » de Sadr City, témoignent de la reconquête du gouvernement Maliki sur des zones où jusqu'à présent il n'avait pas droit de cité.
Les réseaux chiites et ceux d'Al-Qaïda et de l'insurrection sunnite ont représenté, depuis 2003, les deux mâchoires qui enserraient littéralement le pays et ont paru, un temps, en mesure de le déchiqueter.
En quelques semaines, pourtant, l'étreinte de ces deux mâchoires est en passe d'être desserrée.
Cela permet d'ores et déjà aux Américains de considérer la possibilité d'alléger leur dispositif en Irak d'un quart. Le général Petraus, qui supervise les opérations militaires dans la région, l'a lui même dit, il y a quelques jours, revenant sur sa précédente position qui avait consisté, il y a moins d'un mois, a préconiser devant le Congrès américain le gel du retrait des troupes. Il n'a pas été contredit par le département d'Etat.
C'est, il me semble, la preuve que la normalisation irakienne est en cours et qu'elle progresse réellement, avec désormais des résultats tangibles construits autour de l'idée de la souveraineté de l'Irak.
Parmi les éléments déterminants, il faut souligner la valeur de la position du grand ayatollah Ali Al-Sistani. Cet éminent dignitaire du clergé chiite irakien a reçu, à Nadjaf, le Premier ministre Al-Maliki, il y a peu, et a déclaré à cette occasion soutenir la légitimité du gouvernement, au grand dam de Moqtada Sadr et de l'armée du Mahdi qui désespéraient - désespèrent - du manque de soutien émanant du clergé chiite irakien à leur égard. Il faut se souvenir qu'au plus fort de la crise de Sadr City, l'iman Moqtada Sadr avait dénoncé, déjà, le manque de soutien de Nadjaf à sa cause s'indignant de le voir laisser mourir les siens sans bouger.
La paix est donc en train d'être gagnée, pas à pas, quartier par quartier, homme par homme et les démons s'enfuient. En se ralliant au gouvernement élu, en respectant la démocratie, le clergé chiite a scellé, peut-être, le sort des insurrections et favorisé les conditions d'un retour rapide à la normale.
Le spectre d'Al-Qaïda, vil ectoplasme, s'effiloche en cherchant déjà à se « rematérialiser » sur le conflit israélo-palestinien pour y accomplir le dessein qu'il n'a pu réaliser ni en Irak, ni en Arabie saoudite, ni au Pakistan. Il est condamné à vivre terré, comme une maladie maligne, aux fins fonds de l'Afghanistan.
Quant à l'Iran et à son rêve d'union chiite, il est dans une position qui justifie qu'il redoute désormais l'isolement. A la fois sur le Liban, sur la Syrie, qui en poursuivant des pourparlers de paix avec Israël «manque à ses engagement envers l'Iran», et sur l'Irak, il essuie des pertes d'influence.
La mécanique qui semblait pouvoir absorber la région se grippe. A ce titre, la menace de l’ayatollah Ahmad Khatami, proche du président Ahmadinejad et du Grand Ayatollah Ali Khamenei, guide de la Révolution, est éloquente. Il a dénoncé dans des termes vindicatifs, hier, un accord de sécurité que doivent signer le gouvernement irakien et les États-Unis sur la présence des troupes américaines dans ce pays.
Il a ajouté que l’accord prévoit que les forces américaines pourront lancer des attaques à partir de l’Irak «contre tout pays qui soutiendra les groupes terroristes». «C’est de l’esclavage sans fin, c’est la pire humiliation et servitude (...). Toute main qui signera un tel accord sera considérée par l’Iran comme un traître à l’islam, au chiisme et au peuple irakien», a-t-il notamment déclaré.
Ces prédications virulentes empêcheront-elles l'Irak de déterminer et ses alliances et son intérêt, librement et souverainement? Beaucoup d'éléments, dans l'actualité irakienne comme dans celle de l'ensemble de la région, semblent le démentir au point que, désormais, même des attentats terroristes, des tensions de l'Armée du Mahdi, qui pourront encore survenir, ne pourront remettre en cause la structure fondamentale de l'Etat irakien et sa légitimité, ni, celle du Liban, qui va élire son président demain, ni même empiéter, en dépit des difficultés, sur le destin de la Syrie et de la future Palestine.
Peut-être y-a-t-il, de fait, plusieurs printemps en gestation.
14:30 Publié dans Politique | Lien permanent | Commentaires (0) | Envoyer cette note | Tags : Irak, Iran, Chiisme
15.05.2008
"Régime artificiel"
« Les peuples de la région haïssent ce régime artificiel criminel et si la moindre occasion leur est fournie, ils déracineront ce régime », a déclaré hier le président Mahmoud Ahmadinejad en faisant référence à Israël. « Elles (les grandes puissances) doivent savoir que le régime sioniste agonise », a ajouté M. Ahmadinejad lors d’un discours à Gorgan dans la province du Golestan, dans le nord d’Iran, retransmis par la télévision d’État. À propos des célébrations sur la création de l’État hébreu, il a déclaré que « cette fête d’anniversaire est celle d’un mort ».
M. Ahmadinejad attise donc, toujours, la haine contre Israël croyant tenir là le puissant levier pour coaguler un partie des nations arabes en vertu d'une mythologie de la libération qui possède dans le Hamas et le Hezbollah, qui s'est arrogé le titre de champion de la cause, en 2006, en décrétant sa "divine victoire" , de scrupuleux relais.
Mais M. Ahmadinejad fait fi de quelque chose de plus puissant que la rhétorique employée, usée jusqu'à la moelle.
Il fait fi de l'Histoire et de sa propre force, et cela constitue une erreur grossière de la part d'une aussi grande nation que la nation découlant de la Perse.
En vertu de cela, le régime artificiel est celui très probablement, qui use lui-même, au point de se confondre avec, des artifices verbaux.
L'histoire s'accomplit par les nations, libres, dignes, et l'intelligence des hommes, plus que par des nations aveuglées et asservies, et la haine de hommes.
J'ai, un jour, posé sur le site de la Maison Blanche, au moment où l'armée américaine s'apprêtait à éradiquer l'insurrection armée à Falludja, en 2004, il me semble, une intervention dans laquelle je souhaitais attirer l'attention de M. Bush sur la nécessité d'éviter d'exercer une violence aveugle sur Falludja.
Sans doute mon intervention, en Français qui plus est, a-t-elle fini en classement vertical, mais, en conscience, je l'ai posée et adressée.
Ainsi, j'ai fait ce que j'avais à faire.
Je cite cet épisode car, connaissant la ferveur religieuse du président des Etats-Unis, j'ai tenu alors à poser, en préambule de mon intervention que, s'il fallait en chercher et en trouver un, "l'histoire était le lien le plus direct des hommes à Dieu". J'ignore encore, je l'avoue, comment, au gré d'une réflexion, ni par quelle inspiration, une telle phrase peut subitement s'imposer à l'esprit, mais c'est ainsi qu'elle s'est formée et je l'ai trouvée, finalement, juste.
Cela reste ma conviction et c'est - la construction de l'histoire, pas ma conviction - la chose la plus sûre qui soit, permettant de concevoir, tout au long des siècle, et pour ceux à venir, l'onction de l'Histoire sur la géographie.
La haine n'a jamais fait un ciment sûr pour édifier quoi que ce soit, particulièrement des fondations.
C'est, peut-être, ce en quoi, finalement, la posture « résistante » du Hezbollah ne saurait être suffisante pour incarner et nourrir la nation libanaise.
15:10 Publié dans Politique | Lien permanent | Commentaires (0) | Envoyer cette note | Tags : Israël, Iran, Liban
19.04.2008
Réitération
J'étais attablé sur la terrasse d'un café donnant sur les Allées Paul Riquet, à Béziers (France). C'était quelques jours avant le 15 août 2004. J'avais devant moi un café crème et je lisais, comme je le fais souvent, un quotidien me tenant ainsi au fait des nouvelles du monde.
Il était très tôt, l'air était calme et promettait une belle matinée.
Soudain, au gré de ma lecture, j'ai lu la déclaration d'un responsable gouvernemental de la République Islamique d'Iran mettant au défi la communauté internationale d'entraver la marche de son pays vers le Nucléaire, et lui promettant – alors que son cours voisinait alors les 54 $ - un baril à 100 $ en rétorsion.
Cette lecture - un entrefilet - a été semblable par la nature de sa percussion à ce que j'avais ressenti le 11 Septembre 2001.
Tout mon être s'est dressé (*).
Le seuil historique des 100 $ a été franchi le mercredi 2 janvier à New York et a culminé à 117 $ le vendredi 18 avril 2008.
Le président iranien Mahmoud Ahmadinejad a déclaré, ce même jour, que le prix du pétrole est trop bas à 115 dollars le baril, ajoutant qu'"il devait trouver sa juste valeur", selon le site Internet officiel iranien.
La Révolution islamique n'a pas de sang dans les veines, mais y revendique du pétrole.
Elle ne vaut donc qu'une valeur corruptible et "non renouvelable".
(*) Je ne me suis pas levé sur la terrasse! Non, je suis resté assis, j'ai continué à consommer mes croissants et mon crème, mas je me suis dressé « intérieurement ». Difficile, lors, de s'expliquer certains formes de vigilance par soi-même seul.
11:55 Publié dans Politique | Lien permanent | Commentaires (0) | Envoyer cette note | Tags : Iran, République Islamique, Pétrole


