02.03.2008

De la chair à Coran

La politique du Hamas à Gaza est celle du forcené.
Contrairement aux apparences, les lanceurs de roquette ont pour objectif l'autorité palestinienne plus que l'Etat d'Israël. En fait, le cycle de la violence initié depuis plusieurs mois par le Hamas qui a investi, dans les conditions politiques liées à une défaite électorale l'enclave gaziote, sert de rampe de relance au mouvement islamique.
Il n'a pas admis sa défaite politique.
Il l'a transforme donc et rien de ce qui se passe à Gaza depuis n'est dû, de ce point de vue, au hasard mais est parfaitement réfléchi à la fois en terme de processus et de conséquences.

Il a quelques semaines, la brèche ouverte dans la frontière avec l'Egypte et la brusque tension qui s'en est suivie, toujours sur fond d'un blocus servant de prétexte et de tirs de roquettes sporadiques qui obligent Israël à le maintenir puis le durcir, constituait un premier acte.
Il était destiné à marquer et attiser fortement les solidarité inter-arabes dans la région et focaliser l'attention et la révolte des populations arabes sur l'ennemi sioniste.
Pendant ce temps, en quasi abstraction du Hamas, et avec pour objectif la création de l'Etat Palestinien, M. Abbas et l'autorité palestinienne négociaient dans le cadre de l'accord d'Annapolis.
A cette heure là, l'objectif d'une résolution politique par la voie rationnelle semblait progresser positivement, chacun des protagonistes étant prêt à des concessions territoriales, économiques et politiques.

Las, la nouvelle tension à Gaza, avec un déchaînement de violence qui replace le Hamas en hérault de la lutte contre les juifs qui "souillent la terre d'Islam" au centre du jeu, met l'autorité palestinienne dans une forme d'impasse et paralyse ses leaders.
Les tirs de Katiouchas sur plusieurs villes juives frontalières ont repris.
La riposte israélienne à ce harcèlement est légitime, indiscutablement.
Mais elle est peut-être démesurée, ce qui peut être discuté. Le Conseil de Sécurité est saisie. La communauté internationale s'émeut.
Le jeu redevient ce qu'il a toujours été et ce qu'il doit toujours rester pour assurer au Hamas et généralement aux Islamistes la pérénité à laquelle ils aspirent.
C'est le résultat que vise le Hamas, organisation militaro-religieuse.
Dans les décombres, reprendre la main.
Pendant ce temps, Ahmadinejad est en Irak et construit son arc chiite.
Le Liban sombre chaque jour un peu plus sous l'emprise du Hezbollah.
Le terrorisme et le fanatisme prospèrent sur des ressorts dont on pouvait espérer, finalement, que tellement usés, ils ne permettraient plus à de tels mécanismes de fonctionner.

Ne pas s'y tromper, pourtant: en dépit du dégout naturel qu'inspirent les victimes civiles, les tirs de roquette du Hamas visent l'autorité palestinienne même si c'est parfois la population civile de Gaza, et certains de ses enfants, qui paient, en rétorsion, l'addition de ce jeu d'échec politico-terroriste.
Aujourd'hui, les pourparlers sur le processus de paix sont gelés et la perspective de l'avènement d'un état palestinien viable pour la fin 2008 a pris des éclats de roquette dans l'aile.
Ha, si j'étais Gazzaoui, Palestinien, si j'étais Libanais, Iranien ou Irakien, je me sentirai comme un pauvre pion dans le grand jeu de la stratégie pan-islamique, avec ses ordres de martyrs, ses kamikazes promis aux vingt vierges, et sa vision du temps qui sacrifie, ensanglante et bouleverse le présent.
De la véritable chair à Coran.