30.01.2008
Dérive

La compagnie aérienne Ryanair, qui exploite plusieurs lignes dans la région, vient de réaliser une campagne publicitaire en utilisant une photo du Président de la République avec sa compagne Carla Bruni, ce sans autorisation des intéressés et en faisant dire dans une bulle à cette dernière "Avec Ryanair, toute ma famille peut venir à notre mariage".
Certes, la fonction présidentielle a été désacralisée. Il n'y a plus de poursuites engagées au titre d'outrage au chef de l'Etat.
Mais cela ne signifie pas que l'on puisse utiliser son image pour tout et n'importe quoi car quelles que soient les opinions personnelles des uns et des autres sur lui, le chef de l'Etat incarne l'Etat. La manipulation et le détournement de son image ne sont pas par conséquent neutres.
La compagnie est poursuivie en justice par l'Elysée et Mme Bruni. L'affaire sera jugée demain, jeudi.
Elle a provoqué de nombreuses réactions et de nombreuses railleries dans la blogosphère, où s'imprime quasiment l'insconscient et les fantasmes d'une société.
Son spectacle n'est pas toujours très beau à voir.
Etrangement, un peu comme pour le "trader fou", la sympathie d'un très grand nombre d'intervenants va au contrefacteur, à celui qui pirate, en l'occurrence à la compagnie aérienne.
Mais la sympathie est une chose. La loi et l'ordre public deux autres.
Le droit à l'image privée, puisque rien ne dit qu'il n'a pas de la même manière qu'il a une image publique une image privée, s'applique tout autant à M. Sarkozy et à ses proches qu'à n'importe qui. Je dirais qu'elle s'applique peut-être pas davantage, mais avec un scrupule plus grand.
Mais détourner l'image du président de la République de cette manière, de surcroît dans un pays si clivé, avec des sondages en baisse, ça va "buzzer", alimenter les gazettes et ça, faut-il entendre, c'est génial en terme de marketing.
Dans ce cas, le caractère privé de l'utilisation est d'une manière irréfutable déterminée par l'utilisation à des fins commerciales de l'image en question.
Qu'on ne vienne pas dire - théorie de l'arroseur arrosé - que ce dernier entretiendrait une confusion telle qu'elle autoriserait ce type de procédé, c'est très largement exagéré voire mensonger et calomnieux, même s'il faut reconnaître - parenthèse - à M. Joffrin, redacteur en chef de Libération, un indubitable talent lorsqu'il s'agit de trouver une formule qui fait tilt avec le "blingbling président" et le "le Poutine soft".
Ici même dans certains blogs, il est possible de voir le goût prononcé de certains pour la caricature et les potins.
J'entends repris telle une antienne que la fonction présidentielle aurait été à ce point galvaudée par l'actuel hôte de l'Elysée qu'il est naturel, prévisible, d'assister à tout et n'importe quoi...
Si la fonction est à ce point galvaudée, de quelle manière et à quelles occasions? Une photo à Dysneyland en couple et en famille? Une autre au Caire?
Il y a eu sans doute des maladresses de communication, mais un peu de pudeur quand même, le dignité de la fonction n'est pas en danger.
Ceci dit, la médiacratie depuis quelques années est un ogre de plus en plus incontrôlable.
Le prochain totalitarisme sera probablement médiatique. Il aura pour devise la liberté d'expression et nourrira, abreuvera, gavera chacun selon son goût et son humeur.
Tous seront heureux dans leur bulle et seront les jouets de leur passions et pulsions dûment entretenues.
Ce petit épisode "publicitaire" offert par Ryanair y participe modestement.
15:35 Publié dans Politique | Lien permanent | Commentaires (0) | Envoyer cette note | Tags : Ryanair, Sarkozy, fonction présidentielle


