07.02.2008

Quelque chose sur nous-mêmes

J'ai lu dans un quotidien national l'interview de M. Compte-Sponville sur la crise du Politique.
Je souscris pleinement à son analyse. Bien qu'attaché à la laïcité, j'adhère pleinement à son analyse quand il dit que la laïcité cela signifie que le lieu public est laïque, pas que les étudiants qui le fréquentent le sont.
Par ailleurs, son affirmation sur la laïcité des Etats-Unis, en dépit d'une rhétorique régulière qui prétend que la Constitution de cet pays est religieuse, m'a fait plaisir par sa fraicheur intellectuelle.

Le renforcement de la loi française sur les signes distinctifs, particulièrement relatif au voile, n'est pas contradictoire. Le port du voile à l'école, au moment où cela s'est produit, en France, porte une dimension prosélyte et politique à laquelle il convenait de répondre en revenant aux principes de base puisqu'ils étaient malmenés.
Dans une laïcité mûre et apaisée, qu'un individu affiche son appartenance à un culte, conformément à une tradition, appartient à sa liberté personnelle et ne devrait pas avoir un autre impact.
Nous n'en sommes pas là, encore.
La laîcité n'est pas une citadelle à défendre dont les agnostiques et les athées seraient les gardiens patentés.
La laïcité, c'est la qualité du rapport à l'autre. C'est en cela qu'elle doit être entretenue, pas en fonction des séquelles historiques.

Les manifestations contre la mesure du gouvernement d'Erdogan en Turquie interviennent à ce même moment.
Beaucoup ont vu les manifestations qui ont eu lieu dans les rues d'Istambul et parmi eux, certains estiment que cette mesure est un élément de plus contre l'entrée de la Turquie dans l'Union européenne.
Je note cependant qu'un pays où une importante proportion de femmes et jeunes filles renoncent à l'université en raison de l'interdiction du port du voile, n'est pas hors de son rôle en aménageant sa loi pour les encourager à poursuivre leurs études.
Dans cette affaire, quelle est la part de fantasme? Quelle est la part de lucidité? A chacun de les estimer.

Je saute du coq à l'âne. L'hymne français a été copieusement sifflé par le stade de Malaga, mercredi soir, avant l'entame du match Espagne-France. Ces sifflets m'ont navré, bien sûr, et je me demande si un Espagne-Angleterre, Espagne-Allemagne génère la même hostilité.
Peut-être, mais je suis loin d'en être sûr.

Nous étions un pays ouvert, moteur de l'Europe, porteur d'une tradition universaliste. Nous sommes aujourd'hui le pays qui a fragilisé le processus européen, celui où le degré d'acceptation "du monde tel qu'il est" pour reprendre une expression qui, même si elle est contestable, toute perspective l'étant, n'en demeure pas moins éloquente, est le plus faible; celui qui, tout en étant une puissance exportatrice (hélas sur le déclin) est tenté par l'isolationnisme; celui, les Espagnols ont dû le voir il y a quelques jours, où des agriculteurs organisés en commandos, dans la tradition de CAV, ont mis à sac des camions espagnols transportant du vin et des salades; celui qui a allumé, alors qu'elle ne soulevait jusqu'à lors qu'une objection marginale (revoir les sondages), la question de la légitimité de la Turquie à entrer dans l'Europe... Il vrai que nous eûmes droit à un débat parlementaire, réclamé à cors et à cri, d'une qualité patente.

Peut-être cet hymne sifflé nous renvoie-t-il, au plan de la psychologie des nations, quelque chose sur nous-mêmes.
Et nous devrions nous en préoccuper car faire surgir des avatars là où ils ne sont pas nécessaires, ce n'est pas un service que la démocratie se rend à elle-même.