28.05.2008
Le mouvement dort au centre de la roue
Le président syrien Bachar El-Assad a déclaré au cours d'une rencontre avec des membres du parlement britannique en visite dans ce pays, jeudi dernier, que les progrès des pourparlers de paix syro-israéliens pourraient encourager le Liban et Israël à initier leurs propres pourparlers.
"Le président a fait allusion au fait qu'il ne serait pas dans l'intérêt du Liban de ne pas avoir ses propres pourparlers si les pourparlers syro-israéliens progressaient", selon une source proche des médiateurs.
Le président Syrien a également dit à la délégation britannique que le parti baathiste au pouvoir entendait maintenir ses "relations normales" avec l'Iran, tout en poursuivant ses pourparlers, via la médiation turque, avec Israël.
La visite du ministre de la défense syrien, à Téhéran, ce week-end, a débouché sur un accord de coopération militaire renforcé.
Selon les mêmes sources, le président syrien a déclaré "que le Syrie avait des relations normales avec l'Iran". "Il est clair que toute suggestion pour les interrompre n'est pas une requête raisonnable. Si Israël pose la question des relations de la Syrie avec l'Iran, alors la Syrie posera la question à Israël de ses liens avec d'autres pays et particulièrement avec les USA".
De son côté, la médiation turque estime qu'elle pourrait s'effacer au profit d'un dialogue et de rencontres directs si les progrès étaient réalisés.
Un différent frontalier incluant les trois parties -Israël, Syrie, Liban - subsiste au sujet des fermes de Sheba. Les Hezbollah et le gouvernement libanais considèrent qu'Israël occupe des fermes libanaises. Pour l'ONU, les fermes de Sheba, occupées par Israël, sont en territoire syrien. Elles ne sont pas libanaises.
Le mouvement paraît toujours dormir au centre de la roue et, pourtant, une forme de lointaine promesse, ténue, fragile, semble s'être suffisamment réanimée pour inspirer des contrariétés tangibles.
Les propos de Bachar El-Assad ne sont pas hermétiques.
Ils laissent entrevoir, tout au contraire, une réelle marge de manoeuvre pour établir une paix durable.
10:05 Publié dans Politique | Lien permanent | Commentaires (0) | Envoyer cette note | Tags : Syrie, Israël, Liban
27.05.2008
La Syrie, vers un réel durable?
La rencontre qui a eu lieu, hier, à Téhéran entre Mahmoud Ahmadinejad, président de la République islamique d'Iran, et le ministre de la défense syrien, intervient dans un contexte propice aux avancées multi-latérales. Le président iranien a dit, à la suite de cette rencontre, sa conviction que «la direction syrienne dirigera avec intelligence la situation et n’abandonnera pas la ligne de front, jusqu’à la disparition totale de la menace du régime sioniste».
L'assurance exprimée par le régime iranien suffit-t-elle à lever les ambiguïtés positives qui sont celles de Damas?
Ce n'est pas sûr.
«Ce qui a fait pencher la balance en faveur de telles discussions - pourparlers de paix syro-israéliens - était la question de savoir si nous allions être entraînés à cause d’une erreur d’appréciation dans une conflagration avec la Syrie», a affirmé M. Olmert devant la commission parlementaire des Affaires étrangères et de la Défense.
Il ne fait pas de doute que le régime de Bachar El-Assad est en train d'apprécier la nature de la situation et la nature des évolutions et qu'il se déterminera en fonction du réel durable.
Quelle responsabilité plus grande peut incomber à un dirigeant d'Etat que celle consistant, justement, à asseoir et contribuer à définir la perspective d'un tel réel?
L'heure viendra pour Damas, en effet, de choisir entre ce que propose un camp que l'on aurait tort de limiter à l'Occident, avec ce que propose l'Iran en terme de sécurité et d'indépendance nationale.
Jusqu'à quel point la Syrie baasiste et laïque peut-elle s'accorder sur la longueur d'onde de la Révolution Islamique, expansionniste par nature, dont la seule limite à cet expansionnisme se trouve singulièrement, sur cette façade, dans la difficulté à obtenir du Liban qu'il cède de sa souveraineté au profit de l'influence iranienne, via le Hezbollah. Dimanche, le Liban, présidé par M. Sleimane, a affirmé solennellement sa souveraineté, y compris dans la tenue du procès concernant l'assassinat de Rafik Hariri, et sa volonté d'établir des relations diplomatiques avec l'ancien occupant.
Mais un Liban indépendant, délivré en tout ou partie de l'influence de l'Iran, pourrait avoir pour conséquence, à terme, d'exposer directement la Syrie à l'influence iranienne. Si la Syrie accepte le Liban tel qu'il est et d'entretenir avec lui une relation naturelle d'Etat à Etat, si elle acceptait également une normalisation de son rapport avec Israël, en recouvrant son intégrité territoriale, la ligne de front invoquée par le régime iranien s'effacera d'elle-même là où Mahmoud Ahmadinejad la situe pour se transporter à la frontière de la Syrie avec l'Iran.
C'est là, in fine, que se jouera peut-être l'avenir de cet ensemble géopolitique et historique formé d'Israël, de la Palestine, de la Syrie, de la Jordanie et du Liban.
Le «front anti-sioniste», lui, imperceptiblement, devient ce qu'il doit être : une fiction.
A laquelle chacun est libre d'adhérer ou de cesser d'adhérer.
11:20 Publié dans Politique | Lien permanent | Commentaires (1) | Envoyer cette note | Tags : Syrie, Iran, Israël, Liban
La paix sur un plateau
J'ai dit à maintes reprises - et dernièrement dans le billet intitulé «Au possible, tout le monde est tenu» - combien ce qui se passait actuellement au Proche et Moyen-Orient - accord de Doha sur le Liban, amélioration de la situation en Irak, pourparlers de paix entre la Syrie et Israël, ouverture d'un dialogue inter-confessionnel entre peuples issus des religions du Livre - pouvait être considéré, dans son ensemble, comme un tournant géopolitique majeur, pouvant déboucher sur un règlement général des contentieux régionaux.
Le ministre israélien des Infrastructures, Binyamin Ben Eliezer, vient dans une déclaration confirmer au niveau du gouvernement israélien une telle attente. "La paix avec la Syrie bouleverserait la donne stratégique au Proche-Orient, car elle isolerait l'Iran et réduirait le Hezbollah au silence", a-t-il déclaré à la radio publique israélienne.
"Nous parlons d'une paix véritable, de la fin de la belligérance, de l'ouverture des frontières, et Israël est prêt à payer le prix pour une telle paix et la coexistence avec la Syrie", a-t-il ajouté.
Même avec le Liban, le chemin de la normalisation est ouvert. Bien sûr, on est loin, ici, de l'instauration de relations diplomatiques et on est plutôt à l'heure de l'échange et de la manifestation de signaux.
Aucun n'est anodin.
Même celui consistant en un échange de prisonniers entre Israël et le Hezbollah, l'armée israélienne ayant indiqué par la voix de la radio militaire sa disposition «à libérer cinq prisonniers Libanais et à rendre les corps de 10 combattants du Hezbollah en échange de deux de ses soldats enlevés en 2006 par le mouvement chiite libanais». C'est au début de l'été 2006, cette attaque meurtrière menée en territoire israélien a également coûté la vie à huit soldats israéliens et a été à l'origine de l'offensive de Tsahal au Liban qui a duré 34 jours et précipiter le Liban si près d'un gouffre d'anéantissement.
Le mal – et dieu sait que les peuples de cette région ont eu trop de temps pour s'accoutumer à ce fatalisme - n'accouche pas toujours du pire.
Mais il faut admettre qu'Israël, comme ses voisins, et peut-être plus encore, doit affronter ses propres oppositions radicales. Lundi, un député de l'opposition a considéré que «quiconque cèderait le Golan est passible de la peine de mort ou de la prison à vie», ce qui a été considéré, y compris par le président Shimon Peres, comme «une réminiscence des jours qui ont précédé l'assassinat de l'ancien Premier ministre Izsatkj Rabin» et «un appel, accordant son approbation, pour un nouveau meurtre politique d'un Premier ministre».
Le leader du Likoud, Benyamin Netanyahu, a aussitôt désavoué l'auteur de cette menace.
Le Likoud avait déclaré, quelque jours auparavant, qu'il ne se considérait pas tenu par un accord de paix scellé par l'actuel gouvernement et la Syrie, qui conduirait à restituer le plateau du Golan.
Hier, le Premier ministre Olmert a considéré qu'il fallait être «bizarre» pour «croire au grand Israël».
Peut-être, cette grand paix d'Israël, de la Palestine, de la Syrie, du Liban est-il temps de la servir sur un plateau.
10:10 Publié dans Politique | Lien permanent | Commentaires (0) | Envoyer cette note | Tags : Israël, Syrie, Palestine, Liban
25.05.2008
Au possible, tout le monde est tenu
Les Israéliens, comme les Américains, font du découplage de la Syrie vis à vis de l'Iran une des conditions majeures concernant la normalisation des relations et une avancée sur la conclusion d'un accord de paix syro-israélien, comprenant la restitution du plateau du Golan.
La prise de distance entre Damas et Téhéran pourrait survenir sans que Damas la provoque, car le président iranien Ahmadinejad vient de faire part de "sa surprise et de son mécontentement" devant les tractations en cours entre la Syrie et Israël, considérant qu'il s'agit de la part de Damas d'"une violation de ses engagements à l'égard de l'Iran".
Un ton particulièrement âpre dont on peut se demander s'il ne constitue pas, en soi, une première fissure dans l'alliance syro-iranienne.
Reste à savoir si la Syrie se rangera docilement auprès de son "allié" d'arrière-plan, acceptant de se laisser dicter ce que doit être sa politique étrangère sur un enjeu aussi névralgique pour la Syrie que le Golan, ou choisira, à la faveur d'un contexte qui peut lui être propice, de réorienter sa diplomatie vers un renouveau.
A Israël, la presse syrienne fait passer le message, s'agissant de la « question » de rompre les liens avec l'Iran, que cet aspect n'était pas dans le paquet des négociations et, qu'en tout état de cause,"Damas ne veut pas de pré-conditions qui pourraient mettre la charrue avant les boeufs"(*).
La formulation, pourtant, n'exclut pas que la charrue puisse être mise après les boeufs.
Le ministre de la défense syrien se rend à Téhéran aujourd'hui pour discuter des accords de défense mutuels. Il y sera question des "derniers développements régionaux et internationaux".
Téhéran, de son côté, a ordonné aux médias qu'il contrôle de ne pas mentionner les pourparlers de paix entre Israël et la Syrie.
Le Likoud, qui constitue l'opposition au gouvernement israélien, par la voix de son président, Gideon Sa'ar, a déclaré que "le Likoud ne se sentirait pas lié par un accord de paix négocié entre le gouvernement Olmert et la Syrie, s'il revenait aux affaires".
Le chef du Hamas, Khaled Mashaal, de Damas, où il est établi, a dit, lui, son trouble par rapport aux pourparlers de paix. "Le Hamas n'est pas heureux de ces développements. Nous pensons que le président El-Assad commet une grave erreur s'il ne coordonne pas ses efforts avec l'ensemble du monde arabe et islamique".
L'"ensemble du monde arabe et islamique" est sans doute géographiquement compris dans les limites des frontières de l'Iran...
Selon le quotidien arabe "Asharq Alawsat" basé à Londres, l'Iran, en signe de sa désapprobation des pourparlers syro-israéliens engagés à son insu, a promis au Hamas des "roquettes et des fonds", pour 150 millions de dollars.
Enfin, le commandant en chef de l'Armée, Dan Halutz, a déclaré, répondant ainsi du point de vue stratégique à ceux qui considèrent que restituer le Golan, annexé à la suite de la guerre de 1967, équivaudrait à exposer dramatiquement Israël, que "le plateau du Golan n'était pas indispensable à la sécurité nationale". "Israël doit absolument en tenir compte et ne pas commettre les erreurs de la seconde guerre du Liban", a-t-il ajouté.
A partir de la restitution du Golan, c'est probablement un équilibre géopolitique nouveau - Liban, Syrie, Jordanie, Israël, Palestine - qui pourrait s'établir dans la région, en excluant l'Iran.
Mais il exige tant, de part et d'autre, que rien n'exclut que chacun puisse sacrifier cette perspective au maintien d'un statu quo qui satisfait les extrêmes, et assure le règne, qu'ils voudraient infini, des illusions, peurs et antagonismes qu'ils entretiennent.
Il subsiste, pourtant, une chance concrète - mieux, une opportunité - de voir la situation changer radicalement au profit d'Israël, de la Palestine, de la Syrie, du Liban et de la Jordanie qui formeraient, alors, un ensemble géopolitique cohérent.
Au possible, tout le monde est tenu.
*"Damascus does not want preconditions, that would put the cart before the horse ... It does not bargain over its relations with other countries and people".
11:40 Publié dans Politique | Lien permanent | Commentaires (0) | Envoyer cette note | Tags : Proche-Orient, Iran, Israël, Syrie, Palestine, Liban


