18.09.2006
Benoît XVI et l'islam
Nul ne peut prévoir quelles seront les conséquences de la réflexion émise par le pape Benoît XVI lors de son voyage, mardi 13 septembre 2006, en Bavière tant l’islam prôné par les éléments les plus radicaux obéit à une logique et une rhétorique éloignées de toute volonté de paix, de tolérance et d’amour.
Comment s’empêcher de penser, en ce moment, aux soldats de la FINUL renforcée, auxquels nos compatriotes concourent pour garantir, malgré une «divine victoire» célébré par le Hezbollah, la paix et la restauration de la souveraineté du Liban.
Ils vont être confrontés, directement ou indirectement, à la délicate question de la proéminence du parti de Dieu, de son éventuelle insoumission à l’état de droit.
Comment ne pas s’inquiéter des difficultés auxquelles ils peuvent être confrontés, si les soldats de la paix sont grossièrement ainsi assimilés à des «croisés», ce dans un contexte détérioré et manipulé à dessein.
Comment ne pas penser aux effets désastreux auquel cela pourrait donner prétexte en Irak, dans l’Iran des Ayatollahs acteur d’un chantage pétro-nucléaire, en Inde ou au Pakistan, et même en Palestine où le Premier ministre issu du Hamas – qui recrutait des bombes humaines – hommes, femmes, enfants – pour commettre des attentats, ne s’est pas privé d’exiger des «excuses personnelles» du pape.
En évoquant à travers la citation d’un dialogue historique l’ambivalence persistante et dangereuse de cette grande religion du livre qu’est l’islam, le pape Benoît XVI n’a pas commis une maladresse, ni offensé le prophète.
En intellectuel de la foi, il a placé sa pensée non pas au niveau de l’anathème mais à celui de l’analyse et de la critique raisonnée évoquant même la relation de la culture grecque à la construction de son église.
Involontairement ou pas, il rend service aux musulmans en offrant l’opportunité d’un débat interconfessionnel mais plus encore celle d’un examen de conscience propre à l’islam.
On ne sait pas si l’Islam aura la volonté et la possibilité de le mener assez loin afin de se libérer de l’emprise qui est en train de le défigurer.
Nous aurions tort de croire que cette réflexion a été unanimement rejetée par les musulmans et de réduire ce qui anime leur cœur et leur esprit à l’impressionnante réaction en chaîne dont les médias nous ont fait les témoins.
L’indignation violente et exagérée, plus ou moins spontanée, d’une partie des foules musulmanes, constitue en elle-même la démonstration que la réflexion initiée par le pape n’est pas inutile, qu’elle ne se confond pas avec la caricature et que, ne fût-ce que par l’exigence qui la soutient, elle est fondée.
Ce premier séisme sera probablement suivi par d’autres répliques qui iront au-delà de cette première phase de récupération et d’embarras.
Récupération exercée par ceux qui sont prompts à tenir, au-delà de toute mesure, les musulmans en les réunissant dans un ressenti de victimisation perpétuel, d’un islam sclérosé vécu à fleur de peau.
Embarras – politique – des régimes ou des autorités face à ce même ressenti, donnant lieu à des réactions enflammées, qui ébranle régulièrement leurs fondations.
Si l’islam se réduit à du ressenti et de l’amertume, il est la religion de l’irrationnel et de la manipulation des masses. Même en usant d’oppression, il déclinera.
Est-ce faire offense au prophète que de s’en alarmer ?
La tradition n’est pas autre chose, au fil des âges, que ce qui mérite d’être conservé.
Elle ne se décrète plus et ne se contraint plus.
Elle se mérite par la démonstration permanente et éprouvée de son utilité et de sa dignité, au service des hommes et de leur liberté de conscience.
Des régimes autres que théocratiques, ont, par le passé, en dépit de ce qu’ils décrétaient d’eux-mêmes ou de leur déterminisme, décliné avant de s’effacer.
En affirmant que «la haine, la violence, le djihad, n’étaient pas dans la nature de Dieu», et que ce qui, dans l’Islam favorise cela est antinomique à Dieu, le pape n’a pas commis d’impair.
Il s’est placé du côté de la rationalité et oppose à une interprétation vindicative de la volonté de Dieu une nature du divin sur laquelle le chef de l’église catholique n’est pas le dernier à pouvoir ni se prononcer, ni espérer porter un utile questionnement.
Il n’y a rien dans l’ignorance. Pas de salut. Et, probablement, s’il existe ce à quoi chacun est libre de souscrire ou pas, Dieu.
Au moment où le Saint-Père prononçait ces paroles qu’un certain nombre d’autorités religieuses commandent de tenir pour offensantes, le théostratège Al-Zawihiri marquait l’anniversaire des attentat du 11-septembre 2001.
Il invitait les musulmans, au nom du Coran, à user de violences, de terrorisme, d’actes suicidaires, à exiger la conversion des infidèles, de frapper les «croisés», ce sans provoquer, là où a été brûlée il y a quelques jours l’effigie du pape, de réaction d’indignation.
L’islam est certes en danger.
Nul ne peut dire, s’il est durablement instrumentalisé comme il l’est à ce jour, s’il est une religion d’avenir car, indépendamment de la qualité de son contenu, elle sera abandonnée par les siens si elle porte au monde et répand sur lui une parole de malheur et de souffrance.
Le danger pour lui ne consiste pas en des « croisés » resurgis du fond des temps ou en des nuées d’infidèles né dans des fantasmes présents.
Le danger qui le menace, il le porte en son sein.
Ce danger n’a ni le visage ni la silhouette d’un homme qui, il y a quelques semaines encore, est allé se recueillir dans des endroits de sinistre mémoire de notre Europe.
L’islam n’est pas et ne doit pas être le vecteur hermétique de la manipulation et l’asservissement des masses. Il n’a pas cette vocation.
Faut-il s’interdire de le dire ? De le penser ? De l’espérer ?
C’est ce à quoi un certain nombre de régimes, de mouvements fanatico-politiques, le réduisent, par l’exaltation de sentiments qui n’ont que peu de choses à voir avec Dieu et moins encore avec l’idée que l’on peut se faire d’une histoire dédiée à une humanité inspirée, apaisée et maîtresse de son dialogue à elle-même.
Qui, alors, défigure Allah ?
Ici même, en Occident, parmi les athées ou même parmi certains chrétiens, les paroles du pape sont probablement considérées comme un facteur de radicalisation accroissant les tensions entre « civilisation ».
Que ne s’est-il pas tû !
Le respect que l’on doit à l’autre et, s’il lui est lié, à sa religion, c’est de lui dire, aussi, le danger qui le menace. Il est assez clair ce danger, aujourd’hui.
Benoît XVI – peut-être volontairement, peut-être pas - y a contribue par son propos.
10:10 Publié dans Politique | Lien permanent | Commentaires (0) | Envoyer cette note | Tags : benoît XVI, islam, intégrisme, islamisme


