30.01.2008

L'esprit de réforme

Les députés de la majorité sont agacés et ont de plus en plus de mal à le cacher. Apparemment, quatre commissions vont être créées pour examiner ce qui peut être repris ou pas dans ce recueil de propositions que constitue la rapport Attali.
Ce document est gênant.
Pourtant à moins qu'ils eussent préféré que le sort et la maîtrise des réformes revinssent à l'opposition, ce sont eux qui ont désormais les cartes en main.

Alors, ils peuvent trouver toutes les excuses du monde, tergiverser, maugréer sur l'illégitimité des experts, déplorer l'impopularité de telle ou telle mesure, l'inutilité d'une autre, ce qui sera retenu, au final, c'est la manière dont ils seront saisis d'une chance de porter un grand nombre de réformes cohérentes qui, compte tenu de la personnalité du président de la commission, peuvent politiquement passer et placer une partie des socialistes devant leurs responsabilités.
Au fond, derrière le rideau des polémiques, les Français observent cela et sanctionneront cette capacité ou pas à bouger les choses.

Mais là où y a une possibilité d'élargir un consensus politique vers l'extérieur, l'UMP a choisi a choisi de s'étriquer et se déchirer intérieurement.

Je ne suis pas sûr que tous les motifs développés pour enterrer ce rapport seront retenus au final. Ce que l'on retiendra, c'est la frilosité.

C'était bien la peine, pour Sarkozy, de faire une ouverture intelligente et risquée, de confier un travail à une personnalité historiquement liée au PS et assez pétri du sens de l'Etat pour dépolitiser son oeuvre, pour voir ses propres troupes chercher tous les moyens de savonner la planche et saborder ce travail.

Décidément, De Gaulle avait raison, les partis politiques sont une calamité.

29.01.2008

La hardiesse ou la frilosité

A la différence du rapport Camdessus qui, il y a quelques mois, pointait le décrochage de notre pays et ses aberrations et anachronismes structurels, le catalogue de mesures énoncées dans le rapport Attali a pour lui d'avoir touché un public qui va au delà des initiés.

Un coup de polémique, quelques billets ici et là, une prise de bec et quelques amabilités entre l'ancien Premier ministre de J. Chirac et l'ancien sherpa de Mitterrand, relayées par les médias ont finalement attiré l'attention d'un assez large public sur les travaux de la commission Attali.
La vive réaction de quelques corporations lui ont assuré également de la publicité.

Ces polémiques sur le département, sur les taxis, la libéralisation de certains métiers, est considéré par certains observateurs comme une erreur de présentation.
Ce n'est peut-être pas le cas, même si on peut toujours redouter que, chacun veillant à son pré carré, cela en compromette la mise en oeuvre.

D'une certaine manière, ces prises de position contrastées, ces clivages exprimés, procurent des chances réelles de passer du projet à l'acte. Les mesures sont là, posées sur la table. Nul ne peut feindre ne pas les connaître, nul ne peut feindre ignorer ce à quoi elles ambitionnent.

En outre, la question ne se pose pas en terme de légitimité des experts face à la légitimité politique, mais de capacité des politiques à mettre en oeuvre, rapidement, ce qui est nécessaire au bien public.
Or, on sait généralement, ce qu'il impose de faire pour décongestionner le pays.

Tant qu'ils agissent selon ce principe, que M. Raffarin se rassure, ils ne seront dépossédés de rien et sans doute même l'image globale de la classe politique en sortira grandie.

Il est vrai, pour reprendre la formule de M. Attali, qu'il y a une étroite fenêtre de tir, pas tant sur le plan technique que sur le plan psychologique.
Dans six mois, un an, ou au terme du mandat de M. Sarkozy, le bilan entre ce qui pouvait être fait - parce que connu et chiffré - et ce qui l'a été sera établi quoiqu'il en soit.

On retiendra la hardiesse ou la frilosité, des uns comme des autres.