30.01.2008
Je bloque, donc je suis
Décidément, les Français ont la fâcheuse habitude d'user de leur capacité de nuisance, quelle qu'elle puisse être, pour s'opposer à toute remise en cause de leurs situations, même si à moyen terme une réforme est susceptible de revitaliser et donner un second souffle à une activité.
En France, aujourd'hui, il faut en conclure que la seule manière d'exister, c'est de bloquer les autres.
Je bloque, donc je suis.
Il ne suffit pas de protester, comme on l'entend, que "c'est le seul moyen de se faire entendre", car, au fait, qu'est que ces taxis font entendre sinon leur attachement à l'immobilisme rentier. Mais, apparemment, on revient, pour reprendre l'image du représentant de cette profession à Montpellier (hier, 29 janvier 2008 sur FR3) au "gateau" qu'on ne peut pas - qu'on ne veut pas - partager davantage "parce qu'il est déjà petit".
Au fait, que préconise le rapport Attali s'agissant des taxis sinon un développement de leur nombre et, donc, de leur activité?
C'est ce qui me semble ressortir à la lecture des propositions qui mentionnent cette profession.
« Le nombre de taxis par habitant a augmenté des deux tiers entre 1989 et 1994 en Nouvelle-Zélande après la suppression des licences.
La directive européenne sur les services, qui devra être transposée au plus tard le 28 décembre 2009, a engagé aussi une évolution qu’il appartient à la France de mettre en oeuvre, et de dépasser pour dégager des gisements de croissance nouveaux dans tous les métiers aujourd’hui réglementés. Cette directive permet l’ouverture de plusieurs professions relevant de son champ aux ressortissants communautaires.
Elle exclut certaines professions juridiques (notaires, huissiers, mandataires des procédures collectives) et l’essentiel du secteur des transports, alors même qu’une modification de la réglementation actuelle dans ces secteurs aurait des effets positifs sur la croissance. »
La rapport prescrit également l'instauration d'une "voie réservée aux taxis, aux transports en commun et au covoiturage" pour fluidifier le trafic et, donc, favoriser ces acteurs de la mobilité entre Roissy-CDG et la capitale.
C'est l'aspect négatif qui est immédiatement recherché et non pas la cohérence d'ensemble et la possibilité de développer et moderniser un métier.
Cette activité est pourtant d'avenir dans la mesure où les agglomérations deviendront de plus en plus fermées ou réglementées, onéreuses, pour l'usage des véhicules personnels.
Cette évolution est en cours. Des « libre service », des usages communautaires de parcs automobiles, des systèmes d'utilisation à la carte ou partagée, se développent.
On aurait dès lors attendu de la part des professionnels, qu'ils s'approprient cette proposition, pour réfléchir à l'évolution de leur métier et sur la manière de l'intégrer, de la mailler économiquement et structurellement, dans l'organisation des transports dans la Cité.
Ils préfèrent camper sur leur position, avec des tarifs inadaptés, un système de licence et de cession de licence sur lequel il serait bon de faire le ménage car elle paraît dater - ce qui est sans doute le cas - du temps des fiacres, avec peut-être une autre manière de servir le client, avec les technologies de geolocalisation, de grouper des courses, etc.
Ce combat relatif au maintien d'un statu quo paraît d'arrière-garde par rapport aux enjeux.
Plutôt que d'investir le débat sur la mobilité en ville au XXIe siècle, on se satisfait d'un nombrilisme corporatiste dénué de toute vision mais qui conserve l'oeil rivé sur son compteur.
Dommage de pas se saisir positivement, en regardant vers l'avant, d'un tel débat. Mais quelle fierté, tout de même, pour "les taxis en colère" s'ils réussissaient à tuer dans l'oeuf le rapport Attali.
On sent bien qu'ils auraient la sympathie des buralistes, des thoniers de Méditerranée, etc.
Quelle belle revanche sur la République des experts!
13:45 Publié dans Politique | Lien permanent | Commentaires (0) | Envoyer cette note | Tags : taxis, rapport Attali, mobilité


