28.05.2008
Le mouvement dort au centre de la roue
Le président syrien Bachar El-Assad a déclaré au cours d'une rencontre avec des membres du parlement britannique en visite dans ce pays, jeudi dernier, que les progrès des pourparlers de paix syro-israéliens pourraient encourager le Liban et Israël à initier leurs propres pourparlers.
"Le président a fait allusion au fait qu'il ne serait pas dans l'intérêt du Liban de ne pas avoir ses propres pourparlers si les pourparlers syro-israéliens progressaient", selon une source proche des médiateurs.
Le président Syrien a également dit à la délégation britannique que le parti baathiste au pouvoir entendait maintenir ses "relations normales" avec l'Iran, tout en poursuivant ses pourparlers, via la médiation turque, avec Israël.
La visite du ministre de la défense syrien, à Téhéran, ce week-end, a débouché sur un accord de coopération militaire renforcé.
Selon les mêmes sources, le président syrien a déclaré "que le Syrie avait des relations normales avec l'Iran". "Il est clair que toute suggestion pour les interrompre n'est pas une requête raisonnable. Si Israël pose la question des relations de la Syrie avec l'Iran, alors la Syrie posera la question à Israël de ses liens avec d'autres pays et particulièrement avec les USA".
De son côté, la médiation turque estime qu'elle pourrait s'effacer au profit d'un dialogue et de rencontres directs si les progrès étaient réalisés.
Un différent frontalier incluant les trois parties -Israël, Syrie, Liban - subsiste au sujet des fermes de Sheba. Les Hezbollah et le gouvernement libanais considèrent qu'Israël occupe des fermes libanaises. Pour l'ONU, les fermes de Sheba, occupées par Israël, sont en territoire syrien. Elles ne sont pas libanaises.
Le mouvement paraît toujours dormir au centre de la roue et, pourtant, une forme de lointaine promesse, ténue, fragile, semble s'être suffisamment réanimée pour inspirer des contrariétés tangibles.
Les propos de Bachar El-Assad ne sont pas hermétiques.
Ils laissent entrevoir, tout au contraire, une réelle marge de manoeuvre pour établir une paix durable.
10:05 Publié dans Politique | Lien permanent | Commentaires (0) | Envoyer cette note | Tags : Syrie, Israël, Liban
27.05.2008
La Syrie, vers un réel durable?
La rencontre qui a eu lieu, hier, à Téhéran entre Mahmoud Ahmadinejad, président de la République islamique d'Iran, et le ministre de la défense syrien, intervient dans un contexte propice aux avancées multi-latérales. Le président iranien a dit, à la suite de cette rencontre, sa conviction que «la direction syrienne dirigera avec intelligence la situation et n’abandonnera pas la ligne de front, jusqu’à la disparition totale de la menace du régime sioniste».
L'assurance exprimée par le régime iranien suffit-t-elle à lever les ambiguïtés positives qui sont celles de Damas?
Ce n'est pas sûr.
«Ce qui a fait pencher la balance en faveur de telles discussions - pourparlers de paix syro-israéliens - était la question de savoir si nous allions être entraînés à cause d’une erreur d’appréciation dans une conflagration avec la Syrie», a affirmé M. Olmert devant la commission parlementaire des Affaires étrangères et de la Défense.
Il ne fait pas de doute que le régime de Bachar El-Assad est en train d'apprécier la nature de la situation et la nature des évolutions et qu'il se déterminera en fonction du réel durable.
Quelle responsabilité plus grande peut incomber à un dirigeant d'Etat que celle consistant, justement, à asseoir et contribuer à définir la perspective d'un tel réel?
L'heure viendra pour Damas, en effet, de choisir entre ce que propose un camp que l'on aurait tort de limiter à l'Occident, avec ce que propose l'Iran en terme de sécurité et d'indépendance nationale.
Jusqu'à quel point la Syrie baasiste et laïque peut-elle s'accorder sur la longueur d'onde de la Révolution Islamique, expansionniste par nature, dont la seule limite à cet expansionnisme se trouve singulièrement, sur cette façade, dans la difficulté à obtenir du Liban qu'il cède de sa souveraineté au profit de l'influence iranienne, via le Hezbollah. Dimanche, le Liban, présidé par M. Sleimane, a affirmé solennellement sa souveraineté, y compris dans la tenue du procès concernant l'assassinat de Rafik Hariri, et sa volonté d'établir des relations diplomatiques avec l'ancien occupant.
Mais un Liban indépendant, délivré en tout ou partie de l'influence de l'Iran, pourrait avoir pour conséquence, à terme, d'exposer directement la Syrie à l'influence iranienne. Si la Syrie accepte le Liban tel qu'il est et d'entretenir avec lui une relation naturelle d'Etat à Etat, si elle acceptait également une normalisation de son rapport avec Israël, en recouvrant son intégrité territoriale, la ligne de front invoquée par le régime iranien s'effacera d'elle-même là où Mahmoud Ahmadinejad la situe pour se transporter à la frontière de la Syrie avec l'Iran.
C'est là, in fine, que se jouera peut-être l'avenir de cet ensemble géopolitique et historique formé d'Israël, de la Palestine, de la Syrie, de la Jordanie et du Liban.
Le «front anti-sioniste», lui, imperceptiblement, devient ce qu'il doit être : une fiction.
A laquelle chacun est libre d'adhérer ou de cesser d'adhérer.
11:20 Publié dans Politique | Lien permanent | Commentaires (1) | Envoyer cette note | Tags : Syrie, Iran, Israël, Liban
La paix sur un plateau
J'ai dit à maintes reprises - et dernièrement dans le billet intitulé «Au possible, tout le monde est tenu» - combien ce qui se passait actuellement au Proche et Moyen-Orient - accord de Doha sur le Liban, amélioration de la situation en Irak, pourparlers de paix entre la Syrie et Israël, ouverture d'un dialogue inter-confessionnel entre peuples issus des religions du Livre - pouvait être considéré, dans son ensemble, comme un tournant géopolitique majeur, pouvant déboucher sur un règlement général des contentieux régionaux.
Le ministre israélien des Infrastructures, Binyamin Ben Eliezer, vient dans une déclaration confirmer au niveau du gouvernement israélien une telle attente. "La paix avec la Syrie bouleverserait la donne stratégique au Proche-Orient, car elle isolerait l'Iran et réduirait le Hezbollah au silence", a-t-il déclaré à la radio publique israélienne.
"Nous parlons d'une paix véritable, de la fin de la belligérance, de l'ouverture des frontières, et Israël est prêt à payer le prix pour une telle paix et la coexistence avec la Syrie", a-t-il ajouté.
Même avec le Liban, le chemin de la normalisation est ouvert. Bien sûr, on est loin, ici, de l'instauration de relations diplomatiques et on est plutôt à l'heure de l'échange et de la manifestation de signaux.
Aucun n'est anodin.
Même celui consistant en un échange de prisonniers entre Israël et le Hezbollah, l'armée israélienne ayant indiqué par la voix de la radio militaire sa disposition «à libérer cinq prisonniers Libanais et à rendre les corps de 10 combattants du Hezbollah en échange de deux de ses soldats enlevés en 2006 par le mouvement chiite libanais». C'est au début de l'été 2006, cette attaque meurtrière menée en territoire israélien a également coûté la vie à huit soldats israéliens et a été à l'origine de l'offensive de Tsahal au Liban qui a duré 34 jours et précipiter le Liban si près d'un gouffre d'anéantissement.
Le mal – et dieu sait que les peuples de cette région ont eu trop de temps pour s'accoutumer à ce fatalisme - n'accouche pas toujours du pire.
Mais il faut admettre qu'Israël, comme ses voisins, et peut-être plus encore, doit affronter ses propres oppositions radicales. Lundi, un député de l'opposition a considéré que «quiconque cèderait le Golan est passible de la peine de mort ou de la prison à vie», ce qui a été considéré, y compris par le président Shimon Peres, comme «une réminiscence des jours qui ont précédé l'assassinat de l'ancien Premier ministre Izsatkj Rabin» et «un appel, accordant son approbation, pour un nouveau meurtre politique d'un Premier ministre».
Le leader du Likoud, Benyamin Netanyahu, a aussitôt désavoué l'auteur de cette menace.
Le Likoud avait déclaré, quelque jours auparavant, qu'il ne se considérait pas tenu par un accord de paix scellé par l'actuel gouvernement et la Syrie, qui conduirait à restituer le plateau du Golan.
Hier, le Premier ministre Olmert a considéré qu'il fallait être «bizarre» pour «croire au grand Israël».
Peut-être, cette grand paix d'Israël, de la Palestine, de la Syrie, du Liban est-il temps de la servir sur un plateau.
10:10 Publié dans Politique | Lien permanent | Commentaires (0) | Envoyer cette note | Tags : Israël, Syrie, Palestine, Liban
25.05.2008
Au possible, tout le monde est tenu
Les Israéliens, comme les Américains, font du découplage de la Syrie vis à vis de l'Iran une des conditions majeures concernant la normalisation des relations et une avancée sur la conclusion d'un accord de paix syro-israélien, comprenant la restitution du plateau du Golan.
La prise de distance entre Damas et Téhéran pourrait survenir sans que Damas la provoque, car le président iranien Ahmadinejad vient de faire part de "sa surprise et de son mécontentement" devant les tractations en cours entre la Syrie et Israël, considérant qu'il s'agit de la part de Damas d'"une violation de ses engagements à l'égard de l'Iran".
Un ton particulièrement âpre dont on peut se demander s'il ne constitue pas, en soi, une première fissure dans l'alliance syro-iranienne.
Reste à savoir si la Syrie se rangera docilement auprès de son "allié" d'arrière-plan, acceptant de se laisser dicter ce que doit être sa politique étrangère sur un enjeu aussi névralgique pour la Syrie que le Golan, ou choisira, à la faveur d'un contexte qui peut lui être propice, de réorienter sa diplomatie vers un renouveau.
A Israël, la presse syrienne fait passer le message, s'agissant de la « question » de rompre les liens avec l'Iran, que cet aspect n'était pas dans le paquet des négociations et, qu'en tout état de cause,"Damas ne veut pas de pré-conditions qui pourraient mettre la charrue avant les boeufs"(*).
La formulation, pourtant, n'exclut pas que la charrue puisse être mise après les boeufs.
Le ministre de la défense syrien se rend à Téhéran aujourd'hui pour discuter des accords de défense mutuels. Il y sera question des "derniers développements régionaux et internationaux".
Téhéran, de son côté, a ordonné aux médias qu'il contrôle de ne pas mentionner les pourparlers de paix entre Israël et la Syrie.
Le Likoud, qui constitue l'opposition au gouvernement israélien, par la voix de son président, Gideon Sa'ar, a déclaré que "le Likoud ne se sentirait pas lié par un accord de paix négocié entre le gouvernement Olmert et la Syrie, s'il revenait aux affaires".
Le chef du Hamas, Khaled Mashaal, de Damas, où il est établi, a dit, lui, son trouble par rapport aux pourparlers de paix. "Le Hamas n'est pas heureux de ces développements. Nous pensons que le président El-Assad commet une grave erreur s'il ne coordonne pas ses efforts avec l'ensemble du monde arabe et islamique".
L'"ensemble du monde arabe et islamique" est sans doute géographiquement compris dans les limites des frontières de l'Iran...
Selon le quotidien arabe "Asharq Alawsat" basé à Londres, l'Iran, en signe de sa désapprobation des pourparlers syro-israéliens engagés à son insu, a promis au Hamas des "roquettes et des fonds", pour 150 millions de dollars.
Enfin, le commandant en chef de l'Armée, Dan Halutz, a déclaré, répondant ainsi du point de vue stratégique à ceux qui considèrent que restituer le Golan, annexé à la suite de la guerre de 1967, équivaudrait à exposer dramatiquement Israël, que "le plateau du Golan n'était pas indispensable à la sécurité nationale". "Israël doit absolument en tenir compte et ne pas commettre les erreurs de la seconde guerre du Liban", a-t-il ajouté.
A partir de la restitution du Golan, c'est probablement un équilibre géopolitique nouveau - Liban, Syrie, Jordanie, Israël, Palestine - qui pourrait s'établir dans la région, en excluant l'Iran.
Mais il exige tant, de part et d'autre, que rien n'exclut que chacun puisse sacrifier cette perspective au maintien d'un statu quo qui satisfait les extrêmes, et assure le règne, qu'ils voudraient infini, des illusions, peurs et antagonismes qu'ils entretiennent.
Il subsiste, pourtant, une chance concrète - mieux, une opportunité - de voir la situation changer radicalement au profit d'Israël, de la Palestine, de la Syrie, du Liban et de la Jordanie qui formeraient, alors, un ensemble géopolitique cohérent.
Au possible, tout le monde est tenu.
*"Damascus does not want preconditions, that would put the cart before the horse ... It does not bargain over its relations with other countries and people".
11:40 Publié dans Politique | Lien permanent | Commentaires (0) | Envoyer cette note | Tags : Proche-Orient, Iran, Israël, Syrie, Palestine, Liban
21.05.2008
Tractations
L'hypothèse d'une normalisation des relations entre Israël et la Syrie, sous l'égide de la médiation turque, aboutissant à la signature d'un traité de paix contre la restitution du plateau du Golan à la Syrie, est un pas considérable vers la réalisation d'un équilibre régional pérenne, chacun rentrant dans son intérêt et dans ses frontières.
Mais c'est une erreur de considérer ce phénomène, exclusivement, par le plateau du Golan, y compris dans son importance stratégique.
A cet égard, la réaction des colons israéliens installés sur ce plateau est éloquente. Pour eux, Ehud Olmert « met en danger Israël ». Leur représentant affirme que "Le Golan est partie intégrante de l'Etat d'Israël et appartient à tous ses citoyens qui ne laisseront pas passer un tel acte irresponsable qui donnerait des atouts stratégiques aux pays ennemis".
Cette tractation turque participe pourtant à une logique d'ensemble.
Elle porte, il me semble, sur les conditions nécessaires pour pacifier durablement la région et « dépolluer » le terrain, rompre le fil des influences extérieures, afin de permettre l'établissement, rapide, de l'Etat palestinien qui pourra finir par être la clé de voute de l'architecture géopolitique de cette région.
Peut-être alors, les utopistes qui considéraient, il y a quelques années, qu'Israéliens et Palestiniens finiraient un jour par s'assurer mutuellement partie de leur sécurité réciproque, avaient-ils raisons.
L'initiative turque sur le Golan et la Syrie s'inscrit dans le même mouvement que l'initiative qatarie sur les relations inter-politiques au Liban, comme sur celle de l'Egypte menée auprès du Hamas pour dégager les conditions d'une trêve. Cela pour le visible, mais il en est également de même pour les efforts diplomatiques sous-jacents.
Ces concomitances sont trop nombreuses et soutenues pour être le fruit du hasard des agendas. Elle répondent à des questions particulières, certes, mais qui sont générées par un problème général posé, il y a exactement 60 ans, par le traumatisme de la création de l'état d'Israël.
Chacune de ces initiatives qui ne paraissent pas délibérément coordonnées vise à permettre de dépasser, désormais, ce traumatisme historique et donner une chance, aussi, à Israël de sortir de sa théorie de l'encerclement.
J'observe que si de nombreux analystes considèrent que le Golan n'est pas, en soi, une offre suffisamment attractive pour la Syrie « que seule la perspective de liens diplomatiques et économiques avec Washington » pourrait inciter à prendre ses distances avec l'Iran, il y a quelques jours, la presse libanaise faisait état de craintes consistant à considérer que le Liban en entier pourrait être la variable d'ajustement de la négociation israélo-syrienne.
Les derniers développements à Doha semblent réfuter cette thèse.
Le Liban revient, difficilement certes, à lui-même. Tous les dangers de rechute ne sont pas écartés. On ignore si le Hamas respectera la trêve qu'il signerait. Si Israël se concentrera scrupuleusement, alors, sur le métier de la paix. Si le Hezbollah tiendra sa parole. Si la Syrie, qui salue le résultat de Doha à l'unisson de la communauté internationale, ne fera pas au Liban d'enfants dans le dos.
Mais les incertitudes ne sont pas nouvelles.
Ce qui l'est, par contre, c'est que se dessine, avec de plus en plus de précision, le contour d'une solution d'ensemble qui fait que, et cela est d'un poids concret, chacun des protagonistes n'est pas seulement comptable d'un mirage dans le désert, dont on peut à loisir se laver les mains, mais d'une réalité humaine, sociale et politique de plus en plus tangible.
15:05 Publié dans Politique | Lien permanent | Commentaires (0) | Envoyer cette note | Tags : Israël, Golan Syrie, Liban
15.05.2008
"Régime artificiel"
« Les peuples de la région haïssent ce régime artificiel criminel et si la moindre occasion leur est fournie, ils déracineront ce régime », a déclaré hier le président Mahmoud Ahmadinejad en faisant référence à Israël. « Elles (les grandes puissances) doivent savoir que le régime sioniste agonise », a ajouté M. Ahmadinejad lors d’un discours à Gorgan dans la province du Golestan, dans le nord d’Iran, retransmis par la télévision d’État. À propos des célébrations sur la création de l’État hébreu, il a déclaré que « cette fête d’anniversaire est celle d’un mort ».
M. Ahmadinejad attise donc, toujours, la haine contre Israël croyant tenir là le puissant levier pour coaguler un partie des nations arabes en vertu d'une mythologie de la libération qui possède dans le Hamas et le Hezbollah, qui s'est arrogé le titre de champion de la cause, en 2006, en décrétant sa "divine victoire" , de scrupuleux relais.
Mais M. Ahmadinejad fait fi de quelque chose de plus puissant que la rhétorique employée, usée jusqu'à la moelle.
Il fait fi de l'Histoire et de sa propre force, et cela constitue une erreur grossière de la part d'une aussi grande nation que la nation découlant de la Perse.
En vertu de cela, le régime artificiel est celui très probablement, qui use lui-même, au point de se confondre avec, des artifices verbaux.
L'histoire s'accomplit par les nations, libres, dignes, et l'intelligence des hommes, plus que par des nations aveuglées et asservies, et la haine de hommes.
J'ai, un jour, posé sur le site de la Maison Blanche, au moment où l'armée américaine s'apprêtait à éradiquer l'insurrection armée à Falludja, en 2004, il me semble, une intervention dans laquelle je souhaitais attirer l'attention de M. Bush sur la nécessité d'éviter d'exercer une violence aveugle sur Falludja.
Sans doute mon intervention, en Français qui plus est, a-t-elle fini en classement vertical, mais, en conscience, je l'ai posée et adressée.
Ainsi, j'ai fait ce que j'avais à faire.
Je cite cet épisode car, connaissant la ferveur religieuse du président des Etats-Unis, j'ai tenu alors à poser, en préambule de mon intervention que, s'il fallait en chercher et en trouver un, "l'histoire était le lien le plus direct des hommes à Dieu". J'ignore encore, je l'avoue, comment, au gré d'une réflexion, ni par quelle inspiration, une telle phrase peut subitement s'imposer à l'esprit, mais c'est ainsi qu'elle s'est formée et je l'ai trouvée, finalement, juste.
Cela reste ma conviction et c'est - la construction de l'histoire, pas ma conviction - la chose la plus sûre qui soit, permettant de concevoir, tout au long des siècle, et pour ceux à venir, l'onction de l'Histoire sur la géographie.
La haine n'a jamais fait un ciment sûr pour édifier quoi que ce soit, particulièrement des fondations.
C'est, peut-être, ce en quoi, finalement, la posture « résistante » du Hezbollah ne saurait être suffisante pour incarner et nourrir la nation libanaise.
15:10 Publié dans Politique | Lien permanent | Commentaires (0) | Envoyer cette note | Tags : Israël, Iran, Liban
13.05.2008
Liban: retrouver l'autorité du pacte national
C'est au moment les plus critiques que les gestes prennent leur plus grande valeur. Aussi, s'il semble toujours aussi illusoire de voir le Hezbollah et sa puissante milice se conformer aux résolutions de l'ONU appelant à son désarmement, qui constitue le noeud gordien de la situation politique libanaise, il incombe désormais aux autres factions, pro-gouvernementales, sunnites, druzes, chrétiennes, d'accomplir publiquement ce geste solennel en remettant leurs armes aux forces armées régulières, qui, selon les propres termes du président Sarkozy dans son message au Premier ministre Siniora, doivent être seules à avoir « le monopole de l'usage de la force ».
Dans l'actuel contexte libanais, où persiste un risque d'escalade dont chacun ignore où il peut conduire, c'est pourtant la seule stratégie viable.
Une telle initiative, prise par les responsables des diverses forces politiques devant la Nation, marquerait en effet fortement les esprits et placerait le Hezbollah, s'il persistait à s'y refuser, dans une situation où sa puissance paramilitaire finirait par jouer contre lui, puisque ses ennemis s'effaçant devant lui, il se trouverait, sur-armé mais nu, en face du peuple libanais pris à témoin.
A l'instar du jugement de Salomon, celui qui, aujourd'hui, aime le plus sa nation, est celui qui sait se faire violence jusqu'à transférer sa capacité belligérante à l'armée libanaise pour s'en remettre et renforcer la légitimité des institutions. Cela serait d'une haute valeur constitutionnelle et patriotique.
L'armée deviendrait, dès lors, la garante de la sécurité de ces groupes dits « pro-gouvernementaux » et du besoin de cohésion nationale.
Cette opération de désarmement, nécessitant un accord politique préliminaire, ne va pas de soi.
Pourtant, une telle initiative isolerait, si ce mouvement persistait à s'arroger un rôle militaire parallèle, le Hezbollah sur la scène libanaise, en le plaçant devant ses contradictions, peut-être ses machinations, et en lui retirant le champ de bataille sur lequel sa posture et sa propagande font illusion, puisque se nourrissant de violence, il la recherche et la provoque et exploite ce climat « défavorable » comme justification à sa militarisation.
Au terme de ce désarmement, il reviendrait au peuple par un référendum de trancher l'ultime question en imposant au Hezbollah qu'il transfère lui aussi sa puissance armée à l'institution militaire et qu'il lui impose l'autorité de sa vision du pacte national.
Nul ne peut, indéfiniment, se dérober à la volonté du peuple.
Le Liban, dit-on, est un concentré des problèmes du Moyen-Orient. Il procurerait, dès lors, un signal remarquable et exemplaire, sensible peut-être jusqu'en Irak confronté lui-aussi, dans des termes quasi-identiques, au jeu paramilitaire de l'armée du Mahdi.
La nation libanaise, dont trop disent qu'elle est une fiction, aurait ainsi triomphé et manifesté le fait qu'elle est réelle et authentiquement souveraine.
Selon le quotidien "L'Orient-Le Jour" de ce lundi 12 mai 2008, le Premier ministre Fouad Siniora a envisagé, dimanche, la démission. Le quotidien libanais rapporte dans ces colonnes : « Même Israël n'a pas osé faire ce qu'ils ont fait », a déploré hier Fouad Siniora, qui a présidé, tard en soirée, une réunion ministérielle à l'issue de laquelle l'option de la démission, un temps envisagée, a été écartée. Cette renonciation serait le "résultat de tractations intenses, tant internes qu'externes, notamment avec Nicolas Sarkozy et de nombreux responsables arabes, dont le souverain jordanien et l'émir qatari.".
Preuve que le chef de l'Etat français est parfaitement actif dans ce dossier.
L'armée libanaise a averti mardi que ses soldats auront recours à la force si nécessaire pour rétablir la loi et l'ordre dans le pays. L'armée souligne que cette directive est effective à partir de 6h00 locales (5h00 françaises) ce mardi et appelle les différentes parties à coopérer.
L'armée a déclaré que ses soldats allaient empêcher l'usage illégal des armes à feu dans le pays, une tâche dantesque étant donné l'arsenal dont dispose les Hezbollah pro-iranien, souligne l'Agence France Presse.
08:50 Publié dans Politique | Lien permanent | Commentaires (0) | Envoyer cette note | Tags : Liban, Hezbollah
09.05.2008
Liban: le peuple souverain
Il n'y a pas de solution militaire d'interposition au Liban. Elle ne ferait, en effet, qu'exacerber les tensions, dégrader la situation interne et exposer, encore et toujours, le Liban à des ingérences et des interférences qui sont déjà ses plaies.
La seule issue, en fait, réside dans l'expression des Libanais eux-mêmes. C'est la raison pour laquelle pour obtenir une perspective durable, il faudra passer par les urnes. Soit par des élections générales anticipées – qui constituent cependant un déni par rapport au législatives de juin 2005 - soit par l'organisation d'un référendum, qui pourrait être ouvert à la diaspora qui a fui le Liban et attend, peut-être, des conditions propices, ou au moins encourageantes, pour y revenir.
J'ignore ce que prévoit la Constitution libanaise, mais si un pays au bord de la guerre civile ne dispose pas d'un moyen de faire trancher au peuple le noeud gordien qui l'étouffe, alors la démocratie peut désespérer d'elle-même.
Les Libanais méritent un avenir qu'ils sont à même de déterminer et, si les Nations Unies ont une mission, c'est le cas échéant, d'assurer la transparence et de garantir, devant le peuple libanais, la bonne tenue d'une telle consultation.
Dans ce cas, le gouvernement et les partis politiques devraient s'entendre pour organiser un référendum autour des questions vitales. Il en est une de centrale:
-celle de la coexistence d'un gouvernement légitime avec une milice?
Mais organiser un référendum, c'est donner la parole au peuple libanais pour qu'il ait sinon le dernier, le meilleur mot.
Cela suppose un préalable: que le verdict des urnes soit respecté.
Or, force est de constater que le résultat des législatives de juin 2005, qui ont pourtant donné une large victoire à la coalition de la Révolution de Cèdre, n'ont pas débouché sur la promesse qu'elle portait.
En définitive, même si on peut mettre en avant la complexité et la volatilité des alliances, la fragilité institutionnelle, la souveraineté du peuple a été entravée, voire sacrifiée à des intérêts dont j'ai peine à dire qu'ils lui sont supérieurs.
Par conséquent, compte tenu de ce précédent, les partis en présence devraient s'engager sur le respect de l'expression qui sortira des urnes et s'y tenir. Ceux qui ne se plieraient pas à la volonté générale se disqualifieraient par eux-mêmes.
S le peuple demande au Hezbollah de renoncer à son armement, le Hezbollah doit s'y soumettre et l'armée régulière, dans ces conditions, doit garantir – c'est son rôle et sa grandeur, aussi – cette démilitarisation au nom du peuple, pourquoi pas alors, en liaison avec la FINUL.
L'autorité du Général Sleimane, pressenti comme postulant au poste de président de la République, pourrait servir cette transition qui ne ferait qu'ordonner le pays avec la résolution 1680 de l'ONU.
Le peuple libanais ne se trahirait pas en réaffirmant ce qu'a prôné l'ONU pour le bien de cette nation.
16:25 Publié dans Politique | Lien permanent | Commentaires (0) | Envoyer cette note | Tags : Liban, Hezbollah, FINUL
La part du Hezbollah
Le Liban a cessé de s'appartenir à lui-même depuis de trop nombreuses années. Il est depuis plusieurs dizaines d'années au centre ou la périphérie d'un jeu d'influences qui semble inépuisable, mais qu'il faudra pourtant au peuple libanais épuiser.
Est-ce à dire que la nation est inexistante et n'a jamais existé et que ces guerres civiles successives qu'il faut déplorer sanctionnent le fait que ce pays est une « construction », imposée par les Occidentaux, donc vouée à disparaître ?
La société libanaise a pourtant existé et était près de trouver un équilibre. De nombreux Libanais, quelle que soit leur confession, leur identité, aspirent à vivre ensemble, en toute indépendance.
C'était, il me semble, l'image forte qu'il y avait retenir, car toutes ne mentent pas, de ce 14 mars 2005 durant lequel le peuple et la jeunesse libanaise, se rendirent sur une place célèbre de Beyrouth pour engager ce que l'on appelait « la Révolution du Cèdre ».
Cet élan vital, national, n'était pas un mirage.
Les élections qui ont suivi non plus.
Elles ont été marquées par une victoire des anti-syriens, puisque le clivage est là. Associés dans la coalition du 14 mars réunie autour du Courant du Futur de Saad Hariri.
Les résultats de ces élections étaient nets : 56,7% pour cette coalition, 27,4% pour le Bloc de la Résistance et du Développement (Hezbollah + Amal + Parti social nationaliste syrien) et 16,7% pour le Courant Patriotique Libre du général Michel Aoun, qui est entré alors dans une alliance atypique avec les pro-Syriens. Normalement, la volonté du peuple qui s'est exprimée là aurait dû se traduire par la renaissance et la refondation du Liban.
Il faut voir et admettre la vérité : ce Liban « neuf » a des ennemis irréductibles. A quoi le mesure-t-on ? Peut-être au nombre de crimes et assassinats privant le mouvement qui était né le 14 mars 2005 de ses voix, de ses consciences, de ses figures historiques, ce dans les médias, au parlement, parmi les intellectuels, les magistrats.
L'entreprise de démolition a porté ses fruits. Le Liban est passé du rêve au cauchemar. Dans ce processus, la guerre déclenchée en 2006 par le Hezbollah est un "moment" déterminant, mais elle ne visait pas Israël. Elle visait le gouvernement légitime en jouant sur la capacité de résistance du mouvement Hezbollah comme un agrégateur.
La provocation militaire du Hezbollah à la frontière avec Israël avait une visée politique intérieure, puisqu'elle a réussi d'abord à entamer l'autorité du gouvernement, à le placer dans une situation intenable et à mettre le rêve d'indépendance sous l'eau au nom d'une posture « résistante », très arrangeante, à l'emprise sioniste.
Tsahal y a répondu, tête baissée, au delà de toute espérance en donnant au "parti de Dieu" une aura qui est portant surfaite.
Que reste-t-il aujourd'hui de ce Liban du 14 mars 2005 ? Plus encore, qui a déchiqueté la réalité naissante de ce Liban libre et prospère pour le rendre aux combats de rues, à ses vieux antagonismes et à ses instrumentalisations ?
On ignore quelle est l'oeuvre de Dieu, mais on connaît ici ce qu'est la part du parti qui se réclame de lui.
Reste comme une persistance "rétinienne", en dépit du viol répété de la souveraineté libanaise et des oukazes du Hezbollah: celle d'une Révolution du Cèdre qui ne doit pas mourir.
14:25 Publié dans Politique | Lien permanent | Commentaires (0) | Envoyer cette note | Tags : Liban, Hezbollah
08.05.2008
Liban: Régression absolue
Il a suffi d'un été meurtrier pour que le Liban, qui se relevait enfin d'une longue guerre civile et renouait avec la croissance économique et un désir de démocratie et de souveraineté, redevienne un pays de décombres, de ruines et de violences.
Il faudra remercier le Hesbollah, à qui le Liban doit "une divine victoire" qui s'accompagne d'une régression absolue jusqu'alors symbolisée par paralysie du gouvernement, privé de président de la République.
Hassan Nasrallah, après avoir soumis le pays à une guerre destructrice, qui a littéralement détruit la renaissance et la croissance économique dans laquelle le Liban était engagé, accompagne la stratégie de décomposition menée par la Syrie et l'Iran sur le Liban.
Les violences d'hier marquent cette volonté de traduire l'impasse dans la rue en débordant le statu quo institutionnel imposé depuis plusieurs mois par les forces pro-syriennes.
Dès lors, la Confédération générale des travailleurs au Liban (CGTL) a pris une responsabilité considérable en organisant cette grande manifestation de revendication salariale. Il faudra que cette organisation assume cette initiative dans l'ensemble de ses conséquences.
Ou il s'agit d'irresponsabilité ou d'une manoeuvre concertée, pour servir les intérêts de l'opposition chiite pro-syrienne et précipiter la chute de Beyrouth.
Il est impossible de croire, dans le contexte du Liban, que la confédération syndicale n'ait pas mesuré l'incidence possible, y compris en terme de violences et de récupération, de son appel à la grève.
Il faudra quand même expliquer comment un peuple, y compris dans sa diversité confessionnelle, pourrait accepter, parce qu'il est sa composante chiite, qu'un Etat dans l'Etat s'installe, nanti de sa propre force armée, nanti de sa capacité de déclarer, de fait, la guerre - ce qu'a fait le Hezbollah au cours de l'été 2006, en provoquant Israël - d'installer son propre réseau de télécommunication, et d'utiliser la grogne sociale comme vecteur pour faire tomber le gouvernement.
Il faudra expliquer comment une telle force, liée à la Syrie et à l'Iran, qui ont armé ces bras, ne peut pour exister s'inscrire dans le désordre constitutionnel et menacer le gouvernement.
Il faut qu'un peuple - et la nation qu'il est censé former et honorer - soit tombé bien bas dans l'idée qu'il se fait de lui-même, de son devoir moral, pour imaginer qu'une majorité puisse accorder crédit à ce viol. Car, que les pro Nasrallah, les étudiants, cités ici, le peuple "qui souffre" et à qui le Hezbollah a vendu la sinistre fierté d'un "divine victory", en soient bien conscients, il s'agit d'un nouveau viol de la souveraineté nationale du Liban.
Les manoeuvres du Hezbollah destinées à étouffer la pluralité de la démocratie libanaise devraient inspirer une vive réprobation, même parmi les Chiites. Surtout chez eux, d'ailleurs.
Ce n'est pas à autre chose qu'à la façon dont on protège sa nation historique, même si elle est jeune, qu'elle est née de toutes sortes d'accidents et de rencontres, que l'on évalue son patriotisme.
12:40 Publié dans Politique | Lien permanent | Commentaires (0) | Envoyer cette note | Tags : Liban, Hezbollah, Hassan Nasrallah


